Non aux gaz de schiste!

20 06 2011

Si le gouvernement reste sourd, la population lui opposera plus haut et plus fort son opposition à l'exploration et à l'exploitation des gaz de schiste

Des milliers de personnes ont, samedi, manifesté au centre-ville de Montréal pour demander l'adoption d'un moratoire sur l'exploitation des gaz de schiste

(N’oubliez pas de cliquer sur les images pour les agrandir)

«La population est éveillée comme jamais», a commenté, Paul Piché, un artiste populaire et engagé

Aucun doute sur le message qu'a voulu transmettre cette jeune mère aux autorités gouvernementales qui font la source oreille

Oui il faut protéger la beauté du monde

Les ressources naturelles appartiennent autant aux générations de demain qu'à celles d'aujourd'hui. Elles ne sont pas la propriété des entreprises et du gouvernement

Il faut poursuivre le combat de la protection des ressources naturelles et du développement durable pour éveiller les consciences

À rester sourd aux revendications de la population sur un moratoire, le gouvernement du Québec se discrédite

Le gouvernement a créé un comité qui sera chargé de réaliser l'évaluation environnementale stratégique (ÉES) sur les gaz de schiste. Ce comité a été dénoncé. En effet, sur les onze personnes choisies, aucune ne représente un groupe environnemental ou un groupe citoyen

Selon le commissaire au développement durable, le gouvernement du Québec a failli dans sa gestion sur les gaz de schiste, la population s'attendant à la mise en place d'un processus impartial et transparent

Plus le gouvernement se refusera à entendre sa population, plus hautes les voix s'élèveront pour dénoncer son incapacité à agir

Alors que la France vient d'interdire les fracturations hydrauliques nécessaires à l'exploitation des gaz de schiste, le gouvernement feint d'ignorer la fuite de deux puits en Montérégie, l'explosion majeure d'un puits en Pennsylvanie avec des impacts importants pour l'eau et la présence de méthane dans les nappes d'eau souterraines

Disposer de ses ressources naturelles n'est pas un privilège mais un droit. Et la population du Québec refuse la dilapidation de ses ressources

La beauté de la vie n'a pas de prix. La beauté du monde encore moins. Un gouvernement inconscient et irresponsable pourrait par contre payer un prix très cher pour son incurie

Pour un Québec propre il faut une population volontaire et décidée à protéger la richesse de ses ressources naturelles. Elle doit en être la gardienne inconditionnelle





Une autre crise au sein du Parti québécois

7 06 2011

«Je ne pense pas que Mme Marois est la femme que les gens veulent suivre pour fonder un pays», déclarait mardi le député démissionnaire du Parti québécois, Jean Martin Aussant. Tant de choses ont été dites depuis lundi. Montées aux barricades, démissions, dénonciations, déceptions, la palette complète des commentaires a été servie au bon peuple québécois. La dévastation est gigantesque.

Le congrès

Il faut vraiment ignorer les rouages d’un congrès politique pour croire que le vote de 93 pour cent recueilli par madame Pauline Marois correspond à la réalité. L’ultime objectif de ce vote était de préserver les acquis vers la prise de pouvoir. Au prix de combien de compromissions. Derrière les portes closes, tractations et menaces allaient bon train. Promesses en tout genre également. «Je te donne, tu me donnes. Tu me donnes, je te donne». Tout pour préserver l’unité et le vilain artifice que tout va bien dans l’Auberge du Parti québécois.

Mais voilà. Obtenir 93 pour cent lors d’un plébiscite au cours d’un congrès politique ne signifie en rien que ce vote mènera à une victoire majoritaire à une élection générale. La question est plus fondamentale. La population québécoise se retrouve-t-elle dans les idées et dans le style de Pauline Marois?

Pauline Marois avait, en avril 2001, réussi à écarter l’aile radicale de son parti. Pourtant, un an auparavant, la chef du Parti québécois avait, en mars 2010, défendu l’idée que le PQ était fondé sur le concept de «liberté» et que c’était un lieu où doit s’exprimer une «multiplicité» de points de vue. Comme l’indiquait le journaliste chroniqueur du Devoir : «Pour Marc Laviolette, l’expulsion de SPQ Libre signifie le retour de la «pensée unique» au PQ. L’objectif étant selon lui de récupérer le vote de l’ADQ, notamment les 700 000 qui ne se sont pas présentés aux urnes à la dernière élection. Mais le syndicaliste a dit douter que cette stratégie — qu’il a qualifiée d’«électoraliste et provincialiste» — puisse fonctionner». Marc Laviolette avait, au congrès d’avril 2011, réclamé puis échoué dans sa tentative de faire en sorte que la Loi 101 soit restaurée dans sa totalité. «Je suis devenu souverainiste parce qu’au Québec, ma langue était devenue opprimée», avait-t-il plaidé.

«Est-ce que le congrès est souverain ou bien c’est juste un exercice de style? » avait questionné Pierre Dubuc qui était à l’origine, avec Marc Laviolette, d’une proposition, adoptée avec une faible majorité, sur l’affichage unilingue français obligatoire. La députation péquiste avait mis tout son poids pour faire renverser cette proposition qui risquait de diviser le parti et d’indisposer la population québécoise.

Le projet de loi privé 204

Dans son exposé, lundi, Lisette Lapointe expliquait en ces termes sa démission du caucus du Parti québécois : «Depuis un certain temps déjà, en effet, je suis très mal à l’aise avec certaines orientations et positions prises par la direction du parti et avec la façon dont elles nous sont imposées. Un bel exemple est le projet de loi Maltais-Labeaume. Je dirais que c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Aucune consultation, aucun préavis au caucus des députés. Je l’ai appris par la radio. L’idée de retirer un droit de recours à un citoyen va à l’encontre de mes convictions. D’ailleurs, de nombreux citoyens, et vous le voyez ici, de nombreux citoyens m’ont dit leur désaccord et même, dans certains cas, leur colère».

Agnès Maltais, par son entêtement et le fait d’avoir entraîné dans son sillage, sa chef, Pauline Marois, aura beau tenté de convaincre la population du Québec du bien-fondé de sa démarche. Nul n’est dupe. Démarche électoraliste à la petite semaine qui montre une courte vision d’un Parti politique qui ne vise rien de moins que l’indépendance du Québec. Combattons une fois pour toutes ce malentendu : aucun sondage à la grandeur du Québec ne vient appuyer les prétentions de madame Maltais selon lesquelles la population appuie avec une large majorité sa démarche à l’Assemblée nationale. Madame Maltais, dont les arguments et les tons de voix ressemblent étrangement au maire Labeaume, ne convaincra personne que sa démarche protège la démocratie. Et le tort sera considérable. Madame Maltais gagnera peut-être la course dans sa circonscription, mais le parti québécois risquera, lui, de perdre sa course à la grandeur du Québec.

Est-ce par faiblesse ou calcul électoral que madame Pauline Marois s’est laissé guidé dans ces méandres qui limitent un droit fondamental de contester devant les tribunaux la décision d’un gouvernement municipal?

Forte de son plébiscite d’avril 2011, madame Marois a-t-elle vu trop grand ou s’est-elle laissé griser par ce pouvoir qui corrompt en se convainquant de son invincibilité. Pour Pierre Curzi : « cette décision va à l’encontre d’un principe fondamental de la vie démocratique qui permet à tout citoyen de contester, y compris devant les tribunaux, une décision gouvernementale. (…) Mon seuil de tolérance éthique personnel a été atteint. Je respecte mes collègues parlementaires qui pensent autrement».

Et que dire de cette réflexion profonde de Louise Beaudoin qui, en elle-même, dénonce le comportement de madame Pauline Marois depuis son arrivée à la tête du parti québécois : «c’est à mon retour en 2008, peut-être parce qu’une pause de cinq ans m’a permis de voir les choses autrement, que j’ai commencé à m’interroger sur la partisannerie qui souvent rend aveugle, qui nous force à toujours être dans la certitude, jamais dans le doute, sur le ton guerrier que l’on se croit obligés d’employer, sur la manière de se comporter avec des adversaires que l’on a tendance à considérer comme des ennemis, sur l’unanimisme imposé et sur la rigidité implacable de la ligne de parti: des maux dont la politique, je crois, est en train de mourir ici et ailleurs».

Le député Claude Cousineau s’est dit en accord avec les opposants au projet de loi 204 : «Je ne peux être d’accord avec l’idée de soustraire des droits de contestation à des citoyens. Rappelons-nous qu’il y a moins d’un an nous avons légiféré pour que les municipalités du Québec se dotent d’un code d’éthique et qu’elles produisent et déposent au ministère des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire les processus d’appels d’offres pour tout contrats ou ententes. Le projet de loi qui est devant nous va à l’encontre de ces principes et je ne peux donc l’endosser».

Le jeune député Jean-Martin Aussant siégera lui aussi comme indépendant, aux côtés de Louise Beaudoin, Liseette Lapointe et Pierre Curzi. Il a osé dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas : «Je ne pense pas que Mme Marois est la femme que les gens veulent suivre pour fonder un pays».

Au dernier instant, après avoir ironisé sur la décision de ses députés démissionnaires, la chef péquiste Pauline Marois a convenu «avoir fait une erreur au départ» en appuyant le projet de loi sur l’amphithéâtre de Québec sans avoir consulté ses députés. Une fois ce message bien lancé, comme un acte de contrition auquel ont été habitués les québécois de vieille souche, les députés sont ressortis de leur caucus ragaillardis. Le leadership de madame Marois est solide.

Solide? Auprès de qui? De la population du Québec? J’en doute. La langue de bois a repris ses droits. Faire la politique autrement, comme le souhaitait Louise Beaudoin? Un vœu pieux rapidement balayé sous le tapis. «Je vais faire la preuve que la souveraineté est au cœur de notre action et que nous allons faire le pays», a-t-elle répondu au député démissionnaire Jean-Martin Aussant. Pour réaliser cet objectif, il faut de la part de la population québécoise une bonne dose de confiance envers la classe politique. Et lien de confiance est sérieusement compromis.

Selon Bernard Drainville, «il ne fait aucun doute que le parti doit changer pour survivre. Si on veut sauver le Parti québécois, il va falloir changer le Parti québécois. Parce que ça reste un grand parti. Alors moi, je fais le choix de travailler de l’intérieur pour le changer». Il faut souhaiter bonne chance à Bernard Drainville. Il pourra toujours s’appuyer sur Maka Kotto qui a qualifié les démissionnaires de «fossoyeurs de la souveraineté». Madame Marois a clairement laissé entendre, à l’issue de son caucus de mardi, qu’elle n’avait pas l’intention de se plier aux attentes des députés qui souhaitent des changements dans son entourage.

En conclusion, que se passera-t-il lors du prochain vote sur le projet de loi privé 204? Il faudra s’amuser à compter le nombre de députés péquistes absent en raison de besoins urgents incontrôlables (les toilettes parlementaires sont un haut lieu de refuge pour dissimuler sa dissidence). Un trop grand nombre de ces députés risquerait d’affaiblir le leadership de madame Marois. Un petit nombre la conforterait dans cette crise qu’elle pourrait qualifier de passagère. Et les députés absents reviendront et reprendront leur siège le cœur et le corps plus légers.

Madame Maltais soutient qu’il faut écouter la population de la région de Québec. «Les gens de Québec savent ce qu’ils font, ils veulent cette entente, ils veulent le gestionnaire qui est là [Quebecor], ils font confiance en leur ville, en leur maire. [...] L’appui des gens de Québec est massif». Puis-je rappeler à madame Maltais qu’avec un investissement public de 200 millions de dollars du gouvernement du Québec, c’est la population entière qu’il faut consulter et écouter? Et qu’il appartient au Parti québécois de remettre les pendules à l’heure? Je rappellerai à madame Maltais, qui n’a de vision que sa réélection dans la la région de Québec, que le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Bernard Généreux, a dénoncé le projet de loi privé 204 : «Non seulement on autorise tout, mais on interdit les droits de recours». Un an seulement après l’adoption de nouvelles règles d’octroi des contrats municipaux et de règles visant la transparence et l’éthique, «à la première occasion venue, on règle ça entre nous», a-t-il souligné. «C’est quoi le signal qu’on est en train de donner?»

Jean Charest annonce qu’il reportera le vote sur le projet de loi 204 à l’automne. «Nous prendrons le temps de faire le travail comme il faut. Nous reviendrons au mois de septembre pour le faire correctement». Quel magnifique croc-en-jambe servi au Parti québécois et à sa chef, Pauline Marois. La sagesse vient de Jean Charest et la tempête trouve son origine chez les stratèges du Parti québécois, Agnès Maltais en tête, qui n’ont pas su voir venir la position de l’habile adversaire. Faire l’indépendance du Québec avec si peu de clairvoyance et ce brin d’amnésie? Peut-être serait-il sage que madame Maltais rejoigne les rangs des députés indépendants si elle avait l’humilité de reconnaître cet énorme gâchis.

Selon Cyberpresse, madame Marois se retrouve perdante sur toute la ligne depuis ce plébiscite d’avril 2011 : « Près des deux tiers des Québécois (62%) estiment que Mme Marois devrait quitter son poste «à la lumière des événements d’aujourd’hui» (la démission des députés Beaudoin, Curzi et Lapointe, lundi), mais 38% croient au contraire qu’elle devrait rester. Chez les électeurs souverainistes, 56% souhaitent qu’elle jette l’éponge, un point de vue que partagent seulement le tiers (35%) des électeurs péquistes ».





Le grand déballage : personne n’avait rien vu?

19 05 2011

(Reprise d’un article publié le 28 octobre 2008 : Pour l’honneur de la France, vaut mieux une « erreur de jugement » qu’une partie de fesses)

DSK blanchi n’est pas une bonne nouvelle. Contrairement à ce que plusieurs s’imaginent, la France ne sort pas grandie de cette histoire de fesses. Le fait divers en tant que tel m’importe peu. Ce qui est occulté ici est ce reproche sévère du Front monétaire international selon lequel DSK a démontré une « sérieuse erreur de jugement ».

DSK n’a commis « ni harcèlement, ni favoritisme, ou tout autre abus d’autorité ». Bien. Mais il a commis des actes « regrettables et reflétant une sérieuse erreur de jugement ». L’honneur est sauf. Les amis de DSK se félicitent de la bonne décision du FMI de blanchir leur compatriote. Jean Quatremer pose la bonne question : « On peut se demander ce qui se serait passé si le monde ne traversait pas une telle crise bancaire et boursière, le FMI n’ayant aucun intérêt à perdre son directeur en ce moment ».

Il convient de diviser en deux, comme l’a fait le FMI, cet incident plus que regrettable. Le fait divers en lui-même et la clairvoyance d’un gestionnaire de l’une des institutions les plus importantes. Le simple fait de céder, en privé, à une partie de jambes en l’air avec une employée de l’organisme est en soi gênant et condamnable. La conduite du directeur général se doit d’être en permanence irréprochable, a décrété le conseil d’administration du FMI. La brève liaison qu’a entretenue M. Strauss-Kahn avec une ancienne responsable du département Afrique du FMI était, selon ce même conseil d’administration, mutuellement consentie et le directeur général ne s’était rendu coupable ni de harcèlement sexuel, ni de favoritisme ou d’abus de pouvoir.

NI harcèlement sexuel ni favoritisme ou abus de pouvoir, mais une sérieuse erreur de jugement. Manquer de jugement semble moins grave aux yeux du conseil d’administration qu’une « relation physique consensuelle de courte durée intervenue en janvier 2008 ». Qui plus est avec une ancienne responsable du département Afrique du FMI. DSK reconnaît toutefois avoir commis « une grave erreur de jugement » et s’engage à avoir une conduite exemplaire à l’avenir.

Les socialistes ont salué le dénouement de cette affaire. « C’est une bonne nouvelle pour tout le monde », renchérit l’UMP. La ministre Lagarde commente en ces termes ce dédouanement de la conduite de DSK : « Ce qui est important c’est que le Fonds monétaire international sorte renforcé et que son directeur général Dominique Strauss-Kahn puisse faire son travail dans les meilleures conditions ».

Le directeur général montre et avoue lui-même une grave erreur de jugement et le Front monétaire international en sortirait renforcé ? Roger Karoutchi, secrétaire d’État aux Relations avec le Parlement, déclare pour sa part que dans cette affaire, « il n’y ait pas de fragilisation du FMI ». Ségolène Royal avait dit espérer, peu avant la décision du conseil d’administration du FMI que Strauss-Kahn, qui fut son rival dans la primaire PS de 2006, soit blanchi dans cette histoire, parce que sinon, pour la réputation du sérieux et de la compétence de la France, ce serait très embêtant.

Selon ce raisonnement, il vaut mieux être blanchi d’une histoire de cul que d’une erreur de jugement. Grâce à ce pardon du conseil d’administration du FMI, la réputation du sérieux et de la compétence de la France sont sauves.

Douce France.





Harper et Ignatieff ou la traversée du désert

20 12 2010

Au plan législatif, le bilan est mince. Très mince. Au plan des idées, le bilan est pauvre. Très pauvre. L’année 2010 n’aura pas été fructueuse pour la population canadienne. Son parlement, qui lui coûte très cher, n’aura servi qu’à peu de choses. Harper gère les secrets. Ignatieff gère les crises. L’un et l’autre ont atteint le bout de la route.

Harper doit son confort à Ignatieff. Ignatieff doit son inconfort à Harper. C’est en fin de session qu’Ignatieff brandit la menace de nouvelles élections. Et dire que le chef libéral a laissé passer, comme une couleuvre, l’épineux dossier de l’Afghanistan. Le va-t-en-guerre Ignatieff n’a pas su imposer la moindre ligne de conduite au gouvernement canadien. Il faut admettre que nous sommes loin, très loin, des audacieuses prises de position de Pierre Elliot-Trudeau.

Ignatieff n’a pas su prendre au vol les dépenses insensées du G8 et du G20 (un milliard de dollars). Il n’a pas su ébranler le gouvernement et ramener derrière lui l’opinion publique sur ses scandaleuses dépenses pour deux rencontres qui n’ont mené qu’à un constat d’échec.

Ignatieff n’a pas su remettre à l’ordre le gouvernement de Stephen Harper qui a fait piètre figure aux Nations Unies et sur les scènes internationales où il est question d’environnement. Ignatieff a préféré se promener en bus à travers le Canada pour rehausser l’image de sa personne. Il a fait chou blanc.

Faut-il se surprendre de la morosité du peuple canadien devant une classe politique qui s’essuie les pieds sur le paillasson de l’indifférence? Selon un récent sondage, s’il y avait des élections à court terme, le peuple canadien élirait un autre gouvernement minoritaire. Michael  Ignatieff croit qu’au moment de faire leur choix, les Québécois chercheront une « alternative » aux conservateurs et se tourneront vers le Parti libéral, plutôt que vers le Bloc québécois. Cette analyse, pour peu qu’elle le serve bien, se situe bien loin de la réalité. Selon un récent sondage La Presse Canadienne/Harris-Décima, le Bloc québécois domine toujours avec 44 pour cent des intentions de vote. Les libéraux sont loin derrière avec 23 pour cent de la faveur populaire. Quant aux conservateurs, ils traînent de la patte avec 11 pour cent des intentions de vote, pratiquement à égalité avec le NPD, à 10 pour cent.

De nouvelles élections? Pourquoi donc, diantre!





Afghanistan, le baroud d’honneur de Barack Obama

16 12 2010

La plus grande puissance militaire du monde ne parvient pas à mater l’insurrection en Afghanistan. Un an après avoir accepté d’envoyer 30 000 hommes supplémentaires sur place, Barack Obama se fait dire, dans une lettre ouverte signée par quarante-trois des plus éminents spécialistes de la région, qu’il est urgent d’abandonner la stratégie militaire pour entamer des négociations avec les Taliban. Le constat qu’en tirent ces experts est clair : les offensives militaires ont tourné à l’échec et seul un accord avec les dirigeants de l’insurrection permettrait aux Américains de se retirer tout en préservant leurs intérêts. Barack Obama émet pour sa part un avis contraire : dans une lettre adressée mercredi à des parlementaires, le président américain a estimé que sa stratégie afghane produisait des progrès graduels et que les forces de la coalition continueraient de suivre son approche. Que pouvait-il dire d’autre? Et rien n’indique une remise en cause de la volonté d’Obama de rapatrier une partie des troupes envoyées en renforts à compter de juillet prochain.

C’est le célèbre journaliste d’investigation Bob Woodward, connu pour son rôle dans le scandale du Watergate, qui avait attribué cette citation à Richard Holbrooke, qui vient de nous quitter : « S’il y a dix issues possibles en Afghanistan, neuf d’entre elles sont mauvaises ».

Ces experts font un autre rappel, douloureux celui-là : Depuis début 2010, 692 soldats et officiers des contingents de l’Otan, de l’ISAF et des États-Unis ont été tués dans le pays, la guerre coûte 120 milliards de dollars par an au seul budget américain et, surtout, sur le terrain, la situation empire pour les forces de la coalition. La force est constituée de 150 000 soldats dont les deux tiers sont américains. Selon l’Onu, 1.271 civils ont perdu la vie au premier semestre 2010 en Afghanistan, en hausse de 21% par rapport à 2009. Comme si cette guerre ne pouvait entrevoir de fin, le général Josef Blotz, porte-parole de la force internationale de l’Otan en Afghanistan (Isaf), prévenait depuis Kaboul que les soldats étrangers engagés dans ce conflit seront confrontés en 2011 à plus de violence des talibans. « Il y aura toujours des combats, et nous devons maintenir la pression sur les talibans ». Le commandant en chef américain des forces internationales en Afghanistan, David Petraeus, a estimé que 2014, date annoncée pour le passage de relais de la sécurité du pays aux forces afghanes, était une « perspective raisonnable », mais qu’il n’y avait « rien de certain ».

À cette stratégie de l’ISAF, les experts répondent : « A cause de la violence des opérations militaires, nous (y) perdons la bataille des cœurs et des esprits. Et les pertes rebelles sont compensées par des nouvelles recrues souvent plus radicales que leurs prédécesseurs ». Selon ces derniers, les Occidentaux n’ont et n’auront d’autre choix que de « trouver un accord » avec le commandement taliban – d’autant plus que celui-ci a selon eux « affiché une volonté de discuter » – qui permettrait aux Américains « de se retirer tout en préservant leurs légitimes intérêts sécuritaires ».

Selon un sondage réalisé par ABC News, BBC, ARD et le quotidien Washington Post, et rapporté par Ria Novosti, seulement 36% de personnes afghanes interrogées se sont déclarées confiantes en la capacité des États-Unis et de l’Otan à assurer la paix et la stabilité dans le pays, ce qui représente une baisse de 12% par rapport aux résultats du sondage de 2009 et de 31% par rapport à ceux de 2006. Et 73% de personnes interrogées sont pour le début de négociations avec les talibans, soit 13% de plus que l’année 2008. Une autre enquête réalisée en août par la chaîne de télévision CNN montre que 57% des Américains se disent « opposés » à la guerre en Afghanistan contre 54% il y a un mois, 48% au mois de mai et 46% au mois d’avril. Et 36% estiment que les États-Unis sont en train de perdre cette guerre. Seuls 42% des personnes interrogées se disent désormais « favorables » à la guerre, un point de plus que le mois dernier (41%), mais moins que les 50% du mois de mai et les 53% du mois d’avril. Qui plus est, 62% des personnes interrogées estiment que la guerre n’est pas en train d’être gagnée par les États-Unis, un chiffre légèrement inférieur à celui du mois de février 2009 (64%).

En France, 70 % de la population sont opposés à l’intervention militaire française dans ce pays. Et 58% sont pour le retour de la France, entre 27 et 37% contre, et 21% sans opinion. À cela, le président Sarkozy répond : « La France restera engagée en Afghanistan, avec ses alliés, aussi longtemps que nécessaire et aussi longtemps que le souhaitera le peuple afghan ». Contrairement aux États-Unis ou à la Grande-Bretagne, la France ne compile pas de statistiques officielles sur la détresse de ses soldats de retour d’Afghanistan. Et pourtant, selon le lieutenant-colonel François-Xavier Marchand qui dit regretter cet état de fait, la proportion de militaires français qui souffrent de problèmes psychologiques est la même qu’aux États-Unis. En revanche, le nombre de suicides dans l’armée reste chez nous inférieur à celui des civils.

Wikileaks frappe fort. Fin 2008 l’ancien Premier ministre australien, Kevin Rudd, considérait que la contribution de l’Allemagne et de la France dans la lutte contre les talibans en Afghanistan se résumait à « organiser des festivals de danse folklorique », comme l’ont montré des télégrammes diplomatiques diffusés par le site. Aujourd’hui ministre des Affaires étrangères, monsieur Rudd s’était à l’époque montré impitoyable : « Dans le sud-est, les Etats-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et les Pays-Bas faisaient le dur boulot, alors que dans le nord-ouest, plutôt tranquille, les Allemands et les Français organisaient des festivals de danse folkloriques ».








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