
Introduction
6 milliards de dollars, 2.000 développeurs, 50 millions de lignes de code, sans compter les quelques milliers de bêta-testeurs, une interface graphique revue, de nombreux logiciels intégrés, le nouvel OS de Microsoft, Windows Vista, demande une puissance accrue des machines. Microsoft recommande, pour une utilisation optimale de Vista, un processeur 32 ou 64 bits cadencé à 1GHz, 1 gigaoctet de mémoire vive, une carte graphique DirectX 9 accompagnée de 128Mo de mémoire, un disque rigide d’au moins 40 giga-octets avec 15 giga-octets d’espace disponible, un lecteur DVD, une carte son et, bien entendu, un accès Internet.
Face à cette danse des milliards auxquels je ferai référence ci-bas, je m’interroge et je m’inquiète des nouvelles tendances que semblent vouloir imposer, à l’ensemble des consommateurs, Microsoft et l’industrie informatique dans son ensemble. Afin d’éviter toute ambigüité, je travaille sous Windows XP et je viens d’acquérir un ordinateur double cœur avec un gigaoctet de mémoire vive. Bref, je serais prêt à migrer vers Windows Vista. Mon scepticisme fait fuir cette tentation de migrer vers Vista. Trop d’inconnus me font douter de la pertinence d’un tel choix. Au cours de la prochaine analyse, voyons ce qui milite en faveur de cette migration et ce qui pourrait limiter considérablement ce choix.
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Les ventes en 2007
Au cours de la prochaine année 2007, les analystes prévoient des ventes d’environ 100 millions de PC fonctionnant sous Vista, ce qui représenterait quelque 10 pour cent des ordinateurs dans le monde. Le nouveau système d’opération WINDOWS VISTA devait
- rapporter 4 milliards de dollars supplémentaires à Microsoft
- générer 70 milliards de dollars pour le secteur informatique mondial
- créer des dizaines de milliers d’emplois.
La vente de logiciels représente pour Microsoft environ 30 pour cent de son chiffre d’affaires et deux-tiers de son bénéfice d’exploitation. A n’en pas douter, Windows Vista constitue un enjeu de taille puisque Microsoft espère qu’au moins 60 pour cent des acheteurs se tourneront vers la version Premium de l’OS. Réaliste toutefois, Microsoft doit se rappeler du fait que si 85 pour cent des particuliers ont opté pour Windows XP, ce système d’exploitation n’est présent – cinq à six ans après sa sortie – que dans 60 pour cent des PME/PMI.
Ted Schadler, analyste chez Forrester et auteur du rapport «Prévisions du taux d’adoption de Windows Vista chez les consommateurs», estime pour sa part que le pactole ne sera pas au rendez-vous : douze millions de foyers adopteront Vista en 2007 et que ce nombre s’élèvera à 73 millions qu’en… 2011. L’analyste considère donc que Microsoft doit faire davantage d’efforts pour pousser de l’avant les ventes de son nouveau système d’exploitation. « Ce n’est pas parce que la compagnie a été en retard dans ses échéanciers que c’est au consommateur de payer la facture », écrit-il.
Question : quelle était l’urgence de proposer aux consommateurs un nouveau système d’exploitation qui oblige ces derniers à modifier substantiellement leur PC ? Qui y gagne ? Le consommateur ou l’industrie ?
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Migration de XP vers VISTA
Si vous possédez actuellement une licence Familiale de Windows XP et que vous comptez par exemple acheter une version mise à jour Familiale Premium de Vista, l’installation ne pourra se faire que si l’ancien système est installé. Il sera impossible donc d’utiliser le DVD d’installation de Vista mise à jour pour installer un système neuf. En cas réinstallation complète, il est obligatoire de disposer de l’ancien système, de l’installer au préalable avant même de penser à faire la mise à jour Vista. Les versions complètes ne possèdent aucune de ces limitations qui risquent fort d’agacer les utilisateurs. Pour ceux ou celles qui préfèrent poursuivre avec Windows XP, le support technique de Windows XP, éditions Familiale et Media Center, prévu à l’origine se terminer en avril 2009, va être étendu jusqu’en 2014.
Question : Microsoft se sert-il de sa position dominante pour dicter des règles le favorisant au détriment des droits des consommateurs ? Cette limitation n’a-t-elle pour seul objectif qu’enrichir Microsoft et appauvrir le consommateur qui n’a d’autre droit que d’opter pour une version complète ?
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Les commentaires des initiés
Bruno Guglielminetti, du quotidien Le Devoir, ne fait pas dans la dentelle : « Après avoir eu droit à l’équivalent de deux heures de cours intensif pour apprivoiser la bête, gracieuseté des divers services de Microsoft, je n’y vois encore qu’une mise à jour de Windows XP. On a changé l’interface, on a ajouté un module de gestion de l’information très robuste, beaucoup mieux qu’auparavant et on a ajouté quelques couches supplémentaires de sécurité. Trois fonctions importantes certes, mais, quand même, rien à voir avec la révolution qu’ont amenée Windows 95 ou XP dans nos vies. [...] En partant, le nouveau Vista demande trop d’une machine; à moins d’avoir déjà fait l’acquisition d’un de ces nouveaux PC qui carburent aux doubles processeurs, vous risquez de vous retrouver avec une trottinette alors que vous aviez une motocyclette. [...] Et si vous vous demandez encore pourquoi Microsoft mettra sur le marché demain sa nouvelle version du système d’exploitation alors que votre Windows XP fonctionne encore très bien. Dites-vous que c’est une question d’argent. Microsoft a besoin de faire entrer des centaines de millions de dollars dans ses coffres pour financer ses opérations ailleurs dans l’industrie, notamment dans le développement de toute l’offre gratuite sur Internet, pour ne pas perdre devant le géant Google. »
Clubic a procédé à une excellente analyse en profondeur de Windows Vista. L’équipe de rédaction conclut que : « Windows Vista est un bouleversement majeur de nos habitudes informatiques quotidiennes, oui, Windows Vista n’est pas parfait, oui, Windows Vista est plus gourmand que ses prédécesseurs, mais non, il ne s’agit certainement pas d’un simple « skin » de Windows XP. En définitive, les qualités de Vista nous semblent suffisamment nombreuses et convaincantes pour que le système s’impose. Il faudra cependant du temps et rien ne presse encore pour les utilisateurs de Windows XP d’autant qu’en bons arbitres nous décernons à Microsoft un carton rouge pour les prix artificiellement élevés de Vista en Europe et un carton jaune pour le choix de Microsoft d’interdire les installations « propres » avec les éditions mises à jour de son nouveau système d’exploitation. »
La rédaction de 01net, qui a consacré également une excellente analyse de Windows Vista, commente ainsi cette nouvelle mouture : « Chez Microsoft, les versions se suivent et se ressemblent bien plus qu’il n’ose l’avouer. Pour ne plus être qualifié de « passoire », le Service Pack 2 de Windows XP a emprunté à Vista une partie de ses fondations. Celles-ci sont donc d’ores et déjà disponibles pour les utilisateurs de XP. C’est aussi le cas de plusieurs composants, accessibles gratuitement en téléchargement : le navigateur Internet (Internet Explorer 7), l’antispyware (Windows Defender), le gestionnaire multimédia (Windows Media Player) le moteur de recherche (Windows Desktop Search) et autres. »
Faut-il s’en surprendre, Linus Torvald, le père de Linux, se montre sceptique face au Windows Vista qui, selon lui, n’apporte aucune avancée révolutionnaire. « Je ne pense pas que quelque chose comme Vista puisse changer la façon de travailler des gens. Je pense qu’à un certain degré, il a été présenté comme quelque chose de complètement nouveau mais je ne pense pas que ce soit une réalité », a-t-il déclaré au site Computerworld. « L’interface de Vista apparaît certes différente mais ne change pas fondamentalement le système d’exploitation », a-t-il précisé. « Une des choses que nous devons noter concerne la configuration matérielle très puissante requise pour faire tourner Vista, et cela pourrait finalement aider Linux parce que les gens vont remarquer que Linux peut être installé et très bien tourner sur leurs machines même si ces mêmes machines ne peuvent accueillir Vista ».
David Barth, vice-président de Mandriva (éditeur français éponyme d’une distribution Linux) n’y allait pas par quatre chemins : « L’aspect 3D est en retard par rapport à Linux ou Mac OS, [...], Internet Explorer copie Firefox, le produit est « lourd », avec des prérequis matériel vertigineux. L’OS de Microsoft ressemble à un dinosaure aux couleurs un peu passées. »
Question : Quelle part faut-il accorder à l’objectivité de ces commentaires ? Vaut-il mieux ainsi attendre avant d’installer la version Windows Vista ? Quelle valeur ajoutée cette version offre-t-elle au simple utilisateur d’un ordinateur ? Les contraintes sont-elles un frein suffisamment sérieux à l’adoption de cette nouvelle version ?
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Des fonctions cachées
À la demande d’Hollywood, Microsoft a ajouté, dans Vista, une fonction de protection contre les copies numériques des films haute-définition. Pour lire un film en qualité haute-définition avec un PC sous Windows Vista, il faut avoir un écran compatible HDCP, sinon la qualité est dégradée. Pour gérer cette “fonctionnalité”, Microsoft doit payer une licence qui est au final supportée par le consommateur. Double peine. Windows effectue chaque seconde 30 vérifications pour s’assurer que le contenu haute-définition ne subit pas d’attaque. Ce sont des millions d’utilisateurs pénalisés pour éviter à quelques hackers de réaliser des copies des films. Ce sont aussi des milliers d’heures de recherche et de développement dépensées dans cette folie paranoïaque de la surprotection des données et des œuvres.
En quelques semaines, le château de cartes s’écroule. Le HD DVD d’abord, puis rapidement le Blu-Ray, ont été compromis par un seul homme, muslix64. Il est parvenu à réaliser des copies des films haute-définition sans même casser la protection AACS, mais simplement en simulant un logiciel de lecture. Et l’on apprend aujourd’hui que les DRM si coûteux de Windows Vista sont à leur tour craqués.
Joe Wilcox, analyste chez Jupiter Research, explique que Microsoft tente de servir deux maîtres : Hollywood qui veut que son contenu soit protégé coût que coût, et le consommateur qui veut accéder facilement et naturellement à tout son contenu. Microsoft n’est pour autant pas directement responsable de cet état de fait. L’industrie décide, l’industrie choisit et l’industrie implante de nouvelles technologies, et si la firme de Redmond ne souhaitait pas intégrer ces technologies, son système serait irrémédiablement mis au ban des « grands » de ce monde.
Peter Guttman, un ingénieur de l’Université de Auckland en Nouvelle Zélande, publiait sur Internet un essai appelé “Une analyse des Coûts de la Protection des Contenus de Windows Vista“. A consulter rapidement la version française de cette analyse.
La Fondation pour le Logiciel Libre (Free Software Foundation, FSF), “Defective by Design” exhorte tout les techniciens à s’engager dès le début de la campagne. « Les techniciens sont très conscients des dangers que posent les DRM », a déclaré Peter Brown, directeur général de la FSF. « Nous considérons ceci comme le bout de l’iceberg et il est de notre devoir d’agir à ce sujet ». Selon Brown, la communauté technologique est particulièrement qualifiée pour mener cet effort. « Nous sommes au courant de la connivence des grands médias, des fabricants de matériel et des éditeurs de logiciels propriétaires pour nous enfermer », poursuit-il. « Ils veulent infiltrer leurs DRM dans tous nos ordinateurs et dans toutes nos maisons. »
Questions : Encore une fois, Microsoft tente de servir le roi tout en ménageant les sujets. Faudra-t-il un jour que les gouvernements révisent la notion même de droit de propriété et le droit à une utilisation complète d’un logiciel après rémunération ? Microsoft peut-il, de sa position dominante, favoriser l’industrie et imposer en catimini des restrictions et des barrières aux utilisateurs de Windows Vista ?
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La concurrence
Le Comité Européen pour les Systèmes interopérables (ECIS) dénonce à nouveau les dérives du nouveau système d’exploitation de Microsoft. Windows Vista enfreindrait la réglementation européenne sur la concurrence et constituerait donc un frein à la libre concurrence. Est cette fois mis en cause le XAML qui serait programmé pour remplacer le HTML, tout en étant dépendant de la plateforme Windows. L’Europe commence à se pencher sérieusement sur le cas Vista après que le Comité Européen pour les systèmes interopérables eût dénoncé les pratiques de Microsoft appliquées dans Vista. « Les même pratiques qui ont été jugées illégales par la Commission Européenne il y a trois ans sont à présent mises en œuvre dans Vista », explique le comité. Microsoft ne crie pas trop fort que le lancement de Windows Vista coïncidera jour pour jour avec celui d’Office, sa suite bureautique, et Windows Live OneCare, son antivirus grand public.
Il semblerait qu’une « Edition N » de Windows Vista, comparable à Windows XP N, soit déjà sortie des presses de Microsoft et pourrait être disponible à la vente en même temps que les autres versions. Cette édition N, qui propose une version de Windows dépourvue de certains outils comme Windows Media Player, sera vendue au même prix que les versions « Edition Non N ». Qui voudra acheter une version moindre à un prix égal ?
Question : Au-delà des vœux pieux, s’agit-il ici de gros sous ? Le Comité européen doit-il se donner une obligation de vigilance à l’égard des pratiques illégales de Microsoft dénoncées par la concurrence ? Le même comité risque-t-il sa crédibilité en faisant droit aux dénonciations de la concurrence ? Le Comité européen va-t-il réagir face à l’intention de Microsoft d’offrir une version N au même prix qu’une version intégrale, sachant en cela que Microsoft se joue bien des efforts de l’Union pour satisfaire tout un chacun de l’industrie ? Qui est le dindon de la farce ?
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Open Source ou Closed Source ?
Le Parlement de la Communauté française et le Parlement francophone bruxellois viennent de lancer ensemble un marché public portant sur la réalisation d’un ensemble d’outils de gestion du travail parlementaire. Le projet Tabellio doit être développé sous licence libre. Né de cette volonté de partager les coûts et éventuellement de rendre le fruit de ce travail disponible à d’autres institutions, belges ou étrangères, le cahier des charges prévoit donc que, lors de la phase d’analyse, le soumissionnaire choisi devra prendre contact, pour chaque module à développer en open source des projets ou pour rechercher des projets ayant déjà été développés dans une solution similaire.
L’United Nations University de Maastricht a effectué, pour le compte de la Commission européenne, une étude sur l’impact des logiciels « open source » relativement à l’innovation et à la concurrence dans le secteur ICT européen. Les résultats abondent nettement dans le sens de l’open source. L’open source s’avère dans quasiment tous les cas substantiellement meilleur marché que le « closed source » et rapporte aussi davantage à l’économie. Potentiellement, ces logiciels permettraient d’économiser, au cours des vingt prochaines années, 36 pour cent des dépenses R&D. Les enquêteurs ont également calculé que la part de l’open source dans l’ensemble des investissements en logiciels passera des 20 pour cent actuels à 40 pour cent, ce qui ferait croître le BIP de l’UE de 0,1 pour cent (sans compter les avantages pour l’industrie ICT même). Cela représenterait annuellement 10 milliards d’euros supplémentaires pour l’économie. La Commission européenne s’accorde un espace critique face à la campagne « Get the Facts » de Microsoft.
Question : Quelles sont les tendances de l’Union européenne face au débat entre open source et closed source ? Quels efforts consent l’Union européenne pour accorder à l’industrie des logiciels libres une aire de développement et d’innovation ? Existe-t-il au sein de l’Union et de ses constituantes un Projet Tabellio ?
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Mac ou Windows Vista ?
J’invite les utilisateurs à poursuivre leur questionnement en consultant les liens suivants :
Dans l’actualité
Yahoo Questions/réponses
Yahoo Questions/réponses II (avec des liens vidéo instructifs)
Un débat télévisuel sur Youtube
Conclusions
Beaucoup de questions. Un scepticisme croissant. Qui, du consommateur ou de l’industrie, aura raison ?