Les 100 jours de Sarkozy : « la France est sous hypnose »

24 08 2007

Nicolas Sarkozy fait tout pour plaire. Il démontre une obsession de l’ubiquité. Il semble éprouver un intérêt pour les faits divers. Un grand intérêt même. La question toutefois reste importante : le peuple attend-t-il de son président qu’il soit présent dans tous les faits divers de l’actualité française et, s’il en était capable, de l’actualité européenne ?

Comme l’indique Ghislaine Ottenheimer, (Challenges), le président reçoit les dirigeants syndicaux, cajole les chefs de l’opposition, consulte les représentants des associations, visite des usines, inspecte des écoles, inaugure des tramways, reçoit les parents des victimes. Il bouge tout le temps. S’exprime sur tout. On dirait qu’il n’y a pas un Nicolas Sarkozy, mais cinq, dix… Les Français sont médusés. A force d’injonctions verbales, de gestes symboliques, de transgressions politiques, Nicolas Sarkozy a su capter leur attention et leur suggérer, que voilà, ça y est, la France était en train de changer, qu’elle allait bientôt aller mieux, qu’elle avait à nouveau un avenir.

Il ouvre une plage de son horaire au père et au grand-père d’Enis, ce petit garçon kidnappé par un pédophile récidiviste. Le président s’est pourfendu, à cette occasion, dans une déclaration qui a laissé plus d’un pantois. Dans la même semaine, il se rend dans le Finistère aux obsèques du marin-pêcheur, Bernard Jobard, décédé par suite d’une collision de son bateau avec un cargo battant pavillon des îles Kiribati. M. Sarkozy a également rencontré la famille du journaliste franco-canadien, Guy-André Kieffer, disparu en Côte d’Ivoire en 2004 et que la famille n’hésite pas à qualifier d’affaire d’État.

Chouaib Lusikama, victime de propos racistes de la part de son professeur de mathématiques, vient d’être reçu par le président. Pendant des mois, Chouaib Lusikama a subi jour après jour des remarques racistes de la part de son professeur de mathématiques. Il se voyait ainsi traité devant toute la classe de « Bamboula » et autres sobriquets. L’enseignant a été condamné à un mois de prison avec sursis par le tribunal d’Épinal. Nicolas Sarkozy aurait expliqué au père et à Chouaib qu’il est président de tous les Français et de la République et que ces propos ou discriminations ne doivent jamais exister dans la République.

Patrick Vieira, capitaine de l’équipe de France de football, a également eu le privilège d’être reçu à l’Élysée. Il compte sur le soutien de Nicolas Sarkozy pour développer un projet éducatif en Afrique. Patrick Vieira était accompagné de deux ex-footballeurs, Bernard Lama (ancien gardien de but notamment du Paris SG), et Jimmy Adjovi Boco, franco-béninois et ancien défenseur de Lens. Le capitaine de l’équipe de France a affirmé que la France apporterait « un soutien financier » au projet. De quel ordre ? « On n’en est pas encore là », a-t-il répondu.

Vendredi, M. Sarkozy se rend au Pays basque et à Arcachon (Gironde) pour un déplacement sur les thèmes de la lutte antiterroriste, de la pêche et du tourisme. Et « l’hyperprésident » a bien intention de poursuivre au même rythme la semaine prochaine et les suivantes. « Je confirme que la rentrée sera animée, et au-delà des 100 prochains jours », a déclaré le porte-parole de l’Élysée, David Martinon.

Comme le rapportent Les Échos, en Europe, les faits et gestes du président français ne passent pas inaperçus. « Sarkozy va obliger les pédophiles à choisir : la castration ou la prison à vie », titre le quotidien espagnol « El Mundo » (droite) après l’annonce des mesures sur le suivi des délinquants sexuels. Un peu plus nuancé, « El Pais » (gauche) retient que l’objectif de Nicolas Sarkozy est « d’isoler » les pédophiles et de durcir les peines pour les récidivistes. L’Italie aussi suit ce débat. Le « Corriere della Sera » donne la parole à l’ancien ministre des Réformes institutionnelles, Roberto Calderoli. Ce dirigeant de la Ligue du Nord (extrême droite) « jubile » devant la réponse « sérieuse et concrète » de Nicolas Sarkozy et rappelle qu’il fut attaqué « comme un criminel » lorsqu’il avait proposé, il y a trois ans, « la castration chimique » pour les pédophiles.

« Il Sole 24 Ore » préfère, selon Les Échos, approfondir un autre sujet qui a tenu en haleine les gazettes cet été. Il dresse le portrait très complet de « l’ami italien » de Nicolas Sarkozy, ou plutôt de « l’ami italo-américain » du président français. Car, précise le journal, Roberto Agostinelli, qui vient d’accueillir la famille Sarkozy dans une propriété de rêve du New Hampshire, louée 44.000 dollars, est à cheval entre les deux pays. Républicain affiché, Roberto Agostinelli soutient dans la course à la Maison-Blanche Rudolph Giuliani. Si l’ancien maire républicain de New York devient président des États-Unis, conclut « Il Sole », « Agostinelli espère pouvoir établir un fil direct entre l’Élysée et la Maison-Blanche ».

Ghislaine Ottenheimer, (Challenges), constate que la « France est sous hypnose ». Avec 65% d’opinion favorables dans le sondage LH2 paru le 22 août dans Libération, Nicolas Sarkozy résiste à tout. Au temps, au style, aux polémiques, aux attaques. Rien n’y fait. Ni les indignations sur le comportement de son épouse, ni les interrogations sur les contrats d’armement en Libye, ni les critiques sur ses vacances payées par des amis milliardaires, ni l’annonce d’une franchise médicale, ni la croissance menacée, ni les nuages qui pointent à l’horizon sur fond de crise financière : rien n’a entamé la bonne opinion qu’ont les Français de leur nouveau président.

Ghislaine Ottenheimer avance deux explications à cette situation. La première explication est politicienne : en pratiquant l’ouverture, Nicolas Sarkozy obtient un relativement bon score chez les sympathisants de gauche. Ils sont 43% à lui faire confiance! La deuxième est plus psychologique. Les Français ont le sentiment qu’il y a enfin un pilote dans l’avion. Le nouveau président de la République se donne bien du mal pour obtenir des résultats. Il légifère, réagit, bouscule. Il n’hésite même pas à s’attribuer certaines réussites : mini-traité européen et la libération des infirmières bulgares.

Une surprise de taille vient de bousculer la stratégie de Nicolas Sarkozy. Moscou joue les mauvais garnements, cette fois-ci au détriment du président français. Le ministère des Finances russe a annoncé qu’Alexeï Mojine, représentant de la Russie au conseil d’administration du FMI, désirait voir le Tchèque Josef Tosovsky en devenir le prochain directeur. La belle unanimité autour de Strauss-Kahn s’effondre. Prague n’appuie pas le Tchèque Josef Tosovsky mais se tourne vers le candidat de la France. La rapidité avec laquelle le nouveau président français, Nicolas Sarkozy, a imposé la candidature de M. Strauss-Kahn lui assurait une longueur d’avance est venu brouiller les cartes (Vremia Novostieï ). Le Galloping President indispose plus qu’il ne dispose, dans ce cas-ci.

Il semblerait, selon le Courrier International, que Berlin n’apprécie pas certaines des initiatives politiques du président français, en particulier la tournure protectionniste de sa politique industrielle. La chancelière allemande s’est donc déplacée à Londres le 22 août. Son objectif : renforcer ses liens personnels et politiques avec son homologue britannique afin de sortir du face-à-face avec le président français, explique le Financial Times.

Marcel Gauchet, philosophe, est présenté, par l’Express, comme un des analystes les plus pertinents de la vie politique. Le philosophe constate que la fonction classique d’analyse, de mise en forme des différentes options du débat disparaît. Les hommes politiques dépendent de plus en plus des médias, puisqu’ils n’ont que ce relais pour s’adresser aux populations, à la suite de l’effondrement des partis. Par conséquent, ils se sont calqués sur les mœurs des médias, dont ils ont désormais une science exacte. Du coup, les médias ne peuvent qu’accompagner des candidats aussi parfaits dans leurs opérations de marketing. Et la boucle est bouclée.

La France populaire ne peut se contenter de sourire à ces pirouettes médiatiques. Des questions plus graves l’attendent. Certains indicateurs économiques fléchissent : croissance molle, commerce extérieur déficitaire. Des économistes s’impatientent : il est nécessaire de mener des réformes structurelles, avant de prendre des mesures pour améliorer le pouvoir d’achat, comme le fait M. Sarkozy. Les Français et Françaises ont-ils bien perçu le message du Premier ministre qui a indiqué que des « réformes structurelles » pour « améliorer la compétitivité » de l’économie française seraient amorcées à la rentrée ? Il annonce par exemple une réforme radicale du crédit d’impôt recherche pour que 100% des dépenses de recherche soient prises en compte, mesure qui s’ajoute à quelques autres : franchises de santé, fusion ANPE-Unedic, réforme des retraites, autant de chantiers « désormais en phase active », selon le chef du gouvernement. Il est compréhensible que le président veuille éviter une rentrée sociale chaude. Les mauvaises nouvelles économiques sont un motif suffisant pour qu’un débat sur les orientations du gouvernement Fillion soit tenu à l’Assemblée nationale et que le peuple soit consulté. Les observateurs politiques surveilleront très certainement de près les mesures qui seront proposées par la commission Attali sur les freins à la croissance en France. En général, les commissions à caractère économique proposent souvent des mesures qui prennent l’allure d’électrochocs heurtant de plein fouet le peuple.

D’autre part, la confirmation par le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, que quelque 11.200 fonctionnaires de l’Éducation nationale partant à la retraite ne seront pas remplacés, en 2008, (le chiffre de 11.200 suppressions de postes se répartit entre le public (9.800) et le privé (1.400)), provoque déjà l’émoi des syndicats. « La suppression d’emplois dans la fonction publique sans qu’il y ait de débat sur les objectifs, les missions de la fonction publique, ne me semble pas la bonne méthode », a déclaré le secrétaire général de la CFDT. « Personne ne peut raisonnablement défendre qu’une telle ponction ne peut être sans conséquence sur l’offre de formation », indique le Snes.

Une telle réduction des ressources pédagogiques aura-t-elle un impact sur l’enseignement ? Un rapport du Haut conseil de l’Education (HCE) montrerait qu’environ 15% des élèves du primaire ont de grandes difficultés dans l’apprentissage des fondamentaux, dont la lecture. Créé par la loi Fillon sur l’Ecole, le HCE, composé de neuf membres de toutes tendances, rend des avis et un rapport annuel. « La vérité, c’est que pour 60% des élèves, ça se passe très bien, pour 15% très mal et, entre les deux, il en reste 25%, une population intermédiaire qui n’est pas en situation de faire des études au collège dans de bonnes conditions », a expliqué une source anonyme à l’AFP. Qui débattra de ces questions sinon les parlementaires ? La population jugera peut-être un jour que ces problématiques nationales ne sont plus des faits divers.

Nicolas Sarkozy souffle le chaud et le froid. Il rassure et inquiète. Depuis son élection, les sondages montrent une forte progression de l’optimisme chez les chefs d’entreprises, un regain d’espoir chez les salariés, surtout chez les jeunes, mais aussi une forte inquiétude. L’Union syndicale des magistrats (USM) est sans appel. Le syndicat n’apprécie pas les mesures annoncées par le président de la République. « Comme à chaque fois, on légifère sous le coup de l’émotion et on fait des mauvaises lois », a ainsi déclaré son porte-parole, avant d’ajouter : « Il n’y a rien de nouveau dans les mesures qui sont annoncées. Soit on re-réforme des choses qui ont été modifiées au cours des deux dernières années, soit on réinvente des choses qui existent déjà ».

La majorité présidentielle à l’Assemblée nationale ne semble pas inquiète et ne voit aucune dérive dans les récentes déclarations du président Sarkozy. Au contraire. « Le président de la République a réaffirmé, comme il le fait depuis septembre 2005 et sans avoir peur des mots, qu’un délinquant sexuel ne doit sortir de prison sans avoir été soigné, qu’il le veuille ou non », ont ainsi souligné les porte-parole de l’UMP, Nadine Morano et Yves Jego. Sauf que ces porte-paroles n’indiquent pas à quel moment le délinquant sexuel doit être traité : pendant son séjour en prison ou au moment de sa libération. L’ancien ministre de la Justice, Pascal Clément, est plus sceptique : « La question posée par la proposition du président, c’est de savoir si l’on peut distinguer le criminel sexuel des autres », a expliqué Pascal Clément. Et de conclure : « Je souhaite bien du courage à la Chancellerie pour la mise en place juridique des solutions. Ce n’est pas fait ! »

Patrick Devedjian déclarait, dans une entrevue au Figaro, que le style et l’action de Nicolas Sarkozy contribuent beaucoup, c’est vrai, à moderniser nos institutions et à les rendre plus simples et plus transparentes. « Il fait descendre l’État de son piédestal et le rapproche des préoccupations des citoyens ». C’est la fin d’une exception française, qui était d’ailleurs une hypocrisie, selon laquelle le président élu ne gouvernerait pas. Le porteur de la légitimité est celui qui décide. Selon monsieur Devedjian, le président a le droit d’avoir des amis qui l’invitent, et même des amis riches.

A ce rythme, il est possible qu’un jour, fatigué de telles extravagances et des galipettes quotidiennes, le peuple invite le président à descendre de son piedestal et à rendre compte de sa gestion. Plus brutalement et plus rapidement que monsieur Devedjian ne le croit.

Il faut voir, sur une échelle restreinte, comment réagissent les lecteurs du quotidien Le Monde sur les 100 jours de Nicolas Sarkozy. On peut y lire quelques vérités intéressantes dont celle-ci : « Trop de “show” à l’américaine pour chaque mouvement de ce président. Plus de modestie siérait aux finances de l’état ! »

 

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Le poids de l’Afghanistan pèse de plus en plus lourd au Québec

23 08 2007

sylvain-longtin_100.1187823844.jpgLe soldat Simon Longtin, 23 ans, est mort le 19 août 2007. Au champ d’honneur, comme le dit si bien la tradition militaire. Vers 1h40, heure locale, le véhicule léger blindé (VLB) qu’il conduisait a été complètement soufflé par l’explosion d’un engin explosif improvisé. La bombe était dissimulée sur une route secondaire, à une vingtaine de kilomètres de Kandahar. Nous étions des témoins passifs lorsque, dans les actualités télévisées, les cercueils de jeunes américains défilaient les uns derrière les autres. Nous étions des acteurs passifs lorsque, dans des entrevues tristes à pleurer, les mères, conjointes, pères ou conjoints se confiaient jusqu’à fendre l’âme de n’importe lequel des auditeurs, voyeurs passifs.

Cette fois-ci, Simon Longtin est des nôtres. Un Québécois. À peine sorti de l’adolescence. Un soldat américain ne sacrifie-t-il pas sa vie au même titre qu’un jeune soldat québécois pour une même cause ? Servir son pays ? Sans l’ombre d’un doute. La proximité toutefois rend la douleur plus insupportable. Plus difficile. À la limite même d’une révolte à peine réprimée.

Lorsque le téléphone a sonné à la résidence des Longtin, c’était pour apprendre la tragique nouvelle. La famille a émis un communiqué. Démarche plutôt inusitée : « Il n’est jamais facile pour des parents de perdre un de leurs enfants, indiquait le communiqué. Nous sommes dévastés par la mort de notre Simon, disparu dignement alors qu’il servait son pays avec beaucoup d’honneur et de fierté auprès de ses frères d’armes en Afghanistan ».

Avant de quitter l’Afghanistan, 1000 soldats de 37 pays avaient salué la dépouille du soldat Longtin. Bien mince consolation. Le soldat est mort quand son véhicule blindé léger a sauté sur une bombe artisanale. Le soldat Longtin est le premier soldat du Royal 22e Régiment, basé à Valcartier, à mourir en Afghanistan. Mais elle porte à 67 le nombre de Canadiens – 66 soldats et un diplomate – morts en Afghanistan depuis 2002.

Tant de choses ont été dites depuis le retour de Simon. Un lieutenant-colonel à la retraite, Rémi Landry, rappelle d’expérience qu’il ne faut pas penser que les soldats sont insensibles. Mais ce sont des professionnels qui sont entraînés au fait de la mortalité. Un autre lieutenant-colonel à la retraite, Michel Drapeau, croit pour sa part que les troupes devraient être plus motivées pour la mission, afin que la mort de Simon Longtin n’ait pas été inutile : « Tous les militaires s’attendent à cela. Ça n’enlève rien à la peine de la perte d’un camarade, mais l’esprit de corps s’en trouve accru ». Casey McLean, major et commandant intérimaire des Forces canadiennes, a indiqué que les soldats québécois gardaient le moral, malgré la mort d’un des leurs. « C’est un décès qui va affecter tout le monde, même nos membres, car c’est un de nos gars, dit-il. Mais le moral demeure, les gars croient vraiment en la mission ».

Tout a été dit, vous dis-je. Les langues se délient : « Il est improbable que ce soldat soit le seul mort, c’est plutôt le début d’un nombre inconnu, dit Claude Denis, professeur de science politique à l’Université d’Ottawa. Le gouvernement risque de souffrir à mesure que les pertes québécoises augmentent ». Michael Orsini, politologue de l’Université d’Ottawa, s’interroge à voix haute : « Y aura-t-il d’autres morts? Je pense que oui, dit-il. Il faut être réaliste, la guerre, ce n’est pas rose. Et d’autres décès québécois, c’est clair que ce n’est pas une bonne nouvelle pour le premier ministre ».

Bien évidemment, dans des circonstances aussi tragiques, la douleur que ressent la population québécoise, opposée à cette présence militaire en Afghanistan, traduit son ressentiment par une chute de confiance dans les sondages. Le taux d’opposition à l’envoi de troupes québécoises est passé de 57 %, les 17 et 18 août, à 68 %, les 19 et 20 août. Le Premier ministre canadien a fixé à 2009 la durée de la mission canadienne en Afghanistan. 69 % des sondés souhaitaient le retrait des soldats canadiens avant l’échéance de 2009, indique ce sondage CROP-La Presse.

Selon Infopresse, la présence canadienne en Afghanistan et surtout le décès du soldat Simon Longtin, du Royal 22e Régiment, ont éclipsé la visite des Tres Amigos à Montebello, devenant ainsi le dossier le plus médiatisé au Québec, avec un poids de 2,61%. Les quotidiens, eux, ont surtout privilégié les importantes variations boursières, qui ont généré un volume de 2,39%. En troisième place, le sommet de Montebello et les imposantes mesures de sécurité, sans doute l’une des principales nouvelles de la semaine qui s’amorce, ont occupé 1,40% de l’ensemble de l’actualité.

Georges W. Bush, ayant appris de manière officielle du Premier ministre canadien que le Canada se retirerait à l’échéance de 2009 de l’Afghanistan, s’est confondu en compliments : « « Je crois que le Canada a fait un travail fabuleux en Afghanistan. (…) Le Canada a envoyé ses meilleurs soldats pour permettre à une jeune démocratie non seulement de survivre, mais aussi de s’épanouir. C’est une contribution importante dans la lutte globale contre les extrémistes. (…) La question fondamentale est de savoir si les nations libres vont aider les jeunes démocraties à survivre devant cette menace. Le Canada a répondu à l’appel de manière brillante», a déclaré M. Bush en réponse à une question d’un journaliste canadien ».

Inlassablement, monsieur Bush a répété qu’il croyait que lorsque la démocratie prendra racine en Afghanistan, ce sera un dur coup contre ceux qui veulent nous imposer un régime totalitaire.

Au moment de terminer cet article, j’entends aux actualités télévisées l’annonce que le convoi dans lequel prenaient place le journaliste Patrice Roy et son équipe de Radio-Canada a sauté sur une mine lundi à Gundygar, un village situé dans le district de Panjwayi, à 41 kilomètres au sud-ouest de Kandahar. Deux soldats de Valcartier et un interprète ont été tués dans cette explosion, et le cameraman-monteur Charles Dubois a été grièvement blessé à la jambe. Patrice Roy, le journaliste, n’a pas été blessé mais il souffre d’un choc nerveux.

Que peut dire dans de telles circonstances un Premier ministre d’un gouvernement minoritaire qui n’éprouve d’empathie à l’égard de sa population qu’en campagne électorale ? Des banalités : « Nos militaires défendent nos couleurs, en renfort des Nations unies. Grâce aux équipes de reconstruction canadiennes et aux soldats du Royal 22e (régiment), des ponts, des barrages, des puits, des écoles, des centres médicaux ont été faits en Afghanistan. Dans tout ce pays, le revenu par habitant a doublé en trois ans », a dit M. Harper. Reconstruction ?

Le chroniqueur du quotidien de Montréal, La Presse, s’interroge : « Ma question : Pourquoi – hors des soldats afghans qui servent de chair à canon locale – ce ne sont pas des soldats musulmans saoudiens, égyptiens, syriens, indonésiens, nigériens, marocains, tunisiens, algériens, libanais qui combattent les fondamentalistes de leur religion en Afghanistan ?  »

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Bernard Kouchner à Bagdad – Rompre avec le passé, réconcilier l’avenir

22 08 2007

19 août 2007, Bagdad. – « Les Américains ont commis erreur sur erreur. Il est impossible de refaire l’Histoire. Il s’agit maintenant de tourner la page », déclare Bernard Kouchner, un homme qui ne laisse rien au hasard.

19 août 2003, Bagdad. – Le brésilien Sergio Vieira de Mello, représentant du secrétaire général de l’ONU, et ami du ministre, était victime d’un attentat contre le Quartier général des Nations-Unies, attentat qui coûta la vie à une vingtaine de personnes. Bernard Kouchner est également l’homme des formules : « devoir d’ingérence » et « devoir d’ouverture ». N’est-il pas l’homme qui déclarait il y a moins d’un an : « La France n’est elle-même que lorsqu’elle parle au-delà de l’horizon ». Il est venu à Bagdad pour « écouter, essayer de comprendre ce qui pour certains paraît une direction positive et qui, vu de l’extérieur, nous semble une situation horrible ».

Avec cette visite à Bagdad, les États-Unis voient en Bernard Kouchner un « exemple de plus de la volonté croissante de la communauté internationale d’aider l’Irak à devenir un État stable et sûr ». En quête d’oxygène, la Maison Blanche s’autorise à entrevoir, dans ce sombre horizon, des éclaircies pour une solution au problème actuel de l’Irak : « le renforcement du mandat de la Mission de l’Onu en Irak, les récentes conférences avec les voisins de l’Irak et la décision de l’Arabie saoudite d’ouvrir une ambassade à Bagdad et d’annuler la dette de l’époque de Saddam Hussein » sont des signes annonciateurs lancés par le ministre français qui sont bienvenus.

Bernard Kouchner, en quête d’une identité propre au sein du gouvernement de Nicolas Sarkozy, marque ainsi, par sa présence à Bagdad, la première visite officielle d’un responsable français de ce rang depuis l’intervention militaire américaine de mars 2003. Pour le ministre, les Nations-Unies doivent prendre la relève : « les forces étrangères stationnées en Irak n’ont pas vocation à rester et qu’un horizon de retrait devra être défini par les Irakiens eux-mêmes ». Déclaration qui a effet d’une brise par temps de grande canicule pour Georges W. Bush, passablement écorché au cours de la dernière année. Les États-Unis pourraient ainsi se retirer sans coup férir du théâtre des opérations irakien et occuper davantage de terrain du côté de l’insondable ennemi qu’est l’Iran.

La légendaire non-ingérence mais non-indifférence française revient au premier plan de l’actualité avec ce « devoir d’ouverture » de Bernard Kouchner qui a déclaré à la radio française : « Avant, il y avait une attitude qui consistait à dire « circulez, y’a rien à voir, c’est tellement compliqué, c’est tellement fichu d’avance qu’il ne faut plus s’en occuper », et bien ce n’est pas l’attitude de la France actuelle ». C’est pourquoi aujourd’hui, le ministre des Affaires étrangères croit venu le moment de tourner la page au comportement passé des États-Unis et de la Grande-Bretagne qui traitaient, il y a peu encore, les Nations-Unies avec mépris : « Tout le monde sait que les Américains ne pourront pas sortir ce pays de la difficulté tout seuls. Plus les Irakiens demanderont l’intervention de l’ONU, plus la France les y aidera », déclare le plus simplement l’ex French Doctor.

Pour cela, il conviendrait de rappeler au ministre Kouchner ses propres écrits en février 2003. Il cosignait, avec Antoine Veil, un billet dans le quotidien Le Monde. Il écrivait entre autre chose : « L’épreuve de force diplomatique opposant les États-Unis au couple franco-allemand permet de passer sous silence la réalité des conditions de vie atroces des Irakiens et conforte Saddam Hussein. Lorsque les responsables européens interrogeaient nos alliés américains sur leurs certitudes quant à la possession d’armes de destruction massive par l’armée irakienne, lorsqu’ils leur demandaient de passer par le Conseil de sécurité, ils se montraient convaincants. Nous n’en sommes plus là. Le seul bénéficiaire des échanges acides entre « vieux Européens » et Donald Rumsfeld, c’est le dictateur de Bagdad ».

Il est intéressant de mettre en parallèle cette vision de Bernard Kouchner, à l’époque, avec celle que proposait Kofi Annan devant le « World Affairs Council », de Los Angeles, le 3 décembre 2003 : « Le monde est prêt à accepter le leadership des États-Unis, mais je pense aussi que ce leadership suscitera davantage d’admiration et moins de ressentiment, et sera en fait plus efficace, s’il s’exerce dans un cadre multilatéral, repose sur le dialogue et l’instauration progressive d’alliances par la diplomatie et s’il contribue à renforcer la primauté du droit dans les relations internationales ».

Est-ce pour éviter de heurter la grande majorité du peuple français, acquise au président Sarkozy, que le ministre Kouchner a mis un bémol aux critiques qui s’élèvent de plus en plus en Europe et ailleurs dans le monde, sur sa visite à Bagdad : « Nous nous sommes distingués très clairement de la politique américaine et nous n’avons pas été partisans de l’intervention américaine et je crois que nous avions raison », a-t-il redit lors d’un entretien téléphonique sur RTL depuis Bagdad ?

Y a-t-il lieu de poser la question : mais que veulent donc exactement les Irakiens ? Le gouvernement est éclaté, des ministres ont démissionné, des représentants américains souhaitent la dissolution du gouvernement du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki qualifié d’incompétent. La coalition de Maliki, dont les États-Unis attendent vainement la réconciliation, semble imploser par la défection d’une partie d’entre elles, notamment les membres du principal groupe parlementaire sunnite et les chiites fidèles à l’imam radical Moktada Sadr.

Pendant que Washington accuse la Syrie de laxisme aux frontières et l’Iran de saboter le processus de paix en Irak, Nouri al-Maliki et le Premier ministre syrien, Mohammad Naji Otri, appellent tous les deux à l’établissement d’un calendrier de retrait des troupes étrangères d’Irak, leur faisant porter la responsabilité des troubles : « Nous avons trouvé en Syrie un soutien au processus politique, à la réconciliation nationale et aux efforts déployés par les forces irakiennes pour stabiliser le pays », déclare tout bonnement le premier ministre irakien. Washington a toutes les raisons d’exprimer sa frustration : les États-Unis ont porté cette année de 130.000 à plus de 160.000 le nombre de « boys » pour faciliter la tâche à Maliki. Et pour indisposer davantage les américains, le président syrien a appelé, à son tour, à « créer un climat propice pour parvenir à la réconciliation nationale entre les différentes composantes du peuple irakien, susceptible de garantir l’unité et l’indépendance de l’Irak », rapporte l’agence officielle Sana.

Comme s’il avait réponse à toutes ces questions, Bernard Kouchner multiplie les appels du pied : « L’Europe doit jouer un rôle et j’espère qu’il y aura d’autres ministres des Affaires étrangères (de l’UE) qui viendront visiter l’Irak », a-t-il ajouté dans cette même interview accordée à RTL. Pour René Backmann, rédacteur en chef du service Monde du Nouvel Observateur : « Ce qui n’aide pas Bernard Kouchner dans cette affaire, c’est le fait que son voyage intervienne juste après la rencontre amicale entre Nicolas Sarkozy et George Bush. D’autant plus qu’avant cette rencontre, et avant même d’être élu, Nicolas Sarkozy avait exprimé des distances claires – voire formulé des critiques – à l’égard de la position adoptée par Paris sur la guerre en Irak et face aux relations franco-américaines en général », analyse René Backmann. […] « Même s’il est souhaité par certains Irakiens, et réclamé par des factions armées, un retrait de l’armée américaine ne déboucherait probablement pas sur une période d’apaisement, mais peut-être, au contraire, sur un chaos plus épouvantable encore. Vu de Washington – en pleine précampagne présidentielle -, et du reste du monde, un tel retrait serait inévitablement considéré comme une fuite ».

Que peut Bernard Kouchner, réputé pour son écoute, si les trois principales communautés irakiennes – sunnites, chiites et kurdes – refusent de dialoguer ? Que peut Bernard Kouchner, qui ne prétend pas être porteur d’une solution, pour réconcilier, sur les 40 ministres du gouvernement irakien, les 17 qui ont déjà quitté leurs fonctions ou décidé de boycotter les travaux du gouvernement ? Nonobstant le fait que Bernard Kouchner se dit « inquiet » de l’évolution de la situation dans le pays et qu’il estime que la France doit être présente puisque le pays a un rôle particulier dans cette région, quelles solutions proposent-ils aux Irakiens ? Une fois les nobles intentions formulées : « Je crois vraiment qu’en fonction de ce qui va se jouer ici, le monde sera changé… et nous devons en être », que restera-t-il de cette visite ?

Le ministre des Affaires étrangères n’est pas sans savoir que la résolution 1770 des Nations-Unies est prudente et qu’elle demande à la Mission d’assistance de l’ONU en Irak (Manui) d’apporter « conseil, soutien et assistance » au gouvernement irakien dans de nombreux domaines, « si les circonstances le permettent ». Ce n’est que dans un cadre diplomatique multilatéral que la France pourrait jouer d’influence et s’octroyer un rôle. Mais lequel ? Le Quai d’Orsay est très vague sur cette question. Le ministre également. L’heure semble aux visites flamboyantes, aux déclarations d’amitié, aux réconciliations franco-américaines, aux appels au devoir d’ouverture et à une certaine rupture avec le passé querelleur de la France.

Monsieur Kouchner appelle à la réconciliation des factions en Irak et au rétablissement du gouvernement irakien dans ses pleins pouvoirs. Il n’hésite pas toutefois à vilipender vertement toute critique qui le met en cause, notamment celle du socialiste Jean-Pierre Chevènement qui avait qualifié d’inopportune cette visite à Bagdad : « Jean-Pierre Chevènement a été l’un des soutiens les plus affichés au dictateur sanglant Saddam Hussein, alors! » Bien évidemment, monsieur Kouchner omet de dire qu’il fut, lui-même, l’une des voix divergentes françaises à l’heure de l’invasion américaine de l’Irak en 2003, dont il reconnaît aujourd’hui les erreurs. Le ministre a bien raison : « Il est impossible de refaire l’Histoire ».

Selon Ria Novosti, en terminant, et comme l’a écrit le San Francisco Chronicle, « le rapprochement des positions de Paris et de Washington sur la question irakienne est sans doute pour beaucoup le résultat de la décision des Etats-Unis de partager les dividendes pétroliers de leur campagne en Irak avec leurs partenaires en Europe et ce, en échange d’un soutien à la politique américaine au Proche-Orient. Un peu plus d’une semaine après cela, le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner était déjà accueilli à sa descente d’avion à Bagdad ». Ria Novosti poursuit : « il est tout à fait évident que les négociations de M. Kouchner à Bagdad constituent une nouvelle preuve explicite du rapprochement entre Washington et Paris. Il est tout aussi évident que l’Irak n’y perd rien, car plus il y aura de forces extérieures intervenant à partir de positions uniques à l’égard de ce pays, mieux cela vaudra pour lui. Quant à la France, y gagnera-t-elle? Qui vivra verra ».

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Ce sujet est également traité sur Republicae

Cet article fait l’objet d’une publication sur Agoravox

 

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Selon Dick Cheney, les Iraniens vont accueillir les envahisseurs américains à bras ouverts

21 08 2007

Pour l’instant, c’est encore une guerre de mots. Avant, peut-être la guerre des armes ? Ce samedi, Mahmoud Ahmadinejad a, une fois de plus, montré sa détermination à discréditer Israël : « ce pays représente l’étendard de Satan et il est sans doute en voie de désintégration ». « Quand la philosophie à la base de la création d’un régime est remise en cause, il n’est pas improbable qu’il se retrouve sur la voie du déclin et de la dissolution », a soutenu le président iranien. N’avait-il pas affirmé, il y a peu, que les Libanais et les Palestiniens avaient pressé le « bouton du compte à rebours » pour mettre un terme à l’existence de l’État d’Israël ? Pour l’instant, l’État hébreux fait la source oreille aux attaques verbales d’Ahmadinejad. Il s’en trouve pourtant qui craignent de plus en plus de voir Israël se lancer une attaque éclair pour détruire les sites atomiques de l’Iran, forte de la conviction des États-Unis que l’Iran fabrique secrètement des armes nucléaires.

Les États-Unis sont insatisfaits de la tournure des évènements aux Nations unies, où leur volonté d’imposer de nouvelles sanctions à l’Iran se heurte à celle des autres membres du Conseil de sécurité. Washington impose déjà des sanctions commerciales unilatérales à l’Iran. Selon les diplomates à New York, trois membres permanents occidentaux du Conseil de sécurité (États-Unis, France, Grande-Bretagne) y sont favorables mais la Chine et la Russie devraient, comme à l’accoutumée, se montrer plus réticentes : le Premier ministre britannique Gordon Brown a jugé de son côté « probable » une nouvelle résolution de l’ONU sanctionnant l’Iran. Moscou et Pékin craignent qu’une 3e résolution n’affecte directement leurs intérêts économiques en Iran.

Le gouvernement américain annonce un budget substantiel de 30 milliards de dollars pour armer cinq pays arabes du Proche-Orient, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, le Koweït, le Bahreïn et la Jordanie, et une augmentation substantielle de l’aide financière et militaire accordée à Israël, tout cela dans le but de contrer l’Iran. Le sous secrétaire d’État américain, Nicolas Burns, vient de le réaffirmer : « Lorsqu’un ami des États-Unis se trouve dans une région aussi dangereuse que celle-ci, nous apportons notre soutien. C’est un investissement à long terme et l’Amérique a un intérêt majeur à la sécurité d’Israël ». Cette assistance militaire et financière a pour but également de permettre à Israël de continuer à développer une économie de croissance malgré les menaces qui se développent dans la région. Pour la Frankfurter Rundschau : « favoriser une course à l’armement au Proche-Orient revient à jeter de l’huile sur le feu. Il y a encore un espoir que cette stratégie reste à l’état de projet à Washington : le Congrès doit, en effet, encore donner son aval au projet présidentiel ». Et selon le journal, il serait souhaitable qu’il ne le donne pas.

Moscou est de plus en plus irrité par l’attitude des États-Unis au Proche-Orient, craignant une mainmise régionale au détriment de ses intérêts. Selon le quotidien, Nezavissimaïa Gazeta, Moscou amorce la livraison, à la Syrie, de 50 systèmes Pantsyr pour près de 900 millions de dollars (SA-22, dans la terminologie de l’Otan). Un haut responsable de l’industrie militaire russe dément ces informations tout en estimant, toutefois, qu’il n’y aurait, en principe, « aucun obstacle » à une livraison de ces systèmes directement à l’Iran, si ce pays le souhaitait. Vladimir Poutine a pris la décision de reprendre les vols permanents de l’aviation stratégique russe suspendus en 1992. Il rappelle, qu’en 1992, la Russie avait suspendu ses vols stratégiques unilatéralement. « Hélas, tout le monde n’a pas suivi notre exemple », constate M. Poutine, ajoutant que cela créait des problèmes pour la sécurité russe.

À ce propos, l’’historien Michael Stürmer, ex-conseiller du chancelier allemand Helmut Kohl, constate que les Occidentaux ont fait pas mal d’erreurs vis-à-vis de Moscou en ne saisissant pas que la Russie voulait se tailler une place digne d’elle dans le monde. En absorbant la Géorgie et l’Ukraine, l’OTAN agit, selon l’historien, sur la Russie comme un morceau d’étoffe rouge sur un taureau. Il voit là une grande erreur se disant pas du tout convaincu de la nécessité de déployer le bouclier antimissile américain en Europe de l’Est.

Du côté de la Syrie, le ministre des affaires étrangères, Walid al-Mouallem, vient de déclarer, lors d’une entrevue à la chaîne de télévision libanaise NBN, qu’un « été chaud jouerait en notre faveur et correspondrait aux intérêts des peuples de la région ». Et il a ajouté tout simplement que : « la Syrie n’attendra pas encore 40 ans pour récupérer le Golan ». Pour sa part, la ministre des expatriés, Bouthaina Shaaban, a déclaré à la BBC : « Nous espérons qu’aucune guerre n’éclatera et souhaitons vivre en paix sur notre terre ». Le vice-président syrien, Farouk al-Chareh, a voulu se faire rassurant : « La Syrie ne veut pas la guerre, Israël le sait bien. Mais la Syrie se prépare car Israël cherche n’importe quel prétexte pour lancer une guerre ».

Selon le Sunday Telegraph, le Hezbollah serait sur un nouveau pied de guerre : « La milice chiite aurait acheté de vastes terrains à des druzes et chrétiens au nord du Litani, de façon à peupler ces régions de militants chiites pro-Hezbollah et de construire des postes de défense en vue d’une nouvelle conflagration armée avec Israël. Le secrétaire général du Hezbollah a affirmé, dans son dernier discours télévisé le 14 août, qu’une grande surprise attendait Israël s’il s’aventurait dans une nouvelle agression contre le Liban ». Selon l’Orient Le Jour, dans les coulisses politiques et diplomatiques, chacun se demande en quoi consiste cette fameuse surprise. D’autant que Nasrallah a affirmé qu’elle serait de nature à modifier le cours de la guerre et peut-être la physionomie de la région. D’aucuns prétendent que l’Iran, à partir de son programme nucléaire militaire, en aurait donné des « miettes » au Hezbollah, qui, lui, serait plus susceptible de les utiliser puisqu’il est en confrontation directe avec Israël. Dès le mois de septembre, et à mesure que le président américain devra affronter des problèmes internes, avec l’approche de l’échéance présidentielle américaine, le Hezbollah pourrait être tenté de se lancer dans une sorte de fuite en avant qui consisterait à lancer des frappes aériennes contre Israël.

Créés en 1979, par le fondateur de la République islamique, l’imam Khomeiny, la mission première des Gardiens de la révolution est la défense de la révolution. Washington s’attaquerait ainsi à une institution clef du régime islamique iranien en décidant de « désigner spécialement de terroriste mondial » le corps des Gardiens de la révolution iranien (CGRI). Les Gardiens de la révolution, constamment honorés par les caciques du régime, conservent la réputation de grande ferveur religieuse mise au service de la défense de la Révolution, comme le stipule la constitution, contre les « ennemis » de l’extérieur, mais aussi de l’intérieur. Le CGRI devrait donc rejoindre prochainement Al-Qaïda, le Hezbollah libanais, le Hamas palestinien et au total une quarantaine d’autres organisations étrangères sur cette liste. Son inscription pourrait intervenir dès le mois d’août, selon des officiels américains cités par le New York Times. Elle pourrait être reportée si le Conseil de sécurité de l’ONU adoptait de nouvelles mesures contre Téhéran, pour le contraindre à suspendre son programme nucléaire. Façon de riposter, dans le langage diplomatique, aux puissances qui s’opposent à la volonté de Washington aux Nations-Unies.

Plusieurs centres d’études internationales évaluent le nombre du CGRI à environ 120 000 hommes mais l’Institut international des études stratégiques de Londres évalue plutôt leur nombre à 350 000. Dans les faits ses effectifs restent un secret d’État. Connus également sous le nom de Pasdaran, les Gardiens de la révolution sont responsables des forces spéciales al-Quds, soupçonnées d’appuyer des groupes extrémistes chiites en Irak, des miliciens islamistes du Hezbollah libanais, du Hamas et du Djihad islamique. Leur désignation en tant qu’organisation terroriste permettrait aux États-Unis de s’attaquer au réseau d’entreprises qui leur est affilié. Cela donne également aux autorités les moyens légaux de saisir et de confisquer « les biens qui sont utilisés – ou destinés à être utilisés – pour le financement du terrorisme, des actes terroristes ou des organisations terroristes, ou qui en constituent le produit ». Le gouvernement américain est déjà engagé dans une grande campagne internationale pour couper l’accès de l’Iran aux systèmes financiers.

« On ne peut nier l’importance du pouvoir des Pasdaran, les Gardiens de la Révolution, qui s’étend de l’industrie de l’armement jusqu’à des pans entiers de l’économie du pays », fait remarquer le politologue égyptien Mustafa Labbad, spécialiste de l’Iran, dans une entrevue accordée à Delphine Minoui, du journal suisse Le Temps. « Mais si les Américains pensent en finir, de la sorte, avec le programme nucléaire iranien, c’est une erreur stratégique car ce n’est pas ça qui freinera Téhéran dans ses ambitions », fait observer Mustafa Labbad.

Selon une étude du Groupe de Crise International basé à Bruxelles, cité par la Commission des Affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne, la branche technique du CGR, connue sous le nom de Ghorb Khatam, a arraché des contrats de premier plan au gouvernement Ahmadinejad, y compris un contrat de 1,2 milliard de dollars pour construire une partie du passage souterrain de Téhéran, un contrat d’oléoduc de 1,3 milliard de dollars et une commission sans offre de 2,09 milliards de dollars pour développer certaines parties du vaste champ de gaz naturel de Pars Sud. Le général Abdolreza Abed, le patron de Ghorb, qui est aussi le commandant adjoint du CGR, a déclaré dans une rare interview de juin 2006 dans un journal iranien officiel que la valeur totale des 1200 projets de la compagnie avant de nouveaux contrats importants se montait à environ 3,5 milliards de dollars.

Selon Mahan Abedin, chercheur au Centre d’étude sur le terrorisme, basé à Londres, dont les propos sont rapportés par Le Temps, « la structure des Pasdaran fonctionne de façon suffisamment opaque pour pouvoir continuer, d’une façon ou d’une autre, ses activités ». Mahan Abedin, constate de plus que : « D’importants cadres du pouvoir sont d’anciens Pasdaran: Mahmoud Ahmadinejad, le président ultra-conservateur, Ali Larijani, le principal négociateur sur le dossier nucléaire, ainsi que de nombreux ministres et députés ». Pour lui, la décision américaine s’avère « immature », au moment même où l’ambassadeur américain vient d’entamer des discussions, à Bagdad, avec son homologue iranien sur la question de la sécurité en Irak : « Hassan Kazemi-Qomi, l’ambassadeur d’Iran à Bagdad, est un ancien des Pasdaran, tout comme une grande partie de son staff. Mettre les Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes, c’est se priver de la possibilité de prolonger les pourparlers avec Téhéran ».

Le décret permettrait aux États-Unis de bloquer les actifs des terroristes et d’interrompre des opérations commerciales étrangères qui « fournissent soutien, services ou aide à des terroristes, ou s’associent à eux d’une manière ou d’une autre ». Nulle entreprise américaine ne sera autorisée à traiter avec les pasdarans : « Les étrangers qui fournissent un soutien à une organisation figurant sur la liste du département d’État ou qui ont des relations avec elle, peuvent être empêchés d’entrer aux États-Unis ou, s’ils sont déjà sur le territoire des États-Unis, être expulsés dans certaines circonstances ».

La riposte iranienne est venue de l’ancien président Mohammad Khatami : « Les Américains devraient savoir que dans ce domaine, comme dans celui de l’énergie nucléaire, ils affrontent une nation unie. Et la grande nation iranienne n’abandonnera jamais ses défenseurs de la révolution. S’ils agissent de manière insensée dans ce domaine, les Américains mettront le pied dans un bourbier dont ils ne se dépêtreront jamais », a déclaré Mohammad Khatami, membre de l’Assemblée des experts chargée de nommer le guide suprême, lors des prières hebdomadaires à l’Université de Téhéran. L’Iran a menacé de frapper les intérêts régionaux américains si son programme nucléaire était attaqué et le commandant en chef Yahya Rahim Safavi a noté que des missiles iraniens pourraient frapper des vaisseaux de guerre qui navigueraient n’importe où dans la Mer d’Oman et le Golfe.

Dans la foulée de la décision américaine, la France pourrait s’aligner sur Washington : « Nous réfléchissons à des mesures supplémentaires, dans le cadre d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité, contre les membres et soutiens du régime iranien refusant de se conformer aux demandes de la communauté internationale. Un certain nombre de ces mesures et de dispositions visent dans la résolution 1747 du Conseil de sécurité des Nations unies les Gardiens de la révolution », a dit à France Presse un porte-parole du ministère, Hugues Moret.

Gwynne Dyer, journaliste canadien basé à Londres, considère, dans une analyse publiée par Cyberpresse, que cette démarche est extrêmement provocatrice dans la mesure où le CGRI n’est pas une bande de fanatiques indépendants. C’est une branche officielle de l’État iranien, composée de 125 000 hommes, qui opère parallèlement à l’armée régulière. Selon Gwynne Dyer : « Dick Cheney et son groupe pensent que le régime religieux en Iran s’effondrerait à la première pression intense – puisque le peuple iranien éprouve le désir d’une démocratie sur le modèle américain – et que l’attaque doit être menée pendant que le président Bush est encore en fonction (car aucun de ses successeurs n’aurait le cran de diriger une telle opération) ». Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, estime qu’attaquer l’Iran ne serait pas raisonnable tandis que ceux qui entourent le vice-président Dick Cheney pensent que c’est indispensable.

Gwynne Dyer émet de sérieuses réserves sur cette théorie : « trop engagés en Irak et en Afghanistan, les États-Unis ne peuvent pas dégager d’importants effectifs supplémentaires pour envahir et occuper un pays montagneux de 75 millions d’habitants. Les États-Unis peuvent bombarder l’Iran à l’envi et frapper toutes les installations nucléaires, réelles et présumées. Mais après cela, il ne leur restera plus d’options ». L’Iran pourrait dès lors cesser d’exporter son pétrole : « En retirant du marché les trois millions et demi de barils de brut journaliers, en l’état actuel des choses, les prix du brut seraient propulsés jusque dans la stratosphère. L’Iran pourrait aussi se montrer sévère et fermer l’ensemble du trafic des pétroliers dans un rayon correspondant à la zone de portée de ses missiles ».

Mohsen Sazegara, 52 ans, a occupé de hautes fonctions dans le gouvernement iranien jusqu’en 1989 avant de prendre ses distances avec le régime. Cofondateur de l’armée idéologique, Les Gardiens de la Révolution, avocat d’un référendum sur la Constitution, il fut emprisonné quatre fois, et observa 79 jours de grève de la faim en 2003. Il est sous le coup d’une condamnation à six ans de prison en Iran pour atteinte à la sécurité nationale et propagande contre le régime. Figure de la dissidence iranienne, il est maintenant chercheur à l’université américaine de Harvard. Il vit aux États-Unis depuis 2005.

Dans une entrevue à l’Agence France Presse, Mohsen Sazegara met en garde les États-Unis : « Le vice-président (Dick Cheney) et certains commandants américains en Irak représentent une fraction qui estime qu’il faut châtier l’Iran. Sanctionner les Gardiens de la Révolution n’est peut-être que l’une des conséquences dont le président américain a parlé la semaine dernière. Mais je crois que la pression du Congrès et des lobbies juifs (pour un durcissement américain) est efficace ». […] « Le régime a montré par son comportement que tout ce qu’il veut, c’est gagner du temps. Par exemple, (ils pensent que) si les démocrates prennent le pouvoir aux États-Unis, ce sera autant de temps de gagné pour leurs activités nucléaires. Tout devrait passer par la négociation. Mais, dans toute négociation, vous devez montrer votre force. Il faut brandir la carotte et le bâton. Sinon l’Iran ne cherche qu’à gagner du temps ».

L’expérience irakienne n’a pas servi, selon Gwynne Dyer, de leçon à Dick Cheney : « À Washington, de nombreux (peut-être la majorité) généraux et amiraux de haut rang en sont conscients. En privé, ils ne sont pas partisans d’une attaque contre l’Iran qu’ils savent vouée à l’échec. Mais, en fin de compte, ils respecteront les ordres. Le vice-président Dick Cheney et sa clique n’en sont pas conscients. Ils préfèrent croire que les Iraniens accueilleront les envahisseurs américains à bras ouverts et avec des cris de joie. Vous savez, comme l’ont fait les Irakiens. Le pire, c’est que Dick Cheney semble remporter cette bataille à la Maison Blanche ».

Selon Iran Resist : « Les mollahs disent envisager l’arme du pétrole « quand les Américains évoquent l’option militaire ». L’arme du pétrole serait de caractère « dissuasif ». L’arme du pétrole des mollahs ne ressemble pas à l’option militaire de Bush : il ne s’agit pas d’une fausse menace.

En conclusion, comme l’indique le Groupe de Crise International de Bruxelles : « Washington aurait tort de conclure que la solution réside dans une pression accrue comme elle l’envisage à présent (par une position plus agressive en Irak et un renforcement de sa présence navale dans le Golfe) et, à plus forte raison, dans une intervention militaire plus directe. Il serait facile pour les détracteurs d’Ahmadinejad au sein du régime d’invoquer l’isolement de l’Iran pour durcir leurs attaques contre un ennemi politique mais ils n’hésiteront pas à fermer les rangs derrière lui s’ils estiment que la République islamique ou ses intérêts vitaux sont en jeu. En se montrant disposés à entamer un dialogue avec l’Iran sans poser de conditions dans le domaine nucléaire, sur l’Irak ou sur les relations bilatérales, les États-Unis feraient preuve de sagesse et rendraient un grand service aussi bien à eux-mêmes qu’à la région dans son ensemble ».

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Jihad Al-Shaer, 19 ans, meurt, battu à mort, sur la route de l’université ouverte de Bethléem

20 08 2007

Quel genre d’adéquation y a-t-il à ce que des soldats battent un adolescent à mort et que l’armée israélienne les blanchisse diligemment sans aucune enquête sérieuse ? Et quelle est cette monstruosité qui consiste à menotter le père en face du corps de son fils battu et agonisant, et de le laisser ainsi une heure durant comme un animal attaché ?

 

(Gideon Lévy, Haaretz Daily Newspaper, Israël)

 

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Pour le lecteur qui pourrait être incrédule par l’histoire qui va lui être racontée, je précise qu’elle a été rédigée par Gideon Lévy et traduite de l’hébreu par Michel Ghys. Le lecteur peut également lire la version française ou la version anglaise. L’histoire tragique d’un fait divers.

Le présent article s’inspire des faits mis à jour par Gideon Lévy Haaretz. Jihad Al-Shaer, un jeune homme de 19 ans, se rendait à l’université ouverte de Bethléem, afin de s’inscrire pour la prochaine année académique. Le taxi qui dessert Bethléem tardait et Jihad Al-Shaer attendait, debout, dans la poussière de la station de taxis, près de son village, Teqoa. Son père dit qu’il n’avait pas encore décidé quelles études il souhaitait entreprendre. C’est peut-être à cela qu’il pensait, debout à la station de taxis, cherchant à s’abriter du soleil torride du désert.

Jihad Al-Shaer n’a jamais pu prendre son taxi pour se rendre à l’université. Il est mort. Plutôt, il a été battu à mort. Selon l’armée israélienne, Jihad Al-Shaer a tenté d’attaquer les soldats avec un couteau. Un témoin dit qu’ils ont continué à le frapper alors qu’il était étendu par terre, menotté et inconscient.

Le jeudi 26 juillet 2007, Jihad quitte la maison et se rend à pied à la station de taxis située sur le côté de la route menant à Bethléem, à quelques centaines de mètres de chez lui. Son père, qui était à la maison, dit que Jihad n’avait rien emmené. Une jeep blindée Hummer se trouve au bord de la route, à quelques dizaines de mètres de la station de taxis. C’est une sorte de barrage impromptu destiné aux habitants de ce village plutôt paisible – contrôle des identités, brimades et humiliations : on veille au bon ordre de l’occupation.

Apparemment, les soldats l’ont appelé, lui ont demandé d’approcher. Un policier palestinien, Moussa Suleiman, lui aussi du village, était à ce moment-là dans le taxi faisant le service de Bethléem et qui approchait de la station. Suleiman a vu Jihad marchant « normalement, d’une manière nullement suspecte » en direction des soldats. D’après lui, Jihad n’avait rien dans les mains, aucun objet.

Lorsque Jihad arrive à la jeep, Suleiman voit le soldat le saisir par la chemise et l’entraîner de force derrière le véhicule. Suleiman qui est alors à une vingtaine de mètres du Hummer, dit qu’apparemment une dispute aurait éclaté entre Jihad et le soldat qui le tenait fermement par sa chemise, une dispute qui a tourné à la rixe. Quelques secondes plus tard, il les a vus tous les deux, Jihad et le soldat, rouler par terre.

Trois soldats de la jeep sortent pour venir en aide à leur camarade. Suleiman entend deux coups de feu. Les quatre soldats, selon le témoignage de Suleiman, commencent à frapper Jihad étendu par terre. Il voit les soldats frappant Jihad à l’aide de gourdins en bois, avec la crosse de leurs fusils, et Jihad essayant de se protéger la tête avec ses mains. Dès lors, Suleiman ne voit plus rien parce que le taxi qui roule lentement passe à hauteur de la jeep lui cachant ce qui se déroule derrière elle. Suleiman court jusqu’à la maison de Jihad, pour alerter son père.

Tout agité, le père demande à la grand-mère de Jihad de venir elle aussi jusqu’à la station de taxi, « peut-être les soldats allaient-ils avoir pitié d’elle et allaient-ils l’écouter ». Khalil n’attend pas la grand-mère et accourt vers la station de taxi, accompagné de Suleiman.

Quand ils s’approchent de la scène, les soldats pointent leurs fusils vers eux en leur ordonnant de s’en aller. Un habitant du village, parlant l’hébreu, explique aux soldats que Khalil est le père du jeune homme et qu’il veut simplement savoir ce qui est arrivé à son fils. Le soldat dit alors : « Dis-lui que son fils est déjà mort ». Puis, les soldats se saisissent du père qui vient de perdre son fils et lui attachent les mains derrière le dos, le plantant sur la route, le Hummer le séparant du corps de son fils.

Après une quarantaine de minutes pendant lesquelles Khalil est resté assis, menotté, en plein soleil, un officier de l’Administration civile arrive et donne ordre aux soldats de le détacher. L’officier dit au père que son fils a été emmené à l’hôpital de Beit Jala, tout proche.

L’officier de l’Administration civile dit à Khalil : « Pourquoi votre fils a-t-il fait ça ? » Le père : « Mon fils était sur le chemin de l’université ». L’officier : « Votre fils a fait des problèmes aux soldats et a brandi un couteau de cuisine ». Khalil : « Mon fils n’est pas sorti de la maison avec un couteau. Montrez-moi ce couteau, je connais les couteaux de notre cuisine ». « Vous voulez voir le couteau ? », a demandé l’officier pour revenir tout de suite sur sa proposition : « La police militaire a déjà emporté le couteau ». Khalil n’a pas vu le couteau.

Les médecins ont établi plus tard que Jihad n’avait pas été tué par balles mais battu à mort. Ils ont découvert les trois trous superficiels à la tête ainsi que plusieurs blessures sur les autres parties du corps, surtout à la taille. Le corps a été envoyé à Abou Dis pour autopsie puis transporté pour être inhumé dans le village, accompagné d’une assistance très nombreuse. Plusieurs habitants du village racontent que, lorsqu’on a commencé à creuser la tombe, une jeep des gardes-frontière est arrivée dans le village et que ses occupants ont crié en arabe, dans le haut-parleur : « Jihad est mort, Allah aura pitié de lui et du c** de votre mère à tous ».

Version officielle de l’armée : « A la date du 26 juillet, au cours d’une opération de patrouille de l’armée israélienne à proximité du village de Hirbet a-Dir, à l’est de Bethléem, un Palestinien armé d’un couteau s’est approché de la patrouille et a tenté d’attaquer un des soldats. En réaction, le soldat agressé a ouvert le feu en direction du terroriste, le blessant dans la partie inférieure du corps. Comme le Palestinien continuait à essayer de poignarder le soldat, un autre soldat présent sur les lieux a été contraint d’utiliser un gourdin afin de neutraliser le terroriste. Grièvement blessé, le terroriste palestinien a reçu sur place des soins qui lui ont été prodigués par une équipe de l’armée israélienne. Finalement, il a été déclaré mort ».

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En reportage dans le camp de Jenine, Gideon Levy n’hésite pas à s’interroger sur la situation qu’il vit : « Mes pensées vagabondent à l’intérieur des jeeps Hummer : les jeunes soldats qui sont dans ces engins d’acier, que savent-ils de la frayeur qu’ils sèment, nuit après nuit, parmi des milliers d’habitants, dont des enfants et des bébés ? Jeunes et soumis au lavage de cerveau, y pensent-ils même seulement ? Et la majorité des Israéliens, que sait-elle de ces raids de la terreur et de la vie sous ceux-ci ? A quelle fin faut-il pénétrer chaque nuit dans le camp et susciter tout cet émoi ? Simplement pour rappeler qui est le seigneur et maître du pays ? ». À son arrivée au camp Jénine, le journaliste reçoit l’invitation suivante : « Cette nuit, vous n’avez pas besoin d’être journaliste, cette nuit il vous faut être poète », lui dit son hôte, Jamal Zubeidi (Gideon Levy, « Jenin by Night », Haaretz, Tel-Aviv, 9 août 2007).

C’est ce journaliste israélien hors du commun, Gideon Levy, qui décrit en ces termes le legs de quarante années d’occupation : « Ces jeunes gens que nous avons vus s’entretuer si cruellement sont les enfants de l’hiver 1987, les enfants de la première Intifada. La plupart n’ont jamais quitté Gaza. Ils ont vu, des années durant, leurs frères aînés battus et injuriés, leurs parents emprisonnés dans leur propre maison, sans travail et sans espoir. Ils ont vécu toute leur vie à l’ombre de la violence israélienne »(Gideon Levy, « Flight from Gaza. Last to leave did turn out the lights », Haaretz, Tel-Aviv, 17 juin 2007).

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Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie

19 08 2007

Un vrai gibier de potence !

ainsi ma grand-mère décrit-elle mon avenir, en hochant la tête d’un air entendu.

À ma deuxième voiture bousillée,

ma mère me dit qu’il faut qu’on parle

et me demande ce que je compte faire plus tard.

J’ai dix-sept ans, je suis clairement sur la mauvaise pente.

Après un instant de réflexion, je lui réponds criminel.

Ses yeux s’emplissent de larmes, j’essaie de m’expliquer,

pas de victimes, des magouilles administratives.

Elle quitte la pièce.

(Page 129)

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Le monde est si vaste, chaque ville pleine de chambres bon marché,

chacune derrière une porte.

Des hommes y sont étendus, imprimant la forme de leur corps sur le matelas,

lèvent le store au matin, font les cent pas la nuit, les yeux grands ouverts.

Un jour ou l’autre, on vient vous chercher.

Il faut bien finir quelque part, non ?

Foutue loi de la physique.

(page 205)

 

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Je ferme le livre. Je viens de terminer sa lecture.

Nick Flynn – Encore une nuit de merde dans cette ville pourrie.

Récit Gallimard

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Laurie Anderson, Superman





Pour un hâvre de paix… la solitude.

18 08 2007

Seule la démesure de nos souffrances peut nous réconcilier avec l’infinitude du monde.

Alain Monnier

 

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Vous ne devez pas vous laisser tromper, dans votre solitude, par le fait qu’il y a quelque chose en vous qui voudrait la quitter. C’est précisément ce souhait, si vous en usez calmement, de manière réfléchie, comme d’un instrument, qui vous aidera à étendre votre solitude sur une vaste contrée. Les gens ont l’habitude grâce aux conventions de chercher à tout des solutions faciles en choisissant, dans la facilité, ce qui coûte le moins de peine ; or il est clair que nous devons nous en tenir à ce qui est difficile. Tout ce qui vit s’y tient, tout ce qui est dans la nature se développe, se protège, selon son espèce, par ses propres moyens, cherche à l’être à tout prix et contre tout obstacle. Nous savons peu de chose, mais que nous devions nous en tenir à ce qui est difficile c’est une certitude qui ne nous quittera pas. Il est bon d’être seul quelquefois, car la solitude est difficile, et le fait que quelque chose soit difficile doit nous être une raison supplémentaire de le faire.

Aimer est aussi une bonne chose, car l’amour est difficile. Que deux êtres s’aiment, c’est sans doute la chose la plus difficile qui nous incombe, c’est une limite, l’épreuve ultime, la tâche en vue de laquelle toutes les autres ne sont que préparation.

De tout leur être, de toutes leurs forces concentrées dans leur cœur solitaire, inquiet, dont les battements résonnent, il faut qu’ils apprennent à aimer ; et à ce difficile apprentissage des vies humaines suffisent à peine.

Lettres à un jeune poète,

Rainer Maria Rilke

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Ce moment de réflexion pour le week-end

 

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