L’Iran membre du comité organisateur sur l’antiracisme de l’ONU

26 08 2007

« Si ce n’est toi, c’est donc ton frère » et, à défaut, « c’est donc l’un des tiens », hurle le Loup de la Fable.

(Jean de la Fontaine, « Le Loup de l’Agneau » Fables, Paris 1755)

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Les Nations unies préparent une Conférence Mondiale contre le Racisme qui se tiendra en 2009. Le comité d’organisation se réunira pour la première fois à Genève le 27 août prochain et sera composé d’un cercle intérieur de 20 États membres de l’ONU qui doit être dirigé par la Libye. L’Iran vient d’être désigné pour être membre de ce comité d’organisation. La Lybie et l’Iran au sein d’un même comité sur l’antiracisme. Les incongruités du Conseil des Nations-Unies. C’est ce que vient de révéler Anne Bayefsky, rédacteur en chef de Eye on the UN basé à New York, le dit dans un communiqué de presse. Un porte-parole du bureau du Haut commissaire pour les Droits de l’homme de l’ONU a confirmé que « l’Iran est un de 20 États qui sont les membres du bureau du Comité Préparatoire », mais a ajouté que « l’Iran n’occupe pas de rôle principal ». En explication de cette situation, le porte-parole a précisé que le Comité Préparatoire est un corps intergouvernemental, ce qui signifie que les États ont été choisis librement pour siéger au Comité Préparatoire. Ce sont les États membres qui décident.

Selon Anne Bayefsky, « les états ont été choisis par le Conseil des Droits de l’homme d’ONU et le Conseil est contrôlé par l’Organisation de la Conférence Islamique. La majorité des sièges au Conseil est occupée par les groupes régionaux Africains et asiatiques. L’OIC a une majorité de sièges dans chacun de ces groupes. Les états occidentaux n’ont pas les votes pour bloquer cette incongruité de l’agence principale des droits de l’homme de l’ONU ».

Plusieurs voix s’élèvent pour inciter le Haut commissaire, Louise Arbour, à exprimer ses inquiétudes sur le fait qu’une des principales entités des droits de l’homme de l’ONU est dirigée de nouveau par la Libye avec l’Iran dans une position de direction, quoi que l’ONU en dise.

Il convient, après cette information, de passer en revue quelques actualités iraniennes. Taher Sadeghi, syndicaliste arrêté le 9 août devant le domicile de Mansour Osanlou, président du syndicat des chauffeurs de bus de Téhéran, est actuellement en isolement cellulaire à la section 240 de la prison d’Evine, indique un comité d’étudiant défenseurs des droits de l’homme en Iran. Reporters sans frontières a adressé, le 13 août 2007, un courrier au secrétaire général des Nations unies pour qu’il enjoigne la République islamique d’Iran à tenir ses engagements internationaux après que deux journalistes, Adnan Hassanpour et Abdolvahed Botimar, ont été condamnés à la peine de mort, le 16 juillet dernier. « Les droits les plus élémentaires d’Adnan Hassanpour et d’Abdolvahed Botimar ont été bafoués puisqu’ils n’ont pas été autorisés à assister à l’énoncé du verdict de leur procès. Plus scandaleux encore, ils n’ont pas été informés de leur sentence et l’ont apprise en lisant le journal ».

Le 9 août 2007, 168 millions de syndicalistes dans le monde lancent un appel mondial « pour la libération immédiate et inconditionnelle de deux syndicalistes détenus et en danger en Iran ». Cette journée d’action est organisée par la Confédération syndicale internationale (CSI) et la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF). Elle est soutenue en Belgique par Amnesty International – Belgique Francophone, la FGTB, la CSC et la CGSLB et les autres organisations syndicales internationales basées à Bruxelles, dont l’Internationale des Travailleurs de la Chimie (ICEM) et la Confédération européenne des Syndicats (CES).

Le régime des mollahs a pendu deux prisonniers dont les noms n’ont pas été révélés dans la ville du sud-est de Zahedan. Deux autres prisonniers identifiés comme étant Ali Qalandari et Rassoul Gord ont été pendus dans la ville de Naghadeh dans le nord-ouest de l’Iran. Trois prisonniers, identifiés comme étant Mahmoud Moghimi, Mohammad Share’i et Davoud Share’i, ont été pendus place publique dans la ville de Saveh dans la province centrale. Le site web de la télévision d’État a annoncé la pendaison d’un prisonnier non identifié par le régime à Zahedan, dans le sud-est. Quatre autres prisonniers seront envoyés à la potence, rapporté le quotidien officiel Javan. Le 22 août, Cette parade d’exécution publiques, rapportée par la Commission des Affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne, au demeurant pas très sympathique à l’Iran, se serait déroulée depuis le début du mois d’août 2007(Source : DesInfos ).

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Argenteuil – Le maire chasse les « sdf malodorants » avec un produit « malodorant »

25 08 2007

Le Maire UMP d’Argenteuil a le nez bien sensible : il ne peut plus supporter la « gêne olfactive anormale » liée à la présence des « sans abris » de sa ville. Il a trouvé une solution innovatrice pour combattre cette gêne dont ne devrait pas s’inspirer la Ville de Montréal.

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France. Wikipedia nous apprend que la ville d’Argenteuil est une commune française, située dans le département du Val-d’Oise, dont elle est la ville la plus peuplée, et en région Île-de-France. Ses habitants sont appelés les Argenteuillais(es). Célèbre pour le séjour d’Héloïse au Moyen Âge et la Sainte Tunique du Christ, haut lieu de l’impressionnisme, la ville a connu une importante industrialisation à la fin du XIXe siècle avant de devenir une des villes d’Île-de-France les plus peuplées.

Voilà pour la géographie des lieux. Le nom d’Argenteuil apparaît pour la toute première fois dans la charte de la fondation de Childebert III (665) qui accorde le droit d’élever un monastère à Argentoialum. On ne connaît pas l’origine étymologique du nom d’Argenteuil. La ville possède la Sainte Tunique du Christ, offerte par la reine de Constantinople à Charlemagne en l’an 800, qui la confie au prieuré d’Argenteuil, dirigé par sa fille. Et en 1544 François Ier autorise la construction de fortifications autour du bourg pour protéger cette relique. En 1567, le monastère est ravagé par les Huguenots. C’est à cette époque que commence à Argenteuil la production de figues blanches.

Les présentations sont maintenant faites. Il convient de préciser qu’après plusieurs décennies d’administration par le parti communiste, Argenteuil passe en 2001 à une municipalité de droite UMP. La ville investit fortement pour son renouveau en essayant d’améliorer en profondeur le cadre de vie de ses habitants. Argenteuil occupe ces jours-ci l’avant-plan de l’actualité. Le centre d’intérêt des actualités locales se tournent vers la démolition d’une tour du Val-d’Argent-Sud d’Argenteuil qui fait face à l’hôpital Victor-Dupouy depuis les années 1960. Elle devrait s’écrouler en une dizaine de minutes. Si l’ancienne municipalité communiste avait déjà condamné la dite tour, la nouvelle majorité UMP a « intégré la déconstruction au projet de rénovation urbaine en 2004, à la suite d’un diagnostic technique de l’immeuble » révélant une série de défauts. Sa disparition était donc souhaitée.

La démolition de cette tour n’a pas fait l’objet d’une couverture nationale contrairement à son maire qui se retrouve au centre d’une polémique insolite en France. « La mairie d’Argenteuil a pris un arrêté, le 6 août, pour interdire la mendicité dans le centre d’Argenteuil jusqu’en 2012 ». Le maire de l’endroit, Georges Mothron, (UMP), en fait son combat depuis trois ans. Cette année, le maire Mothron innove : pour éloigner les SDF du centre-ville, la mairie d’Argenteuil a acheté en juillet des produits répulsifs nauséabonds appelés « Malodore » que les agents municipaux ont refusé de diffuser. Vous avez bien lu. Chasser les SDF malodorants avec un produit malodorant appelé Malodore.

Le maire UMP de la ville, depuis 2005, prend, chaque été, des arrêtés pour interdire la mendicité dans le centre. Joint par l’AFP, le cabinet du maire, n’a pas souhaité réagir. Cette opération de nettoyage du centre-ville devait se dérouler en deux temps : la police municipale doit préalablement éloigner les indésirables (SDF), ces sans domiciles fixes si laids dans un centre-ville, puis confier aux agents de la voirie le soin de diffuser dans le centre le produit, encore une fois appelé « Malodore », livré sous forme de concentré à diluer et à pulvériser à l’aide d’une pompe. En laissant ainsi une rémanence nauséabonde pendant plusieurs semaines, le maire d’Argenteuil, Georges Mothron, compte bien se débarrasser de ces horribles « traîne la patte » que sont les « sans domicile fixe ». C’est la société Firchim spécialiste en chimie et produits d’entretiens.

Monsieur le Maire a le nez bien sensible : un de ces arrêtés, adopté en 2005, évoquait une « gêne olfactive anormale » liée à la présence des SDF. La préfecture du Val-d’Oise a annulé aussitôt cet arrêté en 2005. Cette année, le maire Georges Mothron est revenu à la charge avec une idée innovatrice : « Malodore contre les malodorants ! » Sauf qu’il a eu mail à partir avec ses agents municipaux qui ont refusé de diffuser le produit suspect : « Le carton précisait que le produit était toxique et irritant, et qu’il ne fallait pas le respirer ». Les agents ont décidé de ne pas le diffuser, car ils veulent bien « chasser des rats mais pas des SDF », a déclaré à l’AFP un agent, sous couvert d’anonymat. La tâche a finalement été confiée aux agents d’entretien du centre commercial du centre d’Argenteuil qui ont bien diffusé le répulsif au niveau des sorties de secours du centre commercial où les SDF ont leur habitudes.

Secrétaire nationale à l’égalité des chances du PS et candidat aux législatives à Argenteuil en juin, Faouzi Lamdaoui a dénoncé à l’AFP la « scandaleuse chasse aux pauvres » du maire et « des moyens contraires à la dignité humaine ». Candidat malheureux mais prometteur, Faouzi Lamdaoui, ingénieur logisticien de 44 ans, expliquait au Journal du Dimanche que la gauche doit beaucoup aux quartiers populaires, c’est grâce à eux que Ségolène Royal a été présente au second tour de la présidentielle et obtenu un score honnête. Nous ne devons donc pas les décevoir d’autant que la droite leur jette de la poudre aux yeux avec la nomination au gouvernement de personnalités issues de l’immigration. Les quartiers doivent donc être totalement associés au processus de renouvellement de la gauche. Monsieur Lamdaoui indiquait au journaliste de JDD que les militants, les habitants des quartiers ne veulent plus assister à des querelles d’ambitions ridicules et personnelles. La politique à l’ancienne, ça ne marche plus. Message que semble n’avoir pas reçu le magistrat UMP d’Argenteuil.

L’arrêté du 6 août qui court jusqu’en 2012 fait l’objet d’une nouvelle requête en annulation déposée à la préfecture par Valentin Texeira, militant Verts. Le plus triste dans cette affaire est que, outre le fait que c’est un produit pas dangereux qui laisse une rémanence nauséabonde pendant plusieurs semaines, comme l’indique le responsable de Firchim, Pierre Pasturel, selon lui, d’autres collectivités utilisent « Malodore » à cet effet.

Cet article a été publié sur centpapiers, forum citoyen du Québec

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Les 100 jours de Sarkozy : « la France est sous hypnose »

24 08 2007

Nicolas Sarkozy fait tout pour plaire. Il démontre une obsession de l’ubiquité. Il semble éprouver un intérêt pour les faits divers. Un grand intérêt même. La question toutefois reste importante : le peuple attend-t-il de son président qu’il soit présent dans tous les faits divers de l’actualité française et, s’il en était capable, de l’actualité européenne ?

Comme l’indique Ghislaine Ottenheimer, (Challenges), le président reçoit les dirigeants syndicaux, cajole les chefs de l’opposition, consulte les représentants des associations, visite des usines, inspecte des écoles, inaugure des tramways, reçoit les parents des victimes. Il bouge tout le temps. S’exprime sur tout. On dirait qu’il n’y a pas un Nicolas Sarkozy, mais cinq, dix… Les Français sont médusés. A force d’injonctions verbales, de gestes symboliques, de transgressions politiques, Nicolas Sarkozy a su capter leur attention et leur suggérer, que voilà, ça y est, la France était en train de changer, qu’elle allait bientôt aller mieux, qu’elle avait à nouveau un avenir.

Il ouvre une plage de son horaire au père et au grand-père d’Enis, ce petit garçon kidnappé par un pédophile récidiviste. Le président s’est pourfendu, à cette occasion, dans une déclaration qui a laissé plus d’un pantois. Dans la même semaine, il se rend dans le Finistère aux obsèques du marin-pêcheur, Bernard Jobard, décédé par suite d’une collision de son bateau avec un cargo battant pavillon des îles Kiribati. M. Sarkozy a également rencontré la famille du journaliste franco-canadien, Guy-André Kieffer, disparu en Côte d’Ivoire en 2004 et que la famille n’hésite pas à qualifier d’affaire d’État.

Chouaib Lusikama, victime de propos racistes de la part de son professeur de mathématiques, vient d’être reçu par le président. Pendant des mois, Chouaib Lusikama a subi jour après jour des remarques racistes de la part de son professeur de mathématiques. Il se voyait ainsi traité devant toute la classe de « Bamboula » et autres sobriquets. L’enseignant a été condamné à un mois de prison avec sursis par le tribunal d’Épinal. Nicolas Sarkozy aurait expliqué au père et à Chouaib qu’il est président de tous les Français et de la République et que ces propos ou discriminations ne doivent jamais exister dans la République.

Patrick Vieira, capitaine de l’équipe de France de football, a également eu le privilège d’être reçu à l’Élysée. Il compte sur le soutien de Nicolas Sarkozy pour développer un projet éducatif en Afrique. Patrick Vieira était accompagné de deux ex-footballeurs, Bernard Lama (ancien gardien de but notamment du Paris SG), et Jimmy Adjovi Boco, franco-béninois et ancien défenseur de Lens. Le capitaine de l’équipe de France a affirmé que la France apporterait « un soutien financier » au projet. De quel ordre ? « On n’en est pas encore là », a-t-il répondu.

Vendredi, M. Sarkozy se rend au Pays basque et à Arcachon (Gironde) pour un déplacement sur les thèmes de la lutte antiterroriste, de la pêche et du tourisme. Et « l’hyperprésident » a bien intention de poursuivre au même rythme la semaine prochaine et les suivantes. « Je confirme que la rentrée sera animée, et au-delà des 100 prochains jours », a déclaré le porte-parole de l’Élysée, David Martinon.

Comme le rapportent Les Échos, en Europe, les faits et gestes du président français ne passent pas inaperçus. « Sarkozy va obliger les pédophiles à choisir : la castration ou la prison à vie », titre le quotidien espagnol « El Mundo » (droite) après l’annonce des mesures sur le suivi des délinquants sexuels. Un peu plus nuancé, « El Pais » (gauche) retient que l’objectif de Nicolas Sarkozy est « d’isoler » les pédophiles et de durcir les peines pour les récidivistes. L’Italie aussi suit ce débat. Le « Corriere della Sera » donne la parole à l’ancien ministre des Réformes institutionnelles, Roberto Calderoli. Ce dirigeant de la Ligue du Nord (extrême droite) « jubile » devant la réponse « sérieuse et concrète » de Nicolas Sarkozy et rappelle qu’il fut attaqué « comme un criminel » lorsqu’il avait proposé, il y a trois ans, « la castration chimique » pour les pédophiles.

« Il Sole 24 Ore » préfère, selon Les Échos, approfondir un autre sujet qui a tenu en haleine les gazettes cet été. Il dresse le portrait très complet de « l’ami italien » de Nicolas Sarkozy, ou plutôt de « l’ami italo-américain » du président français. Car, précise le journal, Roberto Agostinelli, qui vient d’accueillir la famille Sarkozy dans une propriété de rêve du New Hampshire, louée 44.000 dollars, est à cheval entre les deux pays. Républicain affiché, Roberto Agostinelli soutient dans la course à la Maison-Blanche Rudolph Giuliani. Si l’ancien maire républicain de New York devient président des États-Unis, conclut « Il Sole », « Agostinelli espère pouvoir établir un fil direct entre l’Élysée et la Maison-Blanche ».

Ghislaine Ottenheimer, (Challenges), constate que la « France est sous hypnose ». Avec 65% d’opinion favorables dans le sondage LH2 paru le 22 août dans Libération, Nicolas Sarkozy résiste à tout. Au temps, au style, aux polémiques, aux attaques. Rien n’y fait. Ni les indignations sur le comportement de son épouse, ni les interrogations sur les contrats d’armement en Libye, ni les critiques sur ses vacances payées par des amis milliardaires, ni l’annonce d’une franchise médicale, ni la croissance menacée, ni les nuages qui pointent à l’horizon sur fond de crise financière : rien n’a entamé la bonne opinion qu’ont les Français de leur nouveau président.

Ghislaine Ottenheimer avance deux explications à cette situation. La première explication est politicienne : en pratiquant l’ouverture, Nicolas Sarkozy obtient un relativement bon score chez les sympathisants de gauche. Ils sont 43% à lui faire confiance! La deuxième est plus psychologique. Les Français ont le sentiment qu’il y a enfin un pilote dans l’avion. Le nouveau président de la République se donne bien du mal pour obtenir des résultats. Il légifère, réagit, bouscule. Il n’hésite même pas à s’attribuer certaines réussites : mini-traité européen et la libération des infirmières bulgares.

Une surprise de taille vient de bousculer la stratégie de Nicolas Sarkozy. Moscou joue les mauvais garnements, cette fois-ci au détriment du président français. Le ministère des Finances russe a annoncé qu’Alexeï Mojine, représentant de la Russie au conseil d’administration du FMI, désirait voir le Tchèque Josef Tosovsky en devenir le prochain directeur. La belle unanimité autour de Strauss-Kahn s’effondre. Prague n’appuie pas le Tchèque Josef Tosovsky mais se tourne vers le candidat de la France. La rapidité avec laquelle le nouveau président français, Nicolas Sarkozy, a imposé la candidature de M. Strauss-Kahn lui assurait une longueur d’avance est venu brouiller les cartes (Vremia Novostieï ). Le Galloping President indispose plus qu’il ne dispose, dans ce cas-ci.

Il semblerait, selon le Courrier International, que Berlin n’apprécie pas certaines des initiatives politiques du président français, en particulier la tournure protectionniste de sa politique industrielle. La chancelière allemande s’est donc déplacée à Londres le 22 août. Son objectif : renforcer ses liens personnels et politiques avec son homologue britannique afin de sortir du face-à-face avec le président français, explique le Financial Times.

Marcel Gauchet, philosophe, est présenté, par l’Express, comme un des analystes les plus pertinents de la vie politique. Le philosophe constate que la fonction classique d’analyse, de mise en forme des différentes options du débat disparaît. Les hommes politiques dépendent de plus en plus des médias, puisqu’ils n’ont que ce relais pour s’adresser aux populations, à la suite de l’effondrement des partis. Par conséquent, ils se sont calqués sur les mœurs des médias, dont ils ont désormais une science exacte. Du coup, les médias ne peuvent qu’accompagner des candidats aussi parfaits dans leurs opérations de marketing. Et la boucle est bouclée.

La France populaire ne peut se contenter de sourire à ces pirouettes médiatiques. Des questions plus graves l’attendent. Certains indicateurs économiques fléchissent : croissance molle, commerce extérieur déficitaire. Des économistes s’impatientent : il est nécessaire de mener des réformes structurelles, avant de prendre des mesures pour améliorer le pouvoir d’achat, comme le fait M. Sarkozy. Les Français et Françaises ont-ils bien perçu le message du Premier ministre qui a indiqué que des « réformes structurelles » pour « améliorer la compétitivité » de l’économie française seraient amorcées à la rentrée ? Il annonce par exemple une réforme radicale du crédit d’impôt recherche pour que 100% des dépenses de recherche soient prises en compte, mesure qui s’ajoute à quelques autres : franchises de santé, fusion ANPE-Unedic, réforme des retraites, autant de chantiers « désormais en phase active », selon le chef du gouvernement. Il est compréhensible que le président veuille éviter une rentrée sociale chaude. Les mauvaises nouvelles économiques sont un motif suffisant pour qu’un débat sur les orientations du gouvernement Fillion soit tenu à l’Assemblée nationale et que le peuple soit consulté. Les observateurs politiques surveilleront très certainement de près les mesures qui seront proposées par la commission Attali sur les freins à la croissance en France. En général, les commissions à caractère économique proposent souvent des mesures qui prennent l’allure d’électrochocs heurtant de plein fouet le peuple.

D’autre part, la confirmation par le ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos, que quelque 11.200 fonctionnaires de l’Éducation nationale partant à la retraite ne seront pas remplacés, en 2008, (le chiffre de 11.200 suppressions de postes se répartit entre le public (9.800) et le privé (1.400)), provoque déjà l’émoi des syndicats. « La suppression d’emplois dans la fonction publique sans qu’il y ait de débat sur les objectifs, les missions de la fonction publique, ne me semble pas la bonne méthode », a déclaré le secrétaire général de la CFDT. « Personne ne peut raisonnablement défendre qu’une telle ponction ne peut être sans conséquence sur l’offre de formation », indique le Snes.

Une telle réduction des ressources pédagogiques aura-t-elle un impact sur l’enseignement ? Un rapport du Haut conseil de l’Education (HCE) montrerait qu’environ 15% des élèves du primaire ont de grandes difficultés dans l’apprentissage des fondamentaux, dont la lecture. Créé par la loi Fillon sur l’Ecole, le HCE, composé de neuf membres de toutes tendances, rend des avis et un rapport annuel. « La vérité, c’est que pour 60% des élèves, ça se passe très bien, pour 15% très mal et, entre les deux, il en reste 25%, une population intermédiaire qui n’est pas en situation de faire des études au collège dans de bonnes conditions », a expliqué une source anonyme à l’AFP. Qui débattra de ces questions sinon les parlementaires ? La population jugera peut-être un jour que ces problématiques nationales ne sont plus des faits divers.

Nicolas Sarkozy souffle le chaud et le froid. Il rassure et inquiète. Depuis son élection, les sondages montrent une forte progression de l’optimisme chez les chefs d’entreprises, un regain d’espoir chez les salariés, surtout chez les jeunes, mais aussi une forte inquiétude. L’Union syndicale des magistrats (USM) est sans appel. Le syndicat n’apprécie pas les mesures annoncées par le président de la République. « Comme à chaque fois, on légifère sous le coup de l’émotion et on fait des mauvaises lois », a ainsi déclaré son porte-parole, avant d’ajouter : « Il n’y a rien de nouveau dans les mesures qui sont annoncées. Soit on re-réforme des choses qui ont été modifiées au cours des deux dernières années, soit on réinvente des choses qui existent déjà ».

La majorité présidentielle à l’Assemblée nationale ne semble pas inquiète et ne voit aucune dérive dans les récentes déclarations du président Sarkozy. Au contraire. « Le président de la République a réaffirmé, comme il le fait depuis septembre 2005 et sans avoir peur des mots, qu’un délinquant sexuel ne doit sortir de prison sans avoir été soigné, qu’il le veuille ou non », ont ainsi souligné les porte-parole de l’UMP, Nadine Morano et Yves Jego. Sauf que ces porte-paroles n’indiquent pas à quel moment le délinquant sexuel doit être traité : pendant son séjour en prison ou au moment de sa libération. L’ancien ministre de la Justice, Pascal Clément, est plus sceptique : « La question posée par la proposition du président, c’est de savoir si l’on peut distinguer le criminel sexuel des autres », a expliqué Pascal Clément. Et de conclure : « Je souhaite bien du courage à la Chancellerie pour la mise en place juridique des solutions. Ce n’est pas fait ! »

Patrick Devedjian déclarait, dans une entrevue au Figaro, que le style et l’action de Nicolas Sarkozy contribuent beaucoup, c’est vrai, à moderniser nos institutions et à les rendre plus simples et plus transparentes. « Il fait descendre l’État de son piédestal et le rapproche des préoccupations des citoyens ». C’est la fin d’une exception française, qui était d’ailleurs une hypocrisie, selon laquelle le président élu ne gouvernerait pas. Le porteur de la légitimité est celui qui décide. Selon monsieur Devedjian, le président a le droit d’avoir des amis qui l’invitent, et même des amis riches.

A ce rythme, il est possible qu’un jour, fatigué de telles extravagances et des galipettes quotidiennes, le peuple invite le président à descendre de son piedestal et à rendre compte de sa gestion. Plus brutalement et plus rapidement que monsieur Devedjian ne le croit.

Il faut voir, sur une échelle restreinte, comment réagissent les lecteurs du quotidien Le Monde sur les 100 jours de Nicolas Sarkozy. On peut y lire quelques vérités intéressantes dont celle-ci : « Trop de “show” à l’américaine pour chaque mouvement de ce président. Plus de modestie siérait aux finances de l’état ! »

 

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Le poids de l’Afghanistan pèse de plus en plus lourd au Québec

23 08 2007

sylvain-longtin_100.1187823844.jpgLe soldat Simon Longtin, 23 ans, est mort le 19 août 2007. Au champ d’honneur, comme le dit si bien la tradition militaire. Vers 1h40, heure locale, le véhicule léger blindé (VLB) qu’il conduisait a été complètement soufflé par l’explosion d’un engin explosif improvisé. La bombe était dissimulée sur une route secondaire, à une vingtaine de kilomètres de Kandahar. Nous étions des témoins passifs lorsque, dans les actualités télévisées, les cercueils de jeunes américains défilaient les uns derrière les autres. Nous étions des acteurs passifs lorsque, dans des entrevues tristes à pleurer, les mères, conjointes, pères ou conjoints se confiaient jusqu’à fendre l’âme de n’importe lequel des auditeurs, voyeurs passifs.

Cette fois-ci, Simon Longtin est des nôtres. Un Québécois. À peine sorti de l’adolescence. Un soldat américain ne sacrifie-t-il pas sa vie au même titre qu’un jeune soldat québécois pour une même cause ? Servir son pays ? Sans l’ombre d’un doute. La proximité toutefois rend la douleur plus insupportable. Plus difficile. À la limite même d’une révolte à peine réprimée.

Lorsque le téléphone a sonné à la résidence des Longtin, c’était pour apprendre la tragique nouvelle. La famille a émis un communiqué. Démarche plutôt inusitée : « Il n’est jamais facile pour des parents de perdre un de leurs enfants, indiquait le communiqué. Nous sommes dévastés par la mort de notre Simon, disparu dignement alors qu’il servait son pays avec beaucoup d’honneur et de fierté auprès de ses frères d’armes en Afghanistan ».

Avant de quitter l’Afghanistan, 1000 soldats de 37 pays avaient salué la dépouille du soldat Longtin. Bien mince consolation. Le soldat est mort quand son véhicule blindé léger a sauté sur une bombe artisanale. Le soldat Longtin est le premier soldat du Royal 22e Régiment, basé à Valcartier, à mourir en Afghanistan. Mais elle porte à 67 le nombre de Canadiens – 66 soldats et un diplomate – morts en Afghanistan depuis 2002.

Tant de choses ont été dites depuis le retour de Simon. Un lieutenant-colonel à la retraite, Rémi Landry, rappelle d’expérience qu’il ne faut pas penser que les soldats sont insensibles. Mais ce sont des professionnels qui sont entraînés au fait de la mortalité. Un autre lieutenant-colonel à la retraite, Michel Drapeau, croit pour sa part que les troupes devraient être plus motivées pour la mission, afin que la mort de Simon Longtin n’ait pas été inutile : « Tous les militaires s’attendent à cela. Ça n’enlève rien à la peine de la perte d’un camarade, mais l’esprit de corps s’en trouve accru ». Casey McLean, major et commandant intérimaire des Forces canadiennes, a indiqué que les soldats québécois gardaient le moral, malgré la mort d’un des leurs. « C’est un décès qui va affecter tout le monde, même nos membres, car c’est un de nos gars, dit-il. Mais le moral demeure, les gars croient vraiment en la mission ».

Tout a été dit, vous dis-je. Les langues se délient : « Il est improbable que ce soldat soit le seul mort, c’est plutôt le début d’un nombre inconnu, dit Claude Denis, professeur de science politique à l’Université d’Ottawa. Le gouvernement risque de souffrir à mesure que les pertes québécoises augmentent ». Michael Orsini, politologue de l’Université d’Ottawa, s’interroge à voix haute : « Y aura-t-il d’autres morts? Je pense que oui, dit-il. Il faut être réaliste, la guerre, ce n’est pas rose. Et d’autres décès québécois, c’est clair que ce n’est pas une bonne nouvelle pour le premier ministre ».

Bien évidemment, dans des circonstances aussi tragiques, la douleur que ressent la population québécoise, opposée à cette présence militaire en Afghanistan, traduit son ressentiment par une chute de confiance dans les sondages. Le taux d’opposition à l’envoi de troupes québécoises est passé de 57 %, les 17 et 18 août, à 68 %, les 19 et 20 août. Le Premier ministre canadien a fixé à 2009 la durée de la mission canadienne en Afghanistan. 69 % des sondés souhaitaient le retrait des soldats canadiens avant l’échéance de 2009, indique ce sondage CROP-La Presse.

Selon Infopresse, la présence canadienne en Afghanistan et surtout le décès du soldat Simon Longtin, du Royal 22e Régiment, ont éclipsé la visite des Tres Amigos à Montebello, devenant ainsi le dossier le plus médiatisé au Québec, avec un poids de 2,61%. Les quotidiens, eux, ont surtout privilégié les importantes variations boursières, qui ont généré un volume de 2,39%. En troisième place, le sommet de Montebello et les imposantes mesures de sécurité, sans doute l’une des principales nouvelles de la semaine qui s’amorce, ont occupé 1,40% de l’ensemble de l’actualité.

Georges W. Bush, ayant appris de manière officielle du Premier ministre canadien que le Canada se retirerait à l’échéance de 2009 de l’Afghanistan, s’est confondu en compliments : « « Je crois que le Canada a fait un travail fabuleux en Afghanistan. (…) Le Canada a envoyé ses meilleurs soldats pour permettre à une jeune démocratie non seulement de survivre, mais aussi de s’épanouir. C’est une contribution importante dans la lutte globale contre les extrémistes. (…) La question fondamentale est de savoir si les nations libres vont aider les jeunes démocraties à survivre devant cette menace. Le Canada a répondu à l’appel de manière brillante», a déclaré M. Bush en réponse à une question d’un journaliste canadien ».

Inlassablement, monsieur Bush a répété qu’il croyait que lorsque la démocratie prendra racine en Afghanistan, ce sera un dur coup contre ceux qui veulent nous imposer un régime totalitaire.

Au moment de terminer cet article, j’entends aux actualités télévisées l’annonce que le convoi dans lequel prenaient place le journaliste Patrice Roy et son équipe de Radio-Canada a sauté sur une mine lundi à Gundygar, un village situé dans le district de Panjwayi, à 41 kilomètres au sud-ouest de Kandahar. Deux soldats de Valcartier et un interprète ont été tués dans cette explosion, et le cameraman-monteur Charles Dubois a été grièvement blessé à la jambe. Patrice Roy, le journaliste, n’a pas été blessé mais il souffre d’un choc nerveux.

Que peut dire dans de telles circonstances un Premier ministre d’un gouvernement minoritaire qui n’éprouve d’empathie à l’égard de sa population qu’en campagne électorale ? Des banalités : « Nos militaires défendent nos couleurs, en renfort des Nations unies. Grâce aux équipes de reconstruction canadiennes et aux soldats du Royal 22e (régiment), des ponts, des barrages, des puits, des écoles, des centres médicaux ont été faits en Afghanistan. Dans tout ce pays, le revenu par habitant a doublé en trois ans », a dit M. Harper. Reconstruction ?

Le chroniqueur du quotidien de Montréal, La Presse, s’interroge : « Ma question : Pourquoi – hors des soldats afghans qui servent de chair à canon locale – ce ne sont pas des soldats musulmans saoudiens, égyptiens, syriens, indonésiens, nigériens, marocains, tunisiens, algériens, libanais qui combattent les fondamentalistes de leur religion en Afghanistan ?  »

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Bernard Kouchner à Bagdad – Rompre avec le passé, réconcilier l’avenir

22 08 2007

19 août 2007, Bagdad. – « Les Américains ont commis erreur sur erreur. Il est impossible de refaire l’Histoire. Il s’agit maintenant de tourner la page », déclare Bernard Kouchner, un homme qui ne laisse rien au hasard.

19 août 2003, Bagdad. – Le brésilien Sergio Vieira de Mello, représentant du secrétaire général de l’ONU, et ami du ministre, était victime d’un attentat contre le Quartier général des Nations-Unies, attentat qui coûta la vie à une vingtaine de personnes. Bernard Kouchner est également l’homme des formules : « devoir d’ingérence » et « devoir d’ouverture ». N’est-il pas l’homme qui déclarait il y a moins d’un an : « La France n’est elle-même que lorsqu’elle parle au-delà de l’horizon ». Il est venu à Bagdad pour « écouter, essayer de comprendre ce qui pour certains paraît une direction positive et qui, vu de l’extérieur, nous semble une situation horrible ».

Avec cette visite à Bagdad, les États-Unis voient en Bernard Kouchner un « exemple de plus de la volonté croissante de la communauté internationale d’aider l’Irak à devenir un État stable et sûr ». En quête d’oxygène, la Maison Blanche s’autorise à entrevoir, dans ce sombre horizon, des éclaircies pour une solution au problème actuel de l’Irak : « le renforcement du mandat de la Mission de l’Onu en Irak, les récentes conférences avec les voisins de l’Irak et la décision de l’Arabie saoudite d’ouvrir une ambassade à Bagdad et d’annuler la dette de l’époque de Saddam Hussein » sont des signes annonciateurs lancés par le ministre français qui sont bienvenus.

Bernard Kouchner, en quête d’une identité propre au sein du gouvernement de Nicolas Sarkozy, marque ainsi, par sa présence à Bagdad, la première visite officielle d’un responsable français de ce rang depuis l’intervention militaire américaine de mars 2003. Pour le ministre, les Nations-Unies doivent prendre la relève : « les forces étrangères stationnées en Irak n’ont pas vocation à rester et qu’un horizon de retrait devra être défini par les Irakiens eux-mêmes ». Déclaration qui a effet d’une brise par temps de grande canicule pour Georges W. Bush, passablement écorché au cours de la dernière année. Les États-Unis pourraient ainsi se retirer sans coup férir du théâtre des opérations irakien et occuper davantage de terrain du côté de l’insondable ennemi qu’est l’Iran.

La légendaire non-ingérence mais non-indifférence française revient au premier plan de l’actualité avec ce « devoir d’ouverture » de Bernard Kouchner qui a déclaré à la radio française : « Avant, il y avait une attitude qui consistait à dire « circulez, y’a rien à voir, c’est tellement compliqué, c’est tellement fichu d’avance qu’il ne faut plus s’en occuper », et bien ce n’est pas l’attitude de la France actuelle ». C’est pourquoi aujourd’hui, le ministre des Affaires étrangères croit venu le moment de tourner la page au comportement passé des États-Unis et de la Grande-Bretagne qui traitaient, il y a peu encore, les Nations-Unies avec mépris : « Tout le monde sait que les Américains ne pourront pas sortir ce pays de la difficulté tout seuls. Plus les Irakiens demanderont l’intervention de l’ONU, plus la France les y aidera », déclare le plus simplement l’ex French Doctor.

Pour cela, il conviendrait de rappeler au ministre Kouchner ses propres écrits en février 2003. Il cosignait, avec Antoine Veil, un billet dans le quotidien Le Monde. Il écrivait entre autre chose : « L’épreuve de force diplomatique opposant les États-Unis au couple franco-allemand permet de passer sous silence la réalité des conditions de vie atroces des Irakiens et conforte Saddam Hussein. Lorsque les responsables européens interrogeaient nos alliés américains sur leurs certitudes quant à la possession d’armes de destruction massive par l’armée irakienne, lorsqu’ils leur demandaient de passer par le Conseil de sécurité, ils se montraient convaincants. Nous n’en sommes plus là. Le seul bénéficiaire des échanges acides entre « vieux Européens » et Donald Rumsfeld, c’est le dictateur de Bagdad ».

Il est intéressant de mettre en parallèle cette vision de Bernard Kouchner, à l’époque, avec celle que proposait Kofi Annan devant le « World Affairs Council », de Los Angeles, le 3 décembre 2003 : « Le monde est prêt à accepter le leadership des États-Unis, mais je pense aussi que ce leadership suscitera davantage d’admiration et moins de ressentiment, et sera en fait plus efficace, s’il s’exerce dans un cadre multilatéral, repose sur le dialogue et l’instauration progressive d’alliances par la diplomatie et s’il contribue à renforcer la primauté du droit dans les relations internationales ».

Est-ce pour éviter de heurter la grande majorité du peuple français, acquise au président Sarkozy, que le ministre Kouchner a mis un bémol aux critiques qui s’élèvent de plus en plus en Europe et ailleurs dans le monde, sur sa visite à Bagdad : « Nous nous sommes distingués très clairement de la politique américaine et nous n’avons pas été partisans de l’intervention américaine et je crois que nous avions raison », a-t-il redit lors d’un entretien téléphonique sur RTL depuis Bagdad ?

Y a-t-il lieu de poser la question : mais que veulent donc exactement les Irakiens ? Le gouvernement est éclaté, des ministres ont démissionné, des représentants américains souhaitent la dissolution du gouvernement du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki qualifié d’incompétent. La coalition de Maliki, dont les États-Unis attendent vainement la réconciliation, semble imploser par la défection d’une partie d’entre elles, notamment les membres du principal groupe parlementaire sunnite et les chiites fidèles à l’imam radical Moktada Sadr.

Pendant que Washington accuse la Syrie de laxisme aux frontières et l’Iran de saboter le processus de paix en Irak, Nouri al-Maliki et le Premier ministre syrien, Mohammad Naji Otri, appellent tous les deux à l’établissement d’un calendrier de retrait des troupes étrangères d’Irak, leur faisant porter la responsabilité des troubles : « Nous avons trouvé en Syrie un soutien au processus politique, à la réconciliation nationale et aux efforts déployés par les forces irakiennes pour stabiliser le pays », déclare tout bonnement le premier ministre irakien. Washington a toutes les raisons d’exprimer sa frustration : les États-Unis ont porté cette année de 130.000 à plus de 160.000 le nombre de « boys » pour faciliter la tâche à Maliki. Et pour indisposer davantage les américains, le président syrien a appelé, à son tour, à « créer un climat propice pour parvenir à la réconciliation nationale entre les différentes composantes du peuple irakien, susceptible de garantir l’unité et l’indépendance de l’Irak », rapporte l’agence officielle Sana.

Comme s’il avait réponse à toutes ces questions, Bernard Kouchner multiplie les appels du pied : « L’Europe doit jouer un rôle et j’espère qu’il y aura d’autres ministres des Affaires étrangères (de l’UE) qui viendront visiter l’Irak », a-t-il ajouté dans cette même interview accordée à RTL. Pour René Backmann, rédacteur en chef du service Monde du Nouvel Observateur : « Ce qui n’aide pas Bernard Kouchner dans cette affaire, c’est le fait que son voyage intervienne juste après la rencontre amicale entre Nicolas Sarkozy et George Bush. D’autant plus qu’avant cette rencontre, et avant même d’être élu, Nicolas Sarkozy avait exprimé des distances claires – voire formulé des critiques – à l’égard de la position adoptée par Paris sur la guerre en Irak et face aux relations franco-américaines en général », analyse René Backmann. […] « Même s’il est souhaité par certains Irakiens, et réclamé par des factions armées, un retrait de l’armée américaine ne déboucherait probablement pas sur une période d’apaisement, mais peut-être, au contraire, sur un chaos plus épouvantable encore. Vu de Washington – en pleine précampagne présidentielle -, et du reste du monde, un tel retrait serait inévitablement considéré comme une fuite ».

Que peut Bernard Kouchner, réputé pour son écoute, si les trois principales communautés irakiennes – sunnites, chiites et kurdes – refusent de dialoguer ? Que peut Bernard Kouchner, qui ne prétend pas être porteur d’une solution, pour réconcilier, sur les 40 ministres du gouvernement irakien, les 17 qui ont déjà quitté leurs fonctions ou décidé de boycotter les travaux du gouvernement ? Nonobstant le fait que Bernard Kouchner se dit « inquiet » de l’évolution de la situation dans le pays et qu’il estime que la France doit être présente puisque le pays a un rôle particulier dans cette région, quelles solutions proposent-ils aux Irakiens ? Une fois les nobles intentions formulées : « Je crois vraiment qu’en fonction de ce qui va se jouer ici, le monde sera changé… et nous devons en être », que restera-t-il de cette visite ?

Le ministre des Affaires étrangères n’est pas sans savoir que la résolution 1770 des Nations-Unies est prudente et qu’elle demande à la Mission d’assistance de l’ONU en Irak (Manui) d’apporter « conseil, soutien et assistance » au gouvernement irakien dans de nombreux domaines, « si les circonstances le permettent ». Ce n’est que dans un cadre diplomatique multilatéral que la France pourrait jouer d’influence et s’octroyer un rôle. Mais lequel ? Le Quai d’Orsay est très vague sur cette question. Le ministre également. L’heure semble aux visites flamboyantes, aux déclarations d’amitié, aux réconciliations franco-américaines, aux appels au devoir d’ouverture et à une certaine rupture avec le passé querelleur de la France.

Monsieur Kouchner appelle à la réconciliation des factions en Irak et au rétablissement du gouvernement irakien dans ses pleins pouvoirs. Il n’hésite pas toutefois à vilipender vertement toute critique qui le met en cause, notamment celle du socialiste Jean-Pierre Chevènement qui avait qualifié d’inopportune cette visite à Bagdad : « Jean-Pierre Chevènement a été l’un des soutiens les plus affichés au dictateur sanglant Saddam Hussein, alors! » Bien évidemment, monsieur Kouchner omet de dire qu’il fut, lui-même, l’une des voix divergentes françaises à l’heure de l’invasion américaine de l’Irak en 2003, dont il reconnaît aujourd’hui les erreurs. Le ministre a bien raison : « Il est impossible de refaire l’Histoire ».

Selon Ria Novosti, en terminant, et comme l’a écrit le San Francisco Chronicle, « le rapprochement des positions de Paris et de Washington sur la question irakienne est sans doute pour beaucoup le résultat de la décision des Etats-Unis de partager les dividendes pétroliers de leur campagne en Irak avec leurs partenaires en Europe et ce, en échange d’un soutien à la politique américaine au Proche-Orient. Un peu plus d’une semaine après cela, le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner était déjà accueilli à sa descente d’avion à Bagdad ». Ria Novosti poursuit : « il est tout à fait évident que les négociations de M. Kouchner à Bagdad constituent une nouvelle preuve explicite du rapprochement entre Washington et Paris. Il est tout aussi évident que l’Irak n’y perd rien, car plus il y aura de forces extérieures intervenant à partir de positions uniques à l’égard de ce pays, mieux cela vaudra pour lui. Quant à la France, y gagnera-t-elle? Qui vivra verra ».

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