« Je confesse à Dieu tout-puissant,
Je reconnais devant mes frères,
que j’ai péché
en pensée, en parole, par action et par omission ;
oui, j’ai vraiment péché
 ».

(Petit catéchisme catholique romain)

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Avertissement. Je n’ai plus la foi. Tenez cet exergue pour une citation, au même titre que serait une référence au vieux Churchill ou à Edmond Rostand. Pourquoi alors cette citation chrétienne ? Parce que trop sont ces monstres qui nous gouvernent et qui sont la cause de la déliquescence de l’humanité tout en se réclamant de Dieu pour asseoir leur règne.

Oswald Chambers est né en Écosse en 1874. Il fut enseignant et prédicateur pour un temps aux États-Unis et au Japon. Pourquoi Oswald Chambers ? Parce que, en 1911, il fonda et devint le principal enseignant du « Bible Training College », à Londres. Il y resta jusqu’à la fermeture du collège en 1915, « pour cause de Guerre Mondiale ». Il est mort en novembre 1917 des suites d’une intervention chirurgicale.

Ce 24 juin, dans le cadre de mes recherches pour documenter le thème de cette rubrique, je retrouve cette réflexion de ce prédicateur écossais : « En vous rendant compte de la réalité du péché, vous ne détruisez pas le fondement de vos rapports avec les autres, de vos affections, de vos amitiés. Mais d’un commun accord, vous et votre ami, vous reconnaissez que la vie est tragique. Jésus-Christ n’avait aucune confiance en la nature humaine, et pourtant jamais il ne fut sceptique, désabusé, soupçonneux, parce qu’il avait toute confiance dans l’œuvre qu’il pouvait accomplir pour l’humanité ». Est-ce parce que je n’ai plus la foi que je suis désabusé par ces dirigeants – pénibles dans leurs déclarations et dans leurs décisions – qui nous accablent de leur profession de foi ?

En raison de l’actualité qui nous rappelle – sans une seule pause salutaire – à ces morts et à ces assassinats dans le monde, il convient de mettre au sommet de cette liste morbide le généralissime Than Shwe de Birmanie. Il règne pour une raison divine : il se croit la réincarnation d’un roi du passé. Et à ce titre, il revendique le statut de « Bu Daw », titre emprunté aux anciens souverains. Il consulte sinon Dieu du moins les astres. Introverti et superstitieux, Dieu a eu pourtant, sur son généralissime birman, une bienveillance toute spéciale qu’il n’aurait pas eu sur son peuple. Comme le rapporte Christophe Ono-dit-Biot, du Point, la capitale, bunker du dictateur invisible Than Shwe, n’a pas été touchée par le cyclone. Parce qu’elle s’appelle Naypyidaw, « demeure des dieux » ? Ou parce que les astrologues du généralissime l’avaient prévu ?

Aux premiers jours de la tragédie, les généraux, selon ce que décrit Le Figaro, suggéraient aux victimes de « rentrer chez elles pour chasser les grenouilles » plutôt que d’« accepter les tablettes de chocolat » d’une communauté internationale accusée d’être « avare » de ses aides financières. Garnir les coffres de la junte était plus prioritaire que de garnir les garde-manger des victimes. Plus de 138 000 personnes ont péri ou restent portées disparues depuis le passage du cyclone Nargis, rapporte le vice-ministre des Affaires étrangères Kyaw Thu. Plus de 2,5 millions de personnes dans le besoin sont restées sans aucune aide en raison du refus des autorités birmanes de toute aide internationale durant trois semaines.

« Seul Dieu peut me retirer le pouvoir qu’il m’a donné, ni le MDC ni les Britanniques », a déclaré le président zimbabwéen Robert Mugabe, 84 ans dont 28 à la tête du pays. Et c’est pour cette raison que « jamais le Mouvement pour le changement démocratique ne sera jamais, au grand jamais, autorisé à diriger ce pays », a averti l’aimable président africain. Tout invoquant Dieu, pour se maintenir au pouvoir, le président Mugabe voit mal la remise en question de son programme de redistribution des terres : « le MDC ne doit pas nous pousser à reprendre les armes avec leurs promesses d’annulation de notre programme de redistribution des terres ».

Cet autre brave capitaine, seul maître à bord après Dieu, a fait de son pays un « havre de misère » où tout se démultiplie : le chômage touche 80 % de la population du Zimbabwe et le taux d’inflation dépasse les 100 000 %. C’est en 2000 que commence ce qu’on a appelé « l’invasion des fermes », ou ce que des observateurs, peu bienveillants à l’égard du timonier de 84 ans, ont appelé « l’occasion d’un hold-up des proches du pouvoir ».

Robert Mugabe, 84 ans, accuse, comme le généralissime Than Shwe, les grandes puissances, comme la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et leurs alliés, de mentir sur la situation de leur pays respectif pour justifier une intervention. La peur de l’invasion et de la perte matérielle de leurs richesses personnelles, pouvoir et argent compris.

Lorsqu’on ne vit pas dans la crainte de Dieu, on risque de vivre sous la crainte de nos despotes. Et ces despotes vivent leur propre dictature : la peur. Bernard Ilunga écrivait, sur Congo’n Line, un « Portrait psychologique d’un dictateur ». Voici quelques extraits de ses constatations :

« Le dictateur est fondamentalement un homme-qui-suspecte-tous-les-hommes. Même ses familiers. Le danger, se dit-il, peut venir de n’importe où, donc prudence. Et en vertu de cette prudence, il peut éliminer physiquement même ses propres enfants s’ils deviennent pour lui une menace contre son pouvoir. [...] le dictateur ne peut guère s’accomplir en tant qu’homme, car l’homme s’accomplit dans le service… C’est ce manque ou cette impossibilité d’accomplissement personnel humain qui creuse en lui un vide… un vide qu’il cherchera à combler de mille manières. Car s’il est vrai que la nature ne tolère par le vide, l’homme non plus ne le supporte pas. [...] Le dictateur a une faim insatiable de gloire. Regardez tous les titres dont ils se bardent : Père Fondateur, Guide illuminé… [...] Et cette recherche pathologique de la gloire les rend très imperméable à la flatterie. Le dictateur aime à être flatté, encensé, louangé… Il verse en abondance ses grâces sur les thuriféraires : nomination au poste de ministre, don d’argent, etc. [...] Le dictateur n’est comptable de son agir devant personne, pas même devant sa conscience. Tous ont des comptes à lui rendre, alors que lui n’a de comptes à rendre à personne. Sa conscience, il l’étouffe. La recherche effrénée de plaisirs participe à cet effort, souvent inconscient, de contraindre au silence sa propre conscience. Et même, il fuit le silence et la solitude où parle la conscience… Il a peur de la voix de sa conscience ».

Que reste-t-il à l’humanité face à ces dictateurs qui se réclament de droit divin ? En octobre 2005, le très sérieux The Guardian écrivait sur les sources dont s’inspirait Georges W. Bush pour prendre ses décisions éclairées. Au cœur d’une des plus grandes démocraties du monde, du point de vue américain, cela s’entend, le président prend ses ordres de Dieu : « And now, again, I feel God’s words coming to me, Go get the Palestinians their state and get the Israelis their security, and get peace in the Middle East ». En réponse à son créateur, Georges W. Bush a immédiatement répondu : « And, by God, I’m gonna do it  ».

Aujourd’hui, en 2008, Chuck Hagel, le sénateur républicain modéré du Nebraska, déclarait, devant le Center for American Progress : « Le monde ne veut pas d’une Amérique qui impose, qui dictate, qui sermonne, qui prêche, qui envahit, qui occupe »…

Pour paraphraser le sénateur républicain, se pourrait-il que le monde est fatigué de ces harangues qui invoquent Dieu à toutes occasions pour défendre des décisions qu’on sait contraires aux principes de charité chrétienne, une des trois vertus théologales ?

Selon le président Nicolas Sarkozy : « un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent » (Basilique Saint-Jean de Latran, 20 juillet 2007). À Ryiad, le président a précisé sa pensée : il croit dans ce « Dieu transcendant qui est dans la pensée et dans le cœur de chaque homme, Dieu qui n’asservit pas l’homme, mais qui le libère ». Bien. Maintenant, selon Pascal de Sutter, professeur de psychologie politique à l’Université catholique de Louvain en Belgique, il semblerait que le président : « insultait facilement les gens, qu’il était soupe au lait, qu’il avait un côté un peu bagarreur. C’est probablement un aspect de sa personnalité assez stable. Ce qu’on appelle le tempérament. Qui ne change pas, quelles que soient les circonstances ».

C’est d’Henri Guaino, conseiller du président Nicolas Sarkozy, que vient cette déclaration étonnante reprise dans le quotidien Le Monde : « Qui peut nier l’évidence que la transcendance est une étape capitale de l’histoire humaine et l’immanence la mère de tous les totalitarismes ? ». Sur un ton plus humoristique, tant s’en faut, Denis Tillinac, écrivain, éditeur et journaliste français et « compagnon de route » de Jacques Chirac, considérait, dans le même quotidien, que le président Nicolas Sarkozy était fasciné par les religieux, imams, rabbins ou prêtres, parce qu’ils ont en eux « quelque chose de radical et de mystérieux ». Il l’est par tous ceux qui aspirent à un dépassement d’eux-mêmes. Sa « candeur de gamin » devant les champions et les stars fait sourire, mais « avec Dieu, il a le top du top, le champion des champions  ».

En Afghanistan, le très Honorable Premier ministre, Stephen Harper, haranguait ses valeureuses troupes : « En tant que Canadiennes et Canadiens, nous sommes extrêmement fiers de notre grand pays et des valeurs qu’il incarne. Chaque jour, vous défendez ici en Afghanistan ces valeurs et ces vertus. Vous êtes ici les bons voisins, des hommes et des femmes qui par compassion offrent leur labeur. À la fois guerriers courageux et amis loyaux, vous incarnez ce que le Canada a de mieux à offrir ». Et le Premier ministre de terminer en ces termes son allocution : « Dieu vous bénisse pendant les efforts à venir. Dieu bénisse vos familles et vos proches. Dieu bénisse le Canada ».

Dans son programme électoral, le parti conservateur affirme qu’un « gouvernement conservateur défendra les valeurs canadiennes fondamentales » que sont notamment la démocratie, les droits de la personne, le libre marché et la compassion pour les moins nantis sur la scène internationale. Et pourtant. Le gouvernement conservateur s’oppose à toute tentative de rapatrier Omar Khadr au Canada avant qu’il n’ait subi son procès pour meurtre devant un tribunal militaire américain. La raison en est fort simple : il serait pratiquement impossible, dans le cas d’une arrestation sur le champ de bataille, de tenir un procès criminel à partir des critères habituels en matière de preuve. Monsieur Stephen Harper reste insensible, trop occupé qu’il est de gérer les scandales qui entachent son gouvernement, à la lettre de 18 personnalités qui demandaient le rapatriement immédiat de l’enfant-soldat emprisonné à Guantanamo, ainsi qu’aux nombreuses demandes des avocats canadiens, dont les Avocats canadiens à l’étranger.

Pour revenir au Petit catéchisme, que ne nieraient pas nos chefs d’État, voici ce qu’il dit sur la création : « Dieu a produit le ciel et la terre, et tout ce qui s’y trouve, par sa parole, c’est-à-dire par sa volonté (Gn 1,1 et suivants). Il a aussi créé des êtres spirituels (les anges) et des être humains, constitués d’un esprit et d’un corps, et qui lui sont semblables : immortels, intelligents, volontaires et doués d’une conscience  ». Et je n’ai rien trouvé sur la peur de l’homme par l’homme (« Homo homini lupus »).

Dans le « Congrès international de la peur », cité par Alain Tanner, le brésilien Carlos Drummond de Andrade écrivait : « Provisoirement nous ne chanterons pas l’amour, qui s’est réfugié plus bas que les souterrains. Nous chanterons la peur, qui rend stériles les ambassades. Nous ne chanterons pas la haine, car elle n’existe pas. Seule existe la peur, notre mère et compagne, la grande peur des Sertoes, des mers, des déserts, la peur des soldats, des mères, des églises. Nous chanterons la peur des dictateurs, des démocrates. Nous chanterons la peur de la mort, et la peur d’après la mort, et puis nous mourrons de peur, et sur nos tombes pousseront des fleurs jaunes et craintives ».

(Sources : AFP, Congo On Line, Cyberpresse, La Nouvelle République, Le Figaro, Le Madawaska, Le Monde, Le Point, The Guardian)

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