Les pauvres, de plus en plus pauvres !

28 02 2007

Vous rappelez-vous ces quelques lignes – maintes fois citées – de monsieur de Lafontaine :

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre …

La pauvreté est une calamité que nul ne semble ou ne peut contrôler ! Elle répand sa terreur !

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Le fossé entre les riches et les pauvres aux États-Unis est de plus en plus large.

PauvretéSelon une étude américaine, près de 16 millions d’Américains vivent dans « une pauvreté profonde et sévère », soit avec un revenu de moins de 9903 $US (7495 €) par an pour une famille de quatre personnes comprenant deux enfants. Cela représente 43% des 37 millions de pauvres aux États-Unis. Selon l’étude de McClatchy Newspapers, basée sur le recensement de 2005, le nombre de personnes ayant basculé dans l’extrême pauvreté n’a jamais été aussi élevé depuis 30 ans. Par individu le seuil de grande pauvreté individuelle correspond aux personnes dont le revenu est inférieur à 5080 $US (3868 €) par an.

L’étude américaine constate que, de 2000 à 2005, le nombre d’Américains très pauvres a augmenté de 26%. Cette explosion de pauvreté s’inscrit dans un contexte d’expansion économique hors du commun dans le pays et elle excède de 56% la croissance de l’ensemble de la population pauvre sur cette période. La productivité du travail a bondi en flèche depuis la courte récession de 2001 mais la croissance des salaires et des emplois n’a pas suivi. En outre, la part du revenu national consacrée aux bénéfices des entreprises a écrasé celle qui était destinée aux salaires : « Cela permet de comprendre pourquoi le revenu médian d’un ménage d’actifs, ajusté par l’inflation, a chuté sans arrêt depuis cinq ans », constate l’étude de McClatchy Newspapers. « Cela et d’autres facteurs ont contribué à faire basculer 43 % des 37 millions de pauvres que compte le pays dans la grande pauvreté, le taux le plus élevé depuis 1975 », conclut McClatchy Newspapers.

« McClatchy’s review also found statistically significant increases in the percentage of the population in severe poverty in 65 of 215 large U.S. counties, and similar increases in 28 states. The review also suggested that the rise in severely poor residents isn’t confined to large urban counties but extends to suburban and rural areas ».

La famille pauvre américaine classique (comme d’ailleurs leur équivalent européen) est monoparentale, avec une mère (très) jeune et un enfant en bas âge, ce qui montre que la pauvreté n’est pas vraiment une fatalité, car elle est surtout due à l’explosion de la cellule familiale et moins au chômage, car la durée du chômage est en moyenne faible aux États-Unis (quelques semaines contre près d’un an en France) (Wikipedia). Pour connaître un excellent point de vue sur la question de la pauvreté aux États-Unis, et pour suivre un débat sur la même question, je vous recommande la lecture de cette analyse de Anthony Meilland.

Au Canada, le Parlement avait, en 1989, voté une loi pour mettre fin à la pauvreté infantile en 2000. Le Conseil National du Bien-être Social (CNBES) constate qu’on est bien loin du compte, alors que le gouvernement britannique, qui a adopté une même loi en 2002, a déjà permis à 700 000 enfants de s’en sortir grâce à une stratégie concertée. En 1989, le Parlement avait voté une loi pour mettre fin à la pauvreté infantile en 2000. Selon Statistique Canada, une personne se trouve au seuil de faible revenu lorsqu’elle consacre plus de la moitié de ses revenus pour se nourrir, se loger et se vêtir. En 1998, ce seuil était fixé à 31 107 $ pour une famille de deux adultes et deux enfants.

La dernière édition des données de base sur la pauvreté, publiée par le conseil canadien, indique que le Canada compte un 1,3 million de ménages pauvres de plus qu’il y a 25 ans. La situation est particulièrement prononcée dans les jeunes familles. Le taux de pauvreté a plus que doublé depuis 1975 dans celles où le chef de famille a moins de 25 ans et atteint maintenant 46 %. Dans les familles où le chef a entre 25 et 34 ans, le taux de pauvreté est passé de 12 à 19 % au cours du dernier quart de siècle. Les familles dirigées par une mère monoparentale sont par ailleurs de plus en plus nombreuses, au Canada. Ce sont aussi les plus susceptibles de vivre dans la pauvreté. En 1997, 56 % d’entre elles vivaient dans la pauvreté. On y retrouvait 43 % des enfants pauvres.

pauvretéQuelques chiffres concernant les enfants pauvres

    • 1 enfant sur 2 a une santé fragile
    • 1 enfant sur 2 vit avec un fumeur
    • 1 enfant sur 4 vit avec un parent dépressif
    • 1 enfant sur 3 habite un logement malsain
    • 2 enfants sur 5 accusent un retard de développement du langage
    • il y a 3 fois plus de délinquance parmi les enfants pauvres

Au Québec, le nombre d’enfants dont les parents dépendent de l’aide sociale a augmenté de 50 % au cours des années 1990. (Source : Société Radio-Canada)

Dans le monde, 1,3 milliard de personnes sont pauvres. Elles luttent pour survivre avec un maigre revenu, lorsqu’elles en ont un. Elles souffrent de graves problèmes physiologiques et psychologiques provoqués par l’une des conséquences les plus tragiques de la pauvreté: la faim. Un Européen sur six vit sous du seuil de pauvreté. C’est ce qui émerge du « Rapport sur la protection sociale et l’inclusion sociale » de la Commission européenne. L’Europe souffre aussi du phénomène des travailleurs pauvres, qui ont un emploi, mais vivent dans une situation précaire. Ainsi, 8% des travailleurs européens (âgés de 18 ans et plus) disposaient de revenus situés en-dessous du seuil de pauvreté en 2004, la fourchette allant de 5% ou moins (République tchèque, Allemagne et pays nordiques) à 13 ou 14% (Grèce, Portugal, Pologne), ajoute la Commission européenne.

Selon The Guardian, qui cite les chiffres tirés d’un rapport publiés le 14 février par l’UNICEF, 16,2 % des enfants britanniques vivent en dessous du seuil de pauvreté ; 35,8 % ont été brutalisés au cours des deux derniers mois ; 35,3 % des jeunes de 15 ans aspirent à un métier peu qualifié ; 30,8 % des jeunes ont été ivres deux fois ou plus.

En 2003, la Banque mondiale a défini comme pauvres les ménages qui disposent de moins de deux dollars par jour, et extrêmement pauvres ceux qui ont moins d’un dollar par jour. Selon cet indicateur, ce sont respectivement 2,8 et 1,2 milliard de personnes qui sont concernées (le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation en 2002 est, lui, de 800 millions). Selon le seuil de pauvreté de 1 dollar par jour en PPA 1985, la majorité des pauvres se trouvent en Asie du sud (39%), Asie de l’est (33%) et en Afrique sub-saharienne (17%). Les pays comptant plus de la moitié de leur population sous le seuil de pauvreté sont le Guatemala, la Guinée-Bissau, l’Inde, le Kenya, le Lesotho, Madagascar, Népal, Niger, le Sénégal et la Zambie.

Questions

  • Il appartiendra à chacun des lecteurs de s’interroger sur son niveau de tolérance face à la perpétuation d’une telle stuation.

 

A lire également sur ce blog :

La Ville dont le prince est un enfant, dites-vous ?

 

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Deux lauréats visent les plus hautes fonctions de leur pays respectif

27 02 2007

Deux lauréats du Prix Nobel de la paix se lancent en politique. L’un vient du Guatemala, Rigoberta Menchu Tum, l’autre, du Bengladesh, Mohammad Yunus. Deux lauréats de deux pays pauvres sur deux continents. Avant eux, d’autres lauréats ont tenté l’expérience politique, à l’instar du Polonais Lech Walesa ou plus récemment de Timorais José Ramos-Horta, élu Premier ministre du Timor oriental alors qu’il incarnait depuis plus de trente ans la lutte pour l’indépendance de ce petit pays. Lech Walesa a été président de la Pologne de 1990 à 1995.

Rigoberta Menchu Tum et Mohammad Yunus pourront-ils survivre à la politique ?

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Rigoberta Menchu Tum – Bientôt un virage à gauche au Guatemala ?

Rigoberta Menchu TumLa majorité des pauvres sont des femmes (Maduro, 2006) et la majorité des femmes sont pauvres et les gens les plus pauvres parmi les pauvres sont des femmes. La majeure partie des victimes de la violence – aussi bien dans leur famille que dans les guerres – sont des femmes et des enfants. Si la pauvreté est une question de pouvoir, les solutions doivent se focaliser sur l’autonomisation des populations, surtout celles qui subissent les pires discriminations et la plus grande exclusion sociale. L’histoire regorge de solutions imposées d’en haut, bien intentionnées, certes, mais vouées à l’échec, car elles ignoraient les causes réelles de la pauvreté ainsi que les exigences et les perspectives des dites populations ou leurs capacités à être les architectes de leur propre destinée (Overseas Development Institute, 2005).

L’Amérique latine (Zibechi, 2003) est-elle en voie de connaître de profonds changements positifs ? Les diagnostics sur le présent sont difficiles ; les prospectives le sont encore plus. Des signes néanmoins sont perceptibles concernant plusieurs pays : Brésil, Argentine, Venezuela et, sous réserve, Équateur. Les évolutions qui s’organisent méritent la plus grande attention. Les revendications des peuples indigènes ne sont plus centrées sur les seuls besoins de survie : elles s’expriment désormais sous forme de propositions concernant l’ensemble de leurs droits humains ainsi que la réorganisation des sociétés dans lesquelles ils vivent (Chancoso , 2002).

Rigoberta Menchu Tum est née dans la pauvreté d’un petit village Guatémaltèque. Elle a travaillé avec ses parents qui s’occupaient de maïs et de fève sur leur petite parcelle de terrain. Son père, Vicente, fut l’un des premiers de sa région à rechercher la justice et un meilleur mode de vie pour les Indiens. Il commença une lutte pour améliorer les conditions des paysans et fut brûlé à mort lors d’une manifestation. La mère de Rigoberta fut tuée quelques semaines plus tard par le gouvernement.

Autodidacte, elle a démontré qu’elle pouvait être un grand meneur doté d’une grande intelligence. Un être humain vaut beaucoup plus que ses diplômes et je veux rester toute ma vie une élève, disait-elle dans son autobiographie. (BURGOS, Élisabeth. Moi, Rigoberta Menchu, Éditions Folio, Paris, 1999, 507p). Les atrocités vécues dans son enfance ne firent qu’endurcir Rigoberta Menchu Tum qui était prête à se battre afin d’améliorer les conditions de ses pairs et atteindre la liberté. Elle devint donc active sur le plan politique au niveau des conditions de travail et des groupes pour les droits de l’homme. Dans les années 1980, elle milite activement dans un groupe de défense des droits humains au Mexique, et s’emploie à exercer des pressions sur son gouvernement en donnant de nombreuses conférences aux États-Unis et en Europe. Mais elle demeure relativement marginalisée, au même titre que le conflit au Guatemala, qui n’attirait pas l’attention des pays occidentaux, et ce, malgré l’horreur évidente de ce tragique conflit dont les Mayas furent les principales victimes.

En 1983, elle fait la rencontre d’Élisabeth Burgos, une ethnologue, qui recueille ses témoignages afin de publier la biographie dans laquelle elle fait le récit des horreurs dont elle a été témoin. Elle connaît un succès international avec la publication de son premier livre, intitulé Yo Rigoberta , publié en 11 langues, qui raconte son enfance difficile dans la pauvreté d’un village rural, puis comme servante dans la capitale guatémaltèque. Elle y dépeint toute l’horreur des tortures et les meurtres des membres de sa famille. Un récit malheureusement toujours d’actualité, qui sert de métaphore pour ce que doivent subir une grande majorité d’indigènes en Amérique centrale, et plus particulièrement au Guatemala. Elle reçoit, en 1990, le Prix UNESCO pour l’Éducation de la Paix, puis en 1992 le Prix Nobel de la Paix, devenant ainsi la première autochtone, et la plus jeune personne, à recevoir cette distinction. L’importance de son travail obtient enfin une reconnaissance officielle, l’année du 500e anniversaire de l’arrivée de Christophe Colomb en Amérique.

Son livre-témoignage, Moi, Rigoberta Menchu, une femme indienne au Guatemala, fut publié accompagné de nombreux de ses textes et poèmes : « Ma douleur, c’est la douleur de tout un peuple ». Pour Rigoberta Menchú Tum, ce Prix Nobel est une reconnaissance de la lutte des autochtones, ainsi qu’une reconnaissance symbolique pour les victimes de répression, de racisme et de pauvreté. Pour Rigoberta Menchu Tum, ce Prix Nobel de la Paix reconnaissait la lutte des indigènes. C’est aussi une reconnaissance symbolique pour les victimes de répression, de racisme et de pauvreté. De plus, c’est un hommage pour les femmes indigènes.

En 2005, elle fait condamner – pour discrimination raciale – de hautes personnalités politiques du Guatemala qui l’avaient insultée pendant une audience de la Cour constitutionnelle, une première au Guatemala. Elle s’impose comme figure emblématique qui sait attirer l’attention de l’opinion internationale sur les souffrances des peuples indigènes. Rigoberta Menchú Tum est de plus en plus considérée comme une autorité morale, tissant, au travers de sa fondation, des liens étroits avec de nombreux leaders politiques dans le monde. « Le plus important est de rester toujours modeste face à la connaissance », dira-t-elle.

Rigoberta Menchu espère devenir la première indienne présidente du Guatemala en septembre 2007. Selon le journal guatémaltèque Siglo XXI, Mme Menchú se dit prête : « En ce moment tous ceux qui me suivent sont prêts pour les présidentielles ». Elle dit se présenter au nom de la majorité indienne :­ 60% des 12 millions d’habitants ­ « miséreuse et toujours tenue à l’écart du pouvoir ». Très critique envers les partis politiques actuels dirigés par des Blancs, qui détiennent également le pouvoir économique, Mme Menchu exige des garanties de ses futurs partenaires politiques afin que soit accordée « une place entière et réelle aux peuples indigènes, pas seulement pour capter leurs voix, comme ce fut le cas dans le passé ». Malgré plusieurs propositions politiques, Mme Menchu, âgée de 47 ans, a préféré fonder son parti, le Winaq. « On m’a souvent demandé pourquoi les Indiens n’avaient pas de parti politique, a-t-elle déclaré. Nous avons une réponse. […] Après deux siècles de vie républicaine, les Indiens ont été électeurs mais pas élus. Cela va devoir changer! »

Le pays est gouverné depuis 2004 par Oscar José Perdomo, conservateur, issu d’une famille de grands propriétaires terriens. Les Indiens du Guatemala — 60 % des 12,2 millions d’habitants — vivent dans la pauvreté. Les grands partis du pays, de droite, la Grande Alliance nationale (GANA) du président Oscar Berger et le Front républicain guatémaltèque (FRG) de l’ex-dictateur Efrain Rios Montt, n’ont pas encore choisi leur candidat.

D’après la presse locale, Rigoberta a déjà cité le président bolivien Evo Morales comme référence. Rigoberta Menchu aurait déclaré que le moment est venu pour les « gouvernements nationalistes et favorables aux minorités indiennes » d’accéder au pouvoir. Après l’élection d’Evo Morales et la réélection de Chavez, Lula ou Ortega (Nicaragua) le virage à gauche de l’Amérique Latine va peut-être encore se confirmer.

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Mohammad Yunus – Vers un monde sans pauvreté

Yunus« Si la communauté mondiale ne s’attaque pas à la pauvreté et à la faim, prévient Andrew Natsios, directeur de l’Agence américaine pour le développement international nous pouvons nous attendre à voir les crises humanitaires se multiplier, les conflits internes s’intensifier en nombre et en violence, et les conditions de vie se détériorer pour les habitants les plus pauvres de la planète. » (USAID)

Avec près de la moitié de ses 138 millions d’habitants vivant en dessous du seuil de pauvreté, le Bangladesh est le pays où la pauvreté a la plus forte incidence en Asie du Sud et il occupe le troisième rang des pays abritant le plus de pauvres après l’Inde et la Chine. Les niveaux nutritionnels chez les femmes et les enfants se sont considérablement améliorés. La mauvaise gouvernance et la faiblesse des institutions publiques restent les principaux obstacles qui freinent la croissance du Bangladesh (Banque mondiale, 2005). Il existe quelque 4,9 millions de travailleurs bangladeshi âgés de 5 à 15 ans. Ils accomplissent des tâches très diverses : domestiques, aide-mécaniciens dans les garages, ouvriers d’usine, porteurs dans les gares ou sur les marchés, ouvriers dans de petites fonderies. Beaucoup travaillent pour un salaire minime, voire inexistant, dans des conditions qui, souvent, hypothèquent leur santé (UNICEF, 2005).

Troisième fils d’une famille de 9 enfants, Muhammad Yunus est né dans le Bengale Occidental en 1940. À 20 ans, brillant étudiant, il a la possibilité d’aller passer son doctorat aux États-Unis sur le thème « l’économie et le développement ». Il y passera 7 ans de sa vie, devenant professeur d’économie à l’Université du Colorado.

En 1971, pourtant, lors de la naissance du Bangladesh se séparant du Pakistan, il décide de rentrer et obtient un poste de responsable du Département d’Économie à l’Université de Chittagong, la 2ème ville du nouvel État indépendant. Trois ans après son retour, une terrible famine s’abat sur le pays, tuant 1,5 million de personnes. Cet événement va changer sa vie : « Les gens mourraient de faim dans la rue et moi je continuais à enseigner d’élégantes théories économiques sans aucune prise avec la réalité. J’ai commencé à comprendre qu’il était très arrogant de prétendre avoir des réponses en restant dans une salle de classe et ai commencé à étudier sur le terrain ».

Dans le village de Jobra, juste à côté de son Université, il prend conscience que de nombreuses femmes sont victimes d’un cercle vicieux dont elles ne peuvent s’échapper. Incapables de s’adresser aux banques traditionnelles (car jugées non solvables), elles sont contraintes d’emprunter 60 Thakas (1 €) à un usurier pour acheter quelques produits le matin, en récupérer 80 de la vente sur les marchés et le soir en rembourser 70.

Il décide alors, de sa poche, de prêter 850 Thakas (24 €) à 42 femmes parmi les plus pauvres de Jobra. Ces micro-prêts leur suffisent pour, par exemple, acquérir une poule et générer un revenu quotidien de la vente des œufs chaque jour : « l’objectif était de les faire rentrer dans un cycle économique et d’amorcer un changement de mentalité». L’expérience est un succès mais ne satisfait pas encore son ambition grandissante.

Après avoir, en vain, déployé de nombreux efforts pour convaincre les banques locales d’appliquer sa méthode, il décide de monter sa propre structure et duplique le modèle. La Grameen Bank, du mot village en Bengali, naît en 1978 et s’étend rapidement dans 20, 40, 100 villages du district.

Les sept millions d’emprunteurs de la Banque Grameen sont presque exclusivement des femmes. L’entrepreneuriat féminin que soutient la Banque nobélisée repose la plupart du temps sur la micro-entreprise du secteur informel. Pourquoi la Banque Grameen s’adresse-t-elle essentiellement aux femmes ? « We focused on women because we found giving loans to women always brought more benefits to the family » répond Yunus.

Hillary Clinton n’a eu de cesse de parler de son voyage au Bangladesh et du rôle du microcrédit. L’ex-collaborateur de Donald Rumsfeld, Paul Wolfowitz, à la tête de la Banque mondiale, est aussi, semble-t-il, un fervent partisan du microcrédit.

Le micro-crédit de monsieur Yunus ne fait pas que des adeptes, comme en témoigne cette courte critique glanée sur un site Internet : « Le prêt moyen de la banque Grameen s’élève, au Bangladesh, à 130 dollars et il est inférieur en Inde. Or, le problème de base des pauvres dans ces deux pays est le manque de terre et le manque de capitaux. Dans la province indienne d’Andhra Pradesh, où il y a des milliers de groupes associatifs de microcrédits, la terre coûte 100 000 roupies l’acre – environ un demi-hectare – et une terre moins productive aux alentours de 60 000 roupies – c’est-à-dire plus de 2 000 dollars. Avec 130 dollars, on ne peut pas acheter un ranch, ni même une bonne vache ou un buffle. « Alors, combien de femmes pauvres ont-elles pu échapper au piège de la pauvreté dans cette province ? »

Muhammad Yunus a décidé de se lancer en politique au Bangladesh en formant un parti qu’il souhaite appeler Citizen Power (Pouvoir du citoyen). « Je pense que le moment est venu d’aller de l’avant », a affirmé M. Yunus. Bien accueillie par la population, l’entrée en politique de M. Yunus a été diversement appréciée dans la classe politique. « Les nouveaux venus en politique sont des éléments dangereux et doivent être regardés avec suspicion », a déjà affirmé Sheikha Hasina, de la ligue Awami. « Ils font souvent plus de mal que de bien », a-t-elle encore dit. Certains s’interrogent aussi sur les raisons de M. Yunus d’entrer en politique et si, par exemple, il est poussé de l’extérieur. Depuis le rétablissement de la démocratie en 1991, le Bangladesh est déchiré entre deux principaux partis politiques, la ligue Awami, de Sheikha Hasina Wajed, et le Parti national du Bangladesh, de la bégum Khaleda Zia. Les deux femmes qui symbolisent l’histoire troublée du Bangladesh ne se parlent pas et n’ont eu de cesse au gouvernement ou dans l’opposition de se contrer, boycottant, par exemple, à tour de rôle le Parlement. (Le Monde, 20 février 2007)

Dans une lettre ouverte, largement distribuée, il y a une dizaine de jours, M. Yunus demand l’opinion de ses concitoyens quant à la création d’un nouveau parti politique dont le but principal serait de « rétablir la coopération en politique, d’avoir des leaders qualifiés et d’instaurer une bonne gouvernance ». Entre autres questions :

  • Comment le parti peut-il rester proche de la population de tous les villages et de tous les quartiers, et s’employer à réaliser ses attentes ?
  • Comment le parti peut-il aider les gens ordinaires dans leur lutte quotidienne et régler leurs problèmes ?
  • Comment organiser le parti sur la base de l’engagement spontané des hommes et des femmes de tous âges et de toutes professions ?
  • Comment encourager les personnes compétentes, enthousiastes et volontaires à rejoindre le parti et à y participer activement ?

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Conclusions

Le virage à gauche de l’Amérique latine ne fait plus de doute. Rafael Correa, économiste de 43 ans (formé en Europe et aux États-Unis) a promis de mener l’Équateur vers un socialisme du XXIème siècle et il veut renégocier la dette du pays, qui s’élève à plus de 10 milliards d’euros. Il rejoint le clan des dirigeants sud-américains hostiles à Washington, tel le Vénézuélien Hugo Chavez ou le Bolivien Evo Morales. L’avènement de gouvernements progressistes à la tête de municipalités, de régions, voire même d’États nationaux (comme au Venezuela, au Brésil, en Uruguay, en Bolivie…) est-il synonyme de réelles possibilités de changement ?

Dans un Brésil où les 10% les plus riches se partagent 42% des richesses, l’élection de Lula, le « président des pauvres », a suscité un immense espoir parmi les déshérités. Le gouvernement de Lula applique une politique économique de rigueur qui lui vaut les félicitations du Fonds monétaire international et des marchés financiers. Mais la gauche brésilienne s’impatiente et le dit clairement (RFI). Lula da Silva poursuit sa route et prend des mesures pour doper le développement des biotechnologies dans son pays qui abrite 20% de la biodiversité de la planète : « Dans les dix à quinze prochaines années, notre pays doit figurer parmi les cinq principaux pôles mondiaux de recherche, de création de services et de produits biotechnologiques ».

Doit-on craindre, de l’Amérique latine, d’autres dérapages ? Pour l’historienne vénézuélienne Ines Quintero, Hugo Chavez jouit désormais d’une «hégémonie» sans précédent dans l’histoire du pays, où la démocratie a été instaurée il y a près de cinquante ans.

  • S’ils sont élus, Rigoberta Menchu Tum et Mohammad Yunus s’aligneront-ils sur la nouvelle gauche en Amérique Latine qui ne cache pas son anti-américanisme ou resteront-ils neutres en favorisant une approche de concertation et de rigueur avec les pays donateurs et autres investisseurs ?
  • La lutte à la pauvreté doit-elle obligatoirement passer par une dénonciation féroce du capitalisme contemporain ou peut-il y avoir conciliation entre deux thèses qui s’opposent ?
  • Sauront-ils éviter les dérives et garder le cap vers une démocratie sans concessions ?

Comment concilier pauvreté et capitalisme ? C’est un autre débat.

 

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La vie d’un vice-président des États-Unis : entre vérité et mensonge

26 02 2007
  • La vie du Vice-président Dick Cheney, passablement écorchée par l’affaire Valerie Plame, risque d’être bousculée davantage ces jours-ci. M. Libby, 56 ans, est accusé d’avoir menti au FBI et d’avoir fait obstruction à l’enquête d’un grand jury sur la révélation de l’identité d’un agent de la CIA, Valerie Plame, dont l’époux, l’ancien ambassadeur Joseph Wilson, avait publiquement critiqué la politique de l’administration américaine en Irak. Comme le note Le Nouvel Observateur : « Quel que soit le verdict qui délibère ces-jours-ci, les quatre semaines d’audiences n’auront pas suscité le grand déballage qu’on attendait ou redoutait à Washington sur les raisons de la guerre en Irak. Ni Cheney, ni le conseiller du président Karl Rove, ni l’ancien secrétaire d’État Colin Powell, ni l’ex-patron de la CIA George Tenet n’ont finalement témoigné. Comme l’a souligné le procureur Patrick Fitzgerald, « un nuage est suspendu au-dessus du vice-président. »
  • Sur l’état des lieux, en Irak, les informations obtenues par le vice-président Dick Cheney sont peu communes : « Ce que je vois c’est la confirmation que les choses vont assez bien dans certaines parties de l’Irak », a notamment déclaré M. Cheney sur ABC qui l’a interviewé au Japon où il se trouve en visite. M. Cheney a raconté s’être entretenu récemment avec l’une de ses connaissances qui venait de faire le trajet de sept heures en voiture entre Bagdad et Bassorah et qui a constaté que la situation s’y était « beaucoup améliorée par rapport à celle d’il y a un an ». (Ria Novosti)
  • En octobre 2006, Dick Cheney reconnaît publiquement que l’administration Bush a utilisé la torture lors de l’interrogation des soi-disant «combattants ennemis».

Qui est ce vice-président aux allures de bon père de famille dont la réputation est fortement écorchée ?

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Un site astrologique, après avoir dressé la carte du ciel (!) de Dick Cheney, lui adresse ces quelques commentaires : « Dick, la prédominance d’éléments planétaires dans l’hémisphère Sud vous pousse à agir, à vous montrer et rendre visibles à tous vos actes et ce que vous avez en tête. Au mépris et au détriment parfois d’une vie intérieure plus riche et d’une réflexion plus profonde et sage. […] Il vous appartient pour évoluer de ne pas négliger les forces de l’être, la méditation, la solitude et l’imagination sans lesquelles toute manifestation ne peut aboutir que de façon limitée et sans vous rendre pour autant plus fort. […] Vous risquez d’écouter le dernier qui a parlé et votre souplesse ne vous tirera pas forcément toujours du mauvais pas. Il vous faut donc apprendre à décider seul parfois, à affronter les conséquences de vos actes avec courage et rapidité, sans regret. […] Pour vous, peu importent les raisonnements froids et logiques, les pensées claires et le bon sens : si en même temps n’existe pas un lien affectif avec votre environnement, rien ne peut se passer avec le Vénusien, rien ne peut se faire. […] Plutôt que de tenter des expériences nouvelles ou vous risquer à changer l’environnement que vous trouvez, vous solidifiez, structurez, sécurisez tout ce que vous trouvez sur votre passage : c’est votre nature, même si souvent, la rapidité ne vous intéresse pas particulièrement

Dick CheneyPlus sérieusement, Richard Cheney, fils d’un responsable du département d’Agriculture, grandit dans le Wyoming. Admis à l’université de Yale, il abandonne au bout de deux ans. À cette époque, il souhaite travailler et « voir le monde ». Il part effectuer un doctorat en science politique à l’Université de Wisconsin. Alors qu’il doit partir pour le Vietnam, il obtient des dérogations en tant qu’étudiant, puis en tant que père de famille à partir de la naissance de sa fille Elizabeth, en 1966.

La carrière politique de Dick Cheney commence en 1969 dans l’administration de Richard Nixon, au sein même de la Maison Blanche.

En 1968 il passe un entretien avec Donald Rumsfeld qui l’éconduit. Il entre alors au service de William Steiger, du Wisconsin. Lorsque Rumsfeld décroche la présidence de l’Office of Economic Opportunity, il retente sa chance auprès de lui, cette fois avec succès.

En 1974 Rumsfeld est nommé secrétaire général de la Maison-Blanche par Gerald Ford et fait appel à son ancien assistant cette fois au cœur du pouvoir : travailleur infatigable, il s’occupe de toutes les questions d’intendance les plus triviales pendant plus d’un an, de la plomberie de la Maison-Blanche à l’appui-tête de l’hélicoptère présidentiel, en passant par la résolution d’un épineux problème de salières… Cheney devient Secrétaire général de la présidence. Avec Donald Rumsfeld, il s’oppose à la politique d’apaisement d’Henry Kissinger que les deux hommes jugeaient trop molle à l’égard de l’URSS.

En 1976, il dirige la campagne de Gerald Ford au côté de James Baker. Après la défaite électorale du président sortant, Dick Cheney quitte Washington pour reprendre ses activités au sein de la société d’investissement Bradley, Woods & Company. En septembre 1977, il se présente au Congrès, pour remplacer le représentant démocrate du Wyoming Teno Roncalio, maintenant à la retraite. Malgré une première crise cardiaque en juin 1978, Cheney est élu au Congrès et sera réélu jusqu’en 1989.

De ces années au Congrès, on lui reproche

  • d’avoir refusé de voter en faveur d’un jour férié en l’honneur de la naissance de Martin Luther King, Jr.
  • d’avoir voté contre la création du département fédéral de l’éducation
  • d’avoir voté contre l’imposition de sanctions économiques contre l’Afrique du Sud et le régime d’apartheid
  • d’avoir qualifié Nelson Mandela et l’ANC de terroriste et d’organisation terroriste.

Dès 1981, ses contacts lui permettent d’être nommé président du Comité politique républicain. Dick Cheney prend un siège au sein du Comité à l’Intérieur, chargé des questions environnementales, et, à ce titre, il est très courtisé par les élus financés par les industries polluantes. Il rejoint ensuite la Commission d’éthique de la Chambre et la Commission de renseignement. Il participe à l’ensemble des réunions organisées par les Républicains du Congrès pour définir leur stratégie politique.

Lorsqu’éclate le scandale de l’Iran-Contra, en 1986-1987, Lee Hamilton, qui préside la commission d’enquête du Congrès, l’accueille au sein de celle-ci. Cette nomination permet à Dick Cheney de bloquer toute tentative de mise en accusation du vice-président, George H.W. Bush, par les Démocrates. En 1988, il mène l’opposition au projet de loi élaboré par le Congrès et en vertu duquel la Maison-Blanche devrait, à l’avenir, informer le Parlement de toute action secrète moins de quarante-huit heures après son déclenchement. En bon « chien de garde », Cheney est rétribué par l’obtention de postes toujours plus importants.

George H.W. Bush, le père, n’a pas oublié l’appui important que lui a apporté Dick Cheney au Congrès. Il lui renvoie donc l’ascenseur en 1989 après avoir pris ses fonctions à la Maison-Blanche. A partir de 1989, il devient le secrétaire d’État à la défense. C’est dans à cette fonction qu’il supervise l’opération « juste cause » au Panama et l’opération « tempête du désert » au Koweit en 1991, année où il reçoit la médaille présidentielle de la liberté pour avoir « assuré la défense de l’Amérique dans des temps de grands bouleversements internationaux ».

En 1993, Cheney rejoint le think tank (cercle de réflexion) néo-conservateur American Enterprise Institute (Institut de l’Entreprise Américain) après la défaite de George Bush aux élections présidentielles. De 1995 à 2000, il dirige la société d’ingénierie civile Halliburton spécialisée dans l’industrie pétrolière. Le fait que cette société ait pu décrocher de gros contrats en Irak en 2003 lui sera très fortement reproché par ses opposants politiques. En 1997, avec Donald Rumsfeld et d’autres, il fonde le think tank (cercle de réflexion) PNAC (Project for the New American Century) – Projet pour un nouveau siècle américain – dont le but est de promouvoir le leadership global des États-Unis au XXIe siècle.

En 1998, il est un des signataires d’une lettre adressée à Bill Clinton pour demander le renversement de Saddam Hussein en Irak. En 2000, en dépit d’une santé fragile suite à plusieurs attaques cardiaques, il se choisit lui même pour être candidat républicain à la vice-présidence au côté de George W. Bush sous l’instigation de ce dernier, démissionne de ses fonctions à Halliburton et cède une grande partie de ses titres à des organismes de charité. La même année, Cheney rejoint comme Membre le Conseil Consultatif du Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA) (Source WEB).

En janvier 2001, il devient vice-président des États-Unis.

La torture : qui dit vrai ?

Salle de torture En novembre 2005, Dick Cheney déclarait aux sénateurs que les États-Unis ne recouraient pas à la torture mais que, selon lui, l’agence de renseignement (CIA) avait besoin d’une exemption de toute législation interdisant les traitements cruels, ihhumains ou dégrandants de détenus, au cas où le président le jugerait nécessaire pour empêcher une attaque terroriste.

En octobre 2006, dans une entrevue avec un animateur de radio de droite, le vice-président américain Dick Cheney a publiquement reconnu que l’administration Bush a utilisé la torture lors de l’interrogation des soi-disant «combattants ennemis» et a dit que la décision de soumettre ces détenus à la tristement célèbre pratique du supplice de la noyade (waterboarding) était de façon flagrante justifiée au point d’être une « évidence » […] : « Pendant un certain temps, j’ai été critiqué pour être le vice-président en faveur de la torture. Nous ne torturons pas… Mais le fait est que vous pouvez avoir un programme d’interrogation plutôt robuste sans torturer et nous devons pouvoir faire cela ».

Le président Bush affirme qu’il ne tolérera jamais la torture. Il s’avère qu’il a autorisé la CIA à pratiquer un programme secret de « Restitution extraordinaire » qui consiste, en évitant les procédures traditionnelles d’extradition, à transférer temporairement des suspects, parfois très ordinaires, dans des pays du Proche-Orient pour les faire parler. Selon le New Yorker et le New York Times du 5 mars, la CIA aurait ainsi envoyé entre 100 et 150 prisonniers en Égypte, en Syrie, en Arabie saoudite, en Jordanie et au Pakistan. Le département d’État considère que tous ces pays pratiquent la torture (Le Monde).

La loi sur les commissions militaires de 2006, signée par Georges W. Bush le 17 octobre 2006, octroie notamment au président américain le droit de décider quelles techniques d’interrogation sont légales en vertu des Conventions de Genève et de la loi américaine, autorisant dans les faits l’administration Bush à recourir à des méthodes de torture.

L’affaire Valerie Plame : qui dit vrai ?

Valerie Plame Dans l’affaire Plame, l’acte en accusation, à l’encontre de l’ex-directeur du vice-président des États-Unis, précise que « vers le 12 juin 2003, Libby a été avisé par le vice-président des États-Unis que la femme de Wilson travaillait à l’Agence centrale de renseignements dans la Division contre-prolifération ».

En 2003, l’administration Bush laissait entendre que le président irakien Saddam Hussein avait cherché à acquérir de l’uranium en Afrique. Envoyé au Niger début 2002 afin de faire la lumière sur cette affaire, Joseph Wilson avait précisé n’avoir trouvé aucune preuve confirmant l’information -néanmoins présente dans le discours sur l’état de l’Union du président Bush. Le diplomate s’en était interrogé, publiquement, à l’été 2003, dans une tribune parue dans le New York Times : « L’administration Bush a-t-elle manipulé les informations [de la CIA] sur les armes de destruction massive d’Hussein afin de justifier l’invasion de l’Irak? » . Peu après, l’identité de l’agent de la CIA, Valerie Plame, apparaissait pour la première fois dans la presse, en juillet 2003, sous la plume de l’éditorialiste Robert Novak. Ce dernier écrivait tenir de deux responsables de l’administration que Valerie Plame avait proposé d’envoyer son époux, le diplomate Wilson, en Afrique.

Dick Cheney Jusqu’à présent, les témoignages dans le procès de Libby, selon Le Nouvel Observateur, ont fait apparaître un vice-président obsédé par les moyens de tourner en ridicule les déclarations de Joseph Wilson. Ce dernier accuse George W. Bush d’avoir trompé les Américains sur l’entrée en guerre et laisse supposer que Dick Cheney pourrait avoir joué un rôle dans la suppression de renseignements compromettants. Les témoignages ont aussi montré que de hauts responsables de la Maison Blanche se réunissaient quotidiennement pour discuter de Joseph Wilson et parfois de Valerie Plame.

En réponse le sénateur Ted Kennedy a rendu publique la déclaration suivante : « Ces accusations, si elles sont avérées, représentent un nouveau coup dans une affaire déjà sordide où l’on voit des intérêts partisans placés au-dessus de la sécurité nationale. Le caractère vindicatif du vice-président, dans sa défense de la guerre mal avisée contre l’Irak, est évident. S’il a utilisé des informations classifiées pour la défendre, il devrait être prêt à en assumer toute la responsabilité. Le président Bush a clairement dit qu’il « nettoierait la maison » de tous ceux qui seraient impliqués dans l’affaire Plame ». Le député démocrate John Conyers, membre de la commission Judiciaire de la Chambre, a formellement demandé à George W. Bush et à Dick Cheney si ce dernier avait autorisé Libby à révéler des informations secrètes à des journalistes : « Si c’est vrai, je crains qu’il s’agisse au mieux d’un abus de pouvoir, au pire d’une violation flagrante de la loi ».

Cette image d’un vice-président, note le Nouvel Observateur, acharné à détruire la réputation d’un homme qui mettait en doute ses arguments guerriers a remis Dick Cheney sur la sellette. « Sa réaction disproportionnée constitue une pièce à conviction qu’il cachait quelque chose d’autre, écrit Frank Rich dans le New York Times. La Maison-Blanche était terrifiée qu’on la découvre coupable d’un crime bien plus grave que d’avoir brûlé la couverture d’un agent de la CIA : celui d’avoir menti à la nation. » Le Washington Post a décrit le vice-président comme « l’équivalent politique d’un trou noir ». The Economist a brossé de lui un portrait au vitriol, le qualifiant « d’universitaire raté » à la tête d’une administration parallèle avec 14 conseillers de sécurité. Selon le Wall Street Journal, même les « républicains conservateurs » trouvent Cheney sulfureux : ils ne sont que 26 % à avoir un avis « très favorable », contre 9 % de l’opinion américaine en général ».

L’Iran : ira ou n’ira pas ?

Le vice-président américain Dick Cheney renouvèle son soutien à un règlement diplomatique de la crise iranienne mais avertit que « toutes les options restaient sur la table » afin d’empêcher « l’erreur grave » qui serait de laisser l’Iran se doter de l’arme atomique : « Nous estimons que cela serait une grave erreur si un pays comme l’Iran devenait une puissance nucléaire » a déclaré M. Cheney qui a, à trois reprises, dit « n’écarter aucune option » , en référence à une éventuelle opération militaire. Le vice-président a par ailleurs averti que Washington et ses partenaires « ne pouvaient tout simplement pas admettre l’idée » selon laquelle les pays libres pourraient se détourner de ce qui se passe dans des endroits comme l’Afghanistan et l’Irak ou dans n’importe quel autre refuge des terroristes.

Questions

  • Si l’ex-directeur du vice-président des États-Unis était déclaré coupable d’avoir révélé des secrets d’état, le président Bush se verrait-il forcé de démettre Dick Cheney de ses fonctions ?
  • Après Donald Rumsfeld et dans l’hypothèse d’un départ de Dick Cheney, le président Bush en sortirait-il à ce point affaibli qu’il pourrait avoir perdu toute légitimité de gouverner le pays le plus puissant du monde ?

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Un prix Nobel de littérature manipulé par la CIA

25 02 2007

Boris Pasternak aurait reçu le Prix Nobel de la littérature sans savoir qu’il devait cette reconnaissance internationale à la CIA . L’historien russe Yvan Tolstoi soutient que les intentions de la CIA étaient pures et qu’elles s’inscrivaient dans une volonté des États-Unis de montrer, surtout à l’Europe, qui avait un fort penchant pour le communisme, que les déclarations faites lors du XXe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS) étaient restées lettre morte et que Staline n’avait été démasqué et accusé que sur le papier.

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Introduction

Dans une lettre à D. Polikarpov, directeur du Département de la Culture, le 30 août 1957, Boris Pasternak écrit : « Après la guerre, je me suis rendu compte que mon nom était très connu […]. J’ai compris que je devais respecter ce nom […] non par de nouvelles poésies, mais par une œuvre en prose qui exigerait de moi, du travail, de la peine et du temps, et bien d’autres choses encore. [,,,] La seule raison que j’aie de ne rien regretter dans ma vie, c’est le roman » .

Boris Pasternak Boris naît en 1890 à Moscou. Fils d’artistes – son père était professeur de peinture et sa mère pianiste – Boris Pasternak grandit dans un univers intellectuel fécond. La peinture et la musique : voilà dans quoi baigne son enfance. Sa mère est pianiste. Son père est peintre, ami de Rachmaninov, Scriabine, Rubinstein, Tolstoï, dont il illustre Guerre et paix. A 13 ans, l’émerveillement devant la musique de Scriabine éveille sa première vocation. Il compose une sonate que le musicien a couverte d’éloges. Six ans plus tard, Boris renonce brusquement à la musique pour se consacrer à des études universitaires de philosophie en Allemagne. De retour dans son pays en 1914, il se lie au groupe futuriste, devient l’ami de Maïakovski , de Marina Tsvetaeva. D’illustres personnages, à l’image de Rilke ou de Tolstoï, rendent régulièrement visite à ses parents et le sensibilisent à l’art et aux lettres.

De Tolstoï, Boris hérite d’un goût pour la rechercher de la vérité et la non-violence qu’il saura rapidement – et pour longtemps – mettre en œuvre. Il s’adonne aussi à la traduction de grands auteurs (Keats, Shelley, Verlaine, Shakespeare, Goethe, Schiller…). Il publie en 1914 et 1917 deux recueils de poèmes qui ne connaîtront pas la notoriété méritée. Teintés de musicalité, ils sortent dans l’indifférence générale. En 1922, Boris Pasternak publie Ma sœur la vie, écrit en 1917 et imprimé en 1922, qui le rend célèbre. En 1921, un de ses maîtres et chantres de la Révolution, le poète Alexandre Blok, meurt dans la misère et dans la tristesse de voir la liberté disparue. Pasternak est confronté avec l’idéal révolutionnaire et la pratique communiste à laquelle Pasternak n’adhèrera jamais. Marié en 1923 à une jeune artiste peintre, Evguénia Lourie, qui lui donne un fils, Evguéni, Pasternak se sépare d’elle en 1931 pour former un nouveau foyer avec Zinaida Neuhans, elle-même séparée du pianiste Heinrich Neuhans.

Le récit autobiographique Sauf-conduit, conçu en 1927 comme un hommage à Rilke, devient une profession de foi et une apologie de la poésie face à l’idéologie communiste. Achevée au moment où apparaissent les premiers symptômes de la terreur, l’œuvre laisse deviner à travers l’image de Venise, le spectre de l’État policier, et se conclut par l’évocation du suicide de Maïatovski présenté comme le tragique accomplissement du principe subversif inhérent à tout lyrisme. Trotski et le parti communiste trouvent que le poète, Boris Pasternak, met trop en valeur l’individu par rapport à la société. Durant la première guerre mondiale, il enseigne et travaille dans une usine chimique de l’Oural. Cette expérience lui permet de constituer le terreau de sa fameuse saga Docteur Jivago, quelques années plus tard.

Certaines de ses œuvres sont interdites de publication. Les années du stalinisme vont condamner Pasternak à un silence presque absolu. Il se réfugie dans la traduction en russe : Shakespeare, Verlaine… La guerre de 1941-1945 est une libération pour lui. Pasternak part pour le front. En 1945, commence à préparer son ouvre majeure : Le Docteur Jivago. Alors que ses proches sont arrêtés ou fusillés (comme Boukharine en 1938), il passe miraculeusement à travers les mailles du filet pendant presque quarante ans. Staline, qui semble avoir un faible pour lui, l’épargne.

Le Docteur Jivago

Achevée en 1955, cette grande fresque, à mi-chemin entre fable symboliste et roman d’inspiration autobiographique, sera d’abord publiée en Italie (1957). En 1958, le roman est récompensé par le prix Nobel de littérature. En dépit d’une renommée internationale, l’URSS refuse de publier l’ouvrage. Pire encore, Pasternak subit la critique acide de l’union des écrivains soviétiques. Il décide de ne pas accepter le prix. Boris Pasternak meurt en 1960 à Pérédelkino, laissant derrière lui une série de poèmes, d’œuvres en prose et de traductions variées de poètes géorgiens ou même de Shakespeare.

Le prix Nobel

L’historien Ivan Tolstoï, journaliste à Radio Svoboda (Liberté), affirme, dans un livre à paraître, que l’attribution du Prix Nobel de littérature à Boris Pasternak en 1958 est une opération menée par la CIA. Rappel des faits.

Selon l’historien Tolstoï : « Les Américains voulaient montrer, surtout à l’Europe, qui avait un fort penchant pour le communisme, que les déclarations faites lors du XXe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS) étaient restées lettre morte et que Staline n’avait été démasqué et accusé que sur le papier, alors qu’en réalité, la censure faisait rage, la liberté n’existait pas et les artistes ne pouvaient pas dire ouvertement ce qu’ils pensaient. Une opération ciblée des services secrets américains était destinée à le démontrer ».

Le Comité Nobel étudiait depuis longtemps et avec attention l’œuvre géniale du poète et écrivain russe. Les premières tentatives pour examiner la candidature de Pasternak au prix Nobel furent entreprises dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pendant quatre années consécutives, de 1946 à 1950, son nom fit partie de la liste finale des candidats, mais n’obtint pas la majorité des voix. Il manquait une seule et dernière chose pour forcer la décision. C’est le roman Docteur Jivago qui a joué le rôle de la dernière goutte qui fait déborder le vase.

Naïf dans tout son génie, estimant que son roman lyrique n’était aucunement susceptible de porter préjudice à son pays, Boris Pasternak présenta son livre aux éditions nationales, à une revue et, parallèlement, l’envoya à l’éditeur italien Giangiacomo Feltrinelli. Nikita Khrouchtchev, à l’époque maître du pays, se mis dans une fureur pathologique et lança une campagne enragée de persécution du poète dans la presse. C’est alors que la CIA, affirme Ivan Tolstoï, se rendit compte de tous les avantages qui découlaient de la persécution de Pasternak, dans le contexte de la guerre froide, et à quel point il serait sensationnel de remettre le prix Nobel de littérature à un génie antisoviétique.

Le prix Nobel Albert Camus, admirateur de longue date du talent de Pasternak, proposa, en tant que lauréat, de couronner l’écrivain russe. Le Comité Nobel répondit qu’il y était prêt, mais que le roman n’était pas paru en langue originale, alors que conformément au règlement, le prestigieux prix ne pouvait être remis qu’après la publication de l’œuvre en version originale. Le Comité Nobel répondit qu’il y était prêt, mais que le roman n’était pas paru en langue originale, alors que conformément au règlement, le prestigieux prix ne pouvait être remis qu’après la publication de l’œuvre en version originale. Il ne restait donc qu’à faire paraître le roman.

Après avoir copié en cachette le manuscrit, la CIA, brouillant les pistes, fit paraître le roman de Pasternak en russe par extraits, le faisant éditer par différentes imprimeries, puis rassembla les fragments en un tout, contraignit l’éditeur Feltrinelli à couvrir cette affaire de son nom, et voilà qu’au mois d’août 1958, un exemplaire du roman apparut devant les membres du Comité Nobel.

Boris Pasternak - Première du Time Selon l’écrivain Yvan Tolstoi, Pasternak ignorait tout de cette opération en sous-main : « Pasternak knew nothing of the CIA’s machinations, Tolstoy said in a recent online interview for the Washington Post. “Doctor Zhivago” was literature, not propaganda. The Soviet foreign minister of the time was unwittingly bestowing the highest praise on Pasternak’s work when he decried its “estrangement from Soviet life” and its “celebration of individualism ».

Les formalités étaient respectées, et peu après, le 22 octobre 1958, le comité suédois annonça le nom du nouveau lauréat, celui de Boris Pasternak, pour ses mérites exceptionnels dans la poésie lyrique contemporaine et dans le domaine de la grande prose russe. « Reconnaissant, content, fier, confus », disait le texte du télégramme de Pasternak expédié à Stockholm. Mais une semaine après, l’écrivain fut obligé d’en envoyer un autre, indiquant : « Du fait de l’importance qu’a reçue dans la société à laquelle j’appartiens la récompense qui m’a été attribuée, je dois y renoncer. Je vous prie de ne pas prendre mon refus bénévole pour offense ».

Deux ans plus tard, les autorités soviétiques décident de déchoir l’écrivain de sa nationalité et de l’exiler hors des frontières. Mais il décède d’un cancer à Pérédelkino. Docteur Jivago n’est autorisé en URSS qu’en 1988. En 1990, un musée Pasternak ouvre à Pérédelkino. En 1991, l’empire soviétique s’effondre.

Questions

Si tant est que l’historien russe, Yvan Tolstoi, ait raison, il convient de s’interroger sur points suivants :

  • Albert Camus était-il au courant des manœuvres en sous-main de la CIA ?
  • Le comité Nobel connaissait-il les opérations de la CIA ?
  • Ces révélations jettent-elles un discrédit sur les prix Nobel s’il est démontré qu’ils servent la cause une certaine idéologie ?
  • Est-ce le seul fait d’armes réussi de la CIA pour orienter les choix de lauréats du comité Nobel ?

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Les juges ont dit non au « Guantanamo du Nord » (Adil Charkaoui)

24 02 2007

Introduction

Cour Suprême du CanadaEn vertu de l’émission d’un certificat de sécurité, le gouvernement du Canada peut détenir ou expulser de présumés terroristes, mais aussi interdire l’accès au territoire canadien à une personne jugée dangereuse pour la sécurité nationale sur de simples soupçons raisonnables. La Cour suprême du Canada vient de conclure unanimement à l’inconstitutionnalité de certaines dispositions des certificats de sécurité. Le jugement était très attendu par les cinq individus soupçonnés par le gouvernement canadien d’avoir eu des liens avec le réseau terroriste Al-Qaïda. En prononçant l’invalidité de certaines dispositions des certificats de sécurité, les juges permettent à leurs détenteurs de demander l’annulation de ces certificats à l’expiration du délai d’un an. (CBC) Trois de ces individus étaient libérés sous de sévères conditions, et deux autres sont toujours en détention.

«Tous les pays occidentaux ont adopté à peu près les mêmes mesures pour faire face au terrorisme et là, une de ces mesures passe le test d’un tribunal important. La décision va faire le tour de la planète en quelques minutes », affirme François Crépeau, professeur de droit à l’Université de Montréal. La décision canadienne enrichira la jurisprudence internationale et pourrait influencer les parlements occidentaux dans l’élaboration de nouvelles lois liées à la lutte contre le terrorisme

Selon l’organisation Human Rights Watch, qui surveille de près la contestation des certificats de sécurité devant la Cour suprême depuis plus d’un an, le verdict canadien tombe à point. « Il y a une tendance mondiale à utiliser le droit de l’immigration pour mener la guerre au terrorisme, car ce droit offre moins de garanties de protection. La Norvège, la Suède et les Pays-Bas essaient de rendre le renvoi d’étrangers plus facile », a expliqué Julia Hall, de Human Rights Watch, jointe à New York la semaine dernière.

 

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Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR)

Mohamed Harkat arrive au Canada en 1995 et il obtient son statut de réfugié en 1997. Viennent les événements du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Monsieur Harkat ne soupçonnait pas jusque là qu’il faisait l’objet soudainement de soupçons de la part des autorités du gouvernement du Canada. Il est arrêté à Ottawa en décembre 2002 en vertu d’un certificat de sécurité et de contrôle émis en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR). Le gouvernement canadien le soupçonne d’activités terroristes, mais aucune accusation n’a été portée contre lui. Libéré le 21 juin dernier, après trois ans et demi de détention, il doit se soumettre à des conditions très strictes : porter en tout temps un bracelet de télésurveillance, ne pas quitter son domicile plus de trois fois par semaine, quelques heures seulement, et toujours accompagné. Il lui est également interdit d’utiliser un téléphone portable, un ordinateur ou l’Internet. Le Canada a tenté de s’opposer à sa libération : M. Harkat représenterait à tout moment une menace à la sécurité nationale malgré les conditions qui lui sont imposées. Le réfugié d’origine algérienne répète qu’il est innocent et ne comprend pas les motivations des autorités canadiennes. « Je n’ai jamais utilisé Internet, je n’ai jamais eu d’ordinateur, je ne comprends pas pourquoi j’ai été arrêté », affirme-t-il. Aucune accusation n’a été portée contre lui.

PrisonMahmoud Jaballah est arrivé au Canada en 1996. Ressortissant égyptien incarcéré depuis cinq ans, M. Jaballah accuse le gouvernement canadien de monter un dossier contre lui afin de l’expulser dans son pays d’origine, en raison de ses anciennes relations avec des présumés terroristes. C’est la première fois qu’on délivre deux certificats de sécurité successifs à l’endroit d’une personne. Mahmoud Jaballah affirme que le fait d’entretenir des liens avec des personnes soupçonnées d’activités terroristes ne signifie pas qu’il partage les croyances qui leur sont attribuées.

Cinq (5) personnes arabo-musulmanes sont en attente d’expulsion du Canada pour raisons d’activités terroristes. Les preuves à l’appui de cette décision, par le gouvernement du Canada, ne leur ont jamais été communiquées.

Selon Human Right Watch, le gouvernement du Canada détient dans ses prisons trois ressortissants arabes sans inculpation ni procès, en vertu de « certificats de sécurité » basés sur des preuves tenues secrètes. Deux hommes qui risquent l’expulsion en vertu de ces mêmes certificats de sécurité ont été libérés sous caution après avoir été incarcérés pendant plusieurs années. Mohamed Harkat, citoyen algérien emprisonné depuis décembre 2002, a obtenu une mise en liberté sous caution le 23 mai 2006. Adil Charkaoui, ressortissant marocain appréhendé en mai 2003, a été libéré sous caution le 17 février 2005. Ces cinq hommes sont parfois appelés collectivement les « cinq en procès secret ».

Prison 2L’émission du certificat de sécurité, en vertu de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR), permet au gouvernement du Canada de détenir ou d’expulser de présumés terroristes, et d’interdire l’accès au territoire canadien à une personne jugée dangereuse pour la sécurité nationale et ce, sur base de simples soupçons raisonnables. Le régime des certificats de sécurité permet également au gouvernement canadien d’emprisonner, pendant une période indéterminée et sans inculpation ni procès, toute personne certifiée représenter une menace présumée à la sécurité du Canada; de présenter, au cours d’audiences à huis clos, des preuves secrètes auxquelles les détenus et leurs avocats n’ont pas accès; et d’expulser la personne certifiée dangereuse. L’article 53B donne le pouvoir discrétionnaire au ministre de l’Immigration du Canada de mettre en balance la menace que peut présenter un individu pour la sécurité nationale et le sort qui lui serait réservé dans le pays où il serait déporté. La norme utilisée au Canada est celle prévoyant d’établir s’il est « plus probable que le contraire » qu’une personne soit exposée au risque de torture en cas de renvoi dans son pays d’origine. La norme internationale prescrite dans la Convention des Nations Unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (Convention contre la torture) est d’établir s’il y a des motifs sérieux de croire que la personne risque d’être soumise à la torture. Les Etats-Unis utilisent également la norme du « plus probable que le contraire ».

Cour Suprême du CanadaEn janvier 2006, la Cour suprême du Canada autorise trois de ces hommes — Adil Charkaoui, Hassan Almrei et Mohammad Harkat — à contester la constitutionnalité de la procédure légale qui permet l’arrestation de personnes en vertu de ces certificats de sécurité. Les avocats d’Adil Chakaoui, Hassan Almrei et Mohamed Harkat se présentent donc devant la Cour Suprême du Canada les 13 et 14 juin 2006. Les avocats de Hassan Almrei, Mohamed Harkat et Adil Charkaoui, respectivement originaires de Syrie, d’Algérie et du Maroc, ont plaidé que la procédure d’émission des certificats de sécurité contrevient à la Charte canadienne des droits et aux obligations internationales du Canada. Ils estiment que le gouvernement du Canada ne peut pas justifier légalement le fait que des éléments de preuve soient cachés aux suspects et que l’ensemble de la procédure se déroule en secret. Les avocats font également valoir que si leurs clients sont expulsés vers leur pays d’origine, ils risquent d’y être torturés ou exécutés. En réponse, le gouvernement du Canada a soutenu que le maintien de la sécurité nationale est indispensable à une société démocratique. Selon lui, l’émission d’un certificat de sécurité demeure exceptionnelle, et tout le secret qui l’entoure est nécessaire pour protéger les sources des services secrets.

Personne ne sera renvoyé du Canada avant que la Cour suprême ne statue sur cette question.

Après huit mois de délibérations, la Cour suprême vient de rendre un jugement fort attendu. Le plus haut tribunal du Canada a invalidé vendredi une procédure controversée permettant aux autorités de détenir sans procès des étrangers soupçonnés de terrorisme, la jugeant inconstitutionnelle. La Cour a toutefois donné un an au gouvernement pour modifier la procédure incriminée.

Le jugement

 

Cour Suprême du CanadaLa Cour suprême du Canada vient de conclure unanimement à l’inconstitutionnalité de certaines dispositions des certificats de sécurité. Appelée à se prononcer sur leur légalité, elle ne rejette toutefois pas la menace terroriste que pourraient représenter les trois individus soupçonnés par le gouvernement canadien. Selon l’un des accusés, Adil Charkaoui, visé par cette procédure, que les juges aient dit non au « Guantanamo du Nord » est une « grande victoire pour la justice au Canada », a-t-il conclu, la gorge nouée par l’émotion. M. Charkaoui a dénoncé le fait que 97 % des 27 certificats de sécurité émis de 1991 à 2003 au Canada l’aient été à l’encontre de personnes d’origine arabo-musulmane. Son avocate a rappelé que ce jugement montre toute l’importance de l’indépendance de la branche judiciaire en démocratie.

Je retiendrai de ce jugement important pour la démocratie canadienne cinq (5) éléments pour l’application des règles de justice au Canada. Ces choix sont personnels et découlent d’une lecture attentive du jugement :

  1. Cour Suprême du CanadaDans son jugement, au nom de neuf (9) juges de la Cour suprême du Canada, la juge en chef Beverley McLachlin écrit : « la détention d’une durée indéterminée sans espoir d’être libéré, ni aucune voie de droit pour obtenir une mise en liberté, peut causer un stress psychologique et constituer de ce fait un traitement cruel et inusité ». […] « Les principes de justice fondamentale et le droit à la protection contre tous traitements cruels ou inusités exigent que la détention d’une personne ou son assujettissement à de sévères conditions de mise en liberté pendant une longue période, en vertu du droit de l’immigration, soient assortis d’un processus valable de contrôle continu qui tienne compte du contexte et des circonstances propres à chaque cas. Chacun doit avoir la possibilité réelle de contester son maintien en détention ou ses conditions de mise en liberté ». […] « Cela n’écarte toutefois pas la possibilité que, dans un cas particulier, un juge arrive à la conclusion que la détention constitue un traitement cruel et inusité ou est incompatible avec les principes de justice fondamentale », poursuit l’Honorable Juge.
  2. Sur la gouverne du pays, la juge en chef Beverley McLachlin écrit : « L’une des responsabilités les plus fondamentales d’un gouvernement est d’assurer la sécurité de ses citoyens. Pour y parvenir, il peut arriver qu’il doive agir sur la foi de renseignements qu’il ne peut divulguer ou détenir des personnes qui constituent une menace pour la sécurité nationale. En revanche, dans une démocratie constitutionnelle, le gouvernement doit agir de manière responsable, en conformité avec la Constitution et les droits et libertés qu’elle garantit. Ces deux propositions illustrent une tension inhérente au système de gouvernance démocratique moderne. Cette tension ne peut être réglée que dans le respect des impératifs à la fois de la sécurité et d’une gouvernance constitutionnelle responsable ».
  3. Sur la Charte des droits canadienne, la juge en chef Beverley McLachlin émet un jugement clair : « L’article 7 de la Charte garantit à chacun le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne et précise qu’il ne peut être porté atteinte à ce droit qu’en conformité avec les principes de justice fondamentale. Le réclamant a donc le fardeau de prouver deux éléments : premièrement, qu’il a subi ou qu’il pourrait subir une atteinte à son droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de sa personne; deuxièmement, que cette atteinte ne respecte pas ou ne respecterait pas les principes de justice fondamentale. Si le réclamant réussit à faire cette preuve, le gouvernement a le fardeau de justifier l’atteinte en application de l’article premier, selon lequel les droits garantis par la Charte ne peuvent être restreints que par une règle de droit, dans des limites raisonnables dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d’une société libre et démocratique ».
  4. Cour Suprême du CanadaPour illustrer son propos, la juge en chef Beverley McLachlin met en parallèle deux types de systèmes de justice : « Il existe deux types de systèmes de justice, qui garantissent de deux manières différentes que le juge dispose d’une preuve complète. Dans un système de type inquisitoire, comme on en retrouve notamment sur le continent européen, le juge dirige la collecte des éléments de preuve de façon impartiale et indépendante. Par contraste, un système contradictoire, qui constitue la norme au Canada, compte sur les parties — qui ont le droit de connaître les allégations formulées contre elles et de participer pleinement à une procédure publique — pour qu’elles produisent les éléments de preuve pertinents » . […] « Les juges de la Cour fédérale ont travaillé avec acharnement pour surmonter les difficultés inhérentes au rôle que la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) leur a confié. Ils sont louables d’avoir assumé un rôle pseudo‑inquisitoire et essayé de vérifier sérieusement les documents et les renseignements protégés. Leur rôle demeure néanmoins pseudo‑inquisitoire. Le juge n’a pas, contrairement aux juges d’un véritable système inquisitoire, le pouvoir d’enquêter de façon indépendante sur tous les faits pertinents. Par ailleurs, comme la personne désignée n’est pas pleinement informée de ce qu’on lui reproche, le juge ne peut pas compter sur les parties pour lui présenter la preuve manquante. En définitive, on ne peut jamais avoir la certitude que le juge a pu prendre connaissance de tous les faits ».
  5. Dans l’une de ses conclusions, la juge en chef Beverley McLachlin écrit : « Il ressort clairement des mesures mises en place par d’autres régimes démocratiques, et par le Canada lui‑même dans d’autres situations relatives à la sécurité, qu’il est possible de concevoir des solutions qui protègent les renseignements de sécurité confidentiels, tout en portant moins atteinte aux droits des intéressés. Par conséquent, la procédure d’approbation des certificats et de contrôle de la détention établie dans la LIPR enfreint l’art. 7 de la Charte et n’a pas été justifiée en application de l’article premier de la Charte. Je suis d’avis de la déclarer incompatible avec la Charte et, de ce fait, inopérante […] En revanche, pour donner au législateur le temps de modifier la loi, je suis d’avis de suspendre la prise d’effet de cette déclaration pour une période de un an à compter de la date du présent jugement ».

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Adopter une charte des droits de la personne est une chose. La mettre en pratique en est une autre. Les principes de respect des droits humains doivent avoir préséance sur des impératifs de sécurité. Malgré des dérapages de ces dernières années, sous l’influence de notre voisin du Sud, le Canada vient de retrouver le juste équilibre. La sagesse des juges le lui ont rappelé sans nul doute : dans une démocratie constitutionnelle, le gouvernement doit agir de manière responsable, en conformité avec la Constitution et les droits et libertés qu’elle garantit.

Ce que nous enseigne la Cour suprême du Canada est qu’une conciliation est possible entre sécurité et respect des droits humains. L’un ne doit pas faire obstacle à l’autre. Le Canada vient de rejeter l’arbitraire dans l’application de sa justice. Un grand pas pour l’humanité.

 

 





Une autre façon de gouverner

23 02 2007

La République d’Ukraine est une démocratie parlementaire où les pouvoirs présidentiels sont étendus (quoique réduits récemment au profit du parlement). Le Président de la République est élu au suffrage universel direct pour un mandat de 5 ans, renouvelable une fois. Il nomme le Premier ministre avec l’accord de la Verkhovna Rada.

Parlement Ukraine La Verkhovna Rada ou Rada (en ukrainien : Верховна Рада України) est le parlement unicaméral d’Ukraine

Le Parlement (Verkhovna Rada ou plus simplement Rada) est composé de 450 députés élus au suffrage universel direct pour un mandat de 4 ans.

France-Presse rapporte que le parti de l’opposante Ioulia Timochenko a plongé le Parlement ukrainien dans le noir, coupant la lumière, le système de vote électronique et la quasi-totalité des microphones, en signe de protestation contre la majorité pro-russe.

Plusieurs députés du Bloc Timochenko ont pris le contrôle du système d’alimentation électrique de l’Assemblée après le refus de la majorité d’examiner des projets de lois sur une baisse des tarifs communaux et une hausse du salaire minimum, a rapporté l’agence de presse Interfax.

« Nous sommes forcés d’agir de cette façon. Il n’y a pas d’autre moyen de faire entendre la voix du peuple », s’est justifié Oleg Liachko du Bloc Timochenko.

Le vice-président du Parlement, Adam Martyniouk, a menacé les députés d’opposition de poursuites judicaires, en affirmant que la majorité n’aurait pas de mal à lever leur immunité parlementaire. Après de vaines négociations avec les pro-russes, les députés récalcitrants ont finalement décidé de passer la nuit au Parlement afin de ne pas restituer le contrôle de l’alimentation électrique à l’administration de l’Assemblée, selon les médias.

 

Questions

 

  • Est-ce bien ce que veut le peuple ?
  • Est-ce bien là un comportement parlementaire ?

 

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Qui nous gouvernera demain ?

22 02 2007

Livni et RoyalPourrait-on imaginer le scénario suivant : Ellen Johnson Sirleaf à la présidence du Liberia, Michelle Bachelet à la présidence du Chili, Angela Merkel, à la chancellerie allemande, Ségolène Royal à la présidence française, Hillary Clinton à la présidence américaine, et Tzipi Livni au poste de première ministre en Israël ? Trois sont déjà élues, deux briguent les suffrages dans leur pays respectif et une dernière est en attente. Nous allons nous intéresser à la moins connue, Tzipi Livni. Portrait d’une femme d’action.

Une carrière organisée

Tzipi Livni est née à Tel Aviv le 5 juillet 1958 et y vit toujours. Elle est mariée et mère de deux enfants. Elle est la fille d’Eitan Livni, un immigré d’origine polonaise, ancien de l’Irgoun, membre du Likoud et parlementaire. Elle a été lieutenant Tzipi Livnidans l’armée et a travaillé pour le Mossad au début des années 1980. Elle est diplômée de la faculté de droit de Bar Ilan, et a exercé en tant que juriste, spécialisée dans le droit public et commercial. Tzipi Livni a été une grande supportrice du plan de désengagement des territoires occupés d’Ariel Sharon et s’est impliquée fortement pour que ce plan soit approuvé par la Knesset, notamment en tentant une médiation avec les membres du parti opposés à cette opération. Elle est également considérée comme faisant partie des membres pacifiques du Likoud. Plus près des colombes que des faucons.

Depuis 2001, elle a accumulé une expérience ministérielle considérable, ayant occupé les portefeuilles de la Coopération régionale, de l’Agriculture et du Développement rural, de l’Immigration, du Logement et de la Construction, de la Justice, puis des Affaires extérieures.

Le 5 janvier 2006, suite à l’hospitalisation du Premier ministre Ariel Sharon, elle déclare aux journalistes : « Nous prions pour Ariel Sharon, et je ferai personnellement tout mon possible pour aider le Premier ministre par intérim à assumer ses fonctions et à prendre les bonnes décisions », mettant fin en même temps aux rumeurs qui prétendaient qu’elle pourrait succéder à Sharon à la tête de la nouvelle formation Kadima.

Tzipi Livni est troisième parmi les têtes de liste du parti Kadima aux élections législatives israéliennes de 2006. Elle devient donc membre de la 17ème Knesset après la victoire du parti aux élections. Tzipi Livni est le premier membre d’un gouvernement israélien à faire la distinction entre les attaques palestiniennes visant des cibles militaires israéliennes et les attaques terroristes contre des civils. Elle déclare ainsi à la télévision américaine, le 28 mars 2006 : « Somebody who is fighting against Israeli soldiers is an enemy and we will fight back, but I believe that this is not under the definition of terrorism, if the target is a soldier ».

Une pensée structurée

Tzipi et CondiDevant les Nations-Unies, en septembre 2006, Tzipi Livni déclarait : « Chaque victime innocente dans un conflit est une tragédie. Il n’y a pas de différence entre les larmes d’une mère israélienne pleine de chagrin et celles d’une mère palestinienne pleine de douleur. Mais il y a une différence morale entre les terroristes qui cherchent à viser les civils, et les soldats qui ciblent les terroristes tout en cherchant à éviter de porter atteinte aux civils. Pour protéger son intégrité, la communauté internationale doit soutenir cette distinction morale essentielle. Le terrorisme est du terrorisme, même quand on veut l’appeler résistance. Il ne peut être justifié et il ne peut être mis sur le même plan que les actions de ceux qui cherchent à s’en défendre ».

Le 25 janvier dernier, à Davos, en Suisse, Mahmoud Abbas a estimé que le processus de paix pouvait reprendre, Shimon Peres a déclaré que la paix se « rapprochait » et Tzipi Livni qu’un Etat palestinien était « réalisable.

La citation la plus controversée qu’on lui attribue date du 28 mars 2006 alors qu’elle a déclaré sur les ondes d’une chaîne de télévision étasunienne « Quelqu’un qui combat les soldats israéliens est un ennemi et nous riposterons. Mais je crois qu’il ne s’agit pas de terrorisme si la cible est un militaire. »

Une gestion du risque

Mahmoud Abbas and Tzipi LivniTzipi Livni serait en délicatesse avec son chef. Tout s’est déroulé à la fin de décembre 2006. Le quotidien Maariv a dévoilé le nouveau plan politique de Tsippi Livni, qui prévoyait le lancement de négociations sur les sujets urgents, même en temps de conflit avec les Palestiniens. Parmi ces points considérés comme urgents figurait la libération des détenus (terroristes) palestiniens et la question de Jérusalem. Après la publication, les représentants du Bureau du Premier ministre ont affirmé qu’ils ne savaient pas du tout de quoi il s’agissait et qu’Israël n’accepterait pas un dialogue sur une des étapes de la Feuille de route. Ils ont ajouté que le Premier ministre, Ehoud Olmert, n’était pas au courant du plan politique de Livni. « Nous ne connaissons aucun plan. Nous ne connaissons que l’existence de quelques idées, entendues de la bouche de Livni » ont-ils précisé. Les représentants ont cependant indiqué que la situation entre Livni et Olmert ne s’était pas dégradée comme les relations de ce dernier avec Amir Peretz, le ministre de la Défense. Quoi qu’il arrive, les représentants du Bureau d’Olmert ne se laissent guère impressionner par le plan de Livni : « Il s’agit d’une rencontre avec Salem Fiad qui est déjà hors jeu et avec Yasser Abed Rabou, qui est pour sa part un homme d’Arafat. Nous, de notre côté, nous avons rencontré Abou Mazen et c’est ce qui est important ». Et vlan !Davos

Madame la ministre a réagi ! Elle a déclaré qu’il « était nécessaire de réagir au terrorisme, tout en continuant d’examiner les possibilités qui s’offrent à Israël – et les exploiter ». Livni a ajouté qu’elle était convaincue que « trouver des solutions pour les modérés du camp palestinien faisait partie du combat contre le terrorisme ». La ministre a ajouté : « Les titres des journaux gênent généralement le gouvernement à agir ».

En janvier 2007, le Likoud a, lors d’une de ses réunions hebdomadaires, annoncé qu’il comptait lancer une vaste campagne contre la ministre des Affaires étrangères Tsippi Livni, de Kadima. Cette nouvelle initiative vient essentiellement du député Israël Katz. Ce dernier a indiqué que de profonds changements étaient à prévoir prochainement au sein du parti au pouvoir, Kadima, suite à l’animosité croissante entre le Premier ministre et Livni. Selon certaines évaluations, cette dernière envisagerait sérieusement de présenter sa candidature à la tête du parti et devenir ainsi la principale rivale d’Olmert et de ce fait, l’adversaire directe du Likoud. La première cible du Likoud, dans le cadre de cette campagne, serait bien entendu le fameux plan élaboré par la ministre dont a parlé récemment le quotidien Maariv.

En dépit des sondages peu flatteurs pour Kadima, plus d’un an après sa fondation par Ariel Sharon, la ministre des Affaires étrangères Tsippi Livni parvient à échapper aux critiques. Elle parvient en effet à poursuivre une carrière prometteuse sans être touchée apparemment par la disgrâce de son parti. Il est vrai que Livni œuvre depuis des mois à soigner sa popularité, tant à l’étranger qu’en Israël, et ne lésine sur aucun effort pour se faire apprécier par ses interlocuteurs. A l’occasion du premier anniversaire de Kadima, Livni a laissé entendre qu’elle envisageait de briguer un jour ou l’autre la direction du pays mais elle a ajouté qu’elle préférait attendre le moment opportun. Pour l’instant, a-t-elle encore précisé, elle se contente d’inciter l’électorat israélien à s’inscrire à son parti afin d’obtenir des voix le moment venu.

Agé de 61 ans, M. Ehoud Olmert, un homme au verbe acerbe qui convoitait depuis longtemps le siège de Premier ministre, n’a pas cette chance auprès des gens ordinaires ni même de ses alliés politiques. Son nouveau poste lui vaut plus de soucis que de gloire. Un an après avoir pris le pouvoir à la suite de l’hémorragie cérébrale qui a plongé Ariel Sharon dans le coma, le Premier ministre israélien Ehoud Olmert a perdu les faveurs de la population choquée par une série de scandales, selon un sondage du Dahaf Research Institute pour Knesset TV rendu public au début de janvier 2007 : quelque 77% des personnes interrogées désapprouvent l’action du chef du gouvernement, pourtant vainqueur des élections législatives après avoir assuré pendant seulement trois mois l’intérim d’Ariel Sharon. La moitié des Israéliens estime que les événements de 2006 sont à l’origine de ses difficultés mais pour 31%, c’est sa personnalité. 60% s’interrogent sur son intégrité.

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Questions

 

  1. Les femmes s’élèvent de plus en plus au niveau des chefs d’État. Est-ce le début d’un temps nouveau ?
  2. Avec une réputation de colombe dans un environnement de faucons, Tzipi Livni peut-elle accéder à des fonctions de chef d’État
  3. Comment serait perçue l’arrivée d’une femme dans un État comme Israël ?