L’Europe a-t-elle abandonné l’Afrique au profit de la Chine ?

9 02 2007

Moussa Bolly est africain et journaliste au média Les Échos. Le site africain Malikounda nous proposait le commentaire de Moussa Bolly. Dans une Afrique réputée sclérosée, l’auteur pose la question de son avenir et de son évolution :Afrique

Tandis qu’aux États-Unis et en Europe, notamment la France, on assiste à un renouvellement de la classe politique, l’Afrique est encore étouffée par des dinosaures solidement cramponnés au pouvoir. Qu’est-ce que l’élection présidentielle française peut changer en Afrique ? C’est la question qu’un confrère posait récemment. A regarder de près, notre continent peut tirer de riches enseignements de cette élection. La principale leçon étant le renouvellement de la classe politique. En France par exemple, cette rupture se fait par le genre et l’âge. Une rupture que Ségolène Royal incarne à elle seule aussi bien au niveau du Parti socialiste et que de la France elle-même.

On constate la même quête du renouvellement de la classe politique en Grande-Bretagne. En effet, à peine reconduit pour un 3e mandat à 52 ans, Tony Blair a fait l’objet de pressions de la part de nombreux membres du Parlement, appartenant à son parti, pour qu’il cède rapidement la place au jeune Gordon Brown. Après avoir longtemps résisté, Blair a été contraint de céder à la pression de son parti.

Du côté des États-Unis, l’ascension du métis Barak Obama, sénateur de l’Illinois, en dit long sur révolution des mentalités politiques dans ce pays et surtout sur la volonté de la nouvelle Amérique de se départir de certains clichés ou croyances comme fondement de la gestion politique. Ce jeune leader démocrate vient de former une commission pour réfléchir à son éventuelle candidature à l’investiture de son parti pour la présidentielle de 2008. Il est le 1er Afro-Américain auquel on accorde des chances sérieuses d’obtenir une telle investiture.

Carte Afrique

L’Afrique a encore du mal à s’affranchir des griffes des vieux dinosaures comme Omar Bongo Odimba du Gabon, Lassana Conté de la Guinée, Robert Mugabé du Zimbabwe, Abdoulaye Wade du Sénégal, Hosni Moubarak d’Égypte… Des présidents mourants qui préfèrent préparer leur succession dans leurs familles comme Eyadema l’a réussi avec Faure. Qu’est-ce qu’un président à moitié dans la tombe comme Lassana Conté peut offrir encore à son pays ? Pis, il prépare la Guinée au chaos après lui en essayant d’imposer son fils, le capitaine Ousmane Conté. A 83 ans, Wade est déterminé à briguer un second mandat de 7 ans au lieu de céder son fauteuil aux jeunes de son parti comme Idrissa Seck qui signe un retour médiatisé dans sa chapelle d’origine. En la matière, Wade ne manque pas pourtant de références. Il aurait pu faire comme Léopold Sédar Senghor qui a passé le témoin à Abdou Diouf en 1980 pour consolider les chances des socialistes de longtemps rester au pouvoir. Il aurait été inspiré de suivre les traces de Senghor et de Nelson Mandela qui ont su s’effacer à temps au profit d’autres plus jeunes qu’eux. Et Bongo a récemment averti ceux qui se disputaient sa succession qu’il n’a pas encore dit son dernier mot. Une façon de dire que l’héritier naturel, Aly Ben Bongo, n’est pas encore prêt pour le trône. Voilà ce que c’est que la politique en Afrique. Les expériences positives vécues au Bénin, en Afrique du Sud, au Botswana… ne paraissent que comme de rares exceptions.

Un autre point de vue qui est digne de mention est celui de la visite de Marie Georges Buffet, candidate communiste à l’élection présidentielle en France vient de séjourner au Mali sur invitation de Mme Aminata Dramane Traoré, ancien ministre de la culture. Marie Georges Buffet a déclaré qu’elle s’est fixé l’ambition de faire sortir la coopération entre la France et ses anciennes colonies du carcan des cercles d’amis. «Pour cela, il nous faut un gouvernement de gauche qui affronte les politiques libérales en France et en Europe», a-t-elle indiqué. Les commentaires qui ont suivi ceux de la candidate communiste sont éloquents :Afrique - 03

Mme Barry Aminata Touré, présidente de la CAD-Mali, s’est interrogée sur la sincérité de la coopération qui lie notre pays à la France. Les choses, selon elle, n’ont pas beaucoup changé de la colonisation à nos jours. Elle a estimé que la France pour des raisons historiques doit s’impliquer aux côtés des africains pour trouver une solution à l’immigration. Le peintre Ismaël Diabaté a rappelé que depuis bientôt plus de 47 ans, on s’est rendu compte que la coopération devait changer. L’ancien ministre, Younouss Hameye Dicko, a estimé qu’il faut que la gauche arrive au pouvoir en France. Selon lui, cela est vital pour le Mali, l’Afrique et le Monde. Pour Dicko, le malien n’a jamais aussi été humilié que sous la gouvernance de Sarkozy au ministère de l’intérieur. Amadou Seydou Traoré – dit Djikoroni – a été formel et catégorique : »Nous devons nous battre chez nous pour nous libérer et peut être nous allons libérer l’Europe de ce joug néolibéral« .

 

Selon Le Monde diplomatique, la France semble ne plus avoir de politique africaine lisible. Comment expliquer un décalage si profond entre un discours éloquent du ministre des affaires étrangères de l’époque, M. Dominique de Villepin, sur le conflit en Irak au nom du droit international et une approche aussi timorée concernant le développement du continent africain ? « La France lâche l’Afrique », « Paris est dépassé ». La crise est profonde : « Il serait temps, avertit ainsi Pascal Chaigneau, directeur du Centre d’études diplomatiques et stratégiques (CEDS), si l’on souhaite préserver notre crédibilité et nos intérêts, de quitter la politique des petits pas et des faux pas pour élaborer ce que le président Senghor avait appelé une vision de ce que l’Afrique devrait être pour la France et de ce que la France pourrait faire pour l’Afrique ».

Principale nouveauté du millésime 2007 de la France en matière d’assurance-crédit : la politique d’assurance-crédit s’assouplit vis-à-vis de l’Afrique subsaharienne. Jusqu’à maintenant en effet, dans le respect de la volonté du FMI ou d’instances comme le Club de Paris de ne pas accroître l’endettement de ce continent.

Le Canada

Dans la foulée de la conférence des Nations Unies sur le financement du développement et du Sommet du G8 à Kananaskis, en 2002, le gouvernement du Canada s’est engagé à accroître l’aide canadienne de 8 p. 100 par année jusqu’en 2009 et à consacrer la moitié de cette augmentation à l’Afrique. Le gouvernement du Canada a choisi par la suite de mettre l’accent sur neuf pays, dont six en Afrique subsaharienne (Éthiopie, Tanzanie, Mozambique, Ghana, Mali et Sénégal) ­ l’Afrique du Sud et le Nigéria étant par ailleurs considérés comme des partenaires stratégiques dans la région.

L’Afrique du Sud est le plus important partenaire commercial du Canada en Afrique subsaharienne. En 2005, le Canada a exporté pour 452 millions de dollars canadiens de biens (machines, matériel électrique, aéronefs et véhicules) et en a importés pour 699 millions de dollars canadiens (minerai de fer, fer et acier, pierres et métaux précieux, ainsi que fruits). Le Canada concentre ses relations d’assistance bilatérale sur un petit nombre de thèmes clés répondant aux besoins définis par l’Afrique du Sud. En retour, il sollicite la collaboration de l’Afrique du Sud sur les questions qui le préoccupent. Les programmes en cours de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) soutiennent la gestion publique, la lutte contre la pandémie du VIH/sida et le développement rural.

Questions

  • Les vieilles dynasties africaines – pour ne pas dire les vieilles dictatures familiales – sont-elles vouées à se perpétuer à vie ou existe-t-il, comme le souhaite l’auteur cité, un espoir de voir poindre un jour une nouvelle classe politique ?
  • Est-il question – au cours de la présente campagne électorale française – des nouveaux enjeux au vu de la présence de plus en plus marquée de la Chine ?
  • Assistons-nous à l’effondrement du développement multilatéral au profit du bilatéral, comme le pratique la Chine ?
  • Est-ce que seul le parti communiste de France s’y intéresse ?
  • L’Europe a-t-elle déserté l’Afrique pour faire la place à la Chine ?

 

 

separateur-web_100.1170991191.jpg

 

 

 

Publicités

Actions

Information

5 responses

9 02 2007
amba TILL

On peu se poser bien des quesions sur l’avenir de l’Afrique.
J’ai écrit mon premier roman « le chemin d’Agoué » sur le problème de
la succession d’Eyadéma en 2005. Rien n’a encore changé, mais on est sans nouvelles véritables du Togo, par ailleurs.
Amicalement à toi.

9 02 2007
pierrechantelois

Bonjour Amba

Aux dernières nouvelles, le Nigeria, le Bénin et le Togo ont anoncé cette semaine la création d’une « Zone d’alliance de la coprospérité » – (Co-Prosperity Alliance Zone (COPAZ) – afin d’accélérer l’intégration de leurs économies nationales. La COPAZ n’aurait pas de programme politique et ne serait qu’une initiative centrée sur l’économie et le développement de la région.

M. Obasanjo a énuméré les défis auxquels les trois voisins sont confrontés : taux important d’analphabétisme, système de santé défaillant, systèmes de transport et de communication interrégionaux sous-développés, taux de chômage élevé et démographie galopante.

Pierre R. Chantelois
Montréal (Québec)

9 02 2007
yves

Il n fe faut pas opposer Chine et Afrique. En fait, jusqu’en l’an mille la Chine était bien plus riche et puissante que l’Occident. Aujourd’hui la Chine est un géant écono ique qui se réveille avec des infrastructure publiques d’envergure: éducation, électricité, transports publics…

Pour l’Afrique, il va falloir un plan d’investissement dans des infrastructures et une aide mondiale Voir Sachs The end of poverty… L’enrichissement et la constitution de classes moyennes cobduit à terme à la démocratisation de la société

Salutations

9 02 2007
Bernard Durou

Cher Monsieur Chantebois
Merci pour votre commentaire. Mais ce qui est encore mieux, comme l’a noté un mien ami dans sa « bafouille » -le terme est de lui-, seuls ou presque, le journaliste qui a « levé le lièvre » et le juge qui a essayé de « le courir » se retrouvent en accusation… Merveilleux, non !
J’ai aussi lu avec grand intérêt votre bel et long article sur l’Afrique. Il se trouve qu’ayant un peu cotoyé quelques pays de ce continent -qui m’a fasciné-, j’étais sur le point d’écrire quelque chose. Pas de l’ordre économique -je n’y entends rien- ! Mais une approche humaine véhiculée par un récent montage photo de hasard et… par un peu d’humour… Les africains ne dédaignent pas l’humour, souvent, pour raconter leur misère ! Bien sûr, je me permettrai de faire référence à votre travail.
Bien cordialement.
B. Durou

9 02 2007
pierrechantelois

Yves

Votre approche est intéressante. Ma seule crainte est la suivante : maintenir une pression sur la Chine pour qu’elle ne sombre pas dans des velléités de coloniser l’Afrique, de la vider de sa substance et de l’abandonner par la suite. On ne refait pas l’histoire. J’ai connu une époque, dans mon pays, où le développement de l’Afrique était prioritaire jusqu’à ce qu’on découvre les vertus du Mercosur. Dès lors, l’Afrique était reléguée telle un tas de ferrailles aux oubliettes.

Bernard

Tenez-moi informé de votre ponte future sur l’Afrique. Qu’elle soit poétique ou économique, l’Afrique est un continent fascinant. Je serai heureux de vous lire sous peu.

Pierre R. Chantelois
Montréal (Québec)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :