Un prix Nobel de littérature manipulé par la CIA

25 02 2007

Boris Pasternak aurait reçu le Prix Nobel de la littérature sans savoir qu’il devait cette reconnaissance internationale à la CIA . L’historien russe Yvan Tolstoi soutient que les intentions de la CIA étaient pures et qu’elles s’inscrivaient dans une volonté des États-Unis de montrer, surtout à l’Europe, qui avait un fort penchant pour le communisme, que les déclarations faites lors du XXe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS) étaient restées lettre morte et que Staline n’avait été démasqué et accusé que sur le papier.

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Introduction

Dans une lettre à D. Polikarpov, directeur du Département de la Culture, le 30 août 1957, Boris Pasternak écrit : « Après la guerre, je me suis rendu compte que mon nom était très connu […]. J’ai compris que je devais respecter ce nom […] non par de nouvelles poésies, mais par une œuvre en prose qui exigerait de moi, du travail, de la peine et du temps, et bien d’autres choses encore. [,,,] La seule raison que j’aie de ne rien regretter dans ma vie, c’est le roman » .

Boris Pasternak Boris naît en 1890 à Moscou. Fils d’artistes – son père était professeur de peinture et sa mère pianiste – Boris Pasternak grandit dans un univers intellectuel fécond. La peinture et la musique : voilà dans quoi baigne son enfance. Sa mère est pianiste. Son père est peintre, ami de Rachmaninov, Scriabine, Rubinstein, Tolstoï, dont il illustre Guerre et paix. A 13 ans, l’émerveillement devant la musique de Scriabine éveille sa première vocation. Il compose une sonate que le musicien a couverte d’éloges. Six ans plus tard, Boris renonce brusquement à la musique pour se consacrer à des études universitaires de philosophie en Allemagne. De retour dans son pays en 1914, il se lie au groupe futuriste, devient l’ami de Maïakovski , de Marina Tsvetaeva. D’illustres personnages, à l’image de Rilke ou de Tolstoï, rendent régulièrement visite à ses parents et le sensibilisent à l’art et aux lettres.

De Tolstoï, Boris hérite d’un goût pour la rechercher de la vérité et la non-violence qu’il saura rapidement – et pour longtemps – mettre en œuvre. Il s’adonne aussi à la traduction de grands auteurs (Keats, Shelley, Verlaine, Shakespeare, Goethe, Schiller…). Il publie en 1914 et 1917 deux recueils de poèmes qui ne connaîtront pas la notoriété méritée. Teintés de musicalité, ils sortent dans l’indifférence générale. En 1922, Boris Pasternak publie Ma sœur la vie, écrit en 1917 et imprimé en 1922, qui le rend célèbre. En 1921, un de ses maîtres et chantres de la Révolution, le poète Alexandre Blok, meurt dans la misère et dans la tristesse de voir la liberté disparue. Pasternak est confronté avec l’idéal révolutionnaire et la pratique communiste à laquelle Pasternak n’adhèrera jamais. Marié en 1923 à une jeune artiste peintre, Evguénia Lourie, qui lui donne un fils, Evguéni, Pasternak se sépare d’elle en 1931 pour former un nouveau foyer avec Zinaida Neuhans, elle-même séparée du pianiste Heinrich Neuhans.

Le récit autobiographique Sauf-conduit, conçu en 1927 comme un hommage à Rilke, devient une profession de foi et une apologie de la poésie face à l’idéologie communiste. Achevée au moment où apparaissent les premiers symptômes de la terreur, l’œuvre laisse deviner à travers l’image de Venise, le spectre de l’État policier, et se conclut par l’évocation du suicide de Maïatovski présenté comme le tragique accomplissement du principe subversif inhérent à tout lyrisme. Trotski et le parti communiste trouvent que le poète, Boris Pasternak, met trop en valeur l’individu par rapport à la société. Durant la première guerre mondiale, il enseigne et travaille dans une usine chimique de l’Oural. Cette expérience lui permet de constituer le terreau de sa fameuse saga Docteur Jivago, quelques années plus tard.

Certaines de ses œuvres sont interdites de publication. Les années du stalinisme vont condamner Pasternak à un silence presque absolu. Il se réfugie dans la traduction en russe : Shakespeare, Verlaine… La guerre de 1941-1945 est une libération pour lui. Pasternak part pour le front. En 1945, commence à préparer son ouvre majeure : Le Docteur Jivago. Alors que ses proches sont arrêtés ou fusillés (comme Boukharine en 1938), il passe miraculeusement à travers les mailles du filet pendant presque quarante ans. Staline, qui semble avoir un faible pour lui, l’épargne.

Le Docteur Jivago

Achevée en 1955, cette grande fresque, à mi-chemin entre fable symboliste et roman d’inspiration autobiographique, sera d’abord publiée en Italie (1957). En 1958, le roman est récompensé par le prix Nobel de littérature. En dépit d’une renommée internationale, l’URSS refuse de publier l’ouvrage. Pire encore, Pasternak subit la critique acide de l’union des écrivains soviétiques. Il décide de ne pas accepter le prix. Boris Pasternak meurt en 1960 à Pérédelkino, laissant derrière lui une série de poèmes, d’œuvres en prose et de traductions variées de poètes géorgiens ou même de Shakespeare.

Le prix Nobel

L’historien Ivan Tolstoï, journaliste à Radio Svoboda (Liberté), affirme, dans un livre à paraître, que l’attribution du Prix Nobel de littérature à Boris Pasternak en 1958 est une opération menée par la CIA. Rappel des faits.

Selon l’historien Tolstoï : « Les Américains voulaient montrer, surtout à l’Europe, qui avait un fort penchant pour le communisme, que les déclarations faites lors du XXe congrès du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS) étaient restées lettre morte et que Staline n’avait été démasqué et accusé que sur le papier, alors qu’en réalité, la censure faisait rage, la liberté n’existait pas et les artistes ne pouvaient pas dire ouvertement ce qu’ils pensaient. Une opération ciblée des services secrets américains était destinée à le démontrer ».

Le Comité Nobel étudiait depuis longtemps et avec attention l’œuvre géniale du poète et écrivain russe. Les premières tentatives pour examiner la candidature de Pasternak au prix Nobel furent entreprises dès la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pendant quatre années consécutives, de 1946 à 1950, son nom fit partie de la liste finale des candidats, mais n’obtint pas la majorité des voix. Il manquait une seule et dernière chose pour forcer la décision. C’est le roman Docteur Jivago qui a joué le rôle de la dernière goutte qui fait déborder le vase.

Naïf dans tout son génie, estimant que son roman lyrique n’était aucunement susceptible de porter préjudice à son pays, Boris Pasternak présenta son livre aux éditions nationales, à une revue et, parallèlement, l’envoya à l’éditeur italien Giangiacomo Feltrinelli. Nikita Khrouchtchev, à l’époque maître du pays, se mis dans une fureur pathologique et lança une campagne enragée de persécution du poète dans la presse. C’est alors que la CIA, affirme Ivan Tolstoï, se rendit compte de tous les avantages qui découlaient de la persécution de Pasternak, dans le contexte de la guerre froide, et à quel point il serait sensationnel de remettre le prix Nobel de littérature à un génie antisoviétique.

Le prix Nobel Albert Camus, admirateur de longue date du talent de Pasternak, proposa, en tant que lauréat, de couronner l’écrivain russe. Le Comité Nobel répondit qu’il y était prêt, mais que le roman n’était pas paru en langue originale, alors que conformément au règlement, le prestigieux prix ne pouvait être remis qu’après la publication de l’œuvre en version originale. Le Comité Nobel répondit qu’il y était prêt, mais que le roman n’était pas paru en langue originale, alors que conformément au règlement, le prestigieux prix ne pouvait être remis qu’après la publication de l’œuvre en version originale. Il ne restait donc qu’à faire paraître le roman.

Après avoir copié en cachette le manuscrit, la CIA, brouillant les pistes, fit paraître le roman de Pasternak en russe par extraits, le faisant éditer par différentes imprimeries, puis rassembla les fragments en un tout, contraignit l’éditeur Feltrinelli à couvrir cette affaire de son nom, et voilà qu’au mois d’août 1958, un exemplaire du roman apparut devant les membres du Comité Nobel.

Boris Pasternak - Première du Time Selon l’écrivain Yvan Tolstoi, Pasternak ignorait tout de cette opération en sous-main : « Pasternak knew nothing of the CIA’s machinations, Tolstoy said in a recent online interview for the Washington Post. “Doctor Zhivago” was literature, not propaganda. The Soviet foreign minister of the time was unwittingly bestowing the highest praise on Pasternak’s work when he decried its “estrangement from Soviet life” and its “celebration of individualism ».

Les formalités étaient respectées, et peu après, le 22 octobre 1958, le comité suédois annonça le nom du nouveau lauréat, celui de Boris Pasternak, pour ses mérites exceptionnels dans la poésie lyrique contemporaine et dans le domaine de la grande prose russe. « Reconnaissant, content, fier, confus », disait le texte du télégramme de Pasternak expédié à Stockholm. Mais une semaine après, l’écrivain fut obligé d’en envoyer un autre, indiquant : « Du fait de l’importance qu’a reçue dans la société à laquelle j’appartiens la récompense qui m’a été attribuée, je dois y renoncer. Je vous prie de ne pas prendre mon refus bénévole pour offense ».

Deux ans plus tard, les autorités soviétiques décident de déchoir l’écrivain de sa nationalité et de l’exiler hors des frontières. Mais il décède d’un cancer à Pérédelkino. Docteur Jivago n’est autorisé en URSS qu’en 1988. En 1990, un musée Pasternak ouvre à Pérédelkino. En 1991, l’empire soviétique s’effondre.

Questions

Si tant est que l’historien russe, Yvan Tolstoi, ait raison, il convient de s’interroger sur points suivants :

  • Albert Camus était-il au courant des manœuvres en sous-main de la CIA ?
  • Le comité Nobel connaissait-il les opérations de la CIA ?
  • Ces révélations jettent-elles un discrédit sur les prix Nobel s’il est démontré qu’ils servent la cause une certaine idéologie ?
  • Est-ce le seul fait d’armes réussi de la CIA pour orienter les choix de lauréats du comité Nobel ?

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3 responses

25 02 2007
chantal Serriere

Oui, vous avez bien raison de formuler toutes ces interrogations.
Nous nous posions en gros les mêmes, l’autre jour, en déambulant dans la librairie de Turin appartenant à l’éditeur italien de Pasternak, où son poster est évidemment en évidence.
Mais de toute façon, ce n’est que la partie émergente de l’iceberg. Nous sommes tellement manipulés! Quotidiennement manipulés. Mais il reste ces symboles auxquels nous continuons à rester attachés.
En définitive, on sait que le dessous des cartes est truqué. On fait semblant de croire au pouvoir des prestidigitateurs.

25 02 2007
pierrechantelois

Je rejoins pleinement vos commentaires. C’est triste pour Pasternak – il était dans l’ignorance des faits – qui, par sa souffrance tout au cours de sa vie, aurait pu croire à son seul mérite le fait de se voir attribuer ce Nobel. Triste. Très triste.

Pierre R. Chantelois

13 07 2007
Frédéric

Le principal est que son oeuvre soit reconnut à travers le monde.

C’est bien lui qui l’a écrit et il n’a bénéficié d’aucuns concours dans ces moments difficiles.

Ce fait peut étre mit au crédit de Langley et montre que certains ont du gout littéraire 🙂

C’est tout de méme mieux que les pavés des prix Staline/Lénine totalement inféodé à la ligne du Parti.

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