Iran : Apocalypse now ?

19 04 2007

La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes de l’homme.

 

Albert Camus, au lendemain d’Hiroshima, Combat , 8 août 1945

 

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Ria Novosti vient de publier l’opinion de deux experts sur les conséquences écologiques d’une éventuelle frappe contre l’Iran. Iouri Israël est directeur de l’Institut de climatologie et d’écologie mondiales et membre de l’Académie russe des sciences et Alexeï Riabochapko est physicien-mathématicien. Ils viennent de signer en commun cette opinion intéressante :

[…] A en croire les sources d’information ouvertes, l’Iran ne dispose pas de réacteurs nucléaires en activité. Des spécialistes russes sont en train de construire la première pile à Bouchehr, au bord du Golfe persique, mais celle-ci reste vide à défaut de fournitures russes de matières fissiles. À Téhéran, il existe au moins une pile piscine de recherche à eau légère d’une capacité de 5 MW construite en 1967 par les Américains. Ce réacteur utilisait comme combustible de l’uranium militaire hautement enrichi (93%) livré par les États-Unis. En 1992, il a été modernisé pour accueillir de l’uranium enrichi à 20%. L’Argentine a fourni à l’Iran 100 kg d’uranium enrichi à 20% pour l’utiliser dans ce réacteur. La modernisation du réacteur et le transfert de l’uranium ont été réalisés sous l’égide de l’AIEA. Cette quantité d’uranium pourrait suffire à fabriquer une « mini-bombe ».

L’Iran a acheté au cours des trente dernières années deux réacteurs en France, six en Allemagne et plusieurs autres en Chine. Il s’agit très probablement de piles de faible puissance fonctionnant en mode impulsionnel pour produire des faisceaux de neutrons.

Deux scénarios sont donc à prévoir

  • Un site nucléaire, que ce soit un réacteur ou un container de déchets hautement radioactifs, doit pouvoir supporter le choc de la turbine d’un avion militaire moderne volant à la vitesse du son
  1. En cas d’impact direct d’un missile de croisière ou d’une bombe atomique, cette protection sera inévitablement détruite, et il y aura un dégagement de radioactivité dans l’atmosphère.
  2. En cas de destruction d’une pile piscine dont la zone active, relativement petite, est entourée d’une masse d’eau considérable, il n’y aura ni réchauffement significatif de la zone active, ni combustion de matériaux de construction, ni dégagement de produits radioactifs en grandes quantités dans l’atmosphère.
  • Si la durée de travail de la pile de recherche est comparable celle du réacteur de Tchernobyl, détruit par une explosion en 1986, le rejet primaire de produits radioactifs dans l’atmosphère, en cas de destruction totale, constituera 0,5% de celui émis dans les toutes premières minutes de l’accident de Tchernobyl (50 millions de curies), soit 250.000 curies. Cela risque de provoquer une pollution locale significative, mais en tout cas sans envergure régionale.

Pour empêcher l’Iran d’entrer en possession d’uranium militaire hautement enrichi, il faudra avant tout détruire l’usine de centrifugeuses située dans la zone d’Ispahan. Selon le président Mahmoud Ahmadinejad, l’usine utilise actuellement 3.000 centrifugeuses (même si, jusqu’à récemment, elle était censée en abriter 328 seulement). Vu la grande superficie occupée par l’usine, en cas de destruction de cette dernière, l’hexafluorure d’uranium sera immédiatement mélangé à une grande quantité d’air. Dans l’atmosphère, l’hexafluorure se solidifiera en se transformant immédiatement en tétrafluorure dont le vent pourrait transporter des aérosols sur une longue distance, mais la concentration d’uranium sera dérisoire et ne présentera aucune menace radiologique. L’explosion n’affectera que le personnel de l’usine.

En cas d’agression américaine l’Iran tentera de lancer des missiles sur des sites nucléaires israéliens. Pour cela, Téhéran dispose de suffisamment de missiles de moyenne portée. Le plus grand réacteur nucléaire (150 MW) situé près de Dimona et censé produire du plutonium sera probablement dans la ligne de mire des Iraniens. Une frappe risque de provoquer une riposte israélienne, y compris nucléaire. Selon des experts, Israël possède entre 100 et 300 charges nucléaires sous formes d’ogives et de bombes d’aviation. Ce scénario conduirait à une catastrophe nucléaire d’envergure globale. Il faut noter aussi que l’État hébreu est également prêt à des actions préventives contre l’Iran en vue de détruire ses sites nucléaires.

En évaluant les conséquences écologiques dues à la destruction des infrastructures de l’industrie pétrolière iranienne, on peut tracer des parallèles avec la situation au Koweït. Dans ce pays du Golfe, l’armée irakienne en retraite détruisait et mettait le feu aux réservoirs et aux puits de pétrole. La combustion ouverte de pétrole a provoqué le dégagement dans l’atmosphère d’une énorme quantité de suie (jusqu’à 1 million de tonnes, selon des estimations), et l’on a supposé que les dégagements massifs de suie étaient susceptibles d’influer sur le climat. L’Organisation météorologique mondiale a ainsi rendu un rapport détaillé sur le sujet : après la combustion d’une grande quantité de pétrole sur un territoire restreint, aucun impact sensible sur le climat et l’environnement n’a été enregistré (Ria Novosti).

Vous pouvez visualiser, dans cette animation, les bombes nucléaires sur l’Iran

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Depuis l’adoption en 2001 de la Nuclear Posture Review, le gouvernement des États-Unis s’est lancé dans un vaste programme de modernisation de son arsenal nucléaire, comme par exemple se doter d’armes nucléaires dites de faible puissance (environ 5 kilotonnes), armes conçues sous le vocable de mini nukes et destinées à cibler des objectifs stratégiques bien précis. Dans le même ordre d’idées, sont développés des bunker busters, bombes nucléaires dotées d’une nouvelle enveloppe (uranium appauvri) pour mieux pénétrer des structures très dures et détruire des infrastructures souterraines. Leur puissance est plus importante que celle des mini nukes (dont la puissance peut équivaloir plusieurs fois la bombe lâchée sur Hiroshima). Ces deux types d’armes nucléaires (Earth Penetrator Weapons) ont une capacité à détruire des cibles profondément enterrées et lourdement protégées.

Dans le cas d’une telle attaque, il semble clair que le Moyen-Orient tout entier n’en verrait pas moins son équilibre, déjà improbable aujourd’hui, encore davantage précarisé, inscrivant durablement cette région dans l’instabilité. Une telle situation ne pourrait évidemment que renforcer la dépendance des puissances étrangères et en particulier occidentales, à mesure de l’augmentation de l’enjeu stratégique de cette région détentrice des principales ressources en hydrocarbures de la planète.

« Il ne faut pas oublier qu’au Moyen-Orient, il n’y a pas qu’Israël », commente Emmanuel Dubois, dans une longue analyse pour la Revue militaire suisse. « Nous touchons ici aux limites de notre cadre de réflexion, raison pour laquelle il faut rappeler l’insuffisance d’une approche du dossier iranien ne tenant qu’à un face-à-face entre Téhéran et Jérusalem. Résumer le Moyen-Orient à ces deux pôles est évidemment réducteur, y compris en ce qui concerne la problématique de la dissuasion. En clair, l’accession de l’Iran au statut de puissance nucléaire ne ferait pas forcément basculer cette région du monde dans un modèle bilatéral pur. Au contraire, celui-ci devrait être ouvert à d’autres puissances régionales telles l’Égypte ou, surtout, l’Arabie saoudite, grande rivale de l’Iran. Car évidemment, avec un Iran nucléaire, c’est la politique de non-prolifération et le TNP qui voleraient en éclats, avec les incalculables conséquences qui s’ensuivraient pour le Moyen-Orient tout entier, et au-delà ».

L’apocalypse pour demain ? « A moins que les velléités iraniennes ne débouchent sur un paradoxe jusqu’ici passé inaperçu aux yeux des commentateurs. Voulant à tout prix assurer leur survie et leur domination sur l’ensemble de la région par l’acquisition de l’arme nucléaire, les mollahs ne donneront plus d’autre possibilité que de frapper au seul endroit qui puisse réellement les abattre : au cœur même du régime qu’ils prétendent consolider », conclut Emmanuel Dubois (Revue militaire suisse ).

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