Belgique : dix enfants en attente d’expulsion !

28 07 2007

Je suis incapable de prendre congé ce week-end. Colère et chagrin feront de ce congé hebdomadaire un week-end noir. Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue. Albert Einstein.

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Un rédacteur d’Agoravox a souligné vendredi le cas d’Angelica Cardina Loyan CAJAMARCA, 11 ans, menacée d’expulsion avec sa mère, madame Anna Elisabeth CAJAMARCA Arigoso. Je ne pouvais croire qu’une pareille situation d’immigration se répèterait en Belgique. Car c’est bien en Belgique que cela se passe ! Je dis bien : « se répéterait » car nous avons vécu, au Canada, une situation similaire.

Oumou Toure, 24 ans, avait reçu un avis d’expulsion du gouvernement du Canada. Retour obligatoire vers la Guinée pour cette jeune mère. La Commission de l’immigration et du statut de réfugié du Canada avait refusé sa demande d’asile. Oumou Toure a donné naissance à une jeune fille, maintenant âgée de deux ans et demi. Comme un malheur ne vient jamais seul, Oumou Toure était hantée à l’idée de devoir laisser sa jeune fille ici, au Québec, et de retourner seule en Guinée. Sa fille est née au Canada. Elle est donc citoyenne canadienne. L’enfant aurait pu faire face à la mutilation génitale si elle avait été envoyée dans ce pays d’Afrique. Mme Toure, elle-même victime de cette pratique, se désolait et envisageait même l’abandon de sa fille du fait qu’elle ne pourrait pas la protéger de cette odieuse mutilation. Immigration Canada, devant la levée de boucliers, a donné asile à la mère et à sa fille.

Revenons au cas d’Angelica Cardina Loyan CAJAMARCA, 11 ans, et de sa mère, Anna Elisabeth. Elles sont équatoriennes, habitent depuis bientôt 4 ans en Belgique et n’ont jamais fait de demande de régularisation. Elles n’ont pas d’avocats. Elles vivaient à St Josse où la petite allait à l’école. La maman est militante pour la défense des sans-papiers. Elles sont maintenant enfermées depuis le 30 juin dernier au centre 127 bis à Steenokkerzeel, lieu où sont incarcérés des immigrés clandestins en attente d’expulsion. Angelica et sa mère attendent depuis le 30 juin 2007 d’être expulsées. Selon RTL, Angelica décrit ses conditions de détention dans le centre fermé soulignant qu’ «on ne sort qu’une minute par jour. Sinon, on ne fait que manger, puis dormir. Il y a un professeur qui vient. Mais c’est pour les tout-petits. Il y en a dix ici ». Évoquant son souhait de rester en Belgique, Angelica affirme qu’elle a bien l’intention de reprendre les cours en septembre. « Ma maman avait d’ailleurs décidé à la rentrée de m’inscrire dans une école néerlandophone pour faire de moi une vraie Belge », dit encore la fillette.

L’Office des étrangers a indiqué vendredi, en fin d’après-midi, que les deux Équatoriennes doivent être rapatriées lundi soir, entre 18h00 et 19h00, à bord d’un vol Bruxelles-Quito via Amsterdam.

Le 17 juillet dernier, Rafael Correa, chef de l’État équatorien, s’est rendu en personne au « 127 bis » de Steenokkerzeel. Lui-même ancien étudiant de l’université de Louvain et marié à une Belge, il a rencontré Ana Elizabeth Cajamarca Arizaga, militante pour la défense des sans-papiers, et sa fille Angelica, 11 ans. Ému, il aurait longuement serré la maman et sa fille dans ses bras avant de dénoncer « l’atteinte aux droits de l’homme », que représenterait, selon lui, l’incarcération de l’enfant.

Le quotidien Le Monde rapporte qu’un journaliste du journal Le Soir, ébranlé par l’histoire d’Angélica, aurait déclaré : « Nous avons envie de pleurer aussi. De rage. Et de honte pour un système qui oblige une fillette à passer ses vacances à l’ombre ».

Freddy Roosemont est le patron de l’Office des étrangers de Belgique. L’appel du président équatorien, Rafael Correa, relayé par diverses personnalités belges, dont le délégué général aux droits de l’enfant, n’a pas ému ce fonctionnaire : « Nous ne nous laissons pas influencer par l’avis d’un chef d’État étranger ». Le ministère des affaires étrangères, sollicité par l’ambassadeur d’Équateur, s’est quant à lui déclaré incompétent. Il n’a jamais si bien dit. Pourtant, un juge avait ordonné, il y a une semaine, la libération de la fillette et de sa mère. Le parquet avait fait appel mais le dossier n’a pu être traité par le tribunal compétent. La compétence est encore une fois en cause ici.

Comme le souligne Le Monde : « La détention de mineurs a été à plusieurs reprises jugée illégale, mais une dizaine d’autres enfants qu’Angelica sont pourtant sous les verrous à Steenokkerzeel ».

Le père, également en situation illégale mais laissé libre, a écrit au roi Albert II et au premier ministre Guy Verhofstadt ainsi qu’au leader du parti démocrate-chrétien flamand, Yves Leterme, chargé de former le prochain gouvernement, pour plaider la cause de sa fille. Le Soir a réservé sa Une à un entretien avec la jeune fille, intitulé « Angelica : je veux être une vraie Belge », avec en sous-titre « Je suis triste » sanglote la petite Équatorienne ».

« Les enfants des centres sont frappés de voir leurs parents ne plus être capables d’assumer leur rôle », a déclaré la députée fédérale Ecolo Zoé Genot après s’être rendue au centre 127 bis à Steenokkerzeel. La délégation a rencontré deux autres enfants kosovars. Actuellement, dix enfants seraient enfermés au centre 127bis. L’Université catholique de Louvain-la-Neuve a, à son tour, interpellé le Formateur Yves Leterme. Elle demande au futur gouvernement de ne plus placer des familles avec mineurs dans des centres fermés mais de prévoir des espaces ouverts respectueux des droits humains.

Tout le monde veut la vertu mais personne n’a les pouvoirs de l’acquérir : « Je ne suis pas le ministre de l’Intérieur », a indiqué Yves Leterme, soulignant qu’il y avait un gouvernement en place et insistant sur le respect des institutions et des législations. « Cela m’émeut en tout cas », a conclu Yves Leterme. « On verra pendant les négociations comment répondre à ces drames humains », a-t-il ajouté. Le délégué général aux droits de l’Enfant, Claude Lelièvre, a appelé vendredi le ministre de l’Intérieur à surseoir à l’expulsion d’Ana Cajamarca et de sa fille Angelica : « avant de prendre une mesure d’expulsion, il faut tenir compte du contexte familial d’Angelica, qui a plus d’attaches en Belgique qu’en Équateur. Or, ces conditions ne sont pas connues de l’Office de l’étrangers », a rappelé le délégué général. Il cite le fait qu’Angelica a un oncle et une tante qui vivent légalement en Belgique. Sa mère vit avec un Belge et son père est toujours en Belgique, même s’il est en séjour illégal (RTL).

Geert De Vulder, porte-parole de l’Office des étrangers, le confirme : « Angelica et sa mère seront expulsées lundi soir, entre 18h00 et 19h00, à bord d’un vol Bruxelles-Quito via Amsterdam ». Parole de fonctionnaire !

Dix autres enfants attendent ce châtiment infâme de la Belgique.

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15 responses

28 07 2007
bub

Bonjour,

La Belgique est un état de droit.
En tant que tel, la loi est d’application pour tout le monde.

Or, Mme CAJAMARCA et sa fille sont illégalement arrivées ici. Après 4 années, elles n’ont même pas pris la peine de faire les démarches nécéssaires pour obtenir des papiers.

Leur rapatriement n’est que l’application de la loi. Je ne vois pas pourquoi tant de monde s’en offusque. La décision peut ne pas plaire à tout le monde, elle n’en est pas moins légale et démocratique.

Aidons les pays en voie de développement. Investissons-y, finançons-y l’éducation et les infrastructures. Mais n’accueillons pas leurs travailleurs, qui sont nécessaires là-bas pour construire leur pays.

N’hésitez pas à débattre avec moi. Je n’ai fait qu’écrire ce que je pensais, mais je suis ouvert à vos idées.

JB

28 07 2007
pierrechantelois

Bub

Merci de votre commentaire. Convenons dès le départ, vous et moi, que nous sommes d’accord : la Belgique est un État de droit. Le Canada également. Il y a la loi, il y a son application.

a) Je vous rappelle qu’un juge avait libéré Angélica et sa mère mais que, pour des questions techniques insignifiantes, elles sont toujours enfermées au « 127 bis » de Steenokkerzeel. Voilà pour la loi « strictu sensu ». Il est important de préciser que le débat, qui concerne Angélica et sa mère, a débuté en Belgique et que, maintenant, il se transporte sur la place publique internationale. Qu’en tirera la Belgique ? Ce débat touche autant les conditions d’enfermement d’un enfant de 11 ans et de sa mère ainsi que des questions humanitaires relatives à son droit d’accueil dans un pays qui se réclame un État de droit. Il y a dix autres enfants qui sont contraints aux mêmes conditions d’enfermement qu’Angélica. Cela aussi a rejoint l’opinion publique internationale.

b) il y a la loi mais il y a aussi des circonstances atténuantes. Angélica et sa mère n’ont pas commis un crime, elles ont contrevenu à un règlement. Celui de l’immigration. Cet enfermement est profondément odieux. Avez-vous vu ces grillages et le règlement qui prévaut au sein de cet établissement ? Placeriez-vous votre enfant, et onze autres, dans une telle situation ? La décision d’ériger un tel établissement n’est en rien commandée par la loi. Qui a commandé et autorisé la construction du centre 127 bis à Steenokkerzeel, qui a autorisé l’érection des clôtures autour de l’établissement et de qui relève la gestion de cet établissement ? J’ai occupé pendant trente ans un poste de haut fonctionnaire. Je peux vous dire que je connais la question.

S’agissant également de cet établissement, saviez-vous que, selon des rumeurs urbaines, le mercredi 25 avril, au centre fermé 127 bis, suite à une altercation entre 2 détenus, les gardiens auraient réagi violemment. Les prisonniers auraient également réagi à cette violence et une émeute s’en serait suivi avec bris de vitres et de matériels, bagarre générale contre les gardiens. La police aurait été appelée et les brigades antiémeutes seraient intervenues avec bien sur violence (matraquages dans tous les sens). Les prisonniers auraient été enfermés dans leur chambre et privés de repas ?

Ma question : accepteriez-vous que votre enfant soit enfermé dans un tel centre ?

c) Sur son site, l’Office des Étrangers indique que : « […] il est principalement une administration de seconde ligne, ce qui signifie que, sauf en ce qui concerne les demandeurs d’asile, il n’a pas connaissance du dossier d’un étranger de manière directe mais via les partenaires précités. Les instructions de l’OE doivent également parvenir à l’étranger par ce biais. » […] Vous retrouverez également cette notation sur le site de l’Office : « La faible accessibilité de l’Office des étrangers constitue également un point sensible. Nous mettons tout en œuvre pour changer cette situation. L’accent est mis principalement sur l’amélioration de l’accessibilité avec les partenaires privilégiés (postes diplomatiques et consulaires, communes, services de police,…), sans perdre de vue les particuliers ». C’est pourquoi je considère que la réponse faite par le directeur général de l’Office à un chef d’État est inconcevable, elle est grossière, selon les règles de la diplomatie internationale.

d) Au-delà de la loi, il y a le « pouvoir de discrétion » pour des motifs de compassion. Je peux comprendre que l’appareil administratif n’a de pouvoir que d’administrer les décisions judiciaires. Une règle en droit l’indique bien : « Delegatus non potest delegare ». Seul le ministre, pour des raisons humanitaires, peut renverser cette décision d’expulsion. Dans le cas présent, cette décision reviendrait à votre ministre de l’intérieur. Au Canada, le ministre de l’Immigration, pour des raisons humanitaires, et la pression publique, accepte volontiers de revoir ces décisions et de donner, exceptionnellement, asile à des familles ou personnes qui, si elles étaient expulsées, seraient en danger. Le ministère crée même, à la demande du ministre, des conditions favorables pour un retour rapide de familles ont qui établi des racines au pays. Ces personnes immigrantes, Bub, ne sont pas des criminelles. Que le délégué général aux droits de l’Enfant soit dans l’obligation d’intervenir dans un État de droit en dit plus long que tous les commentaires que nous pourrions formuler, vous et moi. Il faut surtout prêter attention à ses conclusions.

e) Si la Belgique avait voulu faire un pas pour montrer sa bonne foi, il aurait été possible de prendre entente avec le chef de l’État de l’Équateur pour accueillir Angélica et sa mère, et accélérer les procédures d’immigration afin de permettre à ces deux personnes un retour rapide. En lieu et place, c’est un fonctionnaire qui répond de manière bête, sans imagination, au propos d’un chef d’État.

f) Puisque nous en sommes aux questions politiques, la Belgique aurait-elle été indisposée par le fait que la maman était militante pour la défense des sans-papiers ? Selon l’Office des étrangers, 23 résidents du centre fermé 127bis de Steenokkerzeel ont, le 16 juillet dernier, refusé de s’alimenter afin de protester contre la politique d’immigration menée à leur encontre en Belgique et de réclamer une régularisation collective de leur situation. La grève de la faim a débuté après le repas de dimanche soir. Une manifestation était organisée dimanche après-midi devant le centre fermé afin de réclamer la libération d’une fillette équatorienne de 11 ans et de sa mère, une militante de l’Union de défense des sans-papiers (UDEP).

Une petite recherche m’a permis de constater que la Belgique peut se montrer accueillante dans des cas humanitaires. Elle applique dans ce cas l’article 9, alinéa 3, de la loi sur les étrangers : « Durant le premier semestre de l’année 2006, au total, 6 006 demandes de dossier ont été introduites pour obtenir une autorisation de séjour provisoire sur la base de l’article 9, alinéa 3 de la Loi sur les étrangers. Durant le premier semestre de l’année 2006, au total, 5 151 décisions ont été prises dans des dossiers. Elles concernaient 1 655 autorisations de séjour provisoire d’une durée illimitée, 828 autorisations de séjour provisoire d’une durée limitée et 2 668 refus ».

g) En dernier lieu, sans être en possession de la vérité, je peux vous dire, qu’en toute expérience, l’opinion publique est redoutable. Un gouvernement est élu par l’opinion publique, mais il peut aussi être renvoyé. Je persiste à dire que le traitement imposé aux mères et aux enfants, dans le cas d’immigration clandestine, soit l’enfermement derrière des clôtures, n’est plus acceptable dans une société civilisée. Et dire qu’il y a encore, à ce jour, dix enfants derrière ces clôtures. Bien évidemment, nous retrouverons des personnes qui sont pour l’expulsion, et celles qui sont contre, comme le montre le débat ici. Ceux ou celles qui dénoncent cette situation ont, à mes yeux, raison et je les soutiens. L’opinion publique internationale sera encore plus impitoyable, si la Belgique persiste à traiter les enfants d’immigrants ainsi. Croyez-moi.

En conclusion, vendredi matin, je ne connaissais rien de la situation des immigrants en Belgique. Je vivais d’illusion à l’égard de ce pays. J’écrivais vendredi soir cet article, dans des conditions que j’ai décrites en préambule. Avec un goût vachement amer.

Pierre R. Chantelois

29 07 2007
Bub

Bonjour!

Merci pour votre réponse. Pour ne pas oublier d’élément important, je vais y répondre point par point.

a) Je n’ai lu nulle part qu’un juge avait décidé de les libérer (mais je vous fait confiance, j’avoue que vous avez l’air plus au courant que moi). Si elles sont au centre 127bis, au contraire, c’est qu’un juge a décidé de les expulser!

b) Ils y sont internés pour des raisons pratiques. Cela vous choque, mais s »ils ne l’étaient pas, ils disparaitraient sans aucun doute dans la nature! Quant aux enfants, c’est vrai que c’est contraire aux lois internationales (la Belgique a déjà été condamnée pour ce motif). Mais est-ce mieux d’enfermer les parents et de laisser les enfants dehors? La solution serait certainement de raccourcir le séjour au centre 127bis un maximum.

Quant à mes enfants, je n’en ai pas encore, mais les conditions de détentions n’ont pas l’air si inhumaines. Ce n’est pas Abu Grahib!

c) Je vous accorde que c’est souvent fort compliqué. Mais Mme Cajamarca étant une militante pour la défense des sans-papiers, elle était sans doute au courant de ces démarches.

d) Justement, le ministre ne s’est jamais opposé à leur expulsion. Au contraire, il dit que, vu la médiatisation du dossier, les « grâcier » donnerait un signal négatif. L’Equateur n’est certes pas aussi riche que le Luxembourg, mais il n’y a pas de génocide ou de famine non plus. L’argument « humanitaire » me parait faible. Ou alors avons nous le devoir moral d’accueillir la population de tous les pays dont le PIB est inférieur au nôtre?

e) Leur chef d’état est venu en personne!

f) C’est un bon argument (expulser une militante « gênante »), je n’y avais pas pensé.
Mais selon moi, ce n’est en tout cas pas un cas « humanitaire ». Elles ne sont pas réfugiées politiques, leur pays n’est pas en guerre, elles ne courrent aucun danger là-bas.

g) Qui vous dit que l’opinion publique est contre le fait de rapatrier les illégaux? Un Flamand sur trois vote pour l’extrême droite, c’est peut-être un signe que notre gouvernement est trop laxiste.
Merci pour le lien vers le forum, c’est en cherchant un article qui nuançait un peu la version « officielle » relayée par nos chers médias que je suis tombé sur votre blog.
Pour en revenir aux conditions de détention, oui, c’est vrai, des enfants sont enfermés. Mais non, ils ne sont pas maltraités, et à part si on supprime à la Belgique son droit de décider qui réside sur son territoire (c’est à dire sa souveraineté), c’est un cas de figure inévitable.
Quant à l’opinion internationale, quand on voit son rôle en Tchétchenie ou au Tibet, je doute qu’elle se mobilise pour dix enfants en séjour illégal.

Permettez moi maintenant de donner quelques arguments:
1) Ce qui me choque n’est pas le fait d’expulser ou non Angelica, c’est que nos médias sont unanimes pour condamner cela. Il n’y a même pas de débat (à part sur le forum 7sur7 que je viens de découvrir). Au contraire, on base tout sur l’émotion (« l’année prochaine ma maman m’a dit qu’elle m’inscrirait à une école néerlandophone pour que je devienne une vraie belge », « Angelica dénoncée par un raciste », « rafle de la police »…)

Faisons un référendum pour décider une fois pour toute ce qu’on fait des illégaux, établissons des critères clairs, et respectons les.

2) Non, ce n’est pas de l’égoïsme. C’est en effet facile de tenir un discours comme le mien alors qu’après tout je vis dans l’opulence comparé à la majorité de la population du globe. Mais je suis convaincu qu’à terme, la solution est de financer le développement des pays les plus pauvres, alors qu’accueillir une fraction de leur population ne résoudrait rien: dans la commune de Saint-Josse, là où elle habitait, il y a 36% de chômage. Accueillir des étrangers pour qu’ils vivent dans des ghettos ici n’est pas une solution.

Sur le forum, certaines réactions me font sourire car je pense que pas mal de gens sont d’accord:
« (…) elle utilise sa petite fille pour pas se faire jeter. Que faire? Accepter tout le monde parce que des enfants c’est mignon? »
« franchement, je ne pense pas qu’elle ait écrit sa lettre de sa propre initative. Ca me fait penser aux mendiants qui amènent leurs enfants avec eux pour qu’on leur donne de l’argent. (…) ils se servent de leur enfant comme bouclier humain. »
« l’Equateur n’est pas une dictature sanguinaire. Les gens n’y crèvent pas de faim. Vous êtes illégal? Vous risquez de vous faire expulser? Pas de problème! Faites donc venir vos gosses pour attendrir la population! »

et, enfin

« (…) avec le vocabulaire et la diction de cette jeune fille, elle n’aura pas de problème dans son pays pour trouver du boulot »!

29 07 2007
Bub

Oh, un autre commentaire intéressant:

« A ce propos un homme politique équatorien qui a critiqué cette affaire s’est vu rétorquer par le directeur de l’Office des étrangers – en gros – qu’il ferait mieux de se demander pourquoi ses compatriotes ont envie de quitter leur pays avant de critiquer à l’étranger… »

29 07 2007
pierrechantelois

Bub

Votre réponse est intéressante. Vous défendez une position clairement et sincèrement. J’en défends une autre. En terme de réflexion, je me colle davantage sur les émotifs que sur les rationnels. Ma vie a été toujours ainsi et je m’en réclame. N’oubliez pas cette définition de Jean Rostand : « Etre le plus homme possible, développer en soi ce qui est le plus propre de l’homme et pour cela, être le moins bestial, le moins infantile, le moins névrosé ». C’est ce qui m’a gouverné, monsieur. Me sentir rebel pour m’éloigner davantage du conventionnel.

Comme je vous l’ai indiqué, la Belgique peut très bien vivre sans recevoir de leçon à quiconque. Elle sera mal venue d’exiger de la part d’autres pays qu’ils servent au mieux les droits de la personne. L’emprisonnement des enfants est choquant. Point. Nul besoin d’enfermer dans un enclos pareil des enfants. Il y a les cas de dix autres enfants. Connaissons-nous leurs cas ? Combien d’enfants auparavant ont été expulsés de la même manière ? Que cette famille souhaite rester en Belgique, c’est une autre. Je vous l’ai dit. Que la Belgique décide de les expulser en est une autre. Je n’en disconviens pas. Mais de voir des enfants dans une prison (puisqu’il y a internement derrière des clôtures) et à circulation restreinte, cela dépasse mon entendement. Je suis naïf ? Je m’en réclame. J’ai trop vu monsieur ce que signifie pour la Fonction publique et pour l’administration publique d’appliquer bêtement des règlements.

Je vous invite à regarder ce reportage de RTL. Pour ma part, après un seul visionnement, j’ai senti l’écœurement. Il sera inutile de poursuivre plus à fond cette conversation. Lundi soir, il sera tout simplement trop tard. Permettez-moi de vous dire que, oui, il y a de l’émotion. Oui on peut parfois juger d’une situation avec nos émotions. C’est le propre de l’humain et c’est ce qui le distingue de tout, dans ce monde. Nous rentrerons sagement dans nos maisons respectives et nous vaquerons à autre chose. Le drame de cette enfant nous sera rapidement devenu étranger. Pourquoi s’interroger sur le sort de dix autres enfants emprisonnés dans ce centre en attente d’expulsion ? La Belgique fait ce qu’elle doit faire.

Je vous invite à réfléchir sur cette phrase de Joseph Autran : « L’homme qui réclame sa liberté, c’est au bonheur qu’il pense ». Et cette enfant de 11 ans pense, j’imagine, au bonheur.

Pierre R.

29 07 2007
Bub

Bonjour,

Je comprend que ça puisse vous choquer, et je sais que c’est bien malheureux d’en arriver à enfermer des enfants qui ont pour seul crime de ne pas avoir un papier.

Mais que pourrions nous faire? Raccourcir les délais d’expulsion, rendre le séjour au centre le moins stressant possible, dans de bonnes conditions de confort et d’hygiène. Mais il est impossible d’éviter ce cas de figure. Dura lex, sed lex.

Et puis, il y a des choses bien plus atroces qui ne font pas l’objet d’une médiatisation pareille. Quand parle t’on du drame que vivent les jeunes Tchétchènes, Congolais, Soudanais, Irakiens, Libanais, Palestiniens? Vous pouvez chercher, ils ne font pas la « une » de nos journaux, alors que leur malheur est incomparablement plus grand que cette enfant qui passe trois semaines enfermée, certes, mais bien nourrie, logée, et avec sa mère.

Bonne journée,

JB

29 07 2007
pierrechantelois

Bub

Bonjour.

J’ai poursuivi mes recherches. Saviez-vous que, comme l’indique La Libre Belgique, en 2004, 152 enfants ont été détenus ? En 2005, 501 enfants ont été privés de liberté. Enfin en 2006, 627 enfants ont connu le même sort. Et ce en dépit d’une mobilisation croissante d’ONG, d’avocats, de partis politiques, de spécialistes médicaux et de citoyens. Dès 1999, le centre de guidance de l’ULB avait qualifié cette pratique de « maltraitance psychologique ». La Cour européenne des droits de l’homme a condamné la Belgique dans le cadre de la détention et du refoulement d’une mineure non accompagnée. L’arrêt a incité trois associations (le Cire, la Ligue des droits de l’Homme et Défense des Enfants International) à porter plainte contre X en se constituant partie civile. Elles ont par ailleurs cité l’État Belge en référé, demandant au juge de statuer en extrême urgence pour qu’il soit mis fin à ce régime. On attend l’ordonnance dans les prochaines heures.

Relativement à la décision du juge de libérer Angélica et sa mère, vous trouverez la référence ici .

Pierre R.

29 07 2007
Bub

Bonjour,

Ca vous choque, mais une fois de plus, il y a des choses bien pires qui se passent et qui ne font pas l’objet d’une telle médiatisation. Voyez mon commentaire précédent!

Peut-être avez-vous en tête une alternative pour éviter l’enfermement de jeunes enfants?

(oh et je ne savais pas que vous étiez si connu!)

29 07 2007
pierrechantelois

Bub

Il ne m’appartient pas de trouver des solutions pour la Belgique. Tout de même. Qui je suis pour inciter le ministre de l’Intérieur à prendre lui-même les initiatives qui s’imposent pour corriger une situation qui semble être dénoncée au-delà des frontières de la Belgique ? D’autres le font mieux que moi. Allons voir ce qui se fait de mieux ailleurs. Vieille règle de sagesse. Et laissons de côté ce qui se fait de pire. Ne croyez-vous pas ?

Pourquoi serais-je connu au-delà de ce modeste blog où je viens chaque jour jeter quelques impressions toutes personnelles ?

Ne me gênez pas davantage, je vous en prie 🙂

Pierre R. Chantelois

29 07 2007
Bub

J’essaye de me renseigner sur les conditions de détention à Steenokkerzeel, mais la plupart des sites internet militant pour sa fermeture, je doute que leur description soit très objective.

J’ai lu que les « détenus » avaient droit à trois heures de sortie par jour.

29 07 2007
Bub

C’est très simple, alors: comment font-ils au Canada?

30 07 2007
la nymphette

Du long échange ci-dessus je ne retien qu’une chose: « être homme le plus possible »

je ne développerais probablement pas aussi bien que l’auteur de ce blog en quoi ces pratiques m’indignent…

Ce que je peux dire c’est qu’il y a aujourd’hui trop longtemps que je n’aie regardé l' »oeuvre » de mes contemporains en me disant « qu’il est bon d’être humain! »

31 07 2007
De ce côté-ci de l’Amérique » Blog Archive » Angélica est libre.

[…] Une grande joie traverse ma pensée qui va tout droit à Angélica, 11 ans, et à sa maman. Toutes deux sont libres : ” Le tribunal de première instance de Bruxelles a ordonné ce lundi après-midi qu’Angelica et Ana Cajamarca, qui devaient être expulsées ce soir vers l’Equateur, soient libérées immédiatement sous peine d’astreintes “. […]

31 07 2007
Bub

Libérées!

Je trouve un peu gros le motif de la libération: un « mal de dos », des « égratignures aux poignets » et un « stress »…

Mais bon…tant mieux pour Angelica.

Cependant je suis inquièt de voir l’influence des médias. Ils ont le pouvoir de se focaliser sur un fait, le médiatiser à outrance (on ne parle plus que de ça sur lesoir.be) et faire fléchir la justice. Car sans ceux-ci, l’expulsion serait passée inaperçue, tant en Belgique qu’à l’étranger, et je doute que l’affaire aurait pris cette tournure.

1 08 2007
pierrechantelois

Bub

Contrairement à votre opinion, je persiste à croire qu’heureusement il y a les médias pour défendre les droits des enfants lorsque certains pays les bafouent, autant pour la Belgique, la France que pour le Canada. Le cas d’Angélica en est un exemple frappant.

Pierre R. Chantelois

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