Le Garde des Sceaux, Rachida Dati, a-t-elle erré en convoquant un procureur ?

31 08 2007

« En vérité, l’unité, la cohésion, la discipline intérieure du Gouvernement de la France doivent être des choses sacrées, sous peine de voir rapidement la direction même du pays impuissante et disqualifiée. Or, comment cette unité, cette cohésion, cette discipline, seraient-elles maintenues à la longue si le pouvoir exécutif émanait de l’autre pouvoir auquel il doit faire équilibre, et si chacun des membres du Gouvernement, lequel est collectivement responsable devant la représentation nationale tout entière, n’était, à son poste, que le mandataire d’un parti ? » Cette question fondamentale fut posée par le Général de Gaulles lors de son discours à Bayeux le 16 juin 1946, discours prononcé au moment où la France cherchait comment elle définirait ses institutions politiques nationales après la Deuxième Guerre mondiale.

Le gouvernement français agit-il avec prudence et en tout respect des pouvoirs de l’État lorsqu’il convoque un juge, insatisfait qu’il est des réflexions de ce dernier dans le cadre d’une décision en matière d’application des lois ? Un juge est-il mandataire du gouvernement ou d’un parti politique ?

Il convient de rappeler quelques principes fondamentaux : l’application des lois revient au pouvoir exécutif et leur interprétation au pouvoir judiciaire. Les liens existants entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif peuvent être de deux grands types : la séparation des pouvoirs ou la collaboration des pouvoirs. La séparation des pouvoirs est le principe politique selon lequel les fonctions des institutions publiques sont divisées entre le pouvoir législatif qui fait les lois, l’exécutif qui les met en œuvre et les fait appliquer et le pouvoir judiciaire qui les interprète et les fait respecter. La collaboration des pouvoirs est, dans un régime parlementaire, les relations entre la branche législative et la branche exécutive sont caractérisées par une collaboration des pouvoirs puisque la survie du gouvernement dépend du soutien du parlement. Quand le gouvernement perd un vote important ou n’a plus la confiance de la chambre, le gouvernement « tombe » et de nouvelles élections peuvent être déclenchées.

Un magistrat de Nancy, vice-procureur, aurait déclaré que « les magistrats ne sont pas les instruments du pouvoir. Ce n’est pas parce qu’un texte sort qu’il doit être appliqué sans discernement ». Ce procureur réfute avoir tenu de tels propos, qui ont été rapportés par la presse locale. S’agit-il ici d’une grave remise en question de l’indépendance de la magistrature, laquelle pourrait s’inscrire plus largement dans un débat sur le principe de la séparation des pouvoirs ? Au Canada, par exemple, le juge en chef adjoint, dans un document du Conseil canadien de la magistrature, soulignait, en 1998, que la question est de savoir « quels sont les obstacles ou inconvénients pouvant découler d’une punition officielle infligée à un juge qui serait allé trop loin dans ses propos ». La valeur en jeu est l’indépendance de la magistrature, au nom de laquelle les juges doivent pouvoir s’exprimer de façon honnête et sans crainte pour trancher les questions de droit, de preuve et de politique dont ils sont saisis.

Dans le même document, le juge en chef du Canada souligne que le système de justice repose sur deux piliers. Le premier est l’indépendance de la magistrature et le second est la réalité selon laquelle, dans chaque instance judiciaire, le juge bénéficie d’une liberté de réflexion et d’expression absolue et ne risque pas d’être puni pour avoir réfléchi de cette façon ou pour avoir exprimé ses pensées à voix haute. Ces libertés ne visent pas à aider le juge ou les autres participants à l’instance, mais plutôt à promouvoir l’intérêt de la justice publique. Au nom de l’ordre public, il est nécessaire de veiller à ce qu’elles ne soient nullement entravées, que ce soit de façon directe ou indirecte. Il arrive parfois qu’un juge ou un autre participant à l’instance porte atteinte, et parfois très sérieusement, à l’une ou l’autre de ces libertés ; cependant, dans l’ensemble, l’intérêt public réside dans le respect absolu de celles-ci, sans exception. Au fil des années, ces libertés ont été encadrées par les règles de « common law », notamment la règle accordant l’immunité civile à toutes les personnes qui participent à une instance judiciaire à l’égard des paroles qu’elles prononcent.

Aux États-Unis, dans le cas de la démission du ministre américain de la Justice, Alberto Gonzales, dont l’honnêteté et les compétences ont été remises en question après le licenciement de huit avocats américains, l’organisation de défense des droits de l’Homme, Human Rights Watch, a rappelé que « la responsabilité la plus importante du ministre de la Justice consiste à dire non quand les hauts responsables de l’État, y compris le président, sont tentés d’outrepasser les limites de la légalité ». Adam Schiff, démocrate représentant la Californie à la chambre des représentants, a déclaré dans un communiqué que le temps est venu « de commencer le processus de reconstruction de l’indépendance du département, de sa réputation d’administration impartiale de la justice et de sa compétence ». Gonzales est suspecté d’avoir favorisé le limogeage de procureurs proches des démocrates enquêtant sur des affaires de corruption susceptibles d’inquiéter les républicains. Entendu par la Commission judiciaire du Sénat dans cette affaire, il a affirmé que ces limogeages étaient justifiés et qu’il n’en avait discuté de l’affaire avec aucun autre témoin.

La tradition et la jurisprudence exigent du ministre de la Justice et procureur général du Canada qu’il fasse preuve d’indépendance politique dans l’exercice de ses fonctions en matière de poursuites. Le ministre doit rendre compte au Parlement de la façon dont il exerce ses fonctions. Les procureurs de la Couronne et les conseillers juridiques représentant le Procureur général ou lui prêtant assistance n’ont pas plus d’autorité que celle que leur a attribuée le Procureur général ; ils sont assujettis aux mécanismes de révision que détermine le Procureur général. Le Procureur général interviendra rarement dans l’exercice quotidien des fonctions en matière de poursuites pour éviter toute apparence d’ingérence politique.

Dans le cas par exemple des programmes de mise en liberté provisoire par voie judiciaire, ceux-ci permettent de surveiller et de contrôler les adolescents pendant leur mise en liberté sous caution; les placements en foyer d’accueil ne font pas partie de ces programmes. Le procureur de la Couronne accorde une grande importance à la pertinence des évaluations effectuées par le personnel des programmes de mise en liberté provisoire par voie judiciaire. Une étude récente menée auprès d’un important tribunal pour adolescents de Toronto a révélé que près de 60 % des adolescents détenus par les services de police sont libérés si le procureur de la Couronne y consent (Varma, 2002). Un procureur de la Couronne de la Colombie Britannique a souligné que les avocats de la défense connaissent aussi bien que les procureurs les antécédents des adolescents, les ressources communautaires disponibles et l’issue probable de l’audience relative à la mise en liberté sous caution : « pourquoi donc perdre du temps? »

Le procureur de la Couronne est un avocat du gouvernement qui veille à l’équité de la poursuite. Il n’agit pas comme avocat de la victime. Le procureur doit traiter équitablement toutes les parties à une cause, y compris les victimes, les témoins et les accusés. Il doit également agir dans l’intérêt du public. Au Canada, le droit criminel considère qu’un accusé doit être présumé innocent tant que sa culpabilité n’a pas été démontrée. Pour faire condamner l’accusé, le procureur de la Couronne doit présenter des preuves au tribunal, en se pliant à des normes extrêmement strictes. Le juge doit être convaincu hors de tout doute raisonnable que l’accusé a perpétré l’acte criminel en cause.

Le Service des poursuites pénales du Canada (SPPC) est maintenant un organisme distinct du gouvernement fédéral. Même si le procureur général est responsable du SPPC, toute instruction du procureur général au SPPC doit être publiée dans la Gazette du Canada. Le ministre de la Justice du Canada décrit ainsi cette mesure : « Notre gouvernement entend assurer clairement l’indépendance des poursuites pénales par rapport à l’influence politique — autrement dit, assurer non seulement que les décisions liées aux poursuites ne soient pas empreintes de partisanerie, mais qu’elles soient également perçues sans le moindre doute comme étant impartiales. »

En France, le vice procureur, Philippe Nativel, a donc été convoqué à la chancellerie pour s’expliquer sur ses propos tenus lors d’un réquisitoire en audience correctionnelle. La cause entendue s’est déroulée au tribunal de grande instance de Sarreguemines (Moselle). La loi sur la récidive aurait dû être appliquée dans toute sa rigueur à l’encontre d’un SDF qui cumule vingt-six condamnations à son casier judiciaire et comparaissait pour avoir dérobé un porte-monnaie contenant 30 euros, et le port d’un couteau. Il aurait dû être condamné à quatre ans « ferme ». Le procureur réclame en lieu et place un an « ferme ». Le tribunal prononce, dans un jugement motivé, une peine de huit mois « ferme ».

Face à cette convocation du magistrat à la chancellerie, l’Union syndicale de la magistrature (majoritaire) et le Syndicat de la magistrature (gauche) s’en sont indignés. Ils y rappellent « le principe fondamental de la liberté de parole à l’audience des magistrats du parquet, garanti par l’article 33 du code de procédure pénale », précisant encore que « ce magistrat n’a fait qu’user du pouvoir conféré par la loi du 10 août permettant de déroger à l’application des peines planchers, seule condition à la constitutionnalité de ladite loi ». La conférence des procureurs de la République a exprimé également dans un communiqué « son émotion et sa particulière préoccupation dans ce qui pourrait constituer une atteinte gravissime à notre statut par une mise en cause injustifiée », a précisé Laurent Bedouet, secrétaire général de l’Union syndicale de la magistrature (USM), qui était présent.

Paul Janet, historien et politologue français (1823-1899), auteur de l’Histoire de la science politique dans ses rapports avec la morale, écrivait que le plus grand danger de la liberté serait que la puissance de juger fût unie à l’une des deux autres puissances, et surtout à toutes les deux. Dans ce cas, « le magistrat a, comme exécuteur des lois, la puissance qu’il s’est donnée comme législateur. Il peut ravager l’État par ses volontés générales ; et, comme il a encore la puissance de juger, il peut détruire chaque citoyen par ses volontés particulières. » Il résulte de là que la justice, cette puissance si sacrée parmi les hommes, doit être confiée à une magistrature indépendante, tirée du corps même des citoyens, se confondant avec eux, et qui, n’ayant aucun intérêt au pouvoir, n’en a pas à l’iniquité.

L’historien rappelle l’importance du principe qu’une constitution est libre, lorsque nul ne peut y abuser du pouvoir. Mais, pour cela, il est nécessaire que le pouvoir ne soit pas sans limites car tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser. Ainsi, dans une constitution libre, le pouvoir arrête le pouvoir. Tel est le principe de l’équilibre et de la pondération des pouvoirs, dont il a été si souvent question, en politique, depuis Montesquieu.

Dans les Principes fondamentaux relatifs à l’indépendance de la magistrature, charte adoptée par les Nations-Unies, il est dit expressément que « les magistrats règlent les affaires dont ils sont saisis impartialement, d’après les faits et conformément à la loi, sans restrictions et sans être l’objet d’influences, incitations, pressions, menaces ou interventions indues, directes ou indirectes, de la part de qui que ce soit ou pour quelque raison que ce soit ». Et l’article 4 stipule précisément que la « justice s’exerce à l’abri de toute intervention injustifiée ou ingérence, et les décisions des tribunaux ne sont pas sujettes à révision. Ce principe est sans préjudice du droit du pouvoir judiciaire de procéder à une révision et du droit des autorités compétentes d’atténuer ou de commuer des peines imposées par les magistrats, conformément à la loi ».

Pour justifier cette convocation, la ministre de la Justice, Rachida Dati, a précisé que la convocation d’un vice-procureur de Nancy, pour des propos critiques sur les peines « plancher », l’a été en vertu de l’autorité du garde des Sceaux, les magistrats étant sous son autorité. Laurent Bedouet, secrétaire général de l’Union Syndicale des magistrats (USM), a soutenu que « cette convocation est une remise en cause la de séparation des pouvoirs. (…) Le garde des sceaux n’a pas le droit de s’immiscer dans le contenu des réquisitions orales que prend le magistrat à l’audience, surtout lorsque ces réquisitions consistaient purement et simplement à appliquer la loi ». Monsieur Bedouet a de plus précisé que l’audition a été extrêmement tendue. Le directeur des services judiciaires lui a demandé de s’expliquer sur la véracité des propos. Il a précisé que le procès-verbal serait adressé au garde des sceaux qui apprécierait les suites à donner ». Le cabinet de la ministre a déclaré que le vice procureur ne fera pas l’objet de poursuites disciplinaires.

Dans une entrevue qu’il accordait au Nouvel Observateur, Laurent Bedouet précise que, pour la première fois, un Garde des Sceaux convoque un magistrat afin que celui-ci s’explique sur des propos tenus dans le cadre d’une réquisition, autrement dit dans l’exercice de sa profession. : « Ce qui constitue une violation flagrante de l’article 33 du Code de procédure pénale, qui consacre le principe de liberté de parole à l’audience du ministère public. Je crois même que c’est la première fois depuis le Code Napoléon qu’une telle chose se produit ». Selon monsieur Bedouet, le Conseil Supérieur de la Magistrature (CSM) sera convoqué afin qu’il statue sur la violation de la ministre. Cela fait partie de ses attributions, dans la mesure où, aux termes de l’article 64 de la Constitution, le CSM assiste le Président de la République dans sa fonction de garant de l’indépendance du pouvoir judiciaire.

Jean-François Burgelin, procureur général honoraire près la Cour de cassation, déclarait, devant l’Académie des sciences morales et politiques, le lundi 20 mars 2006 : « Par tradition, l’on craint, en France, que les juges soient influencés par des souhaits politiques et qu’ils statuent, dans les affaires qu’ils ont à connaître, dans le sens voulu par le Gouvernement. Cette crainte n’est pas illogique, compte tenu des traditions de notre pays, telles qu’elles nous viennent de l’Ancien Régime et de nos habitudes jacobines. « Toute justice émane du roi », disaient autrefois les légistes attachés à la suprématie royale. Il reste quelque chose de cette idée dans notre inconscient collectif où l’où confond volontiers État et Gouvernement. On du mal à imaginer qu’un organisme d’État comme la justice ne soit pas, en fait, plus ou moins contrôlé par le Gouvernement ».

Au cours de cette même communication, le Procureur Burgelin déclarait : « les juges puisent, par ailleurs, dans la jurisprudence européenne l’audace nécessaire pour s’opposer aux lois de la Nation. En se fondant notamment sur les décisions de la Cour européenne des droits de l’homme, nos tribunaux écartent sans frémir l’application des lois françaises qui ne leur paraissent pas conformes aux normes définies par la Cour de Strasbourg. Ce faisant, se dessine à petites touches, un droit positif qui n’est plus le fait du législateur mais celui des juges eux-mêmes ». Il précisait : « Ce basculement peut nous interpeller et faire craindre un gouvernement des juges dont les précédents historiques ne laissent pas de bons souvenirs, notamment dans la France du XVIIIe siècle ou dans les États-Unis des années trente ».

Est-ce par des gestes d’autorité que le Garde des Sceaux parviendra à éviter ces dérives prévisibles ou par le maintien d’un équilibre fondé sur le dialogue ? Le Procureur Burgelin rappelle, en toute vérité, que la nécessaire indépendance de la justice est en relation directe avec sa qualité. Il n’est ni utile ni souhaitable que la justice soit indépendante des autres pouvoirs ». Avec raison, le Procureur souligne que : « au-delà de nos frontières, nombreux sont ceux qui suivent avec passion le grand débat dans lequel notre pays est maintenant engagé. Ils espèrent y trouver des éléments de réflexion pour leurs propres réformes judiciaires ».

__________________________________________

 

 

 





DSK – La route vers le FMI est plus longue que prévue

30 08 2007

Selon le Financial Times, le Fonds Monétaire International (FMI) est en sérieuse perte de vitesse puisqu’il ne contrôlera plus bientôt que le vingtième des réserves monétaires mondiales. Son action ne repose donc plus que sur sa « légitimité politique » et son « autorité intellectuelle ». Le Financial Times considère que Dominique Strauss-Kahn – soutenu à bout de bras par Nicolas Sarkozy, pour qui DSK a toutes les qualités nécessaires : « polyglotte, une forte crédibilité et une expérience incontestable » – est un « mauvais candidat » au poste de directeur général du FMI : « personne ne peut soutenir que M. Strauss-Kahn est le candidat le plus qualifié dans le monde de par son expérience, son intelligence ou sa formation. Le Fonds a besoin d’une personne intellectuellement crédible à sa tête ». Au point de départ, la candidature de DSK, au nom de la France, avait obtenu le soutien unanime des pays membres de l’Union européenne et des États-Unis.

Aux termes d’une règle non écrite, l’Europe désigne le directeur général du FMI tandis que les États-Unis choisissent le président de la Banque mondiale. Dominique Strauss-Kahn n’est pas le candidat des russes : ils l’ont qualifié Dominique Strauss Kahn de « politicien professionnel » peu compétent. Comme l’indique le quotidien Le Monde, Dominique Strauss-Kahn se voit contraint de hausser le ton, alors que sa victoire était donnée pour acquise lors du vote prévu pour la deuxième quinzaine de septembre. En présentant un candidat, les Russes appuient là où cela fait mal, c’est-à-dire sur cet accord tacite qui réserve la direction du Fonds à un candidat de l’Europe et la présidence de la Banque mondiale à un Américain. Les ministres des finances africains ont rappelé à M. Strauss-Kahn qu’ils trouvaient anormal que les Américains et les Canadiens occupent quelque 40 % des emplois au FMI.

Le président de la Commission de l’Union africaine, Alpha Omar Konaré, s’est dit en « désaccord » avec la façon dont a été réglée la question de la désignation de Dominique Strauss-Kahn à la candidature à la direction générale du FMI. « Je pense que M. Strauss-kahn sera élu mais il sera sous surveillance. Quelles réformes va-t-il faire ? Nous ne savons rien de son programme. Le poids africain est nul et mal réparti. Il y a des réformes profondes à apporter au sein des ces institutions et, bien sûr, en finir définitivement avec cette règle qui décide que tel poste est conservé par tel pays ou telle région parce que cela ne reflète pas l’état des forces aujourd’hui dans le monde ».

La Russie se dit convaincue qu’après « une large consultation avec d’autres pays, la majorité de ces pays soutiennent ce choix de Josef Tosovsky sur la base de la qualité professionnelle ». Josef Tosovsky, ancien gouverneur de la banque centrale tchèque (CNB), vient de confirmer qu’il se porterait candidat, considérant que sa candidature reçoit une réaction positive de la part de plusieurs pays : « C’est un grand honneur pour moi d’être proposé pour le plus haut poste au Fonds monétaire international. Je me réjouis que ma candidature ait reçu une réaction positive des ministres des Finances et des gouverneurs (de banques centrales) de plusieurs pays, dans toutes les régions ».

Nonobstant le fait que Josef Tosovsky soit d’origine tchèque, Prague s’est désolidarisé de ce choix. Le ministre des Finances de son pays, Miroslav Kalousek, continue de soutenir la candidature de Dominique Strauss-Kahn, candidat de l’Union européenne. La Russie et la République tchèque sont actuellement opposées par un désaccord au sujet d’un projet américain d’installer en territoire tchèque une station radar, dans le cadre d’un bouclier antimissile américain.

L’éditorialiste du Financial Times reprend la rhétorique du ministre des Finances russes, M. Mohzin : « seuls ceux qui veulent que le Fonds ne soit plus légitime peuvent applaudir la candidature de DSK ». Egor Gaïdar, un ancien Premier ministre de Boris Eltsine qui a pendant longtemps mené le combat contre Vladimir Poutine, s’accorde avec ce dernier pour faire comprendre que la Grande Russie compte bien, indépendamment de ses désaccords internes, mieux défendre ses intérêts dans les grandes organisations internationales : « On s’étonnerait, à juste titre, si les JO d’été avaient eu lieu exclusivement depuis soixante ans à Washington, ceux d’hiver à Paris ».

Strauss-Kahn poursuit le combat : « Mon dernier déplacement en Asie et les entretiens que j’ai eus avec les dirigeants chinois, coréens et indiens ont renforcé encore ma conviction : je veux être le candidat de la réforme du FMI ». Il revient d’une tournée en Asie où il a obtenu le soutien de la Corée et de l’Inde. À propos de la Chine, le 17 juillet dernier, Qing Gang, porte-parole du Ministère des Affaires Étrangères, cité par Beijing Information, avait affirmé que son pays porterait son soutien à un candidat du FMI en fonction de la prise en compte des revendications et des préoccupations de celui-ci envers les pays en développement. Force est de reconnaître toutefois que la candidature du tchèque Tosovsky pourrait gagne en crédit.

Selon Jean-Paul Fitoussi, professeur des Universités à l’Institut d’Études Politiques de Paris, dans une entrevue qu’il accordait à 20minutes : « Le Financial Times n’est pas le porte-parole du gouvernement britannique, mais le quotidien des milieux conservateurs qui aimaient beaucoup ce que faisait le FMI lorsqu’il obligeait les pays en développement à pratiquer des cures d’austérité très coûteuses humainement ». Le professeur Fitoussi poursuit : « Dominique Strauss-Kahn est plutôt critiqué parce qu’il est français. Certains pays, comme le Royaume-Uni, ne souhaitent pas d’un Français à la tête du FMI. Les Russes le critiquent au nom du partage des pouvoirs entre l’Union européenne et les États-Unis pour ce qui concerne les institutions de Bretton Woods (un Européen à la tête du FMI, un Américain à celle de la Banque mondiale). Mais le critère de nationalité n’est pas vraiment le même que celui de la qualité ».

Pour Daniel Bradlaw, professeur de droit économique à l’université américaine de Washington, dans une interview à RIA Novosti, la Russie donne le bon exemple : « Il est positif qu’un nouveau candidat au poste de Directeur général du FMI se soit déclaré. Désormais il existe un choix réel, bien que l’ancien ministre français des Finances Dominique Strauss-Kahn (prétendant de l’Union européenne à ce poste) soit aussi très qualifié. La Russie a donné le bon exemple en présentant la candidature de Josef Tosovsky ». Cependant, les chances de M. Tosovsky sont, selon lui, « peu élevées », d’autant que ni le gouvernement tchèque, ni l’Union européenne ne soutiennent sa candidature. Ce dont doute le quotidien russe Vedomosti, cité par Ria Novosti : « Pour que Strauss-Kahn ne recueille pas les 85% des voix nécessaires, la Russie n’a qu’à obtenir le soutien d’une dizaine de grands pays en développement qui représentent au total plus de 15% des voix, ce qui n’est pas irréalisable ».

Josef Tosovsky a dirigé pendant dix ans la banque centrale d’un pays en transition, puis a travaillé à Bâle dans un institut auprès de la Banque des règlements internationaux. Le candidat européen, le socialiste Dominique Strauss-Kahn, ne peut pas se vanter d’une telle expérience, il est plus homme politique qu’économiste, s’est indigné le directeur exécutif du FMI pour la Russie, Alexeï Mojine. D’autre part, « si les pays en développement n’ont pas le sentiment qu’ils jouent un rôle dans le processus de désignation, alors ils se détourneront du FMI », a soutenu le directeur exécutif. « Le fait que les États-Unis et les grands pays de l’UE se partagent les postes suprêmes au sein de ces deux institutions importantes, ne plaît pas aux pays en développement, y compris la Chine, l’Inde et le Brésil », écrit le quotidien économique tchèque Hospadarske Noviny. Et la Russie « enfonce le clou ».

Il convient de rappeler que, lors de l’annonce de la candidature de Dominique Strauss-Kahn, appuyée par Nicolas Sarkozy, les ministres des finances brésilien et argentin avaient à tour de rôle dénoncé un « pacte anachronique » et réclamé une « élection » ouverte aux pays en voie de développement. L’Afrique du Sud, elle aussi, avait exprimé son mécontentement. « La Russie a donné un nouvel élan à cette élection qui se fera à présent sur des bases de concurrence », avait lancé le ministre russe des Finances Alexeï Koudrine.

__________________________________________

 

 

 





Bagdad et Washington : deux solitudes en déclin (dernière partie)

29 08 2007

Comme nous l’avons vu dans les deux premières parties, Washington ne voit pas d’un bon œil le rapprochement de l’Irak et de l’Iran. Comme la capitale américaine ne voit pas d’un bon œil le rapprochement Irak et Syrie. Aujourd’hui, nous nous attarderons plus spécifiquement aux nouvelles relations de l’Iran et de l’Irak, des frères ennemis qui ont retrouvé le chemin de la conversation. Bref, leur chemin de Damas, quoi.

La Maison Blanche martèle son message : « Nous avons déjà dit clairement que les activités iraniennes en Irak ne contribuent pas » à réduire les violences ». […] « Selon nos commandants sur le terrain, nous constatons des flux croissants de projectiles explosifs très meurtriers. Cela ne joue pas un rôle très constructif en Irak », commente le porte-parole de la Maison-Blanche, Gordon Johndroe, à la presse.

Il y a de quoi désespérer les conseillers du président Georges W. Bush. Les agences de renseignements américaines n’espèrent plus un changement dans l’attitude du régime de Téhéran, dans un avenir proche, en dépit de la colère croissante de la population provoquée par la détérioration de la situation économique du pays. Pour ajouter à cette détérioration économique, Washington travaille d’arrache pied pour isoler davantage l’Iran au plan international. Sans y parvenir efficacement.

L’Iran vient de lancer un autre pavé dans la mare de Washington. Mojtaba Samareh Hachémi était le principal conseiller du président Mahmoud Ahmadinejad. Il vient d’être remplacé par le général Alireza Afshar qui était jusqu’ici commandant adjoint de l’Etat-major des forces armées, en charge des affaires culturelles. Une grande partie de sa carrière s’est déroulée au sein des Gardiens de la révolution. Mahmoud Ahmadinejad est lui aussi un ancien membre des Gardiens de la révolution. Évidemment, il ne fait aucun doute que cette nomination, qui n’est en rien gratuite, accroît le poids des Gardiens de la révolution, l’armée idéologique du régime, qui pourrait être inscrit par les États-Unis sur leur liste d’organisations « terroristes ».

L’Iran a-t-il les moyens de son audace ? Dans un communiqué de presse, le gouvernement iranien vient d’annoncer qu’il a engrangé des ventes de pétrole s’élevant à 51 milliards de dollars pour l’année mars 2006 à mars 2007. Deuxième producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avec en moyenne 2,4 millions de barils par jour, ces ventes à l’étranger constituent environ 80% des rentrées en devises et contribuent pour plus de la moitié au budget de l’Etat. Mais il aurait dépensé 60 milliards pour subventionner les ventes d’essence et d’autres produits.

Alors que les représentants démocrates et républicains s’indignent du peu d’efforts que consent al-Maliki pour enrayer la violence dans son pays, et de la perte de contrôle de ce dernier sur le gouvernement et les ressources énergétiques, les dirigeants de Téhéran lui rendent hommage. « Nous devons soutenir le gouvernement élu de l’Irak et l’ensemble des factions et des groupes ethniques doivent coopérer avec ce gouvernement élu » a dit le guide suprême iranien Ali Khamenei. Dans un même souffle, l’ayatollah Ali Khamenei avertit les États-Unis qu’ils font face à un « avenir dangereux ». « Les États-Unis sont devenus plus faibles qu’il y a 20 ans, ils ont perdus leur puissance et leur grandeur d’antan », a dit l’ayatollah Khamenei. « Les États-Unis et ceux qui les suivent sont emportés dans un tourbillon où ils coulent, et ils font face à un avenir dangereux ».

Selon l’Iran, la cause principale de l’instabilité et de la violence en Irak réside plutôt dans la présence des troupes d’occupation avec, à leur tête, les États-Unis. Les autorités iraniennes soulignent constamment qu’elles se prononcent pour la paix et la stabilité en Irak et déclarent leur soutien au gouvernement légitime de Nouri al-Maliki. Dans le même temps, Washington et Téhéran ont déjà tenu à Bagdad, à l’initiative des Etats-Unis, trois rounds de négociations sur les problèmes de la sécurité en Irak. Ces consultations, qui se sont déroulées avec la participation de représentants irakiens, ont abouti à une entente sur la création d’un comité tripartite de sécurité (Ria Novosti).

Les dirigeants chiites, sunnites et kurdes d’Irak sont parvenus à s’entendre, dimanche, en vue relancer le processus de réconciliation nationale. Autre gifle aux observateurs pessimistes de Washington qui donnait Al-Maliki perdant sur tout. Ce dernier effort pour sortir le pays de la crise politique survient après d’intenses pressions des autorités américaines et deux semaines avant la présentation devant le Congrès des États-Unis d’un rapport sur l’Irak par l’ambassadeur américain à Bagdad, Ryan Crocker, et le chef des forces de la coalition sur place, le général David Petraeus. La « loi de réconciliation » sur laquelle sont parvenus à s’entendre le premier ministre chiite Nouri Al-Maliki, le président kurde Talabani, le vice-président sunnite Tarek Al-Hachémi, le vice-président chiite Adel Abdel Mehdi et le président de la région autonome du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, doit être approuvée par le Parlement.

Nir Rosen est journaliste indépendant, auteur de « In the Belly of the Green Bird: The Triumph of the Martyrs in Iraq ». Le New York Times a récemment publié dans son édition dominicale l’enquête qu’il a effectuée sur le sort les réfugiés irakiens. Il tient des propos très durs sur le gouvernement irakien, dans une entrevue reprise en ligne par le site ContreInfo :

« Avant tout, le gouvernement n’a plus d’importance réelle. Il n’a pas de pouvoir. Et peu importe celui qui s’y trouve, il n’aura aucun pouvoir. Bagdad n’a plus aucune importance en dehors de la ville elle-même. Bagdad était la ville la plus importante d’Irak, et celui qui contrôlait Bagdad contrôlait l’Irak. Aujourd’hui, vous avez une collection de cité-états: Mossoul, Bassora, Bagdad, Kirkourk, Irbil, Suleymanye. Chacune est virtuellement indépendante, et elles ont leurs propres seigneurs de la guerre, leurs propres milices. Ce qui se déroule à Bagdad n’a plus d’importance. C’est le premier point ».

« Deuxièmement, qui pourrait-il installer à la place au gouvernement ? Qui croit-il qu’il va installer ? Allawi ou un autre candidat laïc ? Il y a eu des élections démocratiques, et la majorité des irakiens ont choisi le parti religieux Dawa, le Conseil Suprême de la Révolution Islamique, et le mouvement de Sadr. Voila les mouvements qui sont populaires parmi la majorité des chiites, qui eux-mêmes sont une majorité en Irak. Donc, qui vous installez, cela n’a aucune importance. Les gens de la Zone Verte n’ont jamais eu aucun pouvoir. Les américains, que ce soit le gouvernement ou les journalistes sont focalisés sur la Zone Verte depuis le début de la guerre, mais cela n’a jamais vraiment compté. Ce qui importe, c’est ceux qui ont le pouvoir dans la rue, les différentes milices, qui, selon le lieu ou vous vous trouvez, sont sunnites, chiites, tribales, religieuses ou criminelles. Il s’agit là de la même mécompréhension de la politique en Irak. Le gouvernement n’agit pas, ne fournit aucun service public, que ce soit la sécurité, l’électricité, la santé ou autre. Différentes milices contrôlent les différents ministères et en font leur fief. Des ministères attaquent d’autres ministères… »

La semaine dernière, un commandant américain en Irak a accusé les Gardiens de la révolution, le corps d’élite du régime iranien, d’entraîner des extrémistes chiites en Irak à attaquer les forces américaines et irakiennes. Washington accuse l’Iran d’avoir une attitude de double jeu à l’égard des États-Unis, évoquant les récentes discussions entre de hauts responsables iraniens et l’ambassadeur américain à Bagdad Ryan Crocker. « Les Iraniens disent publiquement chaque fois qu’ils rencontrent l’ambassadeur Crocker qu’ils veulent jouer un rôle constructif en Irak. Pourtant, selon nos commandants sur le terrain, nous constatons des flux croissants de projectiles explosifs très meurtriers. Cela ne joue pas un rôle très constructif en Irak ».

Le Los Angeles Times rapporte que le chef d’état-major interarmées américain devrait proposer au président George W. Bush de réduire le nombre de soldats américains en Irak l’année prochaine. L’idée derrière cette proposition est d’expliquer au président Bush que laisser plus de 100 000 soldats en Irak en 2008 sur les 162 000, actuellement sur place, mettrait l’armée sous tension. Téhéran doit très certainement lire et analyser les moindres dépêches en provenance de Washington ou d’ailleurs.

Yves Harté, rédacteur en chef de Sud Ouest Dimanche, juge sévèrement le règne de Georges W. Bush et, s’agissant du départ des faucons, il écrit : « Ce qu’ils laissent est un champ de ruines que personne ne sait comment relever. L’empire américain a non seulement perdu dans cette aventure infiniment de puissance, mais il a signé en même temps son acte de cession du contrôle mondial … » Yves Harté poursuit : « Dès lors qu’un empire s’effrite, les successeurs se pressent. Demain, l’axe du monde ne sera plus à Washington. En quelques années, le centre de gravité de notre civilisation va se déplacer, et la désastreuse aventure irakienne scellera la fin des cinq cents ans de domination de l’Occident dont les Etats-Unis étaient finalement les derniers et les plus puissants rejetons. Il est facile de prédire qu’au delà de l’océan, de l’autre côté du Pacifique, émergera le futur maître du monde dans une rotation de civilisations semblable à celle de notre terre » (Sud Ouest – 2007-08-19).

Le Premier ministre irakien, ali-Maliki, est placé entre le marteau et l’enclume. Il a besoin des Iraniens pour conclure des affaires lucratives et il ne peut envoyer paître les américains qui occupent tout l’espace avec 160 000 hommes en Irak, sans compter les mercenaires et autres à la solde de l’hyperpuissance. Deux théories s’affrontent et pourraient se résumer en ces termes : « Les occupants déclarent que s’ils se retirent maintenant, l’Irak sera détruit. Mais bien au contraire, si les occupants partent, tous les responsables irakiens feront tout leur possible pour résoudre les problèmes du peuple (irakien) ». Les États-Unis sont-ils devenus, au fil des années, le principal obstacle au recouvrement d’une sécurité durable en Irak ou, au contraire, leur présence suffit-elle à éviter davantage un désastre appréhendé ?

La faiblesse d’al-Maliki indispose d’autant les américains qu’elle compromet le plan de remodelage régional qu’entend implanter Washington au Proche-Orient. Ses allées et venues entre Téhéran et Damas n’arrangent pas du tout les choses. Les mollahs comptent sur l’isolement de Washington dans la région en impliquant de plus en plus les Russes et les Chinois dans la région. Forte de sa puissance énergétique, Moscou n’hésite plus à se mettre en travers des projets américains.

Le sommet de l’Organisation de coopération de Shanghai était la réponse souhaitée par Moscou à l’extension de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) aux pays Baltes et à plusieurs États de l’Est européen. Pendant la réunion du « Groupe de Shanghai » à Bichkek, composé de la Chine, de la Russie, du Kazakhstan, du Kirghizistan, de l’Ouzbékistan et du Tadjikistan, avec l’Inde, l’Iran, la Mongolie et le Pakistan comme observateurs, a profité de l’occasion pour promouvoir la candidature de l’Iran. Après l’Iran, faire adhérer l’Inde, le Pakistan et la Mongolie contribuerait à donner du corps à l’Organisation de coopération de Shanghai. Les présidents afghan Hamid Karzaï et turkmène Gourbangouly Berdymoukhamedov, ainsi que le secrétaire général adjoint de l’ONU, Lynn Pascoe, étaient également invités au sommet. L’offre de Moscou de joindre l’Iran dans les rangs de l’Organisation de coopération de Shanghaï n’est pas gratuite : un tel rapprochement constituerait pour Téhéran « une bouée de sauvetage puisque, par ce biais, la capitale iranienne pourrait tisser des liens avec l’Asie, notamment la Chine, et être plus forte dans son bras de fer avec les États-Unis ».

Notons que dans le seul secteur aéronautique, Tupolev a l’ambition de vendre pour plus de 250 milliards d’appareils d’ici à 2025 afin de se hisser au niveau des géants du secteur que son Boeing et Airbus. Tupolev vient de faire savoir qu’un accord, avec l’Iran pour la fourniture et la production commune d’avions de ligne Tu-214 et Tu-334, était en bonne voie. Ce contrat est estimé à plusieurs centaines de millions de dollars.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, le répète à qui veut l’entendre : « La Russie ne voit pas la menace émanant de l’Iran par laquelle les Américains expliquent la nécessité de déployer des éléments de leur défense antimissile (ABM) en Europe ». « Analysant non seulement la déclaration des dirigeants de l’Iran, mais aussi les informations assez précises dont nous disposons, nous ne voyons aucune menace de ce type avant très longtemps, même si l’Iran avait l’intention de détenir les missiles pour se protéger desquels on essaie de créer une troisième zone de défense antimissile », a soutenu le ministre russe.

Dans sa volonté de revoir le programme énergétique russe, Vladimir Poutine a procédé à la création du groupe Atomenergoprom. Le nouveau groupe verra le jour en janvier 2008. Il pourra exporter, selon Moscou, la technologie russe à l’étranger, vers des pays comme l’Iran, l’Inde, le Pakistan et la Chine. Atomenergoprom pourra également vendre des réacteurs à tous ceux qui respectent le traité de non-prolifération (TNP). La Russie en construit déjà deux en Chine, deux en Bulgarie, un en Iran et deux en Inde qui sont non signataires du TNP.

Le président chinois Hu Jintao, qui s’est par la suite entretenu avec son homologue russe, Vladimir Poutine, a profité de l’occasion pour inviter son homologue à accélérer les négociations, entre les deux pays, sur la construction de l’oléoduc et pour augmenter les investissements mutuels. Hu Jintao essaie donc de convaincre Vladimir Poutine de lui ouvrir plus généreusement ses immenses réserves de pétrole et de gaz. M. Hu a aussi rencontré les présidents du Tadjikistan, de l’Ouzbekistan, de la Mongolie, de l’Iran et de l’Afghanistan.

L’Inde est fortement tentée par le projet de gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI), proposé par Téhéran. Mais Washington veille à ses intérêts. L’Iran-Libya Sanctions Act (ILSA) – au moyen duquel Washington punit toute entreprise qui investirait dans le pétrole ou le gaz de ces pays – restreint l’Inde de développer ce nouvel axe Iran-Lybie.

En conclusion, force est de comprendre que, à l’instar de Damas, Téhéran souhaite un retrait des forces américaines de l’Irak pour la sécurité et la stabilité de ce pays déchiré par la guerre. Téhéran n’est pas sans comprendre que jouer un rôle positif, pour retrouver la paix dans la région, dépend en grande partie de la stabilité en Irak et dans des zones aux alentours. Mahmoud Ahmadinejad et Nouri al-Maliki sont convenus tous deux que l’avenir de la région dépendait de la victoire des Irakiens. Une telle option est insupportable et rejetée d’emblée par les américains. Le désaccord de George W. Bush qui en a fait part à al- Maliki est négligemment considéré par les acteurs régionaux – Iran, Irak et Syrie – comme en font foi les déclarations d’Ali Khamenei qui a réaffirmé au Premier ministre Maliki que la présence des forces américaines est le plus grand obstacle pour la restauration de la sécurité en Irak.

Ceci termine cette longue, très longue analyse, qui se veut une revue des principaux événements qui ont marqué le Proche-Orient, au cours des derniers mois. Merci au lecteur de son assiduité, de sa patience et de sa compréhension.

__________________________________________

 

 





Bagdad et Washington : deux solitudes en déclin (Deuxième partie)

28 08 2007

Il convient de rappeler que, ce dimanche, Bagdad a annoncé une relance du processus de réconciliation. Les dirigeants chiites, sunnites et kurdes d’Irak se sont engagés à relancer le processus de réconciliation nationale en acceptant de résoudre les problèmes clé qui les opposent. Cet accord porterait notamment sur la possible réintégration des anciens membres du parti Baas, au pouvoir sous Saddam Hussein, au sein de la fonction publique et de l’armée. Un consensus aurait été trouvé sur les pouvoirs des régions et sur la libération de prisonniers détenus sans la moindre inculpation à travers le pays, essentiellement sunnites. « La première étape de la relance du processus politique était l’alliance des quatre partis », a déclaré le Premier ministre Nouri al-Maliki. « La signature de cette déclaration commune constitue la deuxième étape », a-t-il ajouté. « Cet accord politique et la déclaration vont rejaillir sur l’ensemble de ce processus politique, qu’il s’agisse du gouvernement ou du parlement ».

Autant les relations Bagdad-Washington se crispent, autant les relations Bagdad-Damas et Bagdad-Téhéran se réchauffent. Les bonnes relations s’élargissent également en incluant l’axe Bagdad- Moscou. Nous en avons parlé dans un article précédent. Georges W. Bush, comme nous l’avons vu, a de plus en plus de difficultés à soutenir le Premier ministre chiite irakien, Nouri al-Maliki. Les représentants américains ont des mots très durs à son égard et ne souhaitent que son départ. Il convient de s’interroger sur l’instance que met Washington à pousser vers la porte al-Maliki. Face aux critiques de plus en plus féroces de l’Amérique, Nouri al-Maliki se tourne vers des pays alliés qui lui sont plus naturels. Lors de sa visite à Damas, le Premier ministre a marqué ses distances avec Washington : il a démenti être le transmetteur d’un message de l’administration américaine à la Syrie au sujet du contrôle de la sécurité aux frontières entre l’Irak et la Syrie. Il n’est pas question, pour al-Maliki, d’indisposer le président syrien Bachar al-Assad qu’il rencontrait en compagnie du vice-président Farouk al-Chareh. La déclaration du Premier ministre irakien se voulait une réponse à la déclaration de Gordon Johndroe, porte-parole de la Maison Blanche, qui avait laissé entendre que l’administration américaine espérait que M. Maliki transmettrait à la Syrie un « message fort » mettant en garde Damas contre tout soutien aux insurgés violents en Irak.

Al-Maliki sait fort bien que sa visite en Syrie, l’une des principales bêtes noires de Washington dans la région, déstabilise Washington qui n’entend pas perdre son contrôle sur Bagdad. Nouri Al-Maliki ne s’en cache plus : s’agissant des hauts responsables américains, qui ont critiqué son leadership, il déclare que « ceux qui font de telles déclarations sont perturbés par notre visite en Syrie ».

Le Premier ministre syrien, Mohammad Naji Ottri, a qualifié la récente visite de Nouri al-Maliki de « productive et de couronnée de succès » parce qu’elle ouvre la voie à la promotion de la coopération entre les deux pays dans les domaines économique, commercial, énergétique, du pétrole et du gaz et de l’irrigation ainsi que sur les plans culturel, éducationnel et social. Pour sa part, Djaouad al Bolani, ministre de l’Intérieur irakien, après avoir assisté à Damas à une série de réunions sur la sécurité, affirme que les Syriens ont fait du bon travail, loin de l’attention des médias : « D’après ce que je sais, ils ont arrêté des groupes armés qui prévoyaient de traverser la frontière pour se rendre en Irak ». « Toute la région connaît d’importants problèmes de sécurité et nous sommes directement confrontés au terrorisme, qui ne se limitera plus longtemps à l’Irak », a-t-il déclaré.

À Bagdad, l’ambassadeur des États-Unis, Ryan Crocker, a beau admonester Al-Maliki, rien n’évolue au rythme que souhaiterait bien Washington : « Nous attendons des résultats, tout comme le peuple irakien, et notre soutien n’est pas un chèque en blanc ».

Le pétrole est une donnée hautement sensible aux yeux de Washington. Selon l’ancien haut fonctionnaire irakien, Mohamed-Ali Zainy, du Center for Global Energy Studies, et cité par Le Monde : « L’Irak est le dernier Eldorado pétrolier. Les majors veulent leur part du gâteau, mais les conditions d’exploitation n’ont pas encore été bien définies. Les réserves de Majnoun, qui produisait 50 000 barils par jour avant la chute de Saddam Hussein, sont estimées à 12 milliards de barils ». Chevron, proche de l’administration Bush, a pu tisser en toute tranquillité des liens avec les technocrates du pétrole irakien. Chevron agit maintenant en duo avec Total. Le duo collabore aussi sur le champ de Nahr ben Omar, dans le Sud, dont les réserves sont estimées à 6 milliards de barils. Les compagnies attendent un production sharing agreement (PSA) à plus long terme qui leur permettrait d’inscrire leurs réserves au bilan, créant de la valeur aux actionnaires. Mais le ministère irakien des pétroles ne veut pas être accusé de brader les richesses nationales au profit des étrangers. Ce type d’accord est la norme au Proche-Orient. Aujourd’hui, une dizaine de petites compagnies étrangères sont présentes en Irak, essentiellement dans l’exploration, dont Genel, Dana Gas, Gulfsands Petroleum, ONGC-Reliance et Addax Petroleum. En attendant de meilleures garanties de sécurité, les grands – BP, Shell, Total ou ExxonMobil – préfèrent attendre, tout en plaçant leurs pions.

Au-delà des questions de stabilité, préoccupations fort nobles, il y a aussi des intérêts stratégiques importants en jeu : le pétrole. Rien n’est gratuit. Avec 60 pour cent des réserves pétrolières du monde, il est évident que le Moyen Orient constitue un enjeu de taille pour les Américains. L’Irak se place au troisième rang pour l’importance de ses réserves, soit 115 milliards de barils ou 10 pour cent du total mondial. La très grande majorité de ces réserves est concentrée autour de Basra et l’autre tiers dans les régions turcomanes, au nord de l’Irak.

L’Amérique attend avec impatience l’adoption d’une loi sur la politique énergétique de l’Irak. Que prévoit donc cette loi réclamée par Washington ? D’abord, il n’est pas question, dans ce projet de loi, de transférer juridiquement la propriété des réserves pétrolières de l’Irak à des organisations privées. Les réserves de pétrole restent sous contrôle irakien. Plus subtilement, la loi consiste à privatiser les « revenus du pétrole ». Dès l’extraction du pétrole des sous-sols irakiens, les revenus seront versés, selon de savants calculs, aux compagnies privées. Il n’est pas assuré que le peuple irakien y trouve son compte.

Pendant que Washington s’impatiente, Hussein al-Shahristani, ministre irakien du Pétrole, multiplie les démarches pour exposer, lors de rencontres avec les représentants de gouvernementa et les responsables de compagnies pétrolières, que son pays coopérera avec quiconque qui proposera les meilleures conditions pour l’Irak et cela, indépendamment des pays auxquels appartiennent ces compagnies.

Moscou ne se contente pas de regarder passer le bateau. En 2005, la Russie a dépassé les États-Unis, devenant le deuxième plus grand producteur de pétrole du monde. Son revenu pétrolier s’élève maintenant à 679 millions de dollars par jour. Elle est aussi le plus grand producteur de gaz naturel de la planète, avec les trois cinquièmes de ses exportations de gaz allant vers les 27 membres de l’Union Européenne. Le ministre russe de l’Industrie et de l’Énergie, Viktor Khristenko, a rencontré au début du mois d’août, à Moscou, son homologue irakien, Hussein al-Shahristani, pour discuter de coopération énergétique. Moscou est maintenant un acteur incontournable et Bagdad ne peut l’ignorer.

Rien n’est plus irritant, pour Washington, d’apprendre, par médias interposés, toutes ces bonnes nouvelles : le ministre irakien a rassuré Moscou qu’aucun pays ne bénéficiera de préférences en Irak. La compagnie LUkoil lorgne bien évidemment du côté de l’Irak. LUKoil pourra, a rassuré le ministre irakien, rivaliser avec d’autres sociétés dans les conditions égales pour tous conformément à la nouvelle loi sur le pétrole, qui n’est pas encore adoptée et ratifiée par le Parlement.

La Syrie et l’Irak ont signé plusieurs accords économiques dans le but de réhabiliter et de rouvrir l’oléoduc qui relie Kirkouk (dans le nord de l’Irak) à Banias (littoral syrien) où se trouve une raffinerie de pétrole. Cet oléoduc serait rouvert pour satisfaire les besoins des deux pays en produits pétroliers. Ces accords ont été confirmés par le ministre syrien du Pétrole et des Ressources minières, Soufiane Allaou, au quotidien officiel al-Baas. L’oléoduc Kirkouk-Banias avait fait l’objet d’un premier essai en novembre 2000, après une interruption de 18 ans. Il avait été refermé lors de l’invasion américaine en mars 2003. La Syrie, pays exportateur de pétrole, recevait de l’Irak, avant cette date, environ 200.000 barils par jour facturés à des prix préférentiels.

Bagdad et Damas sont également convenus de relancer le Haut comité conjoint Irako-syrien, qui sera présidé par les Premiers ministres des deux pays, et de créer un comité de suivi pour faire le point sur la coopération bilatérale. Les deux capitales sont également tombées d’accord sur la construction d’un gazoduc allant du champ de gaz naturel irakien d’Akkas, près de la frontière syrienne, aux infrastructures de Deir Ezzor dans le nord-est de la Syrie.

Bagdad soigne également ses arrières avec Téhéran. L’Iran et l’Irak collaboreront à la construction de deux oléoducs qui achemineront en sol iranien du pétrole irakien. Un premier oléoduc acheminera du pétrole brut du port de Bassorah, dans le sud de l’Irak, vers le port d’Abadan, dans le sud-ouest de l’Iran. Un deuxième oléoduc sera construit entre les deux villes pour le transport de produits pétroliers. L’Iran achètera ainsi 100.000 barils de brut irakien pour les raffiner dans le port de Bandar Abbas (sud) et revendra deux millions de litres de produits raffinés par jour à l’Irak.

L’octroi de contrats d’exploration-production du pétrole, à des compagnies étrangères, est controversé dans l’ex-Mésopotamie, comme l’atteste la difficile ratification de la législation énergétique. La volonté de Bagdad et de Damas de fixer un calendrier, pour un retrait rapide des troupes américaines en Irak, pourrait-elle avoir pour conséquence de compromettre les efforts américains pour accroître davantage ou protéger son influence sur la politique énergétique de l’Irak ? Le Premier ministre syrien Naji Ottri a invité son homologue irakien à préparer un calendrier de retrait des troupes étrangères de son territoire, accusant même les forces de la coalition de porter une large responsabilité dans la détérioration de la situation sécuritaire en Irak : « La présence de la force d’occupation en Irak attire les forces d’extrémisme irakiennes et conduit à l’escalade de la violence aveugle qui coûte la vie tous les jour à des personnes innocents en Irak », a indiqué le Premier ministre syrien Mohammad Naji Ottri. Tout indique que Bagdad pourrait pousser vers la porte l’ami américain : « L’établissement d’un calendrier pour le retrait des troupes étrangères d’Irak pourrait offrir des opportunités de réconciliation entre Irakiens et créer une atmosphère favorable pour un dialogue sérieux entre différentes parties irakiennes », a estimé le chef du gouvernement syrien.

De telles déclarations ne sont pas sans inquiéter Washington. Force est, pour les stratèges américains, de constater leur échec : ils craignent maintenant que Damas et Téhéran n’essaient d’agrandir dans le territoire irakien leurs zones d’influence respectives, et ce, au détriment de leur propre influence. Al-Maliki en rajoute. Réagissant aux diverses interpellations des représentants démocrates et républicains, le Premier ministre Al-Maliki a répliqué avec une certaine ironie : « Ces déclarations ne nous inquiètent pas beaucoup. Ce qui nous préoccupe, c’est notre expérience démocratique et le respect de la Constitution. Nous trouverons à travers le monde de nombreux soutiens à nos efforts ». Est-il utile de rappeler le constat du ministre des Affaires étrangères de France à Bagdad : « Les Américains ont commis erreur sur erreur. Il est impossible de refaire l’Histoire. Il s’agit maintenant de tourner la page », déclare Bernard Kouchner, un homme qui ne laisse rien au hasard.

Tout ne va pas pour le mieux pour Nouri al-Maliki qui se débat avec une crise politique apparemment inextricable. Il éprouve beaucoup de difficultés à réconcilier les communautés religieuses d’Irak et à gérer le Parlement, pour mettre en place les réformes jugées indispensables par le gouvernement américain, et pour gérer les ressources pétrolières. Washington ne dissimule même plus son mécontentement. À un point tel que les agences de renseignements américaines font un bilan « pessimiste » des capacités du Premier ministre irakien à « parvenir à la réconciliation nationale », selon le New York Times. Le rapport exprime de « sérieux doutes » et donne une « vision pessimiste » des capacités du gouvernement à « surmonter les différences confessionnelles » et à unifier le pays.

Aveuglé par son orgueil démesuré et rejetant tout échec de sa stratégie, Georges W. Bush devrait n’avoir d’autre choix que de constater que l’Irak quitte le peloton et n’en fait qu’à sa tête. La sénatrice démocrate, Hillary Clinton, estime, franchement, dans un communiqué, que « la stratégie d’escalade » de Georges W. Bush « ne fonctionne pas ». Se refusant à tout échec de sa politique en Irak, Georges W. Bush persiste et signe, dans un baroud d’honneur : « Nous assistons à une réconciliation à partir du bas. Elle est visible, elle est tangible et réelle », déclare-t-il lorsqu’il fait la distinction entre le niveau local et le niveau national. Selon lui, « les Irakiens commencent à rejeter les extrémistes ». « Le Premier ministre Al-Maliki est un type bien, un homme bien à la tâche difficile, et je le soutiens », répète inlassablement Georges W. Bush. « Tant que je serai commandant en chef, nous allons nous battre pour gagner », a déclaré M. Bush, dont le mandat prend fin dans un peu plus d’un an. « J’ai confiance en la victoire », a-t-il ajouté. Après avoir comparé l’Irak au Vietnam, des observateurs ont riposté : « Pour les historiens, la leçon du Vietnam est qu’il faut savoir décider quand cesser de s’en remettre à la seule force militaire ». Ce que ne comprend toujours pas l’entêté Georges W. Bush.

Demain mercredi, dernière partie.

__________________________________________

 

 





Bagdad et Washington : deux solitudes en déclin (première partie)

27 08 2007

L’annonce, ce dimanche, d’une relance du processus de réconciliation en Irak survient alors que G. W. Bush fait face aux pressions du Congrès américain pour qu’il force le premier ministre irakien Nouri al-Maliki à agir pour réduire les tensions et violences confessionnelles. Les dirigeants chiites, sunnites et kurdes d’Irak se sont engagés à relancer le processus de réconciliation nationale en acceptant de résoudre les problèmes clé qui les opposent. Cet accord porterait notamment sur la possible réintégration des anciens membres du parti Baas, au pouvoir sous Saddam Hussein, au sein de la fonction publique et de l’armée.

Aujourd’hui, mardi et mercredi, nous passerons en revue les relations de l’Irak avec les États-Unis, avec l’Iran, avec la Syrie  et avec la Russie. Bien évidemment, l’actualité risque de précéder notre analyse et d’en modifier certaines observations. Je prie le lecteur de prendre ce fait en considération.

Le républicain John Warner, sénateur de Virginie et membre de la commission du Sénat sur les forces armées demande au président américain George W. Bush d’annoncer un plan de retrait des troupes américaines d’Irak le 15 septembre, lors de la publication d’un nouveau rapport sur la situation en Irak : « Je dis respectueusement au président choisissez n’importe quel nombre (…) mais, dans les quelque cent soixante mille [soldats américains déployés en Irak]. Disons 5 000 soldats ! Ils pourraient commencer leur retrait et être à la maison avec leurs familles pas plus tard qu’à Noël cette année. Ça, c’est un premier pas ». « C’est le président, pas le Congrès, qui doit établir un calendrier de retrait », a-t-il dit. Le sénateur Warner vient de se rendre en Irak avec le sénateur démocrate Carl Levin, président de la Commission. Son retour coïncide avec la publication d’un rapport des services de renseignement américains pointant le risque de « précarisation » accrue du gouvernement du Premier ministre irakien Nouri al Maliki dans les prochains mois. M. Warner, particulièrement indisposé par ce qu’il a vu à Bagdad, compte parmi les hommes politiques influents à Washington. Engagé volontaire durant la Seconde Guerre mondiale puis durant la guerre de Corée, ce que dit ou ce que croit John Warner ne peut être ignoré à Washington. Sa prise de position risque surtout de peser lourd sur le camp des républicains. John Warner se dit persuadé qu’une telle initiative enverrait le message au gouvernement de Bagdad que l’engagement américain en Irak n’est pas illimité.

Réaction prévisible de la Maison Blanche : elle rejette poliment le conseil de M. Warner se réfugiant derrière le calendrier qu’aucune décision ne serait prise avant la publication du rapport du général Petraeus qui doit évaluer le 12 septembre prochain, devant le Congrès, la situation en Irak depuis le déploiement de quelque 30 000 soldats américains supplémentaires. Beaucoup d’attentes entourent ce rapport. S’agissant du républicain, John Warner, il est intéressant de rappeler que Georges W. Bush avait évité de justesse une humiliation, en mai dernier, lorsque l’influent sénateur avait proposé un amendement qui stipulait que le gouvernement irakien devait respecter un certain nombre de critères pour obtenir le maintien des troupes américaines dans le pays. Amendement qu’avait rejeté le Sénat.

Los Angeles Times lui révèle une autre mauvaise nouvelle : selon les informations du quotidien, le chef de l’état-major de l’armée américaine, le général Peter Pace, s’apprêterait à recommander au chef de l’État de réduire ses troupes en Irak de près d’un tiers et ceci à partir de l’année prochaine. Bien évidemment, cet avis du général Pace n’est pas sans produire une forte valeur symbolique : les préoccupations des officiers généraux de l’état-major, de moins en moins convaincus par le bien fondé de la stratégie des États-Unis en Irak, vont dans le même sens.

À Washington, la question républicaine n’est plus de sauver l’Irak mais bien de s’interroger sur « comment ne faudrait-il pas quitter le navire Bush pour limiter l’ampleur de la défaite électorale annoncée pour 2008 ? ». Plusieurs républicains et démocrates en sont arrivés à se demander si la solution n’est pas double : le sénateur Warner a ajouté ne pas vouloir aller « aussi loin » que son collègue démocrate du Michigan, Carl Levin, qui avait appelé purement et simplement au remplacement de Al-Maliki. Retirer un contingent de 5000 soldats, sans exiger pour l’instant le départ d’Al-Maliki, constituerait aux yeux de John Warner un signal suffisant qui aiguillonnerait le gouvernement irakien et l’inciterait à faire davantage d’efforts en vue de la réconciliation nationale.

Lors du récent débat télévisé de 90 minutes, le 19 août dernier, les huit candidats démocrates pour la présidentielle de 2008 avaient exprimé le désir de mettre fin à la guerre en Irak sans toutefois parvenir à éliminer leurs divergences d’approche sur la manière de retirer rapidement les troupes américaines et sur le nombre de « G.I. » qui doit rester en Irak. Dennis Kucinich, représentant de l’Ohio et l’ancien sénateur de l’Alaska, Mike Gravel, ont proposé un retrait immédiat. « Il faudrait un certain temps », soutient Hillary Clinton, sénatrice de New York. Joseph Biden, sénateur du Delaware, estime qu’un « retrait imprudent » risquerait de provoquer des divisions en Irak ainsi qu’une guerre régionale alors que Barack Obama, sénateur de l’Illinois, s’est, pour sa part, prononcé pour un « retrait en ordre et graduel ». Dans son cas, le sénateur rencontrerait les dirigeants des pays dits « voyous » et enverrait des troupes au Pakistan, si la présence du leader d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden, était avérée. Cette position du sénateur Obama en avait fait sursauter plus d’un, dont la sénatrice Hillary Clinton.

George W. Bush et le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, partagent bien différemment leurs deux solitudes. George Bush, malgré un instant d’hésitation au Sommet de Montebello, persiste et signe : il s’est exprimé devant d’anciens combattants à Kansas City et réaffirmé son soutien au Premier ministre irakien. La démocrate Hillary Clinton pousse Nouri al-Maliki au départ. Elle appelle le Parlement irakien à nommer une personnalité qui créé moins de divisions entre Chiites et Sunnites : « Je partage l’espoir du sénateur Levin que le parlement irakien remplace le Premier ministre Maliki par une personnalité moins controversée et plus unificatrice lorsqu’il retournera en session dans quelques semaines ». Al-Maliki est furieux : « Hillary Clinton et Carl Levin sont des démocrates et devraient respecter la démocratie. Ils parlent de l’Irak comme s’il s’agissait de leur propre bien ».

Le Premier ministre chiite, Nouri Al-Maliki, se sentant de plus en plus abandonné par les américains, vient d’apprendre que la France le lâche également : le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, suggère maintenant, dans un entretien à l’hebdomadaire américain Newsweek, la démission de Nouri al Maliki. « Je viens d’avoir Condoleezza Rice (la secrétaire d’Etat américaine) au téléphone (…) et je lui ai dit : écoutez, [Maliki] doit être remplacé ». La riposte est venue rapidement : « Par le passé, vous avez soutenu l’ancien régime (de Saddam Hussein). Aujourd’hui nous étions satisfaits [de la visite française en Irak] et c’est le moment que vous choisissez pour apporter votre soutien aux partisans de l’ancien régime. Nous exigeons des excuses du gouvernement français ». Abandonné, al-Maliki n’a d’autre choix que de se tourner vers l’Iran et la Syrie. Lors de sa visite à Damas, le premier ministre s’est braqué devant les critiques des États-Unis : personne n’était autorisé à lui fixer des échéances. Selon lui : « c’est au peuple d’Irak de changer de gouvernement, ce n’est pas l’affaire de politiciens des États-Unis ». Ce refrain a été repris par le président américain lui-même : « ce n’est pas aux politiciens de Washington de décider s’il doit rester à son poste », a dit M. Bush devant d’anciens combattants à Kansas City. Cette décision revient « au peuple irakien, qui vit aujourd’hui en démocratie et non en dictature ». Pour rappel, monsieur Bush n’a pas été aussi généreux avec le gouvernement élu de Palestine.

Nouri Al-Maliki multiplie les mauvaises fréquentations, aux yeux de plusieurs observateurs de Washington : pendant qu’il s’entretient avec le président Bachar al-Assad, à Damas, Mahmoud Ahmadinedjad fait savoir, de Téhéran, qu’il accepte l’invitation du Premier ministre de visiter Bagdad prochainement. Rien pour décrisper l’Amérique. D’où la violente riposte du sénateur Levin : « J’espère qu’à son retour de vacances, le Parlement chassera le gouvernement Maliki et le remplacera par une équipe non sectaire et unificatrice ».

Maliki a perdu 17 de ses 37 ministres et n’arrive pas à rallier les sunnites. À ce rythme, le gouvernement irakien ne sera plus, bientôt, que l’ombre de lui-même. Au Kurdistan, Masoud Barzani et Jalal Talabani se querellent sur la loi du pétrole tant souhaitée par les États-Unis. Georges Clemenceau disait après la Première guerre mondiale : « Désormais, une goutte de pétrole a la valeur d’une goutte de sang ». « Les Britanniques ont été défaits », clame, dans un élan de victoire, le chef chiite Moqtada Sadr. Ce que nie bien évidemment Londres. « Maliki ne gouverne rien », disait récemment à La Presse Mokhtar Lamani, ex-envoyé de la Ligue arabe en Irak. « Son remplaçant héritera du même chaos », ajoutait-il, « à moins que toutes les parties définissent ensemble de nouvelles règles de jeu pour repartir à neuf ». « Un type bien », disait d’Al-Maliki Georges W. Bush à Kansas City la semaine dernière.

Du même souffle, le président américain a présenté un nouvel argument, qui en a surpris plus d’un, pour appuyer sa ténacité à ne pas quitter l’Irak : « Les idéaux et les intérêts qui ont conduit l’Amérique à aider les Japonais pour transformer la défaite en démocratie sont les mêmes qui nous conduisent à rester engagés en Afghanistan et en Irak ». Citant en exemple la Corée du Sud, Georges W. Bush maintient que : « Le résultat du sacrifice et de la persévérance américains en Asie est un continent plus libre, plus prospère et plus stable dont la population veut vivre en paix avec l’Amérique, pas attaquer l’Amérique ». Il a ainsi demandé aux Américains de reprendre confiance.

Selon un sondage de l’institut Pew, réalisé en juin dernier dans 47 pays, « depuis cinq ans, l’image des États-Unis s’est ternie auprès de la majeure partie des pays du monde et s’est dégradée considérablement chez les alliés traditionnels des États-Unis, dans les Amériques, au Moyen-Orient et ailleurs ». La Turquie établit un record avec 83 % d’opinions défavorables. En France, 76 % des personnes interrogées désapprouvent « les idées américaines de la démocratie », selon Pew, qui a sondé un total de 45 000 personnes. Des scores presque similaires sont enregistrés en Allemagne, en Espagne, au Pakistan. Seule l’Afrique noire a globalement une vision positive des États-Unis et rares sont les pays qui ne se réjouissent pas de l’humiliation subie en Irak par la superpuissance. « Tout le monde ne peut pas nous aimer, mais il ne faut pas non plus que tout le monde nous haïsse», rappelait, le mois dernier, la candidate Hillary Clinton à un partisan qui lui faisait remarquer que les États-Unis « ne sont plus la puissance mondiale qu’ils ont été ». Les Américains ont également perdu la foi puisqu’ils sont désormais 65 pour cent à désapprouver les actions de leur président, George W. Bush. (Le Devoir, Montréal, Édition du 18 et 19 août 2007).

À Washington, le président américain devrait peut-être réfléchir sur cette remarque du ministre des Affaires étrangères de la France, Bernard Kouchner, lors de sa visite à Bagdad, au Premier ministre Al-Maliki : « Notre but était modeste, donc il a été atteint ».

La deuxième partie, demain, mardi.

 

__________________________________________

 

 





L’Iran membre du comité organisateur sur l’antiracisme de l’ONU

26 08 2007

« Si ce n’est toi, c’est donc ton frère » et, à défaut, « c’est donc l’un des tiens », hurle le Loup de la Fable.

(Jean de la Fontaine, « Le Loup de l’Agneau » Fables, Paris 1755)

__________________________________________

 

 

Les Nations unies préparent une Conférence Mondiale contre le Racisme qui se tiendra en 2009. Le comité d’organisation se réunira pour la première fois à Genève le 27 août prochain et sera composé d’un cercle intérieur de 20 États membres de l’ONU qui doit être dirigé par la Libye. L’Iran vient d’être désigné pour être membre de ce comité d’organisation. La Lybie et l’Iran au sein d’un même comité sur l’antiracisme. Les incongruités du Conseil des Nations-Unies. C’est ce que vient de révéler Anne Bayefsky, rédacteur en chef de Eye on the UN basé à New York, le dit dans un communiqué de presse. Un porte-parole du bureau du Haut commissaire pour les Droits de l’homme de l’ONU a confirmé que « l’Iran est un de 20 États qui sont les membres du bureau du Comité Préparatoire », mais a ajouté que « l’Iran n’occupe pas de rôle principal ». En explication de cette situation, le porte-parole a précisé que le Comité Préparatoire est un corps intergouvernemental, ce qui signifie que les États ont été choisis librement pour siéger au Comité Préparatoire. Ce sont les États membres qui décident.

Selon Anne Bayefsky, « les états ont été choisis par le Conseil des Droits de l’homme d’ONU et le Conseil est contrôlé par l’Organisation de la Conférence Islamique. La majorité des sièges au Conseil est occupée par les groupes régionaux Africains et asiatiques. L’OIC a une majorité de sièges dans chacun de ces groupes. Les états occidentaux n’ont pas les votes pour bloquer cette incongruité de l’agence principale des droits de l’homme de l’ONU ».

Plusieurs voix s’élèvent pour inciter le Haut commissaire, Louise Arbour, à exprimer ses inquiétudes sur le fait qu’une des principales entités des droits de l’homme de l’ONU est dirigée de nouveau par la Libye avec l’Iran dans une position de direction, quoi que l’ONU en dise.

Il convient, après cette information, de passer en revue quelques actualités iraniennes. Taher Sadeghi, syndicaliste arrêté le 9 août devant le domicile de Mansour Osanlou, président du syndicat des chauffeurs de bus de Téhéran, est actuellement en isolement cellulaire à la section 240 de la prison d’Evine, indique un comité d’étudiant défenseurs des droits de l’homme en Iran. Reporters sans frontières a adressé, le 13 août 2007, un courrier au secrétaire général des Nations unies pour qu’il enjoigne la République islamique d’Iran à tenir ses engagements internationaux après que deux journalistes, Adnan Hassanpour et Abdolvahed Botimar, ont été condamnés à la peine de mort, le 16 juillet dernier. « Les droits les plus élémentaires d’Adnan Hassanpour et d’Abdolvahed Botimar ont été bafoués puisqu’ils n’ont pas été autorisés à assister à l’énoncé du verdict de leur procès. Plus scandaleux encore, ils n’ont pas été informés de leur sentence et l’ont apprise en lisant le journal ».

Le 9 août 2007, 168 millions de syndicalistes dans le monde lancent un appel mondial « pour la libération immédiate et inconditionnelle de deux syndicalistes détenus et en danger en Iran ». Cette journée d’action est organisée par la Confédération syndicale internationale (CSI) et la Fédération internationale des ouvriers du transport (ITF). Elle est soutenue en Belgique par Amnesty International – Belgique Francophone, la FGTB, la CSC et la CGSLB et les autres organisations syndicales internationales basées à Bruxelles, dont l’Internationale des Travailleurs de la Chimie (ICEM) et la Confédération européenne des Syndicats (CES).

Le régime des mollahs a pendu deux prisonniers dont les noms n’ont pas été révélés dans la ville du sud-est de Zahedan. Deux autres prisonniers identifiés comme étant Ali Qalandari et Rassoul Gord ont été pendus dans la ville de Naghadeh dans le nord-ouest de l’Iran. Trois prisonniers, identifiés comme étant Mahmoud Moghimi, Mohammad Share’i et Davoud Share’i, ont été pendus place publique dans la ville de Saveh dans la province centrale. Le site web de la télévision d’État a annoncé la pendaison d’un prisonnier non identifié par le régime à Zahedan, dans le sud-est. Quatre autres prisonniers seront envoyés à la potence, rapporté le quotidien officiel Javan. Le 22 août, Cette parade d’exécution publiques, rapportée par la Commission des Affaires étrangères du Conseil national de la résistance iranienne, au demeurant pas très sympathique à l’Iran, se serait déroulée depuis le début du mois d’août 2007(Source : DesInfos ).

__________________________________________

 





Argenteuil – Le maire chasse les « sdf malodorants » avec un produit « malodorant »

25 08 2007

Le Maire UMP d’Argenteuil a le nez bien sensible : il ne peut plus supporter la « gêne olfactive anormale » liée à la présence des « sans abris » de sa ville. Il a trouvé une solution innovatrice pour combattre cette gêne dont ne devrait pas s’inspirer la Ville de Montréal.

__________________________________________

 

France. Wikipedia nous apprend que la ville d’Argenteuil est une commune française, située dans le département du Val-d’Oise, dont elle est la ville la plus peuplée, et en région Île-de-France. Ses habitants sont appelés les Argenteuillais(es). Célèbre pour le séjour d’Héloïse au Moyen Âge et la Sainte Tunique du Christ, haut lieu de l’impressionnisme, la ville a connu une importante industrialisation à la fin du XIXe siècle avant de devenir une des villes d’Île-de-France les plus peuplées.

Voilà pour la géographie des lieux. Le nom d’Argenteuil apparaît pour la toute première fois dans la charte de la fondation de Childebert III (665) qui accorde le droit d’élever un monastère à Argentoialum. On ne connaît pas l’origine étymologique du nom d’Argenteuil. La ville possède la Sainte Tunique du Christ, offerte par la reine de Constantinople à Charlemagne en l’an 800, qui la confie au prieuré d’Argenteuil, dirigé par sa fille. Et en 1544 François Ier autorise la construction de fortifications autour du bourg pour protéger cette relique. En 1567, le monastère est ravagé par les Huguenots. C’est à cette époque que commence à Argenteuil la production de figues blanches.

Les présentations sont maintenant faites. Il convient de préciser qu’après plusieurs décennies d’administration par le parti communiste, Argenteuil passe en 2001 à une municipalité de droite UMP. La ville investit fortement pour son renouveau en essayant d’améliorer en profondeur le cadre de vie de ses habitants. Argenteuil occupe ces jours-ci l’avant-plan de l’actualité. Le centre d’intérêt des actualités locales se tournent vers la démolition d’une tour du Val-d’Argent-Sud d’Argenteuil qui fait face à l’hôpital Victor-Dupouy depuis les années 1960. Elle devrait s’écrouler en une dizaine de minutes. Si l’ancienne municipalité communiste avait déjà condamné la dite tour, la nouvelle majorité UMP a « intégré la déconstruction au projet de rénovation urbaine en 2004, à la suite d’un diagnostic technique de l’immeuble » révélant une série de défauts. Sa disparition était donc souhaitée.

La démolition de cette tour n’a pas fait l’objet d’une couverture nationale contrairement à son maire qui se retrouve au centre d’une polémique insolite en France. « La mairie d’Argenteuil a pris un arrêté, le 6 août, pour interdire la mendicité dans le centre d’Argenteuil jusqu’en 2012 ». Le maire de l’endroit, Georges Mothron, (UMP), en fait son combat depuis trois ans. Cette année, le maire Mothron innove : pour éloigner les SDF du centre-ville, la mairie d’Argenteuil a acheté en juillet des produits répulsifs nauséabonds appelés « Malodore » que les agents municipaux ont refusé de diffuser. Vous avez bien lu. Chasser les SDF malodorants avec un produit malodorant appelé Malodore.

Le maire UMP de la ville, depuis 2005, prend, chaque été, des arrêtés pour interdire la mendicité dans le centre. Joint par l’AFP, le cabinet du maire, n’a pas souhaité réagir. Cette opération de nettoyage du centre-ville devait se dérouler en deux temps : la police municipale doit préalablement éloigner les indésirables (SDF), ces sans domiciles fixes si laids dans un centre-ville, puis confier aux agents de la voirie le soin de diffuser dans le centre le produit, encore une fois appelé « Malodore », livré sous forme de concentré à diluer et à pulvériser à l’aide d’une pompe. En laissant ainsi une rémanence nauséabonde pendant plusieurs semaines, le maire d’Argenteuil, Georges Mothron, compte bien se débarrasser de ces horribles « traîne la patte » que sont les « sans domicile fixe ». C’est la société Firchim spécialiste en chimie et produits d’entretiens.

Monsieur le Maire a le nez bien sensible : un de ces arrêtés, adopté en 2005, évoquait une « gêne olfactive anormale » liée à la présence des SDF. La préfecture du Val-d’Oise a annulé aussitôt cet arrêté en 2005. Cette année, le maire Georges Mothron est revenu à la charge avec une idée innovatrice : « Malodore contre les malodorants ! » Sauf qu’il a eu mail à partir avec ses agents municipaux qui ont refusé de diffuser le produit suspect : « Le carton précisait que le produit était toxique et irritant, et qu’il ne fallait pas le respirer ». Les agents ont décidé de ne pas le diffuser, car ils veulent bien « chasser des rats mais pas des SDF », a déclaré à l’AFP un agent, sous couvert d’anonymat. La tâche a finalement été confiée aux agents d’entretien du centre commercial du centre d’Argenteuil qui ont bien diffusé le répulsif au niveau des sorties de secours du centre commercial où les SDF ont leur habitudes.

Secrétaire nationale à l’égalité des chances du PS et candidat aux législatives à Argenteuil en juin, Faouzi Lamdaoui a dénoncé à l’AFP la « scandaleuse chasse aux pauvres » du maire et « des moyens contraires à la dignité humaine ». Candidat malheureux mais prometteur, Faouzi Lamdaoui, ingénieur logisticien de 44 ans, expliquait au Journal du Dimanche que la gauche doit beaucoup aux quartiers populaires, c’est grâce à eux que Ségolène Royal a été présente au second tour de la présidentielle et obtenu un score honnête. Nous ne devons donc pas les décevoir d’autant que la droite leur jette de la poudre aux yeux avec la nomination au gouvernement de personnalités issues de l’immigration. Les quartiers doivent donc être totalement associés au processus de renouvellement de la gauche. Monsieur Lamdaoui indiquait au journaliste de JDD que les militants, les habitants des quartiers ne veulent plus assister à des querelles d’ambitions ridicules et personnelles. La politique à l’ancienne, ça ne marche plus. Message que semble n’avoir pas reçu le magistrat UMP d’Argenteuil.

L’arrêté du 6 août qui court jusqu’en 2012 fait l’objet d’une nouvelle requête en annulation déposée à la préfecture par Valentin Texeira, militant Verts. Le plus triste dans cette affaire est que, outre le fait que c’est un produit pas dangereux qui laisse une rémanence nauséabonde pendant plusieurs semaines, comme l’indique le responsable de Firchim, Pierre Pasturel, selon lui, d’autres collectivités utilisent « Malodore » à cet effet.

Cet article a été publié sur centpapiers, forum citoyen du Québec

__________________________________________