Bande de Gaza – La persuasion israélienne consiste à isoler et appauvrir une population au bord du gouffre.

20 09 2007

Israël vient de marquer un nouveau pas pour isoler davantage le Hamas. Ce faisant, elle franchit un nouveau pas pour isoler et appauvrir une population, au nombre d’un million et demi de personnes, fatiguée, affamée, sans ressources, au bord du gouffre. Qu’importe, les États-Unis approuvent. L’État hébreu compte interrompre l’alimentation en électricité et en essence du territoire, où le parti islamiste Hamas règne en roi et en maître depuis 3 mois. Aucun geste concret n’a encore été fait par Israël et aucune date n’a été annoncée non plus. Chronique d’une mort annoncée.

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Gaza est déclaré « entité hostile » (enemy entity). Pour le mouvement islamiste, cette décision est une déclaration de guerre. Pour Israël, une réponse aux tirs de roquettes sur son territoire. Condoleezza Rice a repris à son compte l’expression employée par l’État hébreu: « Le Hamas est en effet une entité hostile. C’est une entité hostile pour les États-Unis aussi » (Hamas is a hostile entity to the United States as well), tout en soulignant que la bande de Gaza constituerait avec la Cisjordanie « le futur État palestinien ». Par cette nouvelle mise au ban du Hamas, Israël cherche à se détacher des règles de droit international sur la gestion des territoires occupés. Par conséquent, l’État hébreu ne serait plus contraint de fournir de l’énergie à la population palestinienne.

Dans son communiqué officiel, Israël rappelle une nouvelle fois que : « le mouvement islamiste Hamas est une organisation terroriste qui a pris le contrôle de la bande de Gaza et en a fait une entité hostile. Cette organisation mène des activités hostiles contre l’État d’Israël et ses citoyens et elle est donc responsable de ces activités ». Il est clair toutefois qu’Israël évitera par-dessus tout à créer dans la bande de Gaza une crise humanitaire. Mahmoud Abbas, un peu coincé, a tout de même déploré cette décision « arbitraire » qui aggravera la souffrance de la population. Condoleezza Rice a tout de même précisé que les États-Unis n’abandonneront pas les Palestiniens innocents à Gaza et qu’ils déploieront tous les efforts possibles pour répondre à leurs besoins humanitaires. La ministre israélienne, Tzipi Livni, a précisé, en présence de madame Rice, que tout besoin non humanitaire ne sera plus fourni par Israël à la bande de Gaza : « cette mesure va préparer le terrain à des sanctions graduelles, telles que la suspension des fournitures de gaz, d’électricité» à la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas ».

Pour Ban Ki-moon, secrétaire des Nations-Unies : « un million et demi de personnes à Gaza, y compris des personnes âgées, des enfants et des malades, souffrent déjà de l’impact des couvre-feux prolongés ». « L’intention annoncée d’interrompre les services de base tels que l’électricité et le carburant à la population civile » « seraient contraires aux obligations d’Israël envers cette dernière, aux termes du droit international humanitaire et des droits de l’homme », affirme Ban Ki-moon qui juge également que la poursuite des tirs indiscriminés à la roquette de Gaza vers Israël est inacceptable. Il appelle à leur cessation immédiate et comprend les préoccupations d’Israël à cet égard.

Le ministre de la Défense Ehud Barak écarte pour l’instant toute offensive terrestre d’envergure contre la bande de Gaza et privilégie de « faire pression sur le Hamas » pour forcer ses dirigeants à stopper les tirs de roquettes sur Israël. Malgré cette précaution, le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, considère cette décision comme une « déclaration de guerre » (declaration of war).

« En cas d’attaque, les frères du Hamas et du Fatah lutteront ensemble contre l’ennemi sioniste », lance Abou Saër, porte-parole des Brigades des martyrs d’Al Aksa, un groupe issu du Fatah. Rien n’est moins sûr. Hani Habib, spécialiste de la vie politique à Gaza, doute qu’une offensive israélienne puisse réconcilier les clans en présence. Le Hamas est déjà en crise et Hani Habib considère que les Israéliens vont y penser deux fois avant de lancer une offensive de grande envergure à Gaza, ce qui pourrait avoir pour conséquence de renforcer l’influence des islamistes.

La visite de Condoleezza Rice, dans la région, a pour but de convaincre Israéliens et Palestiniens de participer, comme prévu, à la Conférence de paix de novembre prochain, organisée par les États-Unis. Mahmoud Abbas hésite à y participer : le Fatah fait pression sur lui pour qu’il réclame un « accord cadre » sur les questions centrales alors que le premier ministre, Ehoud Olmert, considère que des « déclarations communes sur les questions qui divisent suffisent ».

En août 2007, Info-Palestine dressait la situation dans la bande de Gaza : « Selon les statistiques de l’association palestinienne des hommes d’affaires, 3190 usines ont fermé dans la Bande de Gaza pour cause d’impossibilité à importer des matières premières. Ceci a mis 56 000 travailleurs au chômage. […] D’après le Bureau central palestinien des statistiques, en 2006, 57% des familles palestiniennes avaient un salaire mensuel en dessous du seuil de pauvreté, dont 44% sont dans une situation de pauvreté extrême. […] D’après les statistiques du Centre Palestinien des Droits de l’Homme, plus de 150 types de médicaments sont épuisés dans les hôpitaux et les cliniques. La majorité de ces médicaments sont essentiels pour soigner les maladies chroniques. Le centre note que 20 genres de médicaments manquent dans toutes les pharmacies privées de Gaza. Un récent rapport publié par Gisha et intitulé « Commercial Closure : Deleting Gaza’s Economy from the Map », indique que 75 pour cent des manufactures sont paralysées par le manque de matières premières et laissent des milliers de personnes sans travail.

Cité par Oxfam-Solidarité, Mohammad Talbani, propriétaire de la manufacture de biscuits Al-Auda qui employait 350 travailleurs jusqu’à sa fermeture, témoignait en juillet dernier : « Mon avenir comme propriétaire de la manufacture est sombre. J’ai déjà perdu tous mes clients en Cisjordanie, ce qui comptait pour 50 pour cent de mon chiffre d’affaires. Désormais, les gens de Gaza acceptent de travailler pour 10 shekels (2$) par jour. Mais je ne peux même pas les employer car je n’ai pas de travail pour eux. C’est une erreur de croire qu’étrangler Gaza économiquement aura des effets contre le Hamas. C’est en fait le contraire qui risque de se produire car la situation actuelle pousse les gens vers l’extrémisme. Les gens de Gaza reçoivent de l’assistance alimentaire du Hamas et ils blâment Israël pour la fermeture ».

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4 responses

20 09 2007
décembre

Israël est un État voyou.
Cet État religieux est une honte pour la démocratie.
Pauvres Palestiniens. Le pire, c’est l’impuissance de tous devant cette cruauté.
Il faudrait un boycott des produits israéliens….juste pour voir !

20 09 2007
Françoise

« Qu’importe, les États-Unis approuvent. »

Quels sont les États qui désapprouvent ? Aucune voix ne s’élève contre ce génocide lent.

On stigmatise l’Iran qui « voudrait rayer Israël de la carte », on pardonne tout à Israël qui « raye » tout un peuple.

20 09 2007
pierrechantelois

Décembre

Israël a bien évidemment eu son lot de problèmes. Mais il semble de plus en plus évident que l’État hébreu montre une singulière attitude à l’égard d’un peuple enfermé dans une souffrance indescriptible et qu’il contribue à accroître davantage cette souffrance.

Françoise

Croyez-vous que nous allons entendre la voix de la France trancher ce grand silence ? Vous avez une formule lapidaire qui résume assez bien la situation : On stigmatise l’Iran qui « voudrait rayer Israël de la carte », on pardonne tout à Israël qui « raye » tout un peuple.

Merci

Pierre R. Chantelois

20 09 2007
Françoise

Pierre,

 » […] entendre la voix de la France trancher ce grand silence ? »

La France dit : Sanctions, sanctions, sanctions, et guerre possible si l’Iran n’obtempère pas. La France ne dit pas : Sanctions, sanctions, sanctions, pour toutes les résolutions de l’ONU (plus de deux cents je crois bien) qui n’ont jamais été respectées par Israël.

(Israël a mené un raid aérien sur une cible non identifiée en Syrie le 6 Septembre dernier… Le silence international a été assourdissant).

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