Arche de Zoé – Les humanitaires ont-ils été dénoncés par le Quai d’Orsay ?

31 10 2007

Pascale Andréani, porte-parole du Quai d’Orsay, a précisé le déroulement des événements en ces termes : « […] quand on a eu l’impression par l’appel des familles (françaises, NDLR) que l’opération allait se faire, on a (…) prévenu la police tchadienne ». La porte-parole a cependant précisé qu’il n’y avait pas de preuve d’un lien de causalité entre cette alerte et les interpellations . Selon Le Monde, « ce message a été transmis via l’ambassade de France à N’Djamena », a-t-elle ajouté, tout en reconnaissant que « les informations françaises ne portaient pas sur l’opération stoppée deux jours plus tard, dont Paris affirme ne pas avoir eu connaissance à l’époque, mais sur les « projets très généraux » de l’association ». Les humanitaires ont-ils été dénoncés par le Quai d’Orsay ? La secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme, Rama Yade, soutient qu’elle « avait pris la mesure de la chose et, avec le Quai d’Orsay, a pris tous les contacts nécessaires pour [la] stopper ». « On ne peut pas aller enlever des enfants, on ne peut pas acheter des enfants, on ne peut pas sortir des enfants, les déraciner de leur pays, sans s’assurer qu’ils n’ont pas de famille sur place », a-t-elle insisté. L’agence Capa a demandé la libération immédiate de son journaliste, Marc Garmirian. « Marc Garmirian faisait une enquête sur l’Arche de Zoé et l’opération Rescue Children à notre demande. Nous sommes choqués qu’il soit assimilé à cette association alors qu’il n’était évidemment pas un acteur, mais un observateur », a déclaré le Pdg de Capa, Hervé Chabalier. Selon l’AFP, la France est apparue soucieuse de limiter avant tout les éventuelles répercussions diplomatiques de cette affaire qui reste entourée de nombreuses zones d’ombre et a suscité la fureur des responsables tchadiens. Ainsi que celle de l’Opposition en France. Lors d’une conférence de presse à Marseille, les avocats de l’Arche de Zoé ont dénoncé « la dimension politique » de l’affaire, niant qu’il y ait eu enlèvement.

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Ce qui caractérise le mieux le Tchad, vingtième pays au monde par sa superficie, est, bien évidemment, le clivage du Nord et du Sud – le Tchad est divisé en 14 régions -, d’un Nord et d’un Sud très distincts et historiquement antagonistes. Ses frontières actuelles résultent de négociations entre Français, Anglais et Allemands dans les années 1880. Placé sous protectorat français à partir de 1900, le Tchad fut érigé en colonie en 1920 dans le cadre de l’AEF (Afrique équatoriale française).

Le Nord possède à la fois une population nomade et sédentaire, tandis que l’ensemble est très fortement islamisé. Le Sud, moins étendu et plus peuplé, est majoritairement sédentaire, animiste et chrétien. Le Tchad est le cinquième plus grand d’Afrique après le Soudan, l’Algérie, le Congo-Kinshasa et la Libye. En 2007, sa population est évaluée à 8.9 millions d’habitants répartie en de nombreux groupes ethniques dont les principaux sont les Sara (27,7 %), les Arabes (12,3 %), les Mayo-Kébbi (11,5 %), les Kanem-Bornou (9 %), les Ouaddai (8,7 %), les Hadjarai (6,7 %) et plusieurs autres.

Devenu république autonome en 1958, le Tchad accéda à l’indépendance le 11 août 1960 sous la présidence de François Tombalbaye. Celui-ci dut bientôt faire face à la révolte des populations du Nord, en majorité musulmanes, ce qui l’amena à solliciter l’aide des troupes françaises en 1968. Après l’échec d’un projet de fusion entre le Tchad et la Libye en 1981, les troupes libyennes se retirèrent dans le cadre d’un accord conclu avec le gouvernement français. En 1982, Goukouni Oueddei fut renversé par Hissène Habré. En 1990, Hissène Habré fut chassé du pouvoir par Idriss Déby Itno, qui est en place depuis lors.

Idriss Deby, président depuis 1990, est, selon Human Right Watch, le dernier d’une longue lignée de dirigeants (du Nord pour la plupart) arrivés au pouvoir par des moyens militaires et avec le soutien de puissances étrangères. La Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a vu le jour dans les années 1990. Mais elle souffre malheureusement encore d’un manque aigu de moyens et de publicité. Une bonne partie de la population n’est pas au courant de son existence et elle n’est pas du tout présente dans les provinces. Les organisations des droits de l’homme et une partie de la presse accusent souvent la CNDH de pencher en faveur des autorités, ce qui ne contribue pas à améliorer son image auprès de la population.

Mallouma Alhay écrit dans le Tachdforum.com : « C’est maintenant depuis plusieurs décennies que le Peuple Tchadien vit une dictature sanglante sans précèdent. Idriss Deby, le dictateur actuel du Tchad, a accédé au pouvoir en 1990 par un coup de force suite au soutien actif du réseau France-Afrique dont le gourou était alors Mitterrand ». Et l’auteur constate que : « Dès son accession à la tête de cet État, il n’a cessé de faire subir à l’ensemble de ses concitoyens l’oppression, interdiction du droit à l’expression par l’instauration successive de l’état d’urgence, élimination des opposants à son pouvoir, bref une véritable dictature ».

Sur le rôle de la France, Mallouma Alhay se montre, sur ce même forum, le Tachdforum.com, cinglant : « Redire aujourd’hui que l’État français soutient et entretient le régime actuel n’est un secret pour personne. A l’heure où nous rédigeons cette petite contribution, avec le soutien technique et stratégique du dispositif militaire français stationné au Tchad, des centaines de vies humaines sont en train de périr sous les balles des milices du régime clanique au pouvoir. […] La Force française au Tchad est devenue un véritable levier de la dictature ».

Pour Felix Ngoussou, force est de constater que : « le Tchad n’a jamais connu jusqu’à nos jours une ère réellement démocratique, qu’elle soit représentative ou participative. Les premiers élans, les premiers balbutiements dès l’indépendance en 1960, sont restés jusqu’à présent à leurs phases d’enfantement qui perdure ». Et les interrogations de monsieur Ngoussou laissent songeur : « Pourquoi comme à l’accoutumée, la communauté internationale ne regarde-t-elle pas le Tchad avec le même empressement qu’elle manifeste pour les autres pays africains en conflit ? […] Comment repenser le Tchad avec une jeunesse sans culture politique par la faute de ses leaders ? » (Tachdforum.com).

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L’« affaire française » au Tchad

Seize (16) Européens – neuf humanitaires et journalistes français, ainsi que sept membres d’équipage espagnols
- sont placés en garde à vue depuis jeudi à Abéché, dans l’est du pays proche du Soudan, alors qu’ils s’apprêtaient à transférer les enfants en France à bord d’un vol charter. Cette « affaire » découle d’une initiative de l’Arche de Zoé qui a tenté de faire rapatrier 103 enfants – 81 garçons et 22 fillettes âgés d’un à dix ans – en provenance du Tchad et du Darfour. « Le but, c’était de leur obtenir le droit d’asile. L’équipe sur place a donc récupéré des documents attestant que les enfants sont darfouris et orphelins. Sans ces papiers, ils auraient été renvoyés dès leur arrivée en France », assure le porte-parole de l’Arche de Zoé.

La France est apparue soucieuse de limiter avant tout les éventuelles répercussions diplomatiques de cette affaire. Le président Nicolas Sarkozy en tête a condamné cette opération qualifiée d’ « illégale et d’inacceptable ». Conforté par l’appel téléphonique du président de la république française, le président Idriss Deby dramatise volontairement la situation à des fins politiques en évoquant un trafic d’organes ou un réseau pédophile. Le président Deby s’est demandé s’ils avaient l’intention de « vendre » les enfants ou de « les tuer et enlever leurs organes ».

« C’est une opération complètement illégale », a affirmé l’ambassadeur de France, à N’Djamena, Bruno Foucher, au sujet du projet « Children Rescue ». « Les membres de Children Rescue qui ont participé à l’ensemble de cette manipulation illégale répondront de leurs actes au Tchad », a-t-il ajouté. Veronique Taveau, porte-parole de l’UNICEF, a rappelé sur BBC Afrique qu’une telle opération contrevenait à la convention internationale sur l’adoption de 1993. La priorité doit être de maintenir l’enfant dans son pays et à la recherche de leur famille.

Le président Idriss Deby a, dimanche dernier, convoqué toutes les représentations diplomatiques à Abéché pour qu’elles puissent, explique une autorité locale, constater de leurs yeux la gravité de la situation. En présence des membres des organisations humanitaires internationales et de ministres tchadiens, la délégation a fait le tour des installations de l’association l’Arche de Zoé. Dans l’une des maisons utilisées par l’opération « Children Rescue » montée par l’Arche de Zoé, la délégation a pu voir une salle avec des matelas et des jouets à même le sol. Le mur est constellé d’empreintes de pieds et de mains d’enfants réalisées à la peinture colorée, avec à chaque fois le nom de leur auteur. « Ce sont des pièces à conviction », s’est borné à dire un haut responsable de la région.

Paris a amorcé une série de contacts diplomatiques avec le Tchad et le ministère français des Affaires étrangères a mis en place une « cellule de crise » sous la houlette de la secrétaire d’État Rama Yade, chargée de « suivre les conséquences humanitaires de l’opération montée par l’association » française, et notamment « la situation sanitaire et l’état psychologique des 103 enfants qui devaient être transportés en France en toute illégalité ». Le chef de la diplomatie française Bernard Kouchner, au cours d’un entretien téléphonique avec le président tchadien Idriss Deby Itno, a attiré son attention sur la situation des personnes détenues et a exprimé, par ailleurs, sa disponibilité et celle de Mme Rama Yade à se rendre au Tchad.

La France a eu vent de l’opération dès juillet. Rama Yade, la secrétaire d’État aux droits de l’homme, a affirmé que Paris avait fait « le maximum » pour éviter sa réalisation. « Qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? Qu’on mette les menottes (au président de l’association) ? Sur quelles bases ? Nous, on a fait tout ce qui était en notre pouvoir pour qu’il ne mène pas cette opération », a-t-elle expliqué. Jacques Wilmart, le pilote belge qui a acheminé des enfants depuis la frontière tchado-soudanaise vers Abéché, affirmait samedi, sur Europe 1, que les autorités tchadiennes étaient au courant du projet de l’Arche de Zoé. Il est sous arrêts depuis.

Aux dernières nouvelles, les 9 français, c’est à dire les membres de l’association et les journalistes ont été inculpés d’enlèvement de mineurs et d’escroquerie. Les sept espagnols de l’équipage de l’avion qui devaient transporter les enfants ont été eux inculpés de complicité. Quant au pilote belge qui a acheminé une partie des enfants de la frontière tchado-soudanaise à Abéché, il est depuis dimanche placé en garde dans l’attente lui aussi d’une éventuelle inculpation. Vous trouverez dans cette émission de LC1 les premières bribes de reportage du journaliste de l’agence Capa qui émettait déjà des doutes sur l’opération.

Il semblerait de plus que, selon LC1, l’Aviation civile tchadienne a délivré le 22 octobre une autorisation de survol et d’atterrissage à l’avion affrété par l’Arche de Zoé en vue d’une « évacuation sanitaire ». Selon un responsable de l’Aviation civile, les autorités ne savaient pas qui concernait cette évacuation et font remarquer que l’appareil qui a atterri à Abéché n’était pas celui pour lequel l’autorisation a été émise.

Réactions au Soudan : les autorités soudanaises ont annoncé dimanche la constitution d’une commission d’enquête officielle sur les enfants. La commission est formée par des représentants des ministères des Affaires étrangères, des Affaires sociales et de l’organisme officiel appelé le Conseil national de l’enfance. La secrétaire générale de cet organisme, Amira el-Fadel, a vivement dénoncé ce qu’elle a qualifié d’opération de « trafic d’enfants », tandis que le ministre de l’Intérieur, Zoubeir Béchir Taha, a remercié le Tchad pour avoir empêché le départ de ces enfants en France.

En Espagne, le secrétaire d’Etat espagnol aux Affaires étrangères Bernardino Leon a déclaré mardi 30 octobre que l’Espagne est « en désaccord » avec l’inculpation des sept Espagnols retenus au Tchad et accusés de complicité d’enlèvement de mineurs dans l’enquête sur la tentative controversée de transport de 103 enfants vers la France par l’association française Arche de Zoé. L’Espagne avait demandé lundi le respect de la présomption d’innocence, alors que Paris s’est vivement désolidarisé de l’association.

Dans cette fureur et ces clameurs, un commentateur tchadien, Félix Ngoussou, analyse cette « affaires française » sur le Tachdforum.com : « La tragédie du Darfour et du Tchad au cours de laquelle plus de 103 enfants ont failli traversé la frontière du continent africain , sous l’emprise de l’aventure morbide et courageuse de la nature humaine est une épisode sinistre qui illustre à la fois deux réalités cyniques, les unes plus sordides que les autres, somme toute en étroite corrélation. D’une part, la résistance a l’aspect participatif de notre système politique, et de l’autre, la source même de ce phénomène inhumain, la politique de la pauvreté ». Félix Ngoussou poursuit ainsi sa réflexion que lui inspire l’« affaire » : « Au delà du sensationnalisme effroyable des caméras de l’ONU, rien de substantiel n’est avancé sur ce spectacle honteux. Le comment, le pourquoi d’une telle épouvante, les causes racines d’une telle horreur semblent déranger plus d’un ».

Et dans ce commentaire, sans condamnation féroce qui se voudrait au-dessus des clameurs et des jugements téméraires, il y a cette force tranquille du sage : « Il est de notre responsabilité sociale et humaine d’œuvrer et d’insister pour que les services adéquats soient offerts à toute la population. Qu’elle soit accompagnée et écoutée. Au lieu de faire peur, nous devons tous rassurer. A ce compte, la population attend de l’État et de ses nouveaux partenaires sociaux un revirement de conscience, la fin des complexes et des discriminations. Elle s’attend à devenir un partenaire à part entière pour produire et aider la nation à réussir. C’est là l’idée d’un État légitime, engagé sur la route de la modernité et de progrès. Le combat de la dignité et de l’honneur passe inévitablement par la fin des spectacles abominables de nos compatriotes exhibés en haillons sur les caméras étrangers comme des extra-terrestres. Les voyages clandestins sont un reflet de nous-mêmes, de notre société. Ce sont les vestiges d’un temps d’esclavage interne et externe. Ils mettent en évidence la dénaturation de notre vertu et expose la pauvreté de notre univers et de notre esprit ».

Alors que la France condamne sans ménagement ses ressortissants, retenus au Tchad, il se trouve des voix là-bas qui s’interrogent avec nuance : « Au-delà de la manière dont ces enfants ont failli quitter le Tchad, il est permis de se demander s’il faut se réjouir que les autorités tchadiennes aient fait échouer ce voyage ou le regretter ? », écrit Seid Mahmoud sur le Tachdforum.com.

À défaut de la France, la modération, dans cette affaire, viendrait-elle du Tchad lui-même. Pour Seid Mahmoud : « État défaillant, le Tchad est aujourd’hui incapable de donner le minimum de sécurité à ses enfants, surtout les plus vulnérables. Ni programme d’éducation, ni programme de santé. Combien d’enfants tchadiens ou du Darfour meurent chaque jour faute de soins parce qu’atteints de maladies aisément curables telles que le paludisme ? Combien de ces enfants, supposés enlevés, allaient à l’école et étaient décemment nourris ? Dans ces conditions, doit-on intenter des procès à des étrangers qui, eux au moins, se préoccupent de la vie de ces enfants et veulent bien leur offrir un avenir ? Et pour qu’il y ait procès, il faut bien un système judiciaire responsable ; ce qu’on n’a pas au Tchad ».

Après les déclarations des autorités françaises qui condamnent prestement les humanitaires de l’Arche de Zoé, quelle garantie ces derniers auront-ils d’un procès juste et équitable ? Pour Seid Mahmoud, moins téméraire dans la condamnation publique, pose, à son gouvernement, des questions qui resteront, sans doute, sans réponses : « Peut-on nous dire si les parents de ces enfants se sont plaints que leur progéniture leur a été enlevée contre leur gré ? Combien d’enfants de cet âge se retrouvent sans abri, errant dans les rues au Tchad et dans les camps de déplacés du Darfour ? Veut-on que tous ces enfants grandissent sans éducation, s’ils ne meurent pas avant de maladie et de malnutrition ? En allant dans des familles d’accueil en France, ces enfants allaient avoir un avenir ».

« Selon l’UNICEF, ce qui s’est passé était à la fois illégal et totalement irresponsable », a déclaré la porte-parole du Secrétaire général lors d’un point de presse. Seid Mahmoud s’interroge : « Que vont-ils devenir maintenant que la lueur d’espoir qui perçait pour eux s’est estompée ? » Voilà le vrai débat autour de l’affaire du Tchad.

En terminant, il convient de laisser la parole à Son Excellence, Monsieur IDRISS DEBY ITNO Président de la République du Tchad, qui déclare sur son site officiel ce qui suit : « Le monde entier est témoin de ce qui s’est passé à Abéché. C’est une chose que nous n’avons jamais imaginée, elle est contraire à notre tradition, à nos us et coutumes. Cela ne s’est jamais produit dans notre pays. C’est un enlèvement pur et simple des enfants à l’insu de leurs parents pourtant vivants par des organisations dites humanitaires installées dans notre pays. Elles ont trompé la vigilance des autorités administratives, avec la complicité active des compagnies aériennes européennes. Ce sont des enfants de bas âge, d’un à dix ans, contre leur gré, contre l’avis de leurs parents. On a trompé leurs parents pour vouloir les amener en Europe. Est-ce que c’est pour les vendre à des pédophiles ? Ou bien pour enlever leurs organes afin de les revendre ? Ces images que j’ai vues, je n’aimerai jamais les revoir dans ma vie. Je suis vraiment traumatisé ! Et ceci est inadmissible au 21ème siècle. Le monde entier doit être témoin. Nous allons prendre toutes les dispositions administratives et juridiques pour faire la lumière sur cet enlèvement d’enfants tchadiens et soudanais. Sur la liste que j’ai consultée, ce sont 113 enfants concernés. 103 sont présents, 10 sont absents. Peut-être qu’ils ont déjà été envoyés en Europe. Je demande à l’Union européenne de pendre toutes les mesures nécessaires pour que les organisations européennes qui viennent en Afrique ne commettent plus des actes inimaginables, des horreurs, des crimes contre de petits enfants. Ecoutez-les. Ils pleurent. Ils cherchent leurs parents. Ce n’est pas possible ! Nous devons faire la lumière, toute la lumière sur ce crime odieux contre ces enfants ».

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Afghanistan – « C’est vous, Canadiens, qui êtes responsables de la torture… » (La Presse)

30 10 2007

« L’art de la guerre, qui est l’art de détruire les hommes, comme la politique est celui de les tromper ». Jean le Rond d’Alembert – (Mélanges littéraires)

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A Montréal, quelque 300 personnes ont, ce dimanche, répondu à l’appel du Collectif Échec à la guerre pour demander le retrait immédiat des troupes canadiennes de l’Afghanistan. Le leader spirituel tibétain, le dalaï lama, est à Ottawa pour recevoir les honneurs du gouvernement canadien. Il est fait Citoyen honoraire du Canada, une distinction honorifique rarement attribuée qu’il partage avec Nelson Mandela et l’opposante birmane Aung San Suu Kyi. Devant un auditoire d’Ottawa, ce même dimanche, il a répété que le message qu’il avait livré à George W. Bush était : « Quant à vos politiques, j’ai certaines réserves ». Le dalaï lama a déclaré que si le sujet de l’Afghanistan était évoqué, il dirait à M. Harper que « la non-violence est la meilleure voie pour régler les problèmes ». C’est dire qu’il a des réserves sur la politique du Canada en Afghanistan.

Le quotidien de Montréal, La Presse, vient de publier le premier volet d’un reportage percutant qui a trouvé écho jusqu’à la Chambre des Communes, à Ottawa. La journaliste, Michèle Ouimet, est à Kandahar. Elle rappelle que le Canada a, au printemps dernier, conclu une entente avec le gouvernement d’Hamid Karzaï sur l’échange de prisonniers. Le 23 avril dernier, le Globe and Mail avait écrit que la majorité des prisonniers capturés par les Canadiens étaient torturés par les autorités locales. Cette révélation avait fait scandale. Pris au dépourvu, le Canada a immédiatement signé une entente avec le gouvernement afghan afin de se donner bonne conscience que les prisonniers livrés entre leurs mains seraient traités avec dignité.

La journaliste Michèle Ouimet est sur place pour vérifier l’application de ce protocole par suite des révélations choc du Globe and Mail. Ses conclusions sont impitoyables : « Même si Ottawa a conclu une entente avec le gouvernement afghan au printemps, les prisonniers capturés par les soldats canadiens sont encore torturés dans les locaux des services secrets à Kandahar ». Pour appuyer ce verdict, elle a rencontré trois prisonniers afghans qui ont raconté le cheminement qu’ils ont dû suivre avant de se retrouver entre les mains de leurs geôliers.

« En août, a raconté l’un d’eux, des soldats sont entrés chez moi, le soir, et ils m’ont arrêté avec six autres personnes. Ils nous ont accusés d’être des talibans. Nous avons passé 12 jours dans la prison de la base militaire, a précisé le détenu. Les soldats nous ont interrogés une seule fois et nous avons été bien traités ». Les soldats les avaient emmenés au quartier général des Forces spéciales américaines, à Kandahar, avant de les transférer à la base militaire de l’OTAN où sont stationnées les troupes canadiennes.

Puis les prisonniers ont été transférés aux services secrets, le NDS (National Directorate Security). Michèle Ouimet explique que dès lors les choses se sont gâtées. « Les Canadiens nous ont dit de ne pas avoir peur », a poursuivi le prisonnier. « Ils nous ont donné un document qui affirmait qu’il n’y avait plus de torture en Afghanistan. Les gens des services secrets l’ont déchiré et ils me l’ont jeté à la figure. Ils m’ont torturé pendant 20 jours. J’ai protesté, j’ai dit que les Canadiens m’avaient promis qu’il ne m’arriverait rien. Ils m’ont répondu : On n’est pas au Canada ici, on est chez nous! Les Canadiens sont des chiens! ‘ Les services secrets n’écoutent personne, ni Karzaï ni le Canada ».

Ces révélations ont fait bondir les partis de l’Opposition au parlement canadien. Le débat reprenait de plus bel sur les tortures avérées des prisonniers livrés au gouvernement afghan. La journaliste soutient même que, selon la Commission afghane des droits de la personne, la torture existe toujours, mais la situation s’est améliorée depuis que le Canada est intervenu au printemps. « Environ le tiers des prisonniers sont encore torturés et l’OTAN le sait », a affirmé un porte-parole, Shamuldin Tanwir. « Les Canadiens nous donnent une enveloppe scellée avec les noms des prisonniers capturés. Le problème, c’est que cette liste ne correspond jamais à celle des services secrets ». Pressé de questions aux Communes, le ministre des Affaires étrangères, Maxime Bernier, a répété que l’entente conclue au printemps dernier entre le Canada et l’Afghanistan est l’une des meilleures au monde. Selon le ministre, ce genre d’allégation est pure propagande talibane.

Les prisonniers afghans passent des mains des Canadiens aux services secrets, puis directement à la prison de Sarpoza. Sans juge, ni procès, ni avocat. Michèle Ouimet a visité cette prison. Sarpoza est insalubre et surpeuplée. Elle accueille 1200 hommes et une poignée de femmes. Chaque cellule compte 18 détenus. Ils dorment sur des nattes jetées sur le ciment. Seul le chef des prisonniers a un lit. Il n’y a ni eau chaude ni chauffage. L’hiver, les cellules sont glaciales. Le thermomètre chute à moins 10. « C’est vous, Canadiens, qui êtes responsables de la torture… », a lancé l’un de ces prisonniers.

Avant l’enquête publiée par la journaliste Michèle Ouimet, l’Unicef avait publié des résultats inquiétants : « Depuis la chute du régime Taliban, les progrès en faveur des enfants ont été considérables. La couverture des vaccinations élémentaires est passée de 56 pour cent en 2001 à 90 pour cent en 2006. L’inscription dans les écoles est également bien supérieure. Un tiers des enfants inscrits sont des filles, alors qu’elles ne représentaient que 3 pour cent sous le régime Taliban. Cependant, la résurgence de l’insécurité, dans le sud du pays en particulier, a provoqué la fermeture de nombreuses écoles et les travailleurs humanitaires ne peuvent parfois pas atteindre les familles les plus défavorisés dans les zones critiques. « Au moins 78 districts ont été classés par l’ONU comme extrêmement dangereux, et inaccessibles pour les travailleurs humanitaires de l’ONU », indique le communiqué. Les combats entre les talibans et la force multinationale, la multiplication des attentats suicides et des opérations armées contre des écoles « font que la situation des enfants afghans est aujourd’hui la plus dangereuse depuis 2002 », estime Martin Bell, ancien journaliste de la BBC devenu ambassadeur de l’Unicef pour les urgences humanitaires.

Comme si cela n’était pas suffisant, de nouvelles données permettent d’apprendre, selon la Presse canadienne, que des centaines de soldats canadiens de retour d’Afghanistan souffrent de divers troubles mentaux liés à leur déploiement. Environ 28 pour cent des 2700 soldats des Forces canadiennes examinés à leur retour du pays déchiré par la guerre montraient les symptômes d’un ou de plusieurs troubles mentaux, incluant la dépression nerveuse, les attaques de panique et les tendances suicidaires.

« C’est significatif, mais c’est proportionnel à la nature difficile de l’opération », a affirmé le Dr Mark Zamorski, responsable de la section de la santé du déploiement militaire, lors d’un entretien accordé depuis Ottawa, au sujet des données qu’il a compilées au mois d’août. Environ 17 pour cent du groupe de soldats canadiens, qui souffrent de divers troubles mentaux liés à leur déploiement en Afghanistan, montrent des signes de consommation excessive d’alcool, 5 pour cent montrent des symptômes du syndrome de stress post-traumatique, ou SSPT, et 5 pour cent montrent des symptômes de dépression majeure.

Un responsable des affaires des vétérans a confirmé que, depuis l’intervention militaire du Canada en Afghanistan il y a cinq ans, le nombre de ceux qui reçoivent des soins pour un trauma auprès de son département a augmenté de 1.800 à 6.500 personnes. Ce qui est plus choquant est le fait que les autorités militaires ne soient au courant que de peu de cas de soldats aux prises avec des troubles mentaux car les Forces canadiennes ne disposent pas d’un système d’information comportant des données sur l’état de santé des soldats pendant une longue période et compilant des données de toute provenance. Les soldats sont envoyés dans des zones à haut risque sans qu’il y ait un suivi nécessaire sur l’évolution de leur santé mentale. Or, ces soldats sont supposés être examinés dans un délai de 90 à 180 jours, une fois rentrés d’Afghanistan. Ce qui n’est pas fait.

Pendant ce temps, les pays de l’Otan ergotent. Si l’Australie a exclu tout retrait à court terme de son contingent déployé en Afghanistan, il en reste pas moins que son engagement militaire en Irak et en Afghanistan est contesté par l’opposition, et cela en pleine campagne pour les élections législatives du 24 novembre. Le ministre français de la Défense, Hervé Morin, a appelé les membres de la coalition en Afghanistan « à ne pas baisser les bras », à l’occasion d’une réunion avec ses homologues de l’Otan à Noordwick. « Le signe que donnerait un pays en réduisant ses forces serait extrêmement négatif pour la totalité des pays engagés en Afghanistan », a-t-il poursuivi, mettant en garde contre « un risque d’effet dominos ».

Comme l’écrit La Vanguardia, citée par Courrier international : « Les appels à ce que les pays de l’OTAN envoient davantage de troupes pour renforcer les contingents des Etats-Unis, du Royaume-Uni, du Canada et des Pays-Bas, ont rencontré l’opposition de la majorité de leurs alliés et surtout de l’Allemagne et de l’Espagne, qui affirment que leurs troupes sont là-bas pour reconstruire. L’origine du problème est, qu’au début de la guerre, les Etats-Unis n’ont pas accepté l’aide de l’OTAN, car ils avaient l’objectif de remporter la guerre en trois mois. Plus tard, ils ont demandé l’aide de l’OTAN pour reconstruire le pays. (…) Mais la situation en Afghanistan s’aggrave de jour en jour, au point que l’on peut parler d’une recrudescence de la violence. Pour autant, les membres de l’OTAN limitent leur aide à l’engagement déjà pris et à l’envoi d’instructeurs pour la formation des troupes afghanes ».

Une question en terminant : le Canada est-il, diantre, le seul pays de l’Otan à débattre et à s’inquiéter du sort des prisonniers afghans livrés aux mains des despotes du gouvernement ?

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Pour la ministre Christine Boutin, exclusion ou inclusion, c’est selon les circonstances.

29 10 2007

Madame Christine Boutin, ministre, peut-elle invoquer un droit à l’exclusion dans un débat public ?

Selon Chrétienté Info, Carole Bouquet, soutenant les « mal logés » du DAL, a critiqué le fait que Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville, ne se soit pas rendu rue de la Banque. En réponse, la ministre répond, par voie de communiqué : « Je ne pense pas que l’instrumentalisation de la pauvreté soit la bonne méthode pour résoudre le problème du logement en France ».

Par contre, madame la ministre du Logement et de la Ville accepte volontiers l’invitation de Paul Amar de venir débattre de la question à son émission, Revu et Corrigé, dont l’objectif consiste à décrypter l’activité des médias. Elle ne semble pas y voir là une « instrumentalisation de la pauvreté ». Florence Aubenas, journaliste au Nouvel Observateur, est également présente. En cours d’émission, elle révèle que la ministre du logement, Christine Boutin ne souhaite pas la présence de Jean-Baptiste Heyraud, porte-parole du DAL (Droit au Logement). Le directeur du cabinet, par qui cette décision arrive, informe le rédacteur-en-chef de l’émission que la ministre du logement et de la ville n’entend pas discuter avec Jean-Baptiste Heyraud de la question des mal-logés de la rue de la Banque (IIe).

Prise au dépourvu, la ministre laisse échapper le mot : « traquenard ». « Quand quelqu’un ne veut pas débattre, on en tient compte », explique Paul Amar pour expliquer l’absence du porte-parole du DAL. « Effectivement, on avait pensé à un débat mais on a fait comprendre à notre rédacteur en chef Pascal Petit que vous ne souhaitiez pas débattre avec Heyraud », a ajouté l’animateur en s’adressant à la ministre. Selon imédias : « ce n’est pas la première fois qu’un programme de télévision est accusé de satisfaire aux demandes de certains politiques en ce qui concerne le choix des intervenants ».

La journaliste du Nouvel Observateur, Florence Aubenas, explique son intervention à l’émission de Paul Amar sur le site internet de l’hebdomadaire : « L’émission de Paul Amar est une émission qui explique le fonctionnement des médias. Il faut donc expliquer aux gens comment les gens sont invités et dans le cas présent pourquoi ils ne sont pas sur le plateau. Le débat ne doit pas avoir lieu dans les coulisses. En France, les débats sont publics et démocratiques. Le public devait savoir pourquoi Jean-Baptiste Eyraud était absent du débat. Il n’est pas normal que l’entourage d’un ministre, ou que le ministre lui-même, interdisent à quelqu’un le droit de venir dire ce qu’il a à dire. Ce n’est pas normal, on ne peut pas laisser faire ça ».

Madame Boutin a son propre blogue. L’information n’y est pas prioritaire. La dernière mise-à-jour relève du 25 août 2007. Deux commentaires ont été ajoutés le 28 août 2007. Pourtant, madame Boutin fonde son blogue sur ce leitmotiv fort honorable : « l’être humain, priorité absolue ». Pour connaître l’horaire de madame Boutin, ce n’est pas non plus le lieu approprié. La dernière inscription relève du 30 août 2007. En haut de page, l’inscription est sans équivoque : L’Agenda du Ministre! Depuis, rien.

Sur la fiche de la ministre, à l’Assemblée nationale, aucune inscription n’a été enregistrée sous la rubrique « Travaux parlementaires ». Aux sous-rubriques Questions, Propositions de loi et de résolution, Rapports, Interventions en séance, Interventions en réunions de commission, c’est le néant. C’est à se demander à quoi peut bien servir une telle rubrique et si la ministre consulte cette page qui la concerne.

Pour connaître le dernier document officiel émis par la ministre et son ministère, il faut se rendre sur le site du gouvernement qui a mis en ligne Le Plan grand froid 2007-2008 ou le dernier discours de madame Boutin diffusé dans la circulaire hivernale du 19 octobre 2007. Au cours de ce discours, madame Boutin soulignait en ces termes le rôle et l’objectif qu’elle se donne : « L’abbé Pierre disait joliment qu’il voulait être la « puce asticotteuse » qui empêcherait que les consciences ne s’endorment. C’est modestement le rôle que j’entends jouer au sein du gouvernement. Le président de la République connaît mon combat et je le remercie pour le soutien qu’il a bien voulu m’apporter avant hier au Conseil économique et social ». La ministre parle de partenariat : « J’ai décidé de mettre tout le monde autour de la table : des élus, des associations de lutte contre les exclusions, des représentants de riverains et enfin – car c’était primordial à mes yeux – des personnes accueillies dans les centres d’hébergement ». Bon, inclusion ou exclusion, c’est selon.

En cours d’émission, madame la ministre a défendu sa position en indiquant qu’elle avait rencontré, la veille, donc le vendredi 26 octobre 2007, au ministère, monsieur Jean-Baptiste Heyraud, porte-parole du DAL (Droit au Logement). Sur le site du ministère du Logement et de la Ville, sous la rubrique Agenda de la ministre, rien ne confirme une telle rencontre. Probablement une erreur de fonctionnaire.

Pour revoir l’épisode de Revue et corrigé, rendez-vous sur imédias.

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L’engrenage

28 10 2007

 

 

Sans cesse le progrès,

roue au double engrenage,

Fait marcher quelque chose en écrasant quelqu’un.

Victor Hugo

 

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Afghanistan – Des mercenaires à la solde du Canada

27 10 2007

Selon un sondage Strategic Counsel-The Globe and Mail, paru le 28 août dernier, 58 pour cent des Canadiens jugent Stephen Harper « trop à droite », alors que 53 pour cent estiment qu’il suit aveuglément George W. Bush. Même si 67 pour cent soulignent son leadership, ils sont 59 pour cent à le trouver trop partisan. Faut-il s’en surprendre ? Ce gouvernement nous soumet à une véritable crise de confiance. Dans le discours du trône, le gouvernement s’est montré de plus en plus déterminé à faire en sorte que la mission actuelle, en Afghanistan, soit prolongée jusqu’en 2011, malgré l’opinion publique canadienne qui lui est nettement défavorable. Jean Saint-Cyr, de l’Acadie Nouvelle, concluait en ces termes un récent éditorial : « Si les politiciens continuent de prendre les électeurs pour des cruches, ils pourraient bien être l’objet de la revanche des urnes ».

Nouvelle crise en vue sur l’Afghanistan. D’abord l’Otan : les États-Unis ont demandé à leurs alliés européens, lors d’une réunion aux Pays-Bas des ministres de la Défense, d’augmenter leur effort militaire en Afghanistan et de serrer les rangs face aux pertes croissantes infligées par les talibans . Près de 185 des 40.000 soldats de la Force internationale d’assistance à la sécurité (Isaf) y ont péri cette année. Ensuite, la présence du Canada en Afghanistan. L’Ambassadeur du Canada, en Afghanistan, Arif Lalani, se veut rassurant : « Dans de nombreuses missions du Canada à l’étranger, le gouvernement du Canada confie à des entreprises locales la responsabilité d’assurer la sécurité de ses installations. Cela n’a rien d’inhabituel. L’entreprise chargée de la sécurité de l’ambassade de Kaboul, à savoir Saladin Security Afghanistan Ltd., assure un périmètre de sécurité et sert de premier point de contact pour le contrôle de sécurité des visiteurs. Toutefois, cette entreprise ne fournit pas de services de garde rapprochée ».

Le ministre des Affaires extérieures, Maxi­me Bernier, se veut rassurant : « Le Canada n’embauche pas des mercenaires, mais plutôt des « gardes de sécurité traditionnels » soumis aux lois de l’Afghanistan pour protéger son personnel diplomatique et les visiteurs à Kaboul ».

Le premier ministre Stephen Harper s’est montré rassurant : « les gardes en place à Kaboul ont des responsabilités comparables à ce qui se fait ailleurs dans le monde ». « Des tas de services de ce genre sont effectués pour n’importe quel édifice fédéral, soit ici ou à l’étranger », a-t-il fait valoir.

Comme en Irak, par exemple ? Le Globe and Mail révélait lundi que l’ambassade canadienne à Kaboul était protégée par des gardes lourdement armés embauchés par la britannique Saladin Security.

Informations confirmées par Le Devoir qui ajoute que le Canada emploie Saladin Security Afghanistan Ltd. pour protéger son ambassade et ses dignitaires à Kaboul. Cette firme aurait déjà participé à différentes opérations de façon clandestine. Il s’agit en effet de paramilitaires, dont le statut juridique international demeure imprécis. Seulement une trentaine de soldats canadiens sont en poste à Kaboul. Peu équipés, ils ne peuvent répliquer à des attaques d’insurgés et escortent rarement des convois de dignitaires.

Par ailleurs, le ministre de la Défense, Peter MacKay, a confirmé qu’Ottawa faisait appel à Blackwater pour des besoins précis. Pour en savoir plus, Le Devoir nous apprend qu’Ottawa a fait appel à cette firme américaine pour entraîner certains soldats canadiens en Afghanistan. Le ministère de la Défense a notamment envoyé des membres des forces spéciales au siège social de Blackwater, en Caroline du Nord, afin de raffiner leurs techniques d’escorte des convois, mais aussi pour apprendre à protéger les dignitaires et à ajuster leurs réactions lors des embuscades ou des enlèvements. Pourquoi retenir les services de firmes indépendantes, comme Saladin, si des membres des forces spéciales sont formés pour faire précisément ce travail ?

L’opposition s’en inquiète. Ni les libéraux, ni les néo-démocrates, ni les bloquistes n’ont été rassurés par les réponses du gouvernement et ils s’inquiètent de voir le Canada entretenir des liens avec des agences aussi controversées que Saladin et Blackwater. Le gouvernement s’affaire à rassurer tant l’opposition que la population. Il n’y aurait pas de mercenaires embauchés par le Canada en Afghanistan. Mais il y aurait des gardes de sécurité. Nuance. Il faut croire le gouvernement sur la parole de ses ministres qui sont de bonne foi. Sauf que. A l’opposition qui réclame des détails sur le statut légal des agents et sur la latitude dont ils disposent, le ministre Ber­nier rétorque que les activités de ces firmes sont conformes « à la loi afghane ». Et, toujours selon le ministre Bernier, les mandats de ces firmes ont fait l’objet d’appels d’offres publics et tout est dans les règles.

Selon Le Devoir, la situation n’est pas exactement comme voudraient nous le faire croire le ministre Maxime Bernier et l’ambassadeur Arif Lalani : « le Canada a dépensé plusieurs millions de dollars l’an dernier pour utiliser les services de firmes de sécurité privées à travers le monde, dont certaines sont très controversées ». Les comptes publics du Canada 2007 indiquent que les compagnies Saladin Security et Blackwater ont reçu près de 1,3 million $ du ministère des Affaires étrangères du Canada durant l’année budgétaire 2006-2007. Durant cette période, au total, près de 15 millions $ ont été versés à des agences privées chargées de la sécurité dans différentes ambassades canadiennes dans le monde. « Le gouvernement fait affaire avec des firmes privées qui déploient ce qui a souvent été décrit comme les « nouveaux mercenaires ». Les employés de ces entreprises privées sont habituellement d’anciens militaires ou policiers qui sont envoyés dans des zones hostiles pour accomplir des tâches auparavant effectuées par les soldats des pays engagés dans un conflit, notamment la protection des dignitaires, la sécurité des ambassades, la force de réaction rapide en cas d’attentats ».

Le ministère des Affaires étrangères a dépensé en 2006-07 près de 15 millions de dollars – sur un budget de sécurité de 29,9 millions – auprès de différentes entreprises privées pour protéger ses ambassades et son personnel. Sur quelle base ces firmes sont-elles embauchées. Le critique du Parti libéral sur la défense nationale, Denis Coderre, réclame « une copie des contrats pour voir la validité et la responsabilité légale de ces mercenaires ». L’Ambassadeur du Canada en Afghanistan, Arif Lalani, répond : « Sur ce point, je suis convaincu que vos lecteurs comprendront que, par souci de protéger notre personnel, nous ne pouvons pas divulguer de renseignements relatifs à la sécurité opérationnelle de l’ambassade, pas plus que nous ne pouvons en discuter ». Pour le Bloc québécois : « Plusieurs d’entre elles sont soupçonnées d’avoir participé à des guerres civiles et même d’avoir soutenu des régimes dictatoriaux », a lancé le député Claude Bachand. Le gouvernement « a-t-il fait enquête sur ces mercenaires ? » a-t-il demandé au ministre Bernier sans recevoir de réponse directe. Le ministre a préféré lancer : « les libéraux eux-mêmes avaient engagé des firmes de sécurité lorsqu’ils étaient au pouvoir ».

Saladin, dont l’ancêtre KMS aurait déjà été impliquée dans des opérations secrètes en Afghanistan, en Amérique du Sud ainsi qu’en Afrique aux côtés de la CIA, entre autres, a, selon Le Devoir, plus de 2000 employés en Afghanistan, soit presque autant d’hommes que le Canada (2500 soldats) et plus que la plupart des pays de l’OTAN impliqués dans le conflit. Même s’il a souvent pointé du doigt des firmes de sécurité privées et dénoncé leurs pratiques de « cowboys », le gouvernement afghan n’a jamais dit un mauvais mot sur Saladin, d’après ses recherches.

Ce qui n’a pas été le cas en Irak. Il convient de rappeler qu’un rescapé et les proches de trois Irakiens, tués dans la fusillade du 16 septembre, à Bagdad, impliquant des employés de Blackwater, ont porté plainte contre la société privée de sécurité devant le tribunal fédéral de Washington. Le Centre des droits constitutionnels, une association de défense juridique, a relayé la plainte pour « assassinats extrajudiciaires et crimes de guerre ».

Blackwater et Halliburton sont les entreprises les plus actives en Irak, et elles possèdent une véritable armée privée, pour assurer leurs intérêts. Les deux entreprises ont des relations très étroites avec la famille Bush. Blackwater est également actif en Afghanistan, et dans les pays du bassin de la mer Caspienne. En Irak, cette compagnie et ses filiales ont développé leurs activités, dans des domaines aussi variés que le pétrole, la sécurité et les travaux publics.

Comme l’indique Sara Daniel, grand reporter au Nouvel Observateur, « le recours à ces milices pose de graves problèmes démocratiques car elles offrent le moyen, justement, de contourner les règles démocratiques et également diplomatiques. Sur le plan judiciaire, ce n’est pas la première polémique à leur encontre. Blackwater a d’ailleurs déjà commencé à répondre en attaquant les familles de victimes. Et en prenant des avocats très puissants, comme Kenneth Star, mondialement célèbre depuis l’affaire Clinton-Monica Lewinsky. Blackwater est non seulement ultra puissante en Irak, mais elle se développe aussi sur le sol américain : la société a ainsi envoyé ses hommes à la New Orléans après le passage de l’ouragan Katrina. Ces mercenaires terrifiants faits pour les guerres avaient pour mission d’empêcher les pillages avec ordre de tirer sur les pilleurs ! La société est aussi intervenue au Sud Soudan et veut maintenant envoyer ses mercenaires au Darfour ».

Une fois de plus, le Canada s’est aligné sur les États-Unis. Développement et paix, disait le Premier ministre Stephen Harper relativement à la mission du Canada en Afghanistan ?

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Les nouvelles sanctions de Washington paralyseront-elles les banques et l’économie iraniennes ?

26 10 2007

Washington ne lâche pas prise. Pas une semaine ne passe sans qu’il ne soit question de l’Iran. La secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, considère que l’Iran représente « peut-être le plus grand défi » pour la sécurité des États-Unis et le vice-président américain Dick Cheney a menacé le régime de « graves conséquences » s’il ne renonçait pas à son programme d’enrichissement d’uranium. Quant au président George W. Bush, il avait évoqué récemment un risque de « troisième guerre mondiale ». Washington annonce un nouveau train de sanctions contre l’Iran. Les banques sont visées. Objectif : neutraliser le Guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei et les Gardiens de la révolution. Est-ce bien réaliste ?


Il fallait s’y attendre. Vladimir Poutine, de passage à Lisbonne, a exprimé rapidement son opposition aux nouvelles sanctions imposées par les États-Unis contre l’Iran. La pression exercée contre le gouvernement de Téhéran pousse « l’Iran dans ses derniers retranchements ». Le président russe s’interroge : « Pourquoi aggraver la situation en menaçant de sanctions et en aboutissant à une impasse ? Le meilleur moyen de résoudre la situation ce n’est pas de courir comme un fou dans tous les sens comme un homme avec un couteau à la main ? »

Les États-Unis viennent de franchir une étape importante dans l’escalade des sanctions contre le pays perse. L’Iran serait d’ores et déjà un « paria de la finance » et ces nouvelles sanctions n’ont pour seul but que de le forcer à renoncer à ses ambitions nucléaires. A ce titre, les États-Unis viennent d’inscrire trois banques d’État iraniennes, Melli, Mellat et Saderat, sur la liste noire des « parias de la finance », qui interdit à toute institution financière soumise aux réglementations américaines – soit une grande part du système financier mondial – de faire des affaires avec ces entités et l’oblige à saisir tous leurs actifs.

Cette fois-ci, les États-Unis frappent fort : la banque Melli, aussi appelée Banque Nationale d’Iran, est la première institution bancaire du pays qui est largement implantée à l’étranger. Fondée en 1927, sur ordre du Majles (Parlement), la banque Melli émettait la monnaie jusqu’en 1960. Ses prêts vont essentiellement au logement, à l’industrie et au commerce et services. La Melli Central Branch, à Téhéran, est un lieu fréquenté par le tourisme en raison de la présence, dans son sous-sol, du Musée des Bijoux de la Couronne.

Le sous-secrétaire au Trésor, chargé de la lutte contre le terrorisme et du renseignement financier, Stuart Levey, déclarait en janvier 2007 que : « La banque Sepah est la cheville ouvrière du réseau d’approvisionnement iranien en missiles et a aidé activement l’Iran à se doter de missiles capables de projeter des armes de destruction massive ». Toujours selon le sous-secrétariat au Trésor américain, la banque Sepah apportait, notamment, une aide financière aux groupes industriels Shahid Hemmat (SHIG) et Shahid Bakeri (SBIG), « deux entreprises de fabrication de missiles inscrites à l’annexe de la résolution 1737 pour leur implication directe dans le programme de missiles balistiques iranien » (Voir Le Blog Finance).

Déjà, en septembre 2006, les États-Unis avaient interdit toute transaction en dollars entre des entités américaines et deux importantes banques iraniennes, Saderat et Sepah dans le but de tenter de freiner le programme d’enrichissement d’uranium de l’Iran. Ces deux banques étaient accusées de soutenir des groupes terroristes et le programme nucléaire iranien. A la suite de ces pressions américaines, la plupart des grandes banques internationales avaient cessé toutes transactions en dollars avec l’Iran. En décembre 2006, après la Russie, le Venezuela, les Émirats Arabes Unis, l’Iran s’est affranchi du dollar.

Le gouvernement iranien annonçait qu’il allait remplacer le dollar par l’euro dans ses échanges extérieurs et pour ses avoirs à l’étranger. Selon la banque centrale iranienne, les réserves en devises de l’Iran, dans les banques étrangères, avaient atteint 52,3 milliards de dollars à la fin juillet 2006. « La zone euro est une zone économique plus grande que les États-Unis et même si elle est encore jeune, sa devise semble un candidat naturel pour concurrencer le dollar. Ce n’est donc pas un choix par défaut », estimait, dans le même temps, Gavin Friend, économiste à la Commerzbank. Une facturation des exportations de pétrole iranien en euros – qui était déjà possible mais pas obligatoire – devenait dès lors un geste symbolique puisqu’il donnait naissance à des pétro-euros. « A l’heure actuelle, en octobre 2007, 65 pour cent de la vente du pétrole iranien se fait en euros et 20 pour cent en yens », selon Seyed Mohammad Khatibi, vice-président de la Société nationale du pétrole iranienne (NIOC). « Seulement 15% de la vente du pétrole se fait en dollar et nous sommes en train de remplacer progressivement cette part avec des devises plus crédibles […] Depuis 2004, la valeur du dollar a baissé entre 30 et 35 pour cent. Par conséquent, conserver nos capitaux en dollar signifie une baisse importante de nos avoirs », a ajouté le vice-président de la Société nationale du pétrole iranienne.

Anne Gearan, de l’Associated Press, rappelait, en janvier 2007, dans le Kentucky.com, (repris par Iran-Resist) que tout au cours de l’année 2006, « l’administration de Bush avait persuadé des banquiers Européens et Asiatiques de mettre un terme à l’accès iranien et nord-coréen au système financier mondial. Les raisons invoquées par les États-Unis étaient le financement du terrorisme et la corruption ». Washington accusait les deux nations de se comporter en escroc, mais également de contrefaire l’argent des États-Unis à Pyong-Yang et de cacher un programme d’armes nucléaires à Téhéran. Seuls, les USA ne pouvaient pas empêcher une entité étrangère de faire des affaires avec des institutions suspectes. C’est pourquoi ils ont décidé d’y remédier en prenant des mesures (relativement faibles) contre seulement 2 banques liées à Téhéran et à Pyong-Yang. L’administration Bush avait ainsi créé une psychose de scandale pour toutes les autres banques qui font des transactions avec l’Iran et la Corée du Nord.

Depuis, la Corée du Nord a quitté l’axe du mal, laissant seul derrière l’Iran.

La filiale Lukoïl Overseas, en charge du développement à l’international du groupe russe, a confirmé à l’AFP que sa représentation en Iran « continuait à travailler » en dépit des « entraves » constituées par les sanctions financières américaines. Ce qui n’a pas été le cas pour l’entreprise Halliburton. Comme l’écrivait Elizabeth Studer, Le Bog Finance, « il est tout de même édifiant de savoir que, mine de rien, parallèlement à toutes les attaques du gouvernement Bush contre Téhéran, les pétroliers texans étaient toujours bien présents sur le territoire iranien et, qui plus est, par le biais d’une entreprise, autrefois dirigée par Dick Cheney, Halliburton ». L’entreprise américaine de services à l’industrie pétrolière, Halliburton, indiquait en effet, en avril 2007, qu’elle avait mis un terme à toutes ses activités en Iran. Ce qui signifie qu’elle était bien présente sur le territoire iranien. Il faut noter enfin que, selon certains analystes pétroliers moscovites, Lukoil envisagerait de fusionner avec son partenaire stratégique, le géant américain ConocoPhillips qui détient déjà 20 pourcent du capital.

La secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, considère que l’Iran représente « peut-être le plus grand défi » pour la sécurité des États-Unis et le vice-président américain Dick Cheney a menacé le régime de « graves conséquences » s’il ne renonçait pas à son programme d’enrichissement d’uranium. Quant au président George W. Bush, il avait évoqué récemment un risque de « troisième guerre mondiale ». La table est mise. Sauf que rien ne change dans le discours des États-Unis, pour l’instant. Ces nouvelles mesures sont destinées à sanctionner « l’attitude irresponsable de l’Iran », a déclaré Mme Condoleezza Rice à la presse, en assurant que les États-Unis restaient engagés dans une approche diplomatique pour résoudre la crise du nucléaire iranien. Le passage à l’euro de l’Iran a, bien évidemment, indisposé Washington. Donc acte.

Selon le département d’État, la banque Melli, première institution bancaire du pays largement implantée à l’étranger, finance notamment la force Al-Qods et les Gardiens de la Révolution. La banque Mellat finance l’organisation de l’énergie atomique de l’Iran et la Saderat finance les groupes radicaux palestiniens Hamas et Jihad islamique, et le Hezbollah libanais, que Washington considère tous comme mouvements terroristes. Ces sanctions visent plus largement le corps des Gardiens de la Révolution (Pasdaran), le ministère de la Défense, trois des plus grandes banques du pays, une vingtaine d’entreprises iraniennes et huit personnes impliquées dans le commerce de missiles et qui soutiennent des groupes extrémistes au Moyen-Orient.

« L’Iran continue à rejeter notre offre de négociations ouvertes », a commenté madame Rice, « et menace la paix et la sécurité, via son programme nucléaire et de missiles balistiques et son soutien aux insurgés chiites en Irak, aux talibans en Afghanistan, au Hezbollah au Liban et au Hamas à Gaza ». Washington, qui espère que ces mesures pousseront l’Iran à accepter une offre formulée l’an dernier lui proposant des incitations économiques en échange de l’abandon de ses activités nucléaires sensibles, croit que de telles sanctions devraient isoler un peu plus le régime des mollahs sur le plan économique tout en incitant ses partenaires commerciaux à ne plus faire affaire avec lui. Les Gardiens de la révolution, visés par ces sanctions, dépendent directement du Guide suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei. Le sous-secrétariat au Trésor pointe l’importance des ramifications de ce groupe dans l’économie iranienne. Les Gardiens de la révolution contrôleraient des milliards de dollars grâce à des entreprises implantées dans les secteurs financiers et commerciaux, notamment dans la production de pétrole, l’ingénierie et la construction. « [Ils] sont si enracinés dans l’économie iranienne et dans des entreprises commerciales qu’il est de plus probable que si vous faites affaire avec l’Iran, vous faites affaire avec les Gardiens de la révolution », a affirmé le secrétaire du Trésor, Henry Paulson. Selon le Washington Post, ces sanctions permettront aux autorités américaines de faire pression aussi sur des centaines de compagnies étrangères ayant des relations d’affaires avec les militaires iraniens.

Cette décision entraîne le gel de tous les avoirs que ces entités peuvent détenir aux États-Unis et interdit à tout individu ou entreprise, et notamment toutes les banques soumises aux réglementations américaines, de commercer avec elles, sous peine de sanctions. Toutefois, dans la capitale américaine, une « solution diplomatique » est toujours à l’ordre du jour, en précisant toutefois que le président conserve « toutes les options sur la table ». Malgré les objections de Moscou et de Pékin, Washington, soutenu par Londres et Paris, pousse en faveur de l’adoption d’une troisième résolution de sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies.

À Londres, le Foreign Office a fait savoir « qu’il soutenait les efforts de l’administration Bush pour accentuer les pressions sur le régime iranien ». « Nous sommes prêts à montrer la voie pour une troisième résolution de sanctions et soutenir dans le même temps des sanctions plus fermes de l’Union européenne ».

À l’instar de Vladimir Poutine, certains observateurs doutent de l’efficacité de ces sanctions. L’AFP rapporte l’opinion de Alex Vatanka, de la revue spécialisée Jane’s : « Je suis sceptique sur leur impact, principalement parce que les États-Unis, unilatéralement, ont très peu de moyens de pression sur cet État islamique riche en pétrole, sur son économie et sur ses forces armées. Il suffit de regarder ce qu’ont fait dans le passé les Russes, les Chinois et dans une certaine mesure les Européens, pour douter du soutien que le reste du monde va apporter aux États-Unis là-dessus. Pour changer le comportement de l’Iran de façon positive, il faut lui donner quelque chose. Or tout ceci ce sont des bâtons. Je ne vois pas de carotte ».

Pour Manouchehr Dorraj, professeur de relations internationales à la Texas Christian University : « L’efficacité des nouvelles sanctions dépend dans une large mesure de la coopération des alliés européens comme la France et l’Allemagne, mais aussi la Russie et la Chine qui ont des liens politiques et financiers plus étroits avec Téhéran ». Et selon Manouchehr Dorraj : « Si les Iraniens restent peu réceptifs, l’administration Bush pourrait utiliser cela comme prétexte pour dire que les sanctions n’ont pas réussi à convaincre le gouvernement iranien de mettre un terme à ses activités d’enrichissement de l’uranium et que l’option militaire est la seule alternative viable ».

En terminant, il convient de rappeler cette remarque, qui pourrait paraître anodine, du numéro trois du Département d’État américain, Nicholas Burns, qui déclarait que : « La Chine a augmenté ses échanges avec l’Iran au moment même où d’autres membres du Conseil de sécurité de l’ONU les réduisaient ».

Téhéran a réagi. À sa façon. Comme il fallait s’y attendre, le ministère iranien des Affaires étrangères a condamné la nouvelle initiative de Washington : « La politique hostile de l’Amérique contre la respectueuse nation iranienne et nos organisations légales va à l’encontre des règles internationales et n’a aucune valeur », a dit un porte-parole du ministère cité sur le site internet de la télévision nationale.

(Sources : AFP, Cyberpresse, La Presse canadienne, Le Blog Finance, Le Monde, Ria Novosti)

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Madame Laura Bush visite le Moyen-Orient

25 10 2007

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