Georges W. Bush s’enfonce davantage dans le mensonge

8 10 2007

Ces dernières semaines, le président des États-Unis a, dans l’esprit de plusieurs observateurs, atteint les bas fonds : il a refusé aux enfants américains un accès aux soins de santé par l’intermédiaire d’une couverture médicale élargie et il soutient, malgré des preuves évidentes, que son pays ne pratique pas la torture parce que cela ne fait pas partie de la culture américaine. Georges W. Bush s’enfonce davantage dans le mensonge.

Au pays de l’Oncle Sam, 47 millions d’Américains ne disposent d’aucune assurance santé. De ce nombre, neuf (9) millions sont des mineurs. Pour compenser cette carence grave, le Congrès avait élaboré un projet ambitieux : investir une somme supplémentaire de quelque 35 milliards de dollars, répartie en cinq ans, pour élargir la couverture médicale, du Programme pour l’assurance santé des enfants (SCHIP), au million et plus d’enfants américains qui en sont dépourvus. Ce plan avait fait l’objet d’un plébiscite populaire à hauteur de 70 pour cent auprès de la population qui approuvait son adoption.

Georges W. Bush, obnubilé par la guerre en Irak, en est venu au point d’oublier ou d’ignorer la misère qui sévit dans son propre pays. Le président américain vient d’atteindre les plus bas niveaux qu’on puisse imaginer d’un chef politique : au prétexte d’un déficit qui n’a cessé de se creuser ces dernières années, en raison surtout de la guerre d’Irak, Bush, l’homme du mensonge, ne peut s’imaginer décevoir l’aile la plus conservatrice de son parti. Il vient d’apposer son véto au plan du Congrès : du programme en faveur des enfants, il avait fait un symbole. Ce programme ne s’adresse pas exclusivement aux familles pauvres mais pourrait profiter à une classe moyenne qui, à ses yeux, a les moyens de s’offrir une assurance privée : « Le projet de loi s’oppose aux objectifs de réduction des dépenses… », soutient Bush qui propose plutôt une augmentation du programme limitée à cinq milliards.

L’homme, qui se dit privilégié d’avoir des entretiens avec Dieu, lui-même, ne veut pas, par son véto, investir 35 milliards sur cinq ans pour donner accès à des millions d’enfants américains aux soins de santé. Soutenir ce programme était « la chose qui est moralement juste », expliquait le sénateur de l’Utah, Orrin Hatch, dont les prises de position en faisaient plutôt jusqu’ici un proche du président. Le chef de la majorité démocrate au Sénat, Harry Reid, a beau jeu de noter que les fonds requis représentent « l’équivalent de ce que le président dépense en moins de quatre mois en Irak ».

Relativement à cette championne olympique américaine, Marion Jones, qui a avoué s’être dopée pendant deux ans avant les Jeux de Sydney, le président Georges W. Bush s’en est ému. « Il a été attristé de cette nouvelle », a dit sa porte-parole, Dana Perino, enchaînant qu’il espérait que les parents parleront à leurs enfants pour faire en sorte qu’ils se gardent de consommer ce type de stéroïdes en grandissant. Et que répondront ces parents aux enfants qui n’ont pas, en raison de leur pauvreté, accès aux soins de santé américains ? Que le président en est triste? Non, pas du tout. Le président a besoin de cet argent pour sa sale guerre en Irak.

Georges W. Bush est l’un des rares présidents, dans un pays démocratique, qui a trouvé le chemin de la méditation tout en acculant le peuple irakien à la plus grande déchéance, qu’on puisse imaginer, et son propre peuple, au sein duquel se trouvent des enfants à qui l’État refuse un accès aux soins de santé. Le président médite et prie, pendant ce temps.

Laura Bush, première dame des États-Unis, a demandé à la junte au pouvoir en Birmanie de « céder la place » et a souhaité que le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution en faveur d’une transition pacifique vers la démocratie dans ce pays. « Nous appelons les autres gouvernements à se joindre aux États-Unis pour condamner l’usage de la violence par la junte et pour travailler au rétablissement de la liberté en Birmanie », a lancé madame Bush. Pendant ce temps, que se passe-t-il à New York ?

Il se passe que le New York Times révèle l’existence d’un avis juridique secret : Alberto Gonzales, le 5 février 2005, a signé un document, quelques semaines seulement après que le département de la Justice eut étendu sa définition officielle de la torture, qui donne le feu vert à certaines méthodes d’interrogatoire violentes dont la technique dite de la baignoire, qui consiste à maintenir la tête d’un détenu sous l’eau pour lui faire croire qu’il va être noyé. L’administration Bush a confirmé l’existence de ce mémo secret. Un deuxième mémo, daté du 5 février 2005, toujours selon le New York Times, stipule que les méthodes d’interrogatoire ne violaient pas le nouveau texte de loi tout en assurant que la loi n’empêche pas de frapper un détenu au visage, de le soumettre à des températures extrêmes ou au supplice de la baignoire, entre autres. Parmi ces nouvelles techniques destinées à recueillir le maximum d’informations, sont autorisés les coups sur la tête, la simulation d’étouffement et l’exposition à des températures polaires.

Le directeur du bureau du Conseil juridique, au département de la Justice, depuis 2005, Steven G. Bradbury, signataire du mémo, a défendu ses méthodes en déclarant : « La Maison blanche n’a jamais précisé comment il fallait faire avouer les présumés terroristes ». Un autre juriste, John Woo, jeune professeur de droit à l’université de Berkeley, sollicité pour donner un avis préalable au mémo du 5 février 2005, estime que ces méthodes d’interrogatoire ne sont pas illégales, à moins qu’elles ne provoquent « la défaillance d’un organe ou la mort ». Faux, répond Georges W. Bush. « Ce gouvernement ne torture pas les gens. Nous observons la loi américaine et nos obligations internationales », a rétorqué, sans coup férir, Georges W. Bush (« This government does not torture people »). China View n’a pas raté l’occasion de traiter de l’affaire.

En éditorial, dimanche, le New-York Times accuse Georges W. Bush « de mener une campagne systématique pour tromper le Congrès, les Américains et le monde au sujet de cette politique ». Le quotidien poursuit sa charge en s’en prenant à la CIA qui a « copié ces techniques sur celles des cachots de l’Égypte, de l’Arabie saoudite et de l’Union soviétique ». Ces révélations choquent l’Amérique, comme le montre ce commentaire, d’Andrew Sullivan, du Times (online). « C’est bouleversant et renversant ! ». « Bush’s torturers follow where the Nazis led ». Le président américain a insisté sur la nécessité et l’efficacité des « techniques alternatives » dans les interrogatoires de terroristes présumés, notamment dans les prisons secrètes de la CIA. Il persiste et signe : « J’ai mis ce programme en place pour une bonne raison : mieux protéger les Américains, et quand nous trouvons quelqu’un qui pourrait avoir des informations sur une attaque potentielle contre l’Amérique, nous n’allons pas nous gêner pour le garder prisonnier, et nous n’allons pas nous gêner pour l’interroger ». Le président Georges W. Bush médite et prie pour donner à l’Amérique la paix et la sérénité.

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8 10 2007
Françoise

« Bush médite et prie pour donner à l’Amérique la paix et la sérénité. »

Bush médite et prie pour donner au monde la paix et la démocratie. Le pire c’est qu’il doit en être convaincu. Et si encore, nous avons la chance que la guerre d’Irak (qui continue par la « faute des Irakiens de de l’Iran ») s’arrête à l’Irak, mais rien n’est moins sûr. Rien n’est moins sûr même quand un(e) autre président(e) sera élu(e).

Et pendant ce temps-là Mr Kouchner, de retour de sa visite aux États-Unis d’enfoncer le clou : « Pour Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, l’Iran fait « tout » en Irak, devenu son territoire d’exercice « rêvé » : « aussi bien l’aide aux milices chiites que l’aide aux milices sunnites » et « le déclenchement des conflits inter-chiites ». « Ce n’est pas la peine d’aller en Irak pour savoir que c’est un territoire d’exercice pour l’Iran, rêvé », a estimé, jeudi 4 octobre, Bernard Kouchner devant l’Association de la presse diplomatique française. « Tout est fait par l’Iran, aussi bien l’aide aux milices chiites que l’aide aux milices sunnites », a-t-il ajouté.[…] » (Le Nouvel Observateur, le 5.10.2007)

Et pendant ce temps-là, en France on commence à nous « expliquer » que les assurances-santé privées ce serait tellement mieux, qu’il faut nous moderniser (sous-entendu « comme aux États-Unis et en Grande-Bretagne). Mr Denis Kessler — qui a milité dans sa jeunesse à l’Unef (syndicat étudiant de gauche) et à la gauche prolétarienne, qui a été vice-président du MEDEF — est actuellement président du groupe « Scor » (entreprise de réassurances) et donne son point de vue (bien partagé à l’heure qu’il est par nos gouvernants) :
« Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! […] la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l’importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d’être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. Cette «architecture» singulière […] est à l’évidence complètement dépassée, inefficace, datée. Elle ne permet plus à notre pays de s’adapter aux nouvelles exigences économiques, sociales, internationales. Elle se traduit par un décrochage de notre nation par rapport à pratiquement tous ses partenaires. […] Il fallait aussi que le débat interne au sein du monde gaulliste soit tranché, et que ceux qui croyaient pouvoir continuer à rafistoler sans cesse un modèle usé, devenu inadapté, laissent place à une nouvelle génération d’entrepreneurs politiques et sociaux. Désavouer les pères fondateurs n’est pas un problème qu’en psychanalyse. » (Magazine Challenges, le 04.10.2007)

Ne vivons-nous pas dans le meilleur de mondes possibles ?

8 10 2007
pierrechantelois

Françoise

Long et lucide commentaire, tant il est dense. Ce que nous échangeons très malheureusement en catimini sera-t-il un jour élargi et saisi par le plus grand nombre ? J’avais souligné – quelques jours après son élection – qu’une lune de miel est bien éphémère lorsque le désenchantement s’installe progressivement, insidieusement, et que les désillusions d’un monde meilleur seront cruellement ressenties. J’ai le sentiment profond que, pareil à Georges W. Bush, une certaine chute dans la disgrâce sera brutale si la France poursuit cette rupture sans tête ni coeur. Sauf qu’elle viendra – dans toute sa force brute – plus tôt, beaucoup plus tôt, que celle que traverse maintenant Georges W. Bush qui peut encore se réfugier dans la méditation et la prière.

Les adorateurs (colombes) d’aujourd’hui pourraient être les bougies d’allumage de ce périlleux déclin que réserveront au président les faucons de demain. Une première chute dans les sondages – si elle devait persister – ferait de ce mandat présidentiel un enfer plutôt qu’une rupture vers une plus grande qualité de vie. Et gare un jour à une trop belle unanimité qui proclamerait le droit à l’erreur. Le héros serait déboulonné.

Pierre R. Chantelois

8 10 2007
Françoise

Pierre,

Je pense que vous avez raison, le miroir aux alouette se ternit… Il ne faut pas oublier, malgré les beaux discours sur la « grande légitimité » du président, que les 53% qui ont voté pour lui représentent + ou – 19 millions de bulletins validés sur environ 44 millions d’électeurs inscrits au 28 février 2007, cela ne représente pas la majorité des Français.

Pour Mr Sarkozy, la chute dans les sondages amorcée en Septembre se poursuit : « Nicolas Sarkozy, qui bénéficiait de la confiance de 64% de nos compatriotes en septembre, chute de 7 points à 57%. » […] Si les Français « sont encore 49% à estimer que «dans les deux ou trois mois à venir», les principaux problèmes qui vont se poser en France pourront «être résolus par la négociation et le compromis» (contre 54% en septembre), les sondés estiment à 67% qu’il va y avoir dans les deux ou trois mois à venir «beaucoup de conflits sociaux» un chiffre en hausse de 11 points en 1 mois ! De même, ils sont 58% à estimer que les choses ont «tendance à aller plus mal» (53% le mois dernier). » (Le Figaro, 4 octobre 2007)

8 10 2007
Gilles

Les commentateurs [les professionnels, dit « pundits » dans le milieu des médias, je ne parle pas de toi, Pierre, ou de Françoise] oublient toujours un fait fondamental de la vie politique, la démocratie est bi-polaire. Les dirigeants élus, et les électeurs ; les spécialistes du politique et les penseurs jugent les élus, ils ne jugent jamais les électeurs ! Qu’est-ce que voter ? Déléguer son pouvoir après avoir évalué les candidats. À mon avis, la plupart des électeurs ne font pas leur travail, autrement dit ils ne tiennent pas le rôle qui est le leur en démocratie.
 
Bien sûr, on sait que les candidats sont membres de machines idéologiques puissantes, souvent associées à l’industrie, à la finance et aux médias : les partis. La conséquence est que le citoyen ne peut voter que pour des candidats approuvés par les partis. Mais il y a les petits partis (mais évidemment, les médias ne leur accordent pas de temps d’antenne) et les partis qualifiés de radicaux (idem). De plus, les grands partis (autant en Québec qu’en France) tendent à appliquer des politiques semblables ou équivalentes bien que leur discours soit dissemblable, sous la pression des milieux industriels et financiers.
 
Ma conclusion. Le système démocratique est verrouillé par le haut et le vote n’a plus vraiment que le seul sens de choisir qui « régnera » pendant 5 ans. Les députés, et encore moins les présidents (ou les premiers ministres, dans les pays de tradition parlementaire britannique) ne représentent plus le moins du monde les citoyens. (Je laisse de côté la question humaine, trop humaine, du trafic d’influence, du copinage et des renvois d’ascenseur.)
 
Que faire ? La solution est simple (je vous entends rire) : si les citoyens constituaient leurs propres listes de candidats et élisaient leurs voisins, ou des personnalités intègres (je veux dire à l’extérieur ou à l’intérieur des partis) le système s’écroulerait et juridiquement, l’état ne pourrait pas contester la légitimité des élus du peuple au sens propre. On peut rêver.

8 10 2007
Françoise

Gilles,

Ton idée est intelligente. Mais pour en arriver là, il faudrait « passer sur le corps » des membres des partis et sur celui des médias. Crois-tu qu’ils laisseraient faire sans rien dire ?

C’est très triste, mais si les peuples veulent reprendre ce qui leur est dû, ils n’y arriveront pas de manière pacifique, je le crains.

8 10 2007
L'Abrincate

L’administration Bush a détruit toute la crédibilité patiemment construite par les USA depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale en matière de multilatéralisme (création de l’ONU et sq) – ce dont on ne mesure pas encore totalement les conséquences – même si leur volonté de puissance mondiale n’a jamais été cachée.
Avec les pays émergents, – et durablement émergents – c’est le début du déclin américain – et ils l’auront bien cherché.

Cordialement.

9 10 2007
pierrechantelois

Gilles

Oui le système est verrouillé pendant cinq, après une élection générale. Sauf aux États-Unis où est prévu une procédure de destitution (impeachment). Seulement voilà. Il faut une volonté de fer pour mettre de l’avant cette procédure. Et cette volonté vient de haut. Je voudrais bien élire mon voisin. Oh que si. Sauf le veut-il ? D’autre part, qu’aurait-il à gérer ?

Françoise

Triste constat en effet. Mais je persiste à croire qu’il faut rester dans les moyens pacifiques. Déjà que nous sommes soumis aux diktats des hyper-puissances. Horesco referens!

L’Abrincate

D’accord avec vous que les pays émergents vont changer la donne. Déjà qu’ils le font sentir brutalement, avec, notamment, la création de la Banque du Sud (Banco del Sur).

PIerre R. Chantelois

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