Étant étranger, l’homme ne sera jamais mon président

30 11 2007

L’homme, qui ne sera jamais mon président, est un homme de passion. Un homme pressé. L’homme pressé n’apaise pas. Son verbe bat au rythme de ses pas. Parfois extrême. Parfois lent. Jamais en pause. Une légère chute de l’intonation pour marquer une réflexion ? Rare.

Il a développé le sens de la formule : « Je serai le président du pouvoir d’achat! » À défaut d’approfondir les évènements, il les remplace par des formules. Le pouvoir d’achat caracole en tête des attentes des Français ? Sa réponse : « Les Français n’attendent pas que je distribue les cadeaux de Père Noël alors qu’ils savent parfaitement bien qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses ». « La seule façon de répondre à cette question, c’est de permettre aux gens de travailler plus et de gagner plus ». Il faut lui reconnaître une maîtrise du verbe politicien. Dans le doute, il affirme : « Il faut arrêter de dire des fariboles. La hausse des prix, ce n’est pas un sentiment. C’est une réalité. Aussi, j’annonce la création d’un indice du pouvoir d’achat qui corresponde enfin à la vie quotidienne des Français ».

Sur les allégements fiscaux votés l’été dernier, le président affirme. A-t-il besoin de démontrer ? Non. Seule sa parole est concluante : « les allégements profiteront aux salariés les plus modestes ». La chose est entendue. Il sait, lui, le président, qu’il ne peut contrôler les fluctuations de l’opinion publique : deux Français sur trois estiment que leur pouvoir d’achat a diminué. Pour enrayer la hausse des prix de l’alimentation ? Le président promet : « une grande discussion avec la grande distribution ». L’homme pressé qu’est le président est-il pris au piège de sa propre vélocité lorsqu’il constate que la population ne semble guère disposée à attendre et demande aussi des résultats rapides ?

L’opposition élève le ton ? « La démagogie doit avoir des limites! ». Point. Le PS est accusé de « prévoir un paquet de dépenses » sans recettes. Au verbe s’ajoute le coup de griffe : « François Hollande dit ne pas « aimer les riches ». « Il ne doit pas s’aimer lui-même… ». Les commentaires de la présidence exigent-ils une certaine délicatesse lorsqu’il s’agit des personnes ? Tel le chat, il peut se faire câlin mais il n’hésite surtout pas à griffer quiconque le menace ou l’a menacé dans le passé. S’agissant de son prédécesseur : « Il est présumé innocent comme n’importe quel justiciable. Je n’ai pas de commentaire à faire, mais c’est toujours dommage que la justice vienne si tard ». Commentaire dans un non-commentaire.

Les violences urbaines ? Le président s’est absenté trois jours et le Premier ministre n’a pas su contrôler la situation. Donc, acte. Sujet de prédilection du président. La loi et l’ordre. « La République ne cédera pas un pouce de terrain ». Et la République c’est le président. Et non l’inverse. « On est passé à deux doigts du drame », a-t-il déclaré, dans un discours, devant près de 2.000 policiers et gendarmes sur les questions de sécurité. Pourquoi donc ? « Un policier blessé a 18 plombs dans le corps et un autre en avait un logé dans la pommette et celui-ci m’a dit qu’il avait le tireur dans son viseur. Il aurait pu tirer ». Et la mort des deux adolescents ? « Ce n’est pas quelque chose que l’on peut tolérer, quel que soit par ailleurs le drame de la mort de ces deux jeunes en moto ».

Les violences urbaines ? Le président évite les réalités – indélicates – qui pourraient porter ombrage à l’image de l’homme pressé de résultats. La ville du Val d’Oise, c’est : « un chômage qui concerne plus de 20% de la population, des moyens de transport pour relier le centre ville rares et dégradés, et une population constituée à 60 % de jeunes de moins de 25 ans ». Le président feint d’ignorer ce qu’en pense la presse étrangère, comme cette vidéo du quotidien britannique The Guardian. Le président affirme – sans y mettre les dentelles – que : « Ce qui s’est passé à Villiers-le-Bel n’a rien à voir avec une crise sociale, ça a tout à voir avec la voyoucratie ».

La violence dans les banlieues ? Elle ne relève pas, selon le président, d’une « crise sociale » mais d’une forme de « voyoucratie », répète-t-il à l’envi. Formule, quand tu nous tiens ! L’homme pressé, qu’est le président, se fait-il apaisant ? « La réponse aux émeutes, ce n’est pas plus d’argent encore sur le dos du contribuable. La réponse aux émeutes, c’est l’arrestation des émeutiers ». Et encore. « Je réfute toute forme d’angélisme qui vise à trouver en chaque délinquant une victime de la société, en chaque émeute un problème social », martèle-t-il dans son plus pur style. « Si nous laissons un petit voyou devenir un héros dans sa cité (…) c’est une insulte à la République et à votre travail ». Ce qu’il faut combattre, c’est « l’économie souterraine », notamment le trafic de drogue, qui aboutit à « la ghettoïsation de zones et à la prise d’otage de populations entières qui sont les premières victimes de ces voyous ».

Les violences urbaines ? Le résultat « des voyous déstructurés, prêts à tout ». La violence policière ? « Quand on veut expliquer l’inexplicable, c’est qu’on s’apprête à excuser l’inexcusable ». Mais encore ? « Il y a le malaise social, il y a une immigration qui pendant des années n’a pas été maîtrisée, des ghettos qui ont été créés des personnes qui se sont pas intégrées ». Le président l’exige. Il prend la parole mais la cède peu. Aucune dentelle n’est permise dans les circonstances : « Ceux qui prennent la responsabilité de tirer sur les fonctionnaires se retrouveront devant la cour d’assises. Cela porte un nom : c’est une tentative d’assassinat ». Président et juge. L’homme des résultats : c’est le président qui « annonce l’ouverture d’une information judiciaire » aux deux familles éprouvées par la mort de leur fils. Il a annoncé également la désignation prochaine d’un juge d’instruction pour faire la lumière sur les émeutes dans la banlieue parisienne. L’homme précède les enquêtes. Il s’estime, en sa qualité de chef de l’État, au-dessus des processus lents et improductifs de l’appareil judiciaire. Le président veillera même que les sanctions soient à la hauteur de la gravité de ce que ces « voyous » ont fait.

Et le plan pour les banlieues : « Un plan pour les banlieues sera annoncé en janvier », confirme l’homme pressé de résultats, sans qu’il ne précise que le plan, promis pendant la campagne, a été ensuite plusieurs fois reporté.

Vous était-il venu à l’esprit que le Premier ministre avait pris la parole après le tohu-bohu de la banlieue ? « Ceux qui tirent sur des policiers, ceux qui ont battu un commissaire presque à mort sont des criminels, ils doivent être traités comme des criminels », a-t-il dit, sous les applaudissements de députés – dont des élus de gauche.

« Si la vérité blesse, c’est la faute de la vérité », déclarait l’homme pressé de la République lors d’une Conférence de presse du 4 mai 2004.

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9 responses

30 11 2007
Françoise

Pierre,

L’homme pressé n’est pas « mon » président. L’homme pressé est-il « président  »  ? L’homme pressé a fait main basse sur la République. Il n’y a plus de République, plus de démocratie en France. Il n’y a plus que l’homme pressé et ses discours, toujours les mêmes, épuisants, bousouflés, redondants. Et cette incroyable politique de « guerre » contre le Peuple…

30 11 2007
pierrechantelois

Françoise

Pour vous rassurer, je ne me sens aucune affinité avec le Premier ministre du Canada, anglophone conservateur de l’Ouest qui gère un gouvernement minoritaire comme s’il avait les pleins pouvoirs délégués par le peuple.

La politique étant de plus difficile et cynique, je crois, qu’en vieillissant, nous choisissons nos causes et nos idéaux. Vous avez parfaitement raison : l’homme pressé a fait main basse sur la république. Hélas.

Soyons courageux. Et gardons-nous un peu d’espace pour nos propres aspirations.

Amicalement

Pierre R.

1 12 2007
guy racine

Je ne suis pas d’accord avec une internaute ni avec vous Pierre; car faire main basse signifie « voler » ce qui n’est pas le cas. Faut il rappeller que la majorité dans ce pays à élue M.Zarlozy. Main basse avec 53% c’est un peu traiter les 53 % de votants de …voleurs qui auraient fait main basse …

Excusez moi mais le racourçi est limite.

Plus loin je lis  » une incroyable politique de guerre contre le peuple  » oh là .

Avec le déplacement de Zarkozy vers les pécheurs et regler le probleme il me semble que des contre exemples existent… et puis travailler plus pour gagner plus celà gene qui ? vous connaissez beaucoup de pays qui travaille 35 heures par semaine ? abbérant

Je vous propose de ressortir pendant que vous etes la lutte des classes et l’exploitation de l’homme par l’homme… entendu depuis quelques jours par Madame Mitterrand mais qu’est que son Mari de président à fait dans ce pays pendant 14 ans riennnnnnnnnnnnnn CSG .RDS.. et le reste

47% d’impots aucune réformes…. qu’ils faut désormais affronter… juste une vie basée sur d’incroyables mensonges…et une arrogance illimitée

Alors aprés les années Chirac « inutiles » effectivement le rhytme est différent qui s’en plaindrait sans doute pas les 53% de votants qui ont élus Zarko.Qui est rassuré vous un homme ordinaire qui partira un jour en laissant la place .

Vous ne voyez donc pas que la « vieille europe » coule…. face à un manque de travail annoncé depuis 20 ans tout simplement par déplacement du travail vers la Chine; les pays de l »est qui en manquaient tellement et qui se font une santé sur notre dos…Normal. Chacun son tour non ? vous savez bien que ce sont les entreprises qui font vivre un pays pas la politique !

la république miraculeuse et l’état providence c’est fini ….. Désolé pour le réve

Bonne journée à tous

1 12 2007
pierrechantelois

Guy

Merci pour vos commentaires. Comme vous pouvez vous y attendre, nous avons une perception différente de la présidence de la République. Nicolas Sarkozy n’a pas besoin de gouvernement. Il pourrait donner congé à l’ensemble des députés et à son premier ministre. L’autocratie ne le mènera qu’à une chute dans les sondages, déjà amorcée. Il lui reste encore plus de 4 ans. Nous avons le temps.

Pierre R. Chantelois

1 12 2007
décembre

….vous savez bien que ce sont les entreprises qui font vivre un pays pas la politique !…..Guy

Si les politiques donnaient le ton aux entreprises, les menaces de ces dernières tomberaient comme des fétus de paille et elles rentreraient dans le rang.

Les entreprises ne font pas vivre les gens. C’est le travail des gens qui fait vivre les entreprises, nuance. Et avec des règles équitables, elles devraient s’impliquer dans le social au lieu de fuir leurs responsabilités en Chine et dans d’autres dictatures de la planète.

Que nos politiciens aient rendu acceptable le « dumping » dans nos pays et ainsi contribués au capitalisme sauvage à la Sarko, voilà ce qui a créé l »important marasme actuel.

Si Sarko a obtenu 53% des votes c,est qu’il a menti sur toute la ligne comme tous les bons politiciens font. Que les Français aient été dupés ne nous surprends pas, pas du tout, c’est d’ailleurs un péché de la plèbe en rogne que de se faire duper d’un gouvernement à l’autre ! À croire qu’elle aime ça la plèbe, cet élan masochiste récurrant. Salut

3 12 2007
Gilles

Moi, je jette le blâme sur les électeurs, qui n’ont pas fait leur devoir, se renseigner sur les candidats, avant de voter. Sarkozy est pareil à lui-même, il n’a pas changé, depuis qu’il était ministre de l’Intérieur, ses amis sont les mêmes, etc. Dans ce sens il n’a pas fait main basse sur la présidence, il n’y a pas eu de fraudes dans les urnes, mais il n’a aucunement l’esprit républicain et il ne l’a jamais eu. Aux électeurs de le savoir. Je sais que les médias ont lourdement soutenu sa candidature, mais l’électeur devait voir « à travers » la propagande, depuis le temps qu’on lui en sert !

3 12 2007
GUY RACINE

Pierre

Bien sur que nous ne sommes pas d’accord sur tout ,heureusement d’ailleurs car ce n’est pas nécéssaire pour partager ;échanger.Les meilleurs amis du Monde ne sont pas d’accord sur tout .Tant mieux !Rien de grave.

Je crois néanmoins que Zarko à bien illustré pourquoi il était en premiere ligne l’ors de son allocution.Je suis peut etre un vieux C… mais ça me va.Une locomotive plutot qu’etre derriere bien caché…Bien sur que les sondages lui seront défavorables.C’est le contraire qui m’étonnerait.Dés qu’une réforme est en vue….pouf tous le monde rale..De Gaulle disait des Français « Ce sont des Veaux »…..d’autre ont déja écrit la France est ingouvernable …C’est ça la France ..Des raleurs qui ont deux voitures par foyers des vieilles bien sur..des écrans plats à la maison;pour regarder des programmes…. vétustes..regardez bien vos écrans au moment des sports d’hiver…c’est la misere….J’éxagere ?peut etre mais sans provoc du tout c’est pas mon truc.

J’attendais des remarques sur l’expérience négative du socialisme dans ce pays mais …je ne vois rien…

décembre les entreprises en fait n’éxistent que grace aux travailleurs bien sur ……et vice versa non….?c’est un peu l’oeuf et la poule; d’autre part vous parlez de faire rentrer les entreprises dans le rang ?? je me demande bien lequel ….. ?

De toute façon C’est inutile la fin du travail est annoncé !

plus d’entreprise…. plus de travailleurs plus de rang non plus…personne ne peut réguler le fait que la chine produit des produits tres competitifs car tout est allé trop vite…

A bientot

4 12 2007
lamauragne

Eh bien moi, je suis d’abord d’accord avec l’analyse de Pierre Chantelois.
Ensuite je pense plutôt comme les commentateurs Françoise, décembre et Gilles.
Et une fois de plus, je trove les commentaires de Guy Racine déplacés et tendancieux. C’est bien sûr son droit d’écrire ce qui se touve ci-dessus. mais j’aimerais que ses critiques soint ARGUMENTEES au lieu de nous ressasser des attaques éculées contre la gauche qui n’est plus au pouvoir en France depuis cinq ans et demi et qui sur ces 26 dernières années ne l’a été que 13 ans ! Faudrait peut-être nous raconter autre chose, non ?

jf.

5 12 2007
pierrechantelois

Guy

Merci Guy pour ces commentaires.

Lamaurane

Merci de votre commentaire. Mais comme vous le dites, c’est le droit de chacun de s’exprimer en ses termes une opinion, si différente qu’elle puisse être de la nôtre.

Pierre R. Chantelois

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