« Assassinat de Benazir Bhutto » – Vers le chaos ou la démocratie ?

28 12 2007

A quelques jours des élections législatives, qui devaient se tenir le 8 janvier au Pakistan, et à quelques minutes avant sa mort, Benazir Bhutto déclarait, devant ses partisans : « J’ai mis ma vie en danger, je suis rentrée parce que je sentais que ce pays était en danger. Les gens sont inquiets mais nous sortirons ce pays de la crise ». L’attentat s’est produit à Rawalpindi, près d’Islamabad, à l’issue d’un meeting électoral de Benazir Bhutto, leader du Parti du peuple pakistanais (PPP) et chef de file de l’opposition au président Pervez Musharraf.

Selon des analystes, l’assassinat de Benazir Bhutto plonge le Pakistan dans l’une des plus graves crises de ses soixante années d’existence. Loin d’apaiser la situation, Nawaz Sharif, l’autre chef de l’opposition et ancien Premier ministre, réclame la démission de M. Musharraf et en appelle à une grève générale dans tout le pays. Benazir Bhutto et Nawaz Sharif avaient récemment décidé d’unir leurs forces pour s’opposer à Pervez Moucharraf. « Si quelque chose m’arrive au Pakistan, j’en rendrai Musharraf responsable », avait averti madame Bhutto. Les craintes de madame Bhutto ont été confirmées par la chaîne américaine CNN. Elle avait demandé, le 26 octobre dernier, à Mark Siegel, son porte-parole américain, de rendre son message public si elle était assassinée. C’est fait.

Le président Pervez Musharraf a appelé à la paix après la mort de Benazir Bhutto. Il a aussi invité ses concitoyens à rester calmes pour « que les desseins diaboliques des terroristes soient mis en échec ». Le président pakistanais a, de plus, annoncé jeudi un deuil de trois jours. Et c’est ce même Musharraf qui, selon Benazir Bhutto, est accusé aujourd’hui de lui avoir refusé une protection adéquate dans les mois précédant son assassinat. Madame Bhutto faisait face à l’interdiction d’utiliser des voitures privées ou avec des vitres teintées. Même chose en ce qui concerne une escorte de quatre voitures de police afin d’être protégée de tous les côtés.

Le Pakistan, dans une certaine frange, est en colère. La douleur s’est vite muée en colère contre le président Pervez Musharraf. « Musharraf est un chien », scandaient des centaines de gens en colère. « Nous avons perdu notre soeur! ». Des émeutes ont éclaté dans une dizaine de villes, faisant au moins 10 morts, selon les autorités. Le meurtre de Benazir Bhutto s’inscrit dans une série d’attentats suicides qui ont fait près de 800 morts en 2007. Le 18 octobre dernier, un attentat contre madame Bhutto s’était soldé par 139 morts. Un journaliste de Karachi témoignait hier : « La réponse dans la rue est très violente, les gens sont dehors, furieux, ils brûlent des voitures, des bâtiments, il y a des fusillades, c’est le chaos » (Libération). Des troubles ont aussi éclaté à Lahore et, dans une moindre mesure, dans d’autres grandes villes. Au moins quatre personnes ont été tuées dans ces incidents.

Madame Bhutto, depuis quelques mois, avait décidé d’affronter sans équivoque possible le mouvement islamiste radical du Pakistan. Elle avait mené une campagne contre les fondamentalistes musulmans, en promettant d’« éliminer la menace islamiste » du pays. Il semblerait que les taliban ainsi que des groupes djihadistes pakistanais avaient recruté des kamikazes pour mettre fin à ses jours.

Nicolas Sarkozy, dans une lettre adressée au président Musharraff, juge « plus que jamais indispensable » la tenue des élections législatives après « l’acte odieux » qui a couté la vie à l’ancien Premier ministre.

Robert Birsel et Kamran Haider, de Reuters, rappellent les faits saillants de la carrière de madame Bhutto : « Née le 21 juin 1953, dans une riche famille de propriétaires terriens, Benazir Bhutto a été formée à Harvard et à Oxford. Son père, Zulfikar Ali Bhutto, président puis Premier ministre du Pakistan, avant d’être renversé en juillet 1977 par Zia-Ul-Haq, fut exécuté deux ans plus tard. Madame Bhutto devient, dès lors, le chef de file de tous les opposants au régime militaire de Zia ».

« Arrêtée, assignée à résidence, elle s’exilait une première fois à Londres où elle réorganisait le PPP, fondé par son père. Elle prend l’engagement de rétablir la démocratie et se veut le symbole de la lutte contre le pouvoir militaire. À 35 ans, le 2 décembre 1988, après la victoire du PPP, elle est nommée à la tête du gouvernement et devient la première femme à diriger un pays musulman. En 1990, cible d’accusations de corruption, elle était limogée. Son retour au pouvoir, en octobre 1993, n’allait guère être plus heureux. Le 5 novembre 1996, de nouvelles accusations de corruption lui coûtaient une nouvelle fois sa place » (Reuters – Le Monde).

Mais comme l’indique Libération : « Benazir Bhutto était rentrée au pays grâce au soutien de Washington, dans la perspective d’un partage du pouvoir avec le président Musharraf. Un retour sous les vivats de ses partisans, mais qui dérangeait beaucoup de monde au Pakistan, en particulier au sein de l’establishment, peu enclin à céder du terrain à l’héritière de la dynastie Bhutto ».

Les États-Unis pour lesquels Islamabad est un allié clé dans leur « guerre mondiale contre le terrorisme » ont assuré les Pakistanais de leur soutien tout en insistant pour que les élections législatives et provinciales aient bien lieu le 8 janvier comme prévu. La secrétaire d’État américaine, Condoleezza Rice, a téléphoné au successeur de Benazir Bhutto à la tête du PPP, Amin Fahim, pour l’appeler à participer aux élections, pendant que Georges W. Bush s’entretenait avec Pervez Musharraf. Le président George W. Bush a condamné un « acte lâche perpétré par des intégristes meurtriers qui cherchent à saper la démocratie pakistanaise ».

Selon Pervez Musharraf, l’assassinat de Mme Bhutto est « l’œuvre de ces terroristes contre lesquels nous sommes en guerre». Il a exprimé sa «détermination» à les «éliminer ». France Presse informe que, jeudi, des responsables du FBI et du département de la Sécurité intérieure avaient diffusé une note à l’attention des différentes agences américaines relayant des sites Web islamistes selon lesquels Al-Qaïda a revendiqué l’attentat qui a coûté la vie à l’opposante pakistanaise Benazir Bhutto. Ross Feinstein, porte-parole du directeur des Renseignement nationaux, prévient que « nous ne sommes pas en mesure actuellement de confirmer qui aurait pu être responsable de l’attaque ». Le ministère de l’Intérieur du gouvernement pakistanais a déclaré à l’agence France Presse ne « pas être au courant d’un lien avec Al-Qaïda » dans cet assassinat de l’ex-Premier ministre Benazir Bhutto.

Les rumeurs circulent que Oussama ben Laden diffuserait prochainement une nouvelle déclaration sur Internet dans laquelle il évoquerait surtout la question de l’Irak, selon un groupe privé de renseignement. Selon SITE, qui fournit des renseignements sur les questions de terrorisme à des gouvernements et des acteurs privés, l’annonce de la diffusion de ce message a été faite jeudi sur des forums de discussion islamistes. Selon les entrées sur ces sites Web, le message durera 56 minutes.

Alain Lallemant, du quotidien Le Soir (Belgique), dit craindre le scénario du pire, soit le report des élections : « L’absence de Benazir Bhutto dans le jeu politique du 8 janvier n’est pas déterminante. La présidente à vie du PPP était déjà absente du scrutin présidentiel du 6 octobre dernier, et ses prises de positions, tant avant son retour d’exil (soutien aux Américains, lâchage du père de la bombe atomique pakistanaise) qu’après (rapprochement avec les religieux, positionnement opportuniste face au président Musharraf) ont affaibli sa position. Dans la presse pakistanaise, des fonctionnaires ont fait ouvertement état de déceptions face au comportement cynique de « B.B. ». Et pour les électeurs du PPP, la première de toutes les dames sera peut-être plus grande morte que vivante ».

Pour François Sergent, de Libération : « Au nom de la lutte contre le terrorisme que Musharraf est censé mener, les États-Unis s’appuient sur cet homme double qui laisse son pays aux inégalités odieuses s’enfoncer dans le sous-développement et la violence. Ils l’ont soutenu, bien que son régime ait systématiquement violé la démocratie et les droits de l’homme – et encore plus ceux de la femme. Ils l’ont soutenu malgré la prolifération nucléaire organisée au cœur de l’État. Ils le soutiennent malgré les complicités coupables de son armée avec les islamistes les plus fanatiques. Que le meurtre de Benazir serve au moins de mise en garde à un Occident qui devrait apprendre à mieux choisir ses amis ».

Aux États-Unis, les réactions vont de la consternation au scepticisme. « A bad day for Pakistan ; a bad day for the United State », rapporte Le Los Angeles Times. Pour sa part, le New York Times met l’accent sur l’échec de la politique et de la stratégie de Georges W. Bush. « Foreign policy analysts and diplomats said that if there were one thing that Ms. Bhutto’s assassination has made clear, it was the inability of the United States to manipulate the internal political affairs of Pakistan ». Notons enfin que le Wall Street Journal considère que l’assassinat de Benazir Bhutto pourrait avoir un impact sur le choix des électeurs américains, lors des prochaines présidentielles de 2008, qui pourraient favoriser des candidats plus expérimentés. « It has very little to do with national security issues », a déclaré, un peu mal à l’aise, le sénateur républicain McCain. Notons enfin que le correspondant du Huffington Post, l’un des blogs les plus lus aux États-Unis, Matthew Pennington, craint que la seule issue qui s’offre au président Musharraf ne soit de déclarer, pour une deuxième fois, l’état d’urgence : « It is possible they could declare an emergency again ».

 

 

 

Je serai de retour le 2 janvier 2008.





« Je sais que je suis un symbole » – Benazir Bhutto

27 12 2007

Benazir Bhutto fut chargée d’assumer le lourd héritage politique de son père, Zulfikar Ali Bhutto, renversé par un coup d’État militaire en 1977 et exécuté. Elle n’avait pas peur d’affronter la mort, disait-elle. La mort n’avait pas peur de cette femme qui l’affrontait ainsi, impunément. Jusqu’à ce jour. Elle est revenue au pays. Elle croyait dans un idéal. Elle l’a défendu. Une première fois, la mort est passée à côté. Cette fois-ci, la mort a gagné. Deux fois Premier ministre de la République Islamique du Pakistan, de 1988 à 1990 et de 1993 à 1996, elle fut aussi par deux fois, démise de ses fonctions pour « corruption » et « mauvais usage » du pouvoir. Âgée de 54 ans, elle est décédée dans un hôpital de Rawalpindi. « Elle est morte en martyre », a déclaré Rehman Malik, un responsable de sa formation.

Beaucoup de choses se diront sur cette femme unique, volontaire, décidée, moderne dans un pays anachronique. Huit années d’exil auront séparé Benazir Bhutto de son pays. Jusqu’à cet été, Benazir Bhutto était accusée par le pouvoir Pakistanais de diverses charges, dont la corruption. Elle revenait avec l’engagement d’un partage du pouvoir. Elle a exigé la démission de ce pouvoir, incarné par Pervez Musharaf. Au moment de son retour, elle fait l’objet d’une première tentative d’assassinat. Elle quitte pour revenir aussitôt. Résolument tournée vers le progrès de son pays et son accession vers la démocratie, Benazir Bhutto se sait en danger. Qu’importe. « Je sais que je suis un symbole de ce que les soi-disant djihadistes, talibans et Al-Qaïda craignent le plus », avait écrit Benazir Bhutto dans son autobiographie : « Je suis une femme, dirigeante politique, qui lutte pour apporter la modernité, la communication, l’éducation et la technologie au Pakistan ».

Il est trop tôt pour jeter les bases d’une analyse conjoncturelle, comme a tenté maladroitement de le faire Bernard-Henri Lévis. Et surtout pour distribuer les blâmes sans discernement.

Réfléchissons sur ces images.

Video

____________________________

 

 

 





Cette fois, ce n’est plus un conte urbain

27 12 2007

Une femme âgée de 86 ans, vivant seule, a été retrouvée, un samedi, en état d’hypothermie dans sa maison de Marly, près de Valenciennes. Les secours l’ont retrouvée allongée sur le sol, alors que le chauffage de la maison, un poêle à charbon, ne fonctionnait apparemment plus.

L’octogénaire, transportée à l’hôpital de Valenciennes, était toujours en service de réanimation mais n’était plus en état d’hypothermie, selon une porte-parole de l’hôpital. « Tant qu’elle est en réanimation, il est difficile de dire si elle est sortie d’affaire », a-t-elle ajouté.

Chaque jour, du lundi au samedi, une personne de la mairie lui portait un repas froid et une aide ménagère passait à son domicile, notamment pour lui réchauffer son repas, selon le maire de la commune Philippe Duée. « Vendredi, le porteur de repas, qui n’était pas la personne habituelle, a trouvé la porte de l’arrière de la maison, d’habitude ouverte, fermée, et n’a pas poussé plus loin ses investigations, laissant le repas devant la porte, ce que je lui ai reproché », a déclaré Philippe Duée.

Le lendemain, trouvant toujours porte close et voyant que le repas n’avait pas été touché, l’aide ménagère de la vieille femme a donné l’alerte. « On aurait pu avoir la même réaction vendredi », a regretté le maire.

Libération

La rue tue. Au bout d’une nuit glacée, les services de la Ville de Paris ont retrouvé, un matin, un cadavre sur la plus belle place du monde, place de la Concorde. Mort symbolique ! Le Collectif Les morts de la rue, qui réunit un grand nombre d’associations s’occupant des personnes vivant ou ayant vécu à la rue, qui a recensé plus de 200 morts depuis un an en toutes saisons, met en garde l’opinion publique contre l’argument climatique. Nous ne sommes pas responsables de la cause immédiate, le froid.

Nous ne savons d’ailleurs rien de cet homme qui dormait sur une palette, sans couverture ni papiers sur lui. Mais une chose est sûre, il est mort dans la solitude et l’abandon.

Collectif SDF Alsace

Un jeune homme de 21 ans a été retrouvé, un samedi soir, sans vie dans l’est de Montréal probablement mort de froid. L’homme, connu pour ses problèmes de santé mentale, avait été admis à l’Hôpital Louis-Hyppolite-Lafontaine, puis redirigé vers un centre de crise, qui a signalé sa disparition au Service de police de la Ville de Montréal en début de soirée. Il devait prendre des médicaments à heure régulière. Le jeune homme a été retrouvé près du centre de crise vers 22 heures, puis transporté à l’hôpital où son décès a été constaté. Une autopsie sera pratiquée pour déterminer les causes exactes du décès, mais tout porte à croire qu’il serait mort d’hypothermie.

La Presse canadienne

Si on allait voir ailleurs …

Video





En 2008, l’Islam permet encore le mariage des fillettes de dix ans et plus

26 12 2007

L’IRIN (Integrated Regional Information Networks) est un organisme lié à l’Organisation des Nations Unies. Selon cet organisme, toutes les deux heures, une femme meurt au Niger, pendant sa grossesse ou pendant l’accouchement – une réalité qui traduit le sous-financement des services de santé, l’abandon des infrastructures en matière de transport et d’éducation et l’absence de sensibilisation des femmes à leurs droits. L’organisme d’information vient de publier un rapport dévastateur dans lequel il affirme : « Pour accoucher, le Niger est un des endroits les plus dangereux du monde ».

Deux millions de filles et de femmes dans le monde souffrent, selon l’Organisation mondiale de la santé, de fistules, déchirure des tissus qui survient lorsque la circulation du sang vers les tissus du vagin et de la vessie et/ou du rectum est bloquée au cours d’un travail avec obstruction prolongée. Presque toutes ces femmes vivent dans des pays en voie de développement. Selon les estimations de l’ONG, Fistula Foundation, 100 000 nouveaux cas se produisent chaque année dans le monde, mais seules 6 500 femmes sont traitées tous les ans, en raison d’un manque de fonds et de médecins. Bon nombre de femmes sont rejetées par leurs familles et leurs communautés, et se voient même interdire l’accès aux transports publics, en raison de leur odeur nauséabonde. Lorsque les tissus se nécrosent, un orifice se forme, qui laisse inévitablement échapper l’urine et les fèces. La fistule est le symbole par excellence des accouchements ratés, conséquences d’un accès insuffisant aux soins de santé et de la fréquence élevée des mariages entre hommes mûrs et fillettes mineures, au Niger.

Le Niger fait partie des pays les plus pauvres du monde, 85 pour cent des Nigériens vivent péniblement d’une agriculture de subsistance dépendant de la pluie. Avec une population de 13,5 millions d’habitants, disséminés sur un territoire désertique grand comme l’Europe de l’Ouest, le Niger n’a pas connu un développement comparable à celui de la plupart des autres pays africains du continent. Force est de constater que, dans ce pays, bon nombre de familles – dirigées généralement par les hommes – consultent encore des charlatans, ou encore des chefs religieux et des guérisseurs traditionnels en cas de complications, lors des accouchements, avant de faire appel à un médecin.

Lorsque des femmes, qui se rendent d’elles-mêmes vers un centre de santé, ont payé le transport et les autres frais, bien souvent il ne leur reste plus rien pour payer le traitement au dispensaire ou à l’hôpital. Et comme le déplore Amoul Kinni Ghaichatou, responsable médical au Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) à Niamey : « Des femmes meurent à cinq mètres de ces centres de santé parce qu’elles n’ont pas les moyens de s’y faire soigner ». Dans tout le pays, il n’y a que 17 médecins capables de réaliser des césariennes ; sept à Niamey et 10 autres dans les régions. Dans certaines capitales régionales comme Diffa et Tillaberi, il n’y a aucun personnel médical pour réaliser des actes de chirurgie obstétricale.

L’histoire de la nigériane Hadjo Garbo

Hadjo Garbo a 15 ans. Fillette menue, elle rêvait autrefois de devenir femme au foyer. Elle a été mariée, il y a deux ans, à un des hommes mûrs de son village de la région de Dosso, dans le sud-ouest du Niger. Elle avait à peine 13 ans. Hadjo Garbo tombe enceinte à 14 ans de son premier enfant. Avant même de fêter son 15e anniversaire, Hadjo perd son bébé. Le corps d’Hadjo n’étant pas prêt-à-porter une grossesse, au terme de trois jours d’efforts insoutenables, le fœtus à naître, mort-né, a été extrait chirurgicalement. La fillette souffre aujourd’hui d’une fistule obstétricale. Depuis, Hadjo est repoussée par son mari et sa belle-famille, et elle est contrainte de se soustraire aux regards curieux et aux ricanements de ses anciennes amies de classe.

Selon Idrissa Djibrilla, qui dirige les bureaux nigériens de Défense des enfants International (DEI), une organisation non-gouvernementale, ce qui est arrivé à Hadjo serait qualifié, ailleurs, de pédophilie et l’agresseur serait appréhendé et mis en prison. Au Niger, ce mot ne s’applique qu’aux hommes qui ont des rapports sexuels avec des fillettes hors mariage. « Si l’on envisage la question d’un point de vue biologique, physiologique, il est clair qu’à neuf, 10, 11 ou 12 ans, une fillette n’est tout simplement pas prête à avoir des rapports sexuels et à porter un enfant. La réalité est telle, mais il est difficile de le faire comprendre à nos communautés », soutient Idrissa Djibrilla. Selon une étude confidentielle, réalisée par une ONG et portée à la connaissance d’IRIN, les rapports sexuels forcés, la privation de liberté et la violence domestique sont « fréquents » dans les cas de mariages précoces dont les conséquences à long terme sont mal comprises.

Au Niger, des fillettes sont fréquemment mariées à l’âge de 13 ans, et certaines ont à peine neuf ou 10 ans le jour de leur mariage. Elles seront forcées d’avoir des rapports sexuels avant même leurs premières menstruations. C’est ce même pays qui a rejeté l’adoption, en 2006, d’un Code de la personne et de la famille – une législation nationale qui aurait défini la relation légale entre maris et femmes, et enfants et parents, et aurait fixé un âge minimum légal pour le mariage et les rapports sexuels. Le Code de la famille a été « diabolisé et abandonné » après que les principales associations islamistes s’y furent opposées, comme l’a indiqué Alice Kang, chercheuse à l’université du Wisconsin. Mais selon Mme Kang, les hommes ne seraient pas les seuls à devoir être convaincus de la nécessité d’un changement. « J’ai été […] surprise d’apprendre que certaines femmes s’étaient opposées au Code de la famille et qu’elles avaient manifesté publiquement pour y faire obstacle, et les experts juridiques avec qui je me suis entretenue ont insisté pour que j’étudie ce phénomène », a-t-elle noté.

Pour monsieur Diadié Boureima, représentant adjoint de l’UNFPA, au Niger, le gouvernement est « un peu réticent » à s’attaquer à la question des mariages précoces « en raison de la réaction religieuse ». Monsieur Boureima affirme que « s’il y avait une loi contre la pédophilie, elle serait appliquée, ici ». « Mais l’Islam a préféré légaliser [cette pratique] en déclarant que le prophète avait eu une épouse âgée de neuf ans, bien que ce mariage-là n’ait pas été consommé ».

L’histoire de l’indonésienne Heldina Irayanti

Cela faisait, en 2002, cinq ans que l’indonésienne Heldina Irayanti, aujourd’hui âgée de 28 ans, se droguait. Elle consommait des drogues injectables. Elle a fait tellement de séjours dans des cliniques de désintoxication qu’elle en a perdu le compte. Et c’est en 2002 qu’elle apprend sa séropositivité. Une fois remise de ses émotions, Heldina Irayanti décide de se révéler publiquement. Elle en parle à sa famille, ses amis et son fiancé de l’époque, Yulius Adam, aujourd’hui son mari, qui est lui aussi ex-consommateur de drogues injectables et séropositif, diagnostiqué avant elle. Mme Irayanti réalise qu’il lui faudra affronter, en tant que femme, musulmane et séropositive, beaucoup de préjugés. La discrimination a commencé dans sa propre famille. Selon madame Irayanti, les femmes musulmanes séropositives souffrent davantage de préjugés que les hommes dans la même situation. Ce que confirme Zahra-Tul Fatima, conseillère de l’AMAN Pakistan Foundation. Dans l’histoire de l’Islam, les femmes étaient des leaders, déclare Mme Zahra-Tul. « Aujourd’hui, il est difficile de trouver une femme qui interprète le Coran en raison de la domination masculine chez les dirigeants islamiques. Mais le Coran respecte les genres ».

Pour Hany El-Banna, président de l’IRW, c’est la frontière ténue entre la culture et la religion qui alimente ce système de « deux poids, deux mesures ». « Le Coran prêche l’égalité dans la récompense et le pardon des péchés », a-t-il dit. « La mentalité de la différence n’est pas correcte, mais dans certains pays, la culture est plus forte que la religion ». M. El-Banna a cité l’exemple des « crimes d’honneur » pratiqués dans certains pays du Moyen-Orient : une jeune femme qui entretient – ou qui est soupçonnée d’entretenir – des relations sexuelles avant le mariage est assassinée afin de préserver l’honneur de la famille. « Pourquoi ne tuent-ils pas aussi le garçon ? Il faut qu’il y ait un équilibre et une justice », a-t-il affirmé.

Selon Mme Lina Al-Homri, docteur en Sharia, la loi musulmane, à la Faculté de Dawa (enseignement musulman) à Damas, en Syrie, la prévention du VIH parmi les femmes musulmanes est directement liée aux droits de la femme, tels que le choix du mari, le droit de demander le divorce, de solliciter que son partenaire fasse le test de dépistage du VIH, de refuser les relations sexuelles avec son mari, d’exiger l’usage du préservatif et de se séparer d’un mari séropositif. « Il faut accorder aux femmes le droit qu’Allah leur a donné de s’éduquer et de s’exprimer ».

L’histoire de la zambienne Maria T

Selon des experts, il est particulièrement difficile pour les Zambiennes d’obtenir des conseils, de l’information ou d’effectuer des tests de dépistage « en raison du contrôle perçu ou réel qu’exercent les hommes [en particulier leurs compagnons] sur leurs vies ». Selon l’ONUSIDA, environ 1,6 million de personnes sont, en Zambie, séropositives sur une population de 11,7 millions, et 57 pour cent d’entre elles sont des femmes ; pourtant, seules 100 000 personnes reçoivent des médicaments antirétroviraux (ARV) par le biais du programme de traitement gratuit mis en place par le gouvernement.

Dans son rapport, intitulé Hidden In The Mealie Meal : Gender-Based Abuses and Women’s HIV Treatment in Zambia [Cachés dans la farine de maïs – Maltraitances sexistes et traitement du VIH chez les femmes de Zambie], le groupe de pression new-yorkais, l’association internationale de défense des droits humains Human Rights Watch, dit avoir découvert que de nombreuses femmes prenaient des médicaments antirétroviraux (ARV), susceptibles de prolonger leur espérance de vie, sans en informer leurs maris, et qu’elles étaient forcées de recourir à des moyens extrêmes pour cacher leurs médicaments. Maria T raconte : « Je ne veux pas dire à mon mari [mon statut sérologique] de peur qu’il me crie [après] et demande le divorce. Il me dit de vilains mots ». Et pour se protéger, Maria T. révèle : « Je cache les médicaments, je les mets dans une assiette et je verse de la farine de maïs [semoule de maïs], pour que quand il ôte le couvercle, il ne les trouve pas [les médicaments]. Quand je prends mes médicaments, je dois m’assurer qu’il est dehors. C’est pour cela que j’ai oublié de les prendre quatre fois depuis que j’ai commencé le traitement. L’année dernière, il m’a frappé à coups de poing dans le dos ».

Conformément à la loi coutumière en vigueur dans une majorité des 72 groupes ethniques zambiens, les femmes ont des droits de propriété limités par rapport aux hommes, et choisissent généralement de rester auprès d’un mari qui les maltraite de crainte de perdre leurs domiciles, leurs terres et le reste de leurs biens. « La violence domestique est indiscutablement un des principaux facteurs de la propagation du VIH/SIDA dans ce pays, et au cœur de ce problème, il y a la question du statut économique et de l’émancipation insuffisante des femmes », estime Elizabeth Mataka, envoyée spéciale des Nations Unies sur le VIH/SIDA en Afrique.

Selon Nelson Mwape, de la branche zambienne de la Young Women’s Christian Association [YWCA], sur les 874 victimes de violence domestique inscrites sur les registres de l’organisme depuis 2006, 427 ont été déclarées séropositives. « Dans environ 75 pour cent des cas, les femmes sont maltraitées par leur époux ou les membres de leur famille, c’est pourquoi nous disons qu’aujourd’hui plus aucun foyer n’est sans danger, ni pour les femmes, ni pour les enfants ». Les groupes de femmes ont accusé le gouvernement zambien de n’avoir pas pris assez de mesures en vue de garantir le respect du droit des femmes : aucune loi n’a été spécifiquement adoptée pour criminaliser la violence sexiste, et le code pénal n’aborde par les maltraitances et les viols conjugaux.

Pour madame Elizabeth Mataka, envoyée spéciale des Nations Unies, il n’y a pas trente-six solutions : « Le temps est venu de prendre des mesures concrètes, qui auront un impact direct sur la vie des femmes sur le terrain. Il n’y a pas mille façons de s’y prendre : nous devons tout simplement donner aux femmes de notre pays assez de ressources pour leur permettre de devenir indépendantes de tous ces hommes violents ».

Pour un complément d’information, une image valant mille mots, je vous recommande cette exposition de photographies de Stéphanie Sinclair qui nous raconte en images la vie de la petite afghane, Ghulam Haider, 11 ans. Madame Sinclair vient de remporter le premier prix de la photo de l’Unicef.

Ce sujet a été abordé sur le site des Questions et réponses de Yahoo.

Enfin, si votre coeur est solide, à lire : « Ventes aux enchères, location, cession. Face à la misère, des parents n’hésitent pas à brader leurs petits. Un véritable trafic s’installe, faisant rappeler les marchés d’esclaves d’antan », sur Al-Ahram Hebdo.

(Source : ONU – Bureau pour la coordination des affaires humanitaires)

____________________________

 





Paix et sérénité vous accompagnent

25 12 2007

Que ce moment de grâce

vous accompagne

en cette période exceptionnelle

 

 

 

 

 

Pierre R. Chantelois