Coucher avec le président de la République

20 01 2008

Voici une étonnante chronique, parue vendredi dernier, de Rafaële Germain, dans une collaboration spéciale au quotidien de Montréal, La Presse. Je vous la présente in extenso pour deux raisons. D’abord, c’est une chronique de femmes. Deuxièmement, elle donne le point d’une femme sur la relation très particulière de Nicolas Sarkozy avec sa nouvelle compagne, Carla Bruni. Je n’aime pas les potins. Je les évite. Dans le cas présent, je fais exception. Pour montrer, aux lecteurs francophones, un point de vue largement débattu, dans nos médias québécois, qu’ils soient imprimés ou électroniques, et cela dans des termes similaires à ceux que vous allez lire.

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Coucher avec le président de la République

Rafaële Germain

La Presse

Collaboration spéciale

 

« Puis toi ? a demandé la jeune femme à son amie. Tu coucherais avec Sarkozy?
Moi je coucherais avec un gnome s’il était président de la République française
», a répondu l’amie.

– « Ben… Sarkozy est pas trop loin du gnome, si tu veux mon avis.

Whatever. N’importe quoi pour pouvoir dire que j’ai couché avec un chef d’État. C’est une maudite bonne anecdote, quand même, non? » Qu’est-ce que t’as fait hier soir?« . « Oh, pas grand-chose. Missionnaire avec le président ».

Tu penses que c’est ça que Carla Bruni s’est dit ?

Non. Je pense que Sarkozy s’est dit : n’importe quoi pour pouvoir dire que j’ai couché avec une mannequin.

– « Ouais, peut-être ». Une pause. « Tu penses vraiment qu’ils font ça dans la position du missionnaire ? »

La discussion s’est poursuivie. Il est plus petit qu’elle ; elle a la voix d’une carpe aphone ; c’est rien qu’un fasciste étroit d’esprit ; elle est rien qu’une « guidoune » qui couche avec tout ce qui fait plus de 100 millions par année ou, accessoirement, gouverne une puissance mondiale (consensus finale des filles : non, pas de missionnaire. Si jamais ils le font, c’est elle qui est sur le dessus).

Les jeunes femmes, au bout du compte, avaient moins de compassion pour Carla que pour Nicolas. Un président fier d’être à droite, anytime. Mais une femme qui collectionne les hommes puissants comme d’autres les coquillages ou les photos de coucher de soleil, ça passe mal.

Machine médiatique


Tout a déjà été dit – trop a déjà été dit sur ce couple à la fois étrange et parfait que forment Carla Bruni et Nicolas Sarkozy. Étrange pour des raisons évidentes, parfait parce qu’on pourrait difficilement imaginer pareille machine médiatique, ils sont du bonbon à paparazzi, de l’engrais à conversation vide.

Dans quelques années, j’en suis certaine, qu’ils soient encore ensemble ou non, des gens écriront sur cette relation déconcertante et démesurée, parce que tout est encore bon à dire et à redire sur l’histoire de la belle et la bête, sur les appétits des hommes de pouvoir et sur le pouvoir des femmes fatales.

Je n’ai pas d’affection particulière pour Carla Bruni, ses disques sont jolis, elle aussi, elle a écrit une chanson pour un homme qui a le même prénom que moi et que les gens me chantent encore quand ils ont pris un verre de trop. Son tableau de chasse est assez impressionnant, et on est en droit de questionner la pureté des intentions d’une jeune femme qui se donne à Donald Trump (pour qui je commence à avoir une certaine admiration, ne serait-ce qu’à cause de l’opiniâtreté qu’il démontre en persistant à porter son improbable toupet). Mais dans toutes, absolument toutes les conversations sur le sujet de son couple avec Sarkozy que j’ai entendues, les mots « pute » ou « guidoune » ou « salope » ont été prononcés. Et j’en ai entendu des conversations. TOUT le monde en parle, tout le monde est littéralement excité par la chose. Les plus polies parlaient de « profiteuse ».

Moi je crois que si quelqu’un profite de cette relation, c’est lui. Et que si elle en profite aussi, tant mieux. Je me demande pourquoi on assume toujours le pire, pourquoi on a choisi d’emblée de faire de cette histoire quelque chose de laid et de pervers (parce que c’était facile), et si on va un jour cesser de honnir les femmes qui se comportent comme on croit que seuls les hommes devraient pouvoir le faire.

Je sais, le sujet est plus qu’éculé et les femmes qui se veulent libérées radotent là-dessus dans les fonds de bar, mais la bigoterie me fait de la peine, surtout celles des femmes par rapport à leurs semblables. Aimons-nous donc les unes les autres.

Rafaële Germain, La Presse, le vendredi 18 janvier 2008

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Source : Cyberpresse

Je vous recommande également, de Cyberpresse, la lecture de cette autre analyse, Le Sarko-show: le feuilleton continue, signée par Nadielle Kutlu : « Je suis une amadoueuse, une chatte, une Italienne », confiait Carla Bruni en février 2007 au magazine Madame Figaro. « Je m’ennuie follement dans la monogamie. L’amour dure longtemps, mais le désir brûlant, deux à trois semaines ». Telle est la nouvelle conquête du président français, qui deviendra visiblement la première dame de France. Depuis près de deux mois maintenant, Nicolas Sarkozy, 52 ans, entretient une idylle avec l’ancien mannequin italien, Carla Bruni, 39 ans, fille de l’une des familles les plus riches de l’Italie du Nord. Désire-t-elle encore ardemment son nouvel amant ?

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10 responses

20 01 2008
Françoise

 » C’est la première fois les mécontents envers le président sont majoritaires dans ce baromètre depuis son élection en mai dernier. Depuis cette date, il a perdu au total 18 points, passant de 65% à 47% de satisfaits et de 31% à 52% de mécontents.

La chute est plus marquée chez les électeurs âgés, le chef de l’Etat passant par exemple de 51% à 43% de satisfaits entre décembre et janvier chez les 50-64 ans.

Il perd aussi beaucoup de terrain dans l’électorat traditionnel de l’UMP, comme les commerçants, artisans et chefs d’entreprises (dix points perdus en un mois) et professions libérales (neuf points perdus).

Ce sondage fait le même constat que plusieurs autres publiés ces dernières semaines. La période où ont été réalisées ces enquêtes a été marquée par une polémique sur la publicité donnée à la liaison entre Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, après celle sur les vacances du couple en Egypte à Noël, partiellement financées par le milliardaire Vincent Bolloré. » (© Le Monde – 19.01.08)

Bonjour Pierre,

De tout cela je retiendrai cette phrase de l’article de Cyberpresse :

« Or, la France, avec ses traditions et ses valeurs, reste la France. Peu importe son chef. Et en politique, les Français ont toujours séparé la vie publique et la vie privée. »

À voir les sondages, et à lire cela je suis un peu réconfortée. Les « coucheries » des célébrités n’amusent qu’un temps. Les « coucheries » du président, étalées dans tous les médias écœurent. Mr Sarkozy s’est trompé sur toute la ligne. Il voit l’ensemble de la France semblable aux milieux qu’il fréquente, show-bizz et richards, mais la majorité des Français sont à des années lumières de ces milieux.

Il me parait, d’ailleurs, assez significatif que depuis plusieurs jours nous n’entendons plus parler du « roman d’amour » présidentiel. Mr Sarkozy s’est trompé aussi avec les journalistes lors de sa conférence de presse. La morgue et la méchanceté finissent par lasser. On sent un peu moins de « révérence » vis-à-vis du président, dans les journaux tout au moins.

Le « show permanent » ne va plus avoir de spectateurs, les fans et les groupies de la vedette commencent à se tracasser plus de leurs fins de mois que des paillettes…

20 01 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Merci pour l’information relativement aux derniers sondages. La dégringolade va s’accentuer, au cours des prochaines semaines. La consolation sera mince mais elle mettre du baume sur les plaies. Je crois entre nous que monsieur Sarkozy – dont le mandat est à peine commencé – va connaître une fin de règne mouvementée.

Pierre R. Chantelois

20 01 2008
guy

Encore bravo !

Voilà un excellent article.Quelle classe.

Pour les sondages il y a encore de la place pour la baisse Chirac ayant obtenu le score de 21% de satisfaits en fin de mandat.

Il faudra encore plus d’histoires de coucheries et plus de « surmédiatisation » pour le descendre définitivement.

Mais celà devrait « le faire » comme on dit chez moi, patience donc.

Au fait Fillion est remonté au dessus de 50% de satisfaits.Erreurs dans le sondage sans doute.

20 01 2008
Françoise

« Je crois entre nous que monsieur Sarkozy – dont le mandat est à peine commencé – va connaître une fin de règne mouvementée. »

C’est bien possible, mais comment va-t-il gérer cela ? Va-t-il « naviguer à vue » et dire le lendemain le contraire de ce qu’il a dit la veille, ou bien durcir ses positions et tenter de « passer en force » ? L’un ou l’autre sera dommageable. Cet homme, que l’on dit « accroc aux sondages » doit mal supporter ces résultats, son ego en « prend un coup« .

Aurons-nous, avec ce grand admirateur des États-Unis, un « règne » aussi désastreux que celui de Mr Bush ? Espérons que Mr Sarkozy ne tentera pas de redorer son blason en nous lançant dans quelque conflit. Peut-être trouvera-t-on que j’exagère en disant cela, mais lorsqu’on n’a pas de politique, une bonne petite guerre… Il a annoncé que nous allons ouvrir une basse militaire à Abou Dabi, continuer en Afghanistan aux côtés des États-Unis…

20 01 2008
Pierre Chantelois

Guy

Voilà le point intéressant : ce jeu ces vases communicants. Monsieur Sarkozy baisse, Fillion augmente. Comme si le Premier ministre allait chercher sa cote de popularité dans l’impopularité de son président. C’est vraiment à suivre, donc.

Françoise

Qu’il soit en chute libre, Françoise, ou non, ne fait-il déjà pas ce que vous craignez : « dire le lendemain le contraire de ce qu’il a dit la veille ? Les « 35heures » en sont un exemple éloquent, non ? S’il échoue en politique intérieure, il pourrait se tourner vers la politique extérieure et, comme vous le dites, « annoncer que nous allons ouvrir une basse militaire à Abou Dabi, continuer en Afghanistan aux côtés des États-Unis… » Je ne connais pas l’étendue des pouvoirs du président mais est-ce qu’il ne lui faudrait pas l’approbation du gouvernement pour prendre une telle décision ? À défaut du gouvernement, il y aura toujours « la rue » qui parle si fort et qui caractérise si bien la France.

Pierre R. Chantelois

Pierre R. Chantelois

20 01 2008
Tietie007

Il me semble que Carla aime bien les hommes de pouvoir !

20 01 2008
Pierre Chantelois

Tietie007

Merci de votre visite 😉

Pierre R. Chantelois

20 01 2008
Charles

Pierre,

« Je ne connais pas l’étendue des pouvoirs du président mais est-ce qu’il ne lui faudrait pas l’approbation du gouvernement pour prendre une telle décision ? »

En France

Art. 21. – Le Premier Ministre dirige l’action du Gouvernement. etc, etc… (sans rapport avec le sujet)

Art. 8. – Le Président de la République nomme le Premier Ministre. Il met fin à ses fonctions sur la présentation par celui-ci de la démission du Gouvernement.

Sur la proposition du Premier Ministre, il nomme les autres membres du Gouvernement et met fin à leurs fonctions.

Le Président est donc la clé de voute du système…

A+

20 01 2008
Pierre Chantelois

Charles

Merci pour ces précieuses informations.

Pierre R. Chantelois

22 01 2008
Gilles

Donner autant d’espace à Rafaële Germain… Ce n’est pas un de tes billets les plus transcendants, Pierre !

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