« Israël a commencé la guerre. Et la guerre a été une erreur majeure » – Eliahou Winograd

31 01 2008

Le Premier ministre d’Israël, Ehoud Olmert, n’était pas sans savoir qu’un tsunami se préparait lorsque le juge à la retraite, Eliahou Winograd, qui préside la commission d’enquête chargée d’étudier les opérations militaires menées au Liban entre le 12 juillet et le 14 août 2006, lui a remis copie de son rapport de plus de 600 pages, rédigé sur la base de 74 témoignages de responsables politiques et militaires et d’experts. La publication attendue du rapport confirme les pires craintes : incompétence, absence de coordination, manque cruel de synchronisation et de communication entre les armées, tout s’y trouve. Israël, une puissance régionale, fait piètre figure contre le Hezbollah du Liban.

Un mur de béton se dresse autour du Premier ministre, en prévision des réactions que suscitera le rapport Winograd. Au bénéfice d’Ehoud Olmert, le rapport ne formule aucune recommandation sur une démission possible de ce dernier, dont la responsabilité dans les ratés de la guerre avait déjà été mise en avant lors du rapport intérimaire publié en 2007. Aucun ministre du gouvernement ne semble vouloir des élections anticipées en Israël. Ehoud Barak, chef du Parti travailliste et ministre de la Défense, avait prévu le coup : « Le premier ministre n’était pas seul à blâmer dans cette affaire », laissant entendre son peu d’intérêt pour pour un retour plus tôt que prévu aux urnes. « Je vous le dis, il n’y aura pas d’élections anticipées », a renchéri le ministre des Finances, Ronnie Bar-On, membre du parti centriste Kadima d’Olmert. « Le rapport Winograd ne déclenchera pas une nuit des longs couteaux au sein du parti Kadima », a déclaré le ministre du Logement, Zeev Boim. Le fait que le parti de droite Likoud, dirigé par l’ex-premier ministre Benyamin Netanyahou, soit donné gagnant par les sondages expliquerait en partie cette situation.

Une partie significative du rapport est consacrée aux trois derniers jours de la guerre. Vendredi 11 aout 2006, alors que les ambassadeurs français et américain à l’ONU travaillaient activement à un cessez-le-feu qui engagerait Israël, le Hezbollah et le Liban, Olmert avait donné le feu vert à une opération de grande envergure. La décision de lancer l’opération à un moment où les négociations aux Nations unies étaient sur le point d’aboutir, alors qu’Olmert savait qu’il n’avait que 60 heures devant lui, ainsi que le nombre élevé des pertes, ont transformé cette opération militaire en l’un des événements les plus controversés de la guerre, sauf que « les forces de Tsahal n’étaient pas prêtes pour une telle opération », a expliqué le juge Winograd. (DesInfos).

De façon plus générale, le président de la Commission, Eliahou Winograd, a rappelé quels étaient les buts de sa Commission : « répondre à la crise profonde dans la population suite à cette guerre non gagnée et la nécessité de réparer les défaillances ». Comme l’indique Arouts7 : « les membres de la Commission ont rappelé à plusieurs reprises le manque de préparation de l’échelon militaire, l’absence de vision stratégique de l’échelon politique, et surtout les défaillances dans les relations et la communication entre eux ». « Les buts trop ambitieux déclarés au début du conflit, et les hésitations dans les décisions, ont réduit les marges de manœuvres de l’armée et des responsables politiques. Les alternatives étaient réduites, et Israël a été entraîné dans la dernière offensive » a indiqué Eliahou Winograd.

De plus, le président de la Commission constate que : « Bien que jouissant d’une supériorité aérienne, Israël a perdu la guerre. Aussi bien au niveau politique, qu’au niveau militaire, les chefs de l’exécutif se sont lourdement trompés ». De manière plus cinglante, la Commission en vient à la conclusion que : « Israël a commencé la guerre. Et la guerre a été une grande erreur, une erreur majeure ». Pour l’auteur du rapport, « la guerre a été un fiasco total ». C’est ce qu’il a déclaré devant les journalistes. Pire. Selon le juge, s’il n’y a pas eu défaillance dans la décision du cabinet Olmert de lancer cette offensive : « la décision d’entrer en guerre a été prise sans aucune stratégie ». Et Eliahou Winograd de conclure : « À l’avenir, pour dissuader nos ennemis, Israël a besoin de dirigeants forts et d’une armée puissante ». Malgré tout, le rapport estime que le Premier ministre, Ehoud Olmert, a été guidé par « une approche sincère des intérêts d’Israël ». Cela étant dit, il reste que, selon la Commission Winograd : « Tsahal n’a pas répondu aux besoins de défense du pays, par le fait que les missiles ont continué à pleuvoir sur Israël tout au long du conflit, ce qui a eu des conséquences graves, même sur les événements futurs ».

Entre 1.035 et 1.191 civils et combattants libanais ont été tués durant la guerre au Liban, tandis que côté israélien 119 soldats et 40 soldats ont trouvé la mort, selon des chiffres provenant des deux camps.

Le juge Eliahou Winograd s’est déclaré satisfait de la résolution 1701 du Conseil de sécurité. Selon lui, le fait que cette résolution, établie à partir d’un document préparé par la France et les États-Unis, a été votée à l’unanimité est une « victoire » pour Israël – bien qu’elle n’ait été ensuite appliquée qu’à moitié. Cette résolution appelait la milice chiite libanaise Hezbollah à cesser immédiatement toutes ses attaques et Israël à cesser immédiatement toutes ses opérations militaires offensives au Liban. Le projet avait été critiqué par le Liban et la Ligue arabe pour ne pas avoir exigé un retrait immédiat de Tsahal et pour avoir autorisé Israël à poursuivre ses opérations contre le Hezbollah. Pour la Commission, les acquis de la guerre sont, notamment, le cessez-le-feu, et l’éloignement du Hezbollah de la frontière libanaise. Elle a dressé des compliments aux réservistes et aux soldats pour leur engagement et leur dévouement.

Notons en terminant que ce rapport, tant attendu, ne comporte pas, premièrement, « de conclusions personnalisées, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de responsabilités personnelles » et, deuxièmement, ce qui est très important, que le rapport inclut « toutes les conclusions contenues dans le Rapport intermédiaire ». Pour sa part, après avoir essuyé ces critiques plutôt réservées de la part de la commission Winograd, le Premier ministre, Ehoud Olmert, a publié un communiqué dans lequel il affirme qu’il garde toute sa confiance en « Tsahal, ses commandants, ses soldats et ses capacités ». D’après Olmert, Tsahal continue et continuera à s’entraîner, à s’améliorer, à se renforcer et à être prêt à affronter n’importe quels défis et missions.

Les couteaux ont commencé à voler au-dessus de la tête du chef du gouvernement. Le député Aryeh Eldad (Ihoud Léoumi-Mafdal) a commenté le rapport de la commission Winograd en affirmant que le Premier ministre Ehoud Olmert « occuperait dans l’histoire la place du plus mauvais dirigeant d’Israël ». Et d’ajouter : « La sentence est rendue. Les citoyens israéliens exigeront des comptes des marionnettes du gouvernement, qui permettent à un dirigeant raté et sans jugement de continuer à diriger Israël ».

(Sources : AFP, Arouts7, Cyberpresse, Guysen International News, Le Monde, Presse canadienne)

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5 responses

31 01 2008
Gilles

Et Eliahou Winograd de conclure : « À l’avenir, pour dissuader nos ennemis, Israël a besoin de dirigeants forts et d’une armée puissante ».
 
Excusez-moi, je croyais qu’Israël possède déjà une armée puissante. À bien y penser, il semble qu’une armée puissante ne procure ni le droit, ni la victoire sur les ennemis ; je pense à l’Armée Rouge en Afghanistan, et à l’armée des États-Unis au Vietnam. Donc, on en reste au même paradigme.
 

31 01 2008
Pierre Chantelois

Gilles

J’ai suivi sur internet – via BFM-TV – la rencontre de presse du Juge Winograd, à Jérusalem. Il a soufflé le chaud et le froid. Son rapport final est plus nuancé, voire prudent, que son rapport préliminaire. Il ne formule aucune recommandation et n’attaque aucune personnalité militaire, politique ou gouvernementale directement. Tout au long de son exposé, ce qui ressortait à première vue était bien évidemment l’humiliation de la grande puissance régionale battue en brèche par un groupuscule. Et cela ressemble aux alliés outre-atlantiques qui, également, ont échoué dans le Moyen-Orient. Et je rejoins votre conclusion : une armée puissante ne procure ni le droit, ni la victoire sur les ennemis.

Pierre R. Chantelois

31 01 2008
Françoise

En fin de compte, Eliahou Winograd ne regrette qu’une chose, c’est que la guerre ait été perdue.

Personne en Israël ne semble regretter, ne serait-ce qu’un instant, que cette guerre, inutile, ait eu lieu. La seule conclusion c’est : Il faudra faire mieux la prochaine fois…

Et on parle d’une possible paix dans cette région ?

31 01 2008
guy

Pierre

Qu’Israèl dise aujourd’hui vouloir par ce rapport « répondre à la crise profonde dans la population suite à cette guerre non gagnée et la nécessité de réparer les défaillances »… c’est hallucinant.

Israel a « rasé » d’une façon aveugle toutes les infrastructures civiles du Liban en tuant la population par milliers, Israèl dit maintenant en quelque sorte : nous n’avons fait le travail qu’à moitié… et nous, la population d’Israel, sommes choqué d’avoir perdu cette guerre ?

Y a t’il des mots pour condamner de tels propos ?

Dans la résolution on peut lire en gros que le « travail de reconstruction » peut ètre entammé avec l’aide internationale.!!! Merci vous ètes bien bon aux nationx unies… on va donc refaire ce qu’Israèl a broyé…

A aucun moment on ne trouve une « contrainte » quelconque pour qu’Israèl participe à cette reconstruction et c’est éxtremement choquant.

Cette nation se tourne sans arrèt vers son seul allié les USA n’est elle pas en fait qu’une petite parcelle « d’Amérique éxtrémiste ».

Bush ne disait il pas de possibilité de « paix en terre sainte » hier ou avant hier !

31 01 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Comme je l’indiquais précédemment, à Gilles, il y avait peu de regrets exprimés par l’auteur du rapport pour les populations. Seule la machine de guerre était sous analyse. Dans le cas qui nous préoccupe, la paix passe par Israël, d’abord et avant tout. Belle occasion ratée pour Winograd.

Guy

Je comprends votre sentiment. Vous ne devez pas être le seul – de par le monde – d’être profondément meurtri par cette analyse qui n’a d’yeux que pour Israël et sa machine de guerre.

Pierre R. Chantelois

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