Ingrid Betancourt

29 02 2008

 

SPECIAL

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« Mets-toi en paix avec toi et avec moi (…) je suis fatiguée de souffrir, de porter cette souffrance en moi tous les jours, de me mentir à moi-même et de voir que chaque jour est identique à l’enfer de la veille »

Ingrid Betancourt

 

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« Il faut dire au monde entier que la guérilla s’acharne contre elle »

Eladio Pérez

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Élections du 2 mars en Russie : démocratie sous haute surveillance de l’État

29 02 2008

Le Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH), l’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et le Conseil nordique (qui regroupe le Danemark, la Norvège, la Suède, la Finlande et l’Islande) ont refusé d’envoyer leurs délégations pour surveiller la journée du 2 mars prochain, jour de scrutin en Russie. Ce boycotte s’explique par les restrictions relatives au nombre d’observateurs et au calendrier de leur mission imposés par Moscou. « Il est évident que M.Medvedev recueillera la plupart des voix cette année tout comme le président russe Vladimir Poutine a obtenu la majorité écrasante il y a quatre ans », déclarait le représentant de l’OSCE. Pour l’OSCE, la durée de la mission d’observation et le nombre des observateurs auraient dû être définis par les observateurs eux-mêmes. Pour, le scrutin du 2 mars prochain ne sera qu’un « simulacre d’élections libres ». Le Kremlin a restreint les libertés à l’approche des élections présidentielle et législatives de dimanche, accuse l’organisation de défense des droits de l’homme. Amnistie internationale voit dans la répression des manifestations de l’opposition, le harcèlement de militants et de journalistes et les restrictions imposées à des organisations de la société civile le signe d’un déclin des libertés.

« La Russie ne laissera personne lui dicter ses conditions, mais respectera ses engagements internationaux, notamment en matière de suivi de l’élection présidentielle du 2 mars prochain », avait clairement déclaré le président russe Vladimir Poutine. « Nous ne nous nous soumettrons à aucun diktat, mais nous respecterons ce que nous avons signé. C’est un principe fondamental du droit international », avait indiqué le chef d’État. Il commentait ainsi le refus du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) et de l’Assemblé parlementaire de l’OSCE d’envoyer leurs observateurs à l’élection présidentielle.

Par contre, les observateurs de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), l’assemblée parlementaire de la CEI (Communauté des États indépendants) et par leurs collègues de l’OCS (Organisation de coopération de Shanghai) seront présents sur place. L la mission électorale de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) avait déploré l’absence, en Russie, des observateurs du Bureau des institutions démocratiques et des droits de l’homme (BIDDH) de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) « qui effectuaient, en règle générale, un long suivi des élections ». Au lendemain de l’élection, le 3 mars prochain, le chef de la mission des observateurs fera connaître son appréciation de l’élection au cours d’une conférence de presse à Moscou.

Pour Vladimir Poutine, il est clair que la politique russe, dans l’espace de la Communauté des États Indépendants (CEI), ne changera pas en cas de victoire du premier vice-premier ministre, Dmitri Medvedev, aux prochaines élections présidentielles. Le président sortant est déjà en mesure de confirmer lui-même la politique que poursuivra le nouveau président élu, Dmitri Medvedev. « J’estime qu’il ne devrait pas y avoir de changements révolutionnaires puisque Dmitri Medvedev est l’un des auteurs de la politique (russe) sur cet axe ». Personne n’ignore que Medvedev est le dauphin de l’actuel président et que Vladimir Poutine s’est réservé le poste de Premier ministre. « Nul ne l’ignore, j’ai jugé possible de l’appuyer de la façon la plus énergique », n’a pas hésité à déclarer Vladimir Poutine à l’égard de son grand ami, Dmitri Medvedev. « Je connais Dmitri Anatolievitch depuis très longtemps, nous travaillons ensemble depuis plus de 17 ans. Dmitri Anatolievitch, surtout lorsqu’il dirigeait l’administration présidentielle, a été l’un des membres de mon équipe les plus proches de moi, et c’est avec lui que nous avons mis au point les principales décisions, y compris dans l’axe le plus important pour nous, celui de la Communauté des États indépendants (CEI) ».

La presse russe s’est montrée fort complaisante à son égard. Fort du soutien de Vladimir Poutine, ne faisant face à aucune opposition structurée, Dimitri Medvedev a tout lieu de croire à une victoire certaine aux prochaines élections qui auront lieu ce dimanche. Vladimir Poutine, qui convoite lui-même le poste de Premier ministre, prépare le terrain : il a loué la façon dont son dauphin, Dimitri Medvedev, a mené les grands programmes de santé, d’éducation, de logement et d’agriculture.

À 42 ans, Medvedev deviendra, s’il est élu, le plus jeune dirigeant de la Russie depuis le tsar Nicolas II. Intelligent et direct, Medvedev est reconnu pour sa proverbiale prudence. Il n’aime pas le risque. Plusieurs le qualifient d’homme dur qui n’hésiterait pas à prendre des décisions les plus impopulaires au nom de la nation russe. Comme juguler la chute de la natalité en Russie : la population russe est passée de 149 millions à 142 millions d’habitants depuis la chute de l’URSS en 1991. La ministre de la Santé, Tatiana Golikova, s’est engagée jeudi à ce que le déclin démographique cesse en 2011 avec une population stabilisée à 143 millions d’âmes. Dmitri Medvedev fondera dans sa politique, en cas de victoire à la présidentielle, sur quatre « i » : institutions, infrastructure, innovations et investissements. Et pour réaliser cet objectif, il lui faudra venir à bout de sept problèmes : surmonter le nihilisme juridique, abaisser radicalement les barrières administratives, alléger le fardeau fiscal dans le but d’encourager les innovations et les investissements privés dans le capital humain. L’accès à un logement décent est la principale préoccupation des Russes. Medvedev donc entend porter la part des Russes en mesure de s’offrir un logement à 35% en 2012 contre 20% actuellement. Selon les statistiques officielles, environ deux millions de Russes sont logés dans d’anciens foyers de travailleurs construits du temps de l’Union soviétique. Bien plus, 14 à 20 millions, selon Irina Bergalieva, présidente du mouvement de défense des habitants des foyers. Plus d’un Russe sur dix, les laissés-pour-compte de la nouvelle Russie. D’ici 2012, il souhaite porter le volume de construction de logements à 1 mètre carré par personne et par an : « Les citoyens qui ont la possibilité d’acquérir un logement sur le marché, en faisant appel à leurs propres économies, aux crédits au logement et en profitant de l’aide de l’État doivent constituer au moins 35% de la population en 2012 contre 20% actuellement et atteindre à terme 60 à 70%, soit la part de la classe moyenne dans le pays ».

Au plan médiatique, Dimitri Medvedev impose, par sa posture, le respect et l’admiration. À quelques jours du scrutin, force est de reconnaître que le futur président occupe l’avant-scène de l’actualité, reléguant pour l’heure Vladimir Poutine au rôle de simple figurant. Il est difficile pour le futur candidat à la présidence russe de mal paraître, crédité d’ores et déjà de 61 à 80% des votes, et cela, en l’absence de véritable course électorale. Par ailleurs, l’acte de foi est on ne peut plus clair : « Si la direction de l’État m’est confiée, je m’engage à poursuivre dans la voie qui a déjà prouvé son efficacité, dans la voie du président Poutine », a déclaré Dimitri Medvedev à Nijni-Novgorod. En tout bon stratège qu’il est, le futur président de la Russie se réclame de la continuité pour assurer aux russes le bien-être qu’ils exigent de leurs chefs élus : « Je comprends très bien à quel point la stabilité et la continuité sont importantes pour le pays ». Et pour cela, il ne fait aucun doute dans son esprit que : « Si nous continuons à travailler ainsi, à deux, nous pourrons nous rendre utiles à l’État ».

Les élections russes sont placées en « position suspecte » par les observateurs internationaux. Le président de la Commission électorale centrale, Vladimir Tchourov, en est bien conscient. « La présidentielle russe ne serait ni libre ni équitable et cette opinion semble arrêtée d’avance et n’a rien à voir avec la réalité », soutient Tchourov, répondant ainsi au chef de la mission des observateurs de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, Andreas Gross. Ce dernier avait en effet évoqué « une série de signaux » montrant que des observateurs internationaux viennent suivre l’élection en Russie avec une appréciation faite d’avance. Le Chef de la délégation de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE), le Suisse Andreas Gross, n’hésite pas à souligner que l’élection, au cours de laquelle les candidats se heurtent à des obstacles quasiment insurmontables pour se faire enregistrer, pourrait s’avérer contraire aux critères de la liberté électorale. À la mi-février, une compilation, publiée par les trois seuls députés de l’opposition qui restent au parlement russe, montrait les temps d’antenne consacrés à chacun des quatre candidats à la présidentielle : 85 % à Medvedev, 7 % à Vladimir Jirinovski, 5 % au communiste Guennadi Ziouganov, et 2 % au démocrate Andreï Bogdanov.

Amnistie Internationale voit « dans la répression des manifestations de l’opposition, le harcèlement de militants et de journalistes et les restrictions imposées à des organisations de la société civile le signe d’un déclin des libertés ». « Il y a de moins en moins de place pour une information indépendante ». Son rapport fait écho à une étude similaire publiée, au début du mois, par l’organisation Human Rights Watch qui expliquait que : « de nouvelles lois restreignant les activités des organisations non gouvernementales (ONG), la dispersion, par la police, de manifestations hostiles au pouvoir et le harcèlement dont se disent victimes certains opposants s’inscrivent dans le cadre d’une destruction systématique des libertés civiques en Russie ».

« La liberté d’expression est d’abord et avant tout la liberté d’exprimer des points de vue différents », indique Mme Nicola Duckworth, directrice du programme Europe et Asie centrale d’Amnistie Internationale. « L’attaque continuelle de ce droit, notamment par le biais de restrictions aux droits à la liberté de réunion et d’association, a pour effet de bâillonner la société tout entière. […] Sans le droit à la liberté d’expression, d’autres droits de l’homme fondamentaux peuvent être bafoués plus facilement. Le silence est le meilleur terreau pour l’impunité – un outil puissant pour ébranler les principes du droit ».

(Sources : AFP, Le Monde, Figaro, Presse canadienne, Ria Novosti)

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« Boycotter un ensemble d’écrivains, cela a-t-il du sens? » (Tahar Ben Jelloun)

28 02 2008

Israël fête ses 60 ans cette année. Paris et Turin avaient pris la décision de souligner cet anniversaire en choisissant Israël comme invité d’honneur de leur salon du livre respectif. Depuis, rien ne va plus aux Salons du livre de Turin et de Paris. Le salon du livre de Paris devrait être inauguré par le président français, Nicolas Sarkozy ainsi que par le président israélien, Shimon Peres, en mars prochain. Auteurs et éditeurs arabes, intellectuels européens s’objectent à cet honneur qui échoit à l’État d’Israël en raison de sa politique à l’égard de la Palestine. Selon le site « Livres Hebdo », le boycotte par les éditeurs algériens et marocains du Salon du livre à Paris se confirme.

Le président de l’Union des écrivains palestiniens, Al-Moutawakel Taha, considère qu’il n’est pas digne de la France, le pays de la Révolution et des droits de l’Homme d’accueillir dans son Salon du livre un pays d’occupation raciste. Smaïn Amziane, directeur de Casbah Editions à Alger, préfère parler de « non-participation », justifiant sa décision « au nom du devoir de solidarité » avec les Palestiniens. La Tunisie, qu’on a peu entendue, devrait s’aligner sur cette décision. L’Organisation islamique de l’éducation des sciences et de la culture (Isesco), elle-même issue de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI), en appelle à ses 50 pays membres pour appuyer ce boycotte. Selon elle : « Les crimes contre l’humanité perpétrés par Israël dans les territoires palestiniens le condamnent avec force (…) et le rendent indigne d’être l’invité d’honneur d’un salon international du livre organisé par une instance gouvernementale française à Paris ».

Le Quai d’Orsay s’en mêle. Pascale Andréani, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, rappelle que chaque année, il y a un pays qui est invité d’honneur avant de souhaiter que le prochain salon « se tienne dans de bonnes conditions » et qu’il « permette des échanges ouverts, fructueux, positifs ». Quelque 39 écrivains israéliens de toutes générations, de Aharon Appelfeld à Etgar Keret, seront devraient être présents au Salon du Livre de Paris. Les Palestiniens commémoreront quant à eux la « Nakba » (catastrophe) que fut pour eux l’émergence d’Israël sur trois quarts des territoires de la Palestine historique avant l’occupation du reste, la Cisjordanie et la bande de Gaza, en 1967.

Un écrivain juif a inscrit sa dissidence à cette reconnaissance du 60e anniversaire de l’État d’Israël. Le poète israélien Aharon Shabtai a dit non au Salon du livre de Paris : « Je ne pense pas qu’un État qui maintient une occupation, commettant quotidiennement des crimes contre des civils, mérite d’être invité à quelque semaine culturelle que ce soit. Ceci est anti-culturel ; c’est un acte barbare travesti de culture de façon cynique. Cela manifeste un soutien à Israël, et peut-être aussi à la France, qui appuie l’occupation. Et je ne veux pas, moi, y participer ». Aharon Shabtai est né en 1939 et vit à Tel Aviv. Il est le père de six enfants. C’est le plus éminent traducteur en hébreu des tragédies grecques et l’auteur de nombreux recueils de poésie. Il a suivi la Tel Nordau School et l’Educational Institute au Kibbutz Merhaviya. Après son service militaire, il a étudié le grec et la philosophie à l’Université hébraïque, à la Sorbonne et à Cambridge et, de 1972 à 1985, il a enseigné les Études théâtrales à Jérusalem.

Parmi les personnalités qui appellent au boycottage se trouvent les écrivaines Susan Abulhawa (Etats-Unis) Rita Amabili (Canada) ; Tariq Ali, John Berger, le chef d’orchestre Riccardo Muti et le chorégraphe Omar Barghouti. À propos de ce dernier, Omar Barghouti est un adversaire déclaré de l’État d’Israël. Sur la question du boycotte de la Foire du livre de Turin, rappelle certaines vérités à l’état italien. À une question posée par Michelangelo Cocco sur la position prise par « Liberazione, (quotidien du parti Rifondazione communista, NDT), qui écrivait notamment que « le boycotte culturel est un réponse dangereuse parce qu’il conduit à la radicalisation des positions », Omar Barghouti répond : « J’ai l’impression que les communistes italiens ont la mémoire courte : ils oublient que, pour abattre l’apartheid, le boycotte total fut adopté contre l’Afrique du Sud, boycotte qui touchait autant les individus que les institutions. Quand un pays commet des crimes, viole constamment le droit international et que ses institutions culturelles sont complices, si vous ne les boycottez pas, vous devenez vous-même complices ».

Sayed Kashua est issu de la jeune génération des écrivains israéliens. Arabe et citoyen israélien, il est journaliste, habite Jérusalem et écrit en hébreu. Ses derniers livres publiés en français sont : « Les Arabes dansent aussi » (Belfond) et « Et il y eut un matin » (l’Olivier, février 2006). Dans un commentaire très dur qu’il a publié sur Haaretz, Kashua écrit : « Le boycotte est très bien. Pourvu qu’il y ait encore plus de boycottes de l’entité sioniste. En fait, je pense qu’on devrait enfermer tous les écrivains israéliens dans un hôtel, les mettre sous couvre-feu, boucler leurs œuvres… Mettez-les dans la pire aile de l’hôtel le plus miteux de Paris, empêchez-les de sortir de leur chambre. Et puis, coupez-leur l’électricité. Comme ça, ils auront une petite idée de ce qui se passe à Gaza » (Commentaire publié en français sur Bellacciao).

La romancière américaine Susan Abulhawa a également dénoncé violemment la décision des organisateurs du Salon du livre de Paris d’inviter Israël. Dans une lettre ouverte, Susan Abulhawa, Américaine d’origine palestinienne, dénonce les « injustices » à l’encontre du peuple palestinien. « Les organisateurs du Salon du livre veulent-ils, à l’instar d’Israël, faire comme si la Palestine et les Palestiniens n’existaient pas, n’avaient jamais existé ? », s’interroge-t-elle, en soulignant qu’ « aucun Palestinien – et même aucun israélo-palestinien – n’a été invité à cette manifestation ».

Pour l’écrivain égyptien Al-Aswani, « L’invitation d’Israël est une honte. Ne pas participer est néanmoins une erreur ». L’auteur du best-seller « L’Immeuble Yacoubian », a indiqué qu’il irait au Salon du Livre. « Je suis très choqué car la France est depuis deux siècles un pays très important sur le plan culturel pour les Égyptiens, ce n’est pas la France que je connais », a-t-il dit à l’AFP. Le romancier égyptien célèbre, Gamal Ghitani, a affirmé que la note de protestation « était une forme d’infantilisme politique », estimant que les signataires « n’ont aucun droit d’ingérence dans un autre pays ».

Marek Halter, écrivain mondialement connu, est intervenu en publiant une lettre ouverte dans le quotidien Le Monde. « Imaginons le boycotte des livres d’un Gore Vidal, d’un Philip Roth ou d’un Norman Mailer à cause de la guerre du Vietnam », écrit-il. « Imaginons le boycotte d’un Sartre, d’un Camus, d’une Simone de Beauvoir à cause de la guerre d’Algérie… D’autant plus que, comme ce fut le cas des écrivains américains et français, les auteurs israéliens invités à la Foire du livre de Turin, tels Amos Oz, Avraham B. Yehoshua ou David Grossman, sont précisément ceux qui se battent pour les droits des Palestiniens. Les signataires de la pétition ne le savent pas, ou le savent, et font mine de l’ignorer ».

Dans une formule choc, Marek Halter s’interroge : « Il y a quelques jours, dans un entretien au Monde, le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, affirma une fois encore sa volonté de faire disparaître l’Etat d’Israël. Faire disparaître sa littérature, serait-ce le premier pas ? Y aura-t-il toujours des intellectuels pour être complices d’une telle ignominie ? »

Enfin, il faut rappeler que Tahar Ben Jelloun s’est également opposé à ce boycotte de la culture et de la littérature. « Les écrivains israéliens ne sont pas l’État israélien », rappelle l’écrivain sur son site Web. « Refuser de lire un livre, boycotter un ensemble d’écrivains, marquer sa désapprobation d’une politique en pénalisant les écrivains de cet État, cela a-t-il un sens ? » L’écrivain, dans une profession de foi envers la littérature, d’où qu’elle vienne, s’élève contre ce déni de littérature : « Il faut bien distinguer les choses : la politique d’un État n’est pas assimilable à la production littéraire des écrivains de cet État. Je suis parmi ceux qui critiquent le plus durement la politique israélienne d’occupation et je ne confonds pas M. Olmert avec M. Oz, M. Grossman ou M. Gutfreund. Je peux aussi ne pas aimer tel ou tel ouvrage. Cela n’a rien à voir avec le pays d’origine de celui qui l’a écrit ». L’auteur termine en ces mots : « ce n’est pas le boycotte du prochain salon du livre de Turin qui ouvrira le chemin de la paix et de la réconciliation. Critiquer la politique d’un État. Critiquer un roman sur le plan littéraire. Tout cela est possible. Mais surtout ne pas confondre les deux choses et susciter par là davantage d’incompréhension ».

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« L’excision est un crime contre l’Humanité. Elle doit être combattue dans les pays d’origine »

27 02 2008

La tribu des Kalenjin est réputée pour ses coureurs dans les épreuves de grand fond. Dans la fameuse vallée du Rift, on retrouve une population de trois millions d’habitants, soit l’équivalent de 10% de la population du Kenya. Dans cette région du monde, une chasse aux allochtones ne cesse d’accroître le nombre des victimes et cela, dans le cadre d’une politique globale de « nettoyage » qui affecte, depuis les élections, toute la province de la Rift Valley. William Ruto, représentant des Kalenjin, est soupçonné d’organiser les violences pour faire fuir les membres des autres ethnies. Selon un haut responsable de l’Onu, la crise kényane a divisé le pays selon des lignes ethniques et les violences pourraient reprendre si la situation politique ne se débloque pas rapidement. « La notion d’appartenance ethnique et la peur se sont répandues à travers la majeure partie de la société kényane et ont accentué les fractures », a déclaré aux Nations unies, John Holmes, sous-secrétaire général chargé des Affaires humanitaires.

Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations Unies, est dans la région. Médiateur dans la crise kényane, il tente une sortie de crise avec les camps du gouvernement et de l’opposition. Le Kenya, l’un des pays d’Afrique de l’Est les plus stables jusqu’à la fin de l’année dernière, est plongé depuis l’élection présidentielle du 27 décembre dans l’une de ses pires crises depuis son indépendance en 1963. Les violences qui ont ensanglanté le pays après le scrutin ont fait au total plus de 1.500 morts, selon la police. Environ 300.000 personnes ont également été déplacées par ces violences, selon la Croix rouge kényane. Dans la médiation dirigée par Kofi Annan, on note la présence de l’épouse de Nelson, Mandela Graça Machel.

Un autre drame se joue, plus local celui-là. La communauté Sabiny est une sous-tribu des Kalenjin qui vivent au pied de la Montagne Elgon à la frontière avec le Kenya. Le gouvernement ougandais envisage d’interdire les mutilations génitales féminines (MGF) mais les tenants de la tradition s’y opposent, estimant qu’une telle interdiction violerait leurs droits traditionnels. L’excision est pratiquée depuis la nuit des temps parmi la communauté Sabiny. « C’est notre culture et nous la chérissons. Ceux qui y sont opposés doivent respecter nos droits traditionnels », a déclaré Agnés Suuto, membre de l’ethnie Sabiny, qui est âgée de 42 ans. « Plusieurs d’entre nous qui ont subi cette pratique n’ont pas de regrets et la plupart des filles qui s’y opposaient auparavant poussent désormais secrètement leurs aînées à les initier ».

Le projet de loi qui doit être débattu devant le parlement stipule que : « La mutilation génitale féminine est une violation ou une tentative de violation de l’intégrité physique de l’organe féminin, soit par une ablation totale ou partielle, l’excision, l’infibulation ou la désensibilisation ». Dora Byamukama est la Directrice du Droit et du Plaidoyer pour les femmes en Ouganda. Elle se bat pour l’abolition de cette pratique : « Cette pratique est la pire forme de mauvais traitement fait aux femmes. Elle est brutale et douloureuse et il faut y mettre fin ». Contre toute attente, le projet de loi ne prend pas en compte les croyances, la coutume, la tradition, l’application des rites ou le consentement et les rejette comme des raisons valables.

Selon différentes estimations, l’excision serait encore en vogue dans une trentaine de pays en Afrique. En Côte d’Ivoire, l’on estime la prévalence à 44,5%, soit environ une fille/femme sur deux, victime de mutilation génitale. Dans les régions du nord et nord-ouest du pays, l’excision est pratiquée avec 88% de prévalence dans chaque région, tandis que la région de l’ouest enregistre un taux de prévalence de 73%.

Comme l’explique Armelle Andro, chercheuse à l’INED : « En France, il y a eu un véritable appel contre l’excision dans les années 80. C’est à cette époque que les procès d’exciseuses se sont multipliés. Même si la France se pose contre les mutilations sexuelles, elle ne donne pas les moyens aux médecins et aux sages-femmes de combattre ce fléau. En effet dans les écoles de médecine ou de sages-femmes, aucun module sur l’excision n’existe ». En Suisse, selon Mme Fabienne Bugnon, du Bureau de l’égalité hommes femmes, près de 10.000 personnes sont concernées par cette pratique. Quelque 7000 fillettes et femmes vivant en Suisse auraient subi une excision, souligne la branche helvétique du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF). C’est notamment des femmes migrantes qui ont été excisées chez elles ou qui envoient leurs filles se faire exciser au pays à défaut de compter sur la complicité de certains médecins locaux. C’est ce qui fait dire à Laurent Moutinot, président de la République de Genève : « L’excision est un crime contre l’Humanité. Elle doit être combattue dans les pays d’origine ».

Avocate des droits humains et ancienne directrice du Programme Régional de l’UNIFEM dans l’Est et la corne de l’Afrique, la juriste zimbabwéenne Nyaradzai Gumbonzvanda considère que « les femmes ne sont pas entièrement protégées des violations de leurs droits dans les situations de crises ». Elle donne l’exemple du Kenya où elle s’est rendue avant et après les élections qui ont été suivies par des contestations politiques découlant sur une crise communautaire de haute intensité qui a drainé un déplacement massif de femmes et d’enfants. La crise kenyane a généré la fermeture des écoles dans les régions les plus affectées. Pour madame Gumbonzvanda, il est clair que « s’il y a des progrès ici et là rendant les femmes plus visibles dans l’espace public, il n’en demeure pas moins vrai qu’augmenter leur nombre dans les parlements et autres institutions n’a de sens que si les femmes sont responsabilisées et que dans la pratique leur niveau de vie s’améliore ».

Signe des temps, les autorités musulmanes du Kenya se réunissaient, le 20 juin dernier, dans la ville d’Isiolo (nord), pour une réflexion sur les mutilations génitales féminines (MGF) afin de trouver les moyens de mettre fin à ces pratiques parmi les communautés essentiellement pastorales de cette région désertique. Les responsables religieux, par le biais du secrétaire de la section d’Isiolo du Conseil suprême des musulmans du Kenya, Cheikh Ali Dabaso, avaient alors indiqué que cette pratique ne se justifiait pas dans le cadre de l’enseignement islamique, d’où la nécessité d’y mettre fin afin d’épargner aux femmes des souffrances inutiles. « Les MGF ne sont ni une pratique islamique ni une pratique obligatoire pour les musulmans, et nous sommes résolus à prêcher contre elle et à l’éradiquer sous toutes ses formes », avaient affirmé, à cette occasion, les leaders religieux. Ils ont aussi exprimé leur accord sur le fait que cette pratique était responsable du taux élevé d’abandons scolaires et de mariages précoces dans la région, tout en constituant une violation des droits des jeunes filles, qui sont souvent contraintes de subir ce rite.

Malgré ce progrès, qu’il faut louer, les mutilations génitales féminines (MGF) sont encore pratiquées dans les pays d’Afrique du Nord-Est et de l’Ouest. En Égypte et en Somalie, mais aussi en Guinée et au Mali, plus de 90% des femmes sont excisées. Dans d’autres pays par contre, l’excision se limite à des groupes ethniques ou à des régions précises. C’est notamment le cas dans les pays du Proche-Orient, en Inde, en Indonésie et en Malaisie. La situation s’améliore en revanche dans certains pays d’Afrique, comme au Burkina Faso où la proportion de femmes mutilées est passée en une dizaine d’année de deux tiers à un peu moins de la moitié. « Pour ces dernières années, les données statistiques disponibles semblent indiquer, parmi les jeunes femmes, une tendance croissante à rejeter cette pratique. En dépit de fortes résistances, la lutte contre les MGF commence à porter ses fruits dans de nombreuses communautés », note l’UNICEF dans une brochure consacrée au sujet (SwissInfo).

Au Québec, Me Louise Langevin, titulaire de la Chaire d’étude Claire-Bonenfant sur la condition des femmes, déclarait, devant la Commission parlementaire des Affaires sociales de l’Assemblée nationale : « qu’est-ce qu’on entend quand on parle du droit des femmes à l’égalité ? Les tribunaux canadiens ont éprouvé et éprouvent encore certaines difficultés à définir le droit à l’égalité. L’égalité est un concept comparatif, une personne est égale ou inégale par rapport à une autre et selon certains critères. Le choix des critères et des groupes de comparaison est souvent déterminant et est une source de problèmes. Ainsi, les femmes noires doivent-elles se comparer au groupe femmes, au groupe Noirs ou au groupe femmes noires ? Dans une société patriarcale et capitaliste, l’égalité a été définie par les hommes et pour les hommes et ne tient pas compte des besoins des femmes. D’un point de vue féministe, l’égalité pour les femmes va au-delà de l’égalité formelle – quand on parle de l’égalité formelle, on parle de l’égalité de traitement – et exige une approche beaucoup plus large, c’est-à-dire l’égalité réelle ou égalité de substance. Certes, les femmes veulent jouir des mêmes droits que les hommes, la reconnaissance de leur personnalité juridique, le droit de vote, le droit à l’éducation, le droit d’accéder au marché du travail. Cependant, dès que les femmes sont différentes des hommes comme sur le plan biologique, le modèle du traitement unique s’avère incapable de répondre à leurs besoins ».

Pour Me Langevin : « les atteintes au droit des femmes à l’égalité se cachent aussi dans les coutumes, les traditions et les cultures. Les mariages forcés, la polygamie, l’excision, l’impossibilité pour les femmes d’hériter, la violence tant à la sphère privée que publique portent atteinte au droit des femmes à l’égalité et ne peuvent être tolérés au nom des traditions. Donc, l’atteinte de l’égalité réelle pour les femmes permet de respecter leur dignité ».

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Votre enfant est-il prédisposé à être agressif ou violent?

26 02 2008

« Les enfants qui ont des amis socialement agressifs semblent adopter ce comportement même quand ils n’ont aucune prédisposition génétique à l’agressivité sociale », voilà le constat auquel en arrive une étude qui regroupe des chercheurs de l’Université Concordia, de l’Université Laval et de l’Université de Montréal, et qui a été financée par des subventions des gouvernements fédéral et québécois. « L’influence d’amis et d’adultes peut amener même le plus doux des enfants à se livrer à du harcèlement psychologique auprès de ses camarades », révèle de plus l’étude. Selon la chercheuse, Mara Brendgen, l’agression sociale peut se décrire comme « un comportement blessant, mais sans contact physique, ce qui inclut le harcèlement et des stratégies moins directes comme la propagation de rumeurs et l’exclusion sociale ».

L’étude, qui paraît ce mois-ci dans la publication « Child Development», indique aussi que les enfants adoptent facilement des comportements d’agressivité sociale parce qu’ils passent souvent inaperçus auprès des adultes. Selon Mara Brendgen, les parents ne punissent pas leurs enfants aussi sévèrement pour les agressions psychologiques que dans le cas d’agressions physiques. Mme Brendgen constate alors que : « plusieurs adultes ne les voient pas toujours, et s’ils s’en aperçoivent, ils ne croient pas que ce soit sérieux ». Selon la spécialiste : « Les répercussions de telles agressions peuvent être aussi dommageables que les contusions consécutives à une bousculade de cour d’école. Cela est aussi douloureux », assure Mme Brendgen, qui enseigne en psychologie à l’Université du Québec à Montréal. « Parfois, pour les filles, cela peut même être plus grave qu’une agression physique, parce qu’elles disent qu’une fois que leur réputation est détruite, c’est très difficile de la reconstruire », fait observer Mme Brendgen.

L’agressivité des enfants ne s’explique qu’à moitié par l’éducation. Les gènes sont aussi coupables, dans une proportion de 50 %, indique Le Journal de l’UQÀM.

Des observations effectuées auprès de 406 paires de jumeaux âgés de sept ans, de la région de Montréal, indiquent que des facteurs liés au milieu dans lequel se trouvent les enfants sont l’élément moteur d’agressions qui, sans être physiques, sont néanmoins psychologiquement perturbantes.

« J’étudie ces enfants depuis qu’ils sont à la maternelle », raconte la chercheuse. « Nous questionnons non seulement les jumeaux, mais également leurs amis et leurs professeurs. Nous tentons d’évaluer si les membres de la cohorte font preuve ou non de comportements agressifs. Si oui, nous cherchons à savoir de quelle nature et à quelle fréquence se produisent ces comportements. Nous nous intéressons à la fois à la violence physique et à la violence psychologique. Le dénigrement d’autrui, par exemple ».

Les jumeaux ont été formés en trois groupes (cohorte). Le premier « groupe », le plus vieux, recense des jumeaux de quatrième année (selon les échelons scolaires du Québec). Ceux du deuxième groupe sont inscrits en troisième année, et ceux du troisième groupe, en deuxième année. Cette répartition a été réalisée par le Groupe de recherche sur l’inadaptation psychosociale chez l’enfant (GRIP), un regroupement basé à l’Université de Montréal et dont fait partie Mme Brendgen.

L’étude de Mara Brendgen montre que les membres du groupe, dont le jumeau ou la jumelle monozygote (bagage génétique identique) adopte des comportements physiquement agressifs, ont de plus fortes chances que la moyenne d’être lui-même violent physiquement. Cette association n’a pas été montrée avec la même intensité chez les jumeaux dizygotes (bagage génétique différent). « En analysant statistiquement les données, nous avons constaté que les gènes et l’environnement intervenaient dans une proportion de 50-50 ». Les constats diffèrent lorsqu’on regarde du côté de la violence psychologique qui, chez les jeunes écoliers, est généralement la tactique privilégiée par les filles. « Seulement 20 % de ces comportements s’explique par les gènes », explique Mara Brendgen. Autrement dit, comme l’indique Dominique Forget dans Le Journal de l’UQÀM : « on apprend à être mesquin et à raconter des ragots, plus qu’on apprend à sortir les poings ».

Un autre volet de cette étude, menée cette fois par Michel Boivin, de l’École de psychologie de l’Université Laval, montre que les conditions, pour qu’un enfant arrive bien préparé à sa première année scolaire, « dépendent davantage de facteurs liés au milieu dans lequel il a grandi que de facteurs héréditaires ». Les chercheurs ont soumis 840 jumeaux de cinq ans à une série de tests standards servant à mesurer leur degré de préparation à l’école. Ces tests comportaient des questions sur les couleurs et les formes, la description d’images, le positionnement d’objets dans l’espace, les lettres et les nombres. « Les résultats à ces tests prédisent de façon surprenante le rendement scolaire dans les premières années du primaire », a souligné Michel Boivin.

Les analyses ont révélé que les facteurs liés à l’environnement commun des jumeaux – à titre d’exemple le niveau socioéconomique des parents, l’attitude et les comportements de ceux-ci vis-à-vis l’éducation ou encore le milieu de garde commun des deux enfants – expliquaient 54 % des différences observées dans les habiletés générales qui sous-tendent la préparation et le succès à l’école. Les facteurs génétiques seraient quant à eux responsables de 29 % des différences observées. Le 17 % restant proviendrait de facteurs environnementaux spécifiques à chaque enfant.

Le fait que 350 enfants étaient des jumeaux monozygotes — ces « vrais » jumeaux qui partageant 100 % de leurs gènes, alors que les autres étaient de « faux » jumeaux qui partagent en moyenne 50 % de leur bagage génétique — a permis aux chercheurs de quantifier la part des gènes et celle de l’environnement dans les résultats obtenus aux différents tests.

« Nos résultats font ressortir le rôle prépondérant des facteurs liés à l’environnement du jeune enfant dans son degré de préparation à l’école », résume Michel Boivin. « Ils démontrent clairement la pertinence de mettre en place des programmes d’intervention destinés aux jeunes enfants provenant de familles à risque en vue d’améliorer leur degré de préparation à l’école », conclut le chercheur.

L’importance des facteurs environnementaux dans la préparation des petits pour l’école est en soi une bonne nouvelle. « Cela justifie les efforts d’intervention auprès des familles vivant dans des milieux défavorisés », souligne M. Boivin. « Le développement du langage est un des meilleurs « prédicteurs » de la performance scolaire », poursuit-il.

Lire des histoires aux enfants, l’heure du conte dans les bibliothèques, la fréquentation d’un CPE (centre de la petite enfance) de qualité, sont autant de moyens pour bien préparer un enfant à son entrée scolaire, selon Michel Boivin.

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