« Nous prions pour que les JO se déroulent dans une Chine libre » – Hu Jia

5 02 2008

Le Président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, dans une déclaration du 31 décembre, a demandé sa libération. Le Parlement européen a adopté le 18 janvier une résolution réclamant « sa libération immédiate ainsi que celle de tous les dissidents qui ont été arrêtés et incarcérés pour délits d’opinion ». Cet homme dont on réclame la libération figurait en 2007 parmi les finalistes du prix Sakharov du Parlement européen pour la liberté de l’esprit. Aucun chef d’État, aucun président, aucun politique ne prendra l’avion pour venir, sur place, exiger sa libération. Même les Jeux Olympiques pourront se dérouler comme prévu, dans l’indifférence totale, pour ce prisonnier de conscience, Hu Jia, qui a été enlevé à son domicile par la police, à Pékin, le 27 décembre dernier, pour incitation à la subversion. La Chine, cette hyper-puissance, se réfugie derrière la non-politisation des jeux olympiques pour éviter que soit amené sur la place publique le débat sur la libération de Hu Jia.

La violation des droits de l’homme, en Chine, a atteint, dans les esprits, un tel niveau de banalisation qu’il est coutume maintenant d’écouter sans broncher. Un de plus. Une affaire que les États-Unis d’Amérique affirment suivre avec attention. Avec Guantanamo, que vaut ce souci de l’autre hyper-puissance pour cette violation flagrante du droit de conscience d’un petit homme qui gérait un blog sous le pseudonyme ironique de Freedom. Hu Jia dénonce. Le petit homme « aux pieds nus », âgé de 34 ans, gêne la Chine. « Hu Jia est un représentant du mouvement des droits de l’Homme en Chine, il n’a fait que du bien à beaucoup de gens », affirme Sun Wenguang, un professeur d’université à la retraite et critique du régime. Après des mois en résidence surveillée quasi permanente, il est kidnappé. Par la police. Il disparaît de la circulation.

Son avocat est privé de visites. Isolement complet. Hu Jia parle trop. Il écrit beaucoup. Il dénonce beaucoup. Hu Jia est accusé d’« incitation à la subversion du pouvoir d’État ». Pour cela, il mérite l’exclusion. Il est confiné à l’isolement. À l’emprisonnement sans droit à une défense pleine et entière. Hu Jia ne manque pas de cran : avant son arrestation, il avait participé sur Internet à une conférence sur les droits de l’homme organisée par l’Union européenne, à Bruxelles. Il en avait profité pour dénoncer la répression renouvelée du régime à l’approche des Jeux. Au moment de cette participation, c’était son 193ème jour d’assignation à domicile.

« Un million de Chinois subissent une forme ou une autre de persécution (prison, camps de travail, hôpitaux psychiatriques) », a lancé à l’Union européenne Hu Jia. Le petit homme s’est adressé en termes simples mais directs aux grands de l’Europe : « vous devez rester fermes sur les principes et vous devez maintenir l’embargo sur les armes » (imposé après la répression des manifestations sur la place Tienanmen en 1989, embargo remis en cause par certains pays européens).

Auparavant, dans un texte écrit avec Teng Biao, un de ses amis, professeur de droit, et publié en septembre dernier, Hu Jia s’inquiétait du non-respect par Pékin de ses engagements en faveur d’une plus grande ouverture, qui avaient été faits pour obtenir l’organisation des JO. « Peut-être que vous viendrez à Pékin au moment des jeux Olympiques, vous verrez des gratte-ciels, de larges avenues, des installations sportives modernes et des habitants enthousiastes. Ce sera la réalité, mais seulement une partie, comme lorsqu’on regarde un iceberg », écrivaient-ils. « Vous ne savez peut-être pas que cet enthousiasme, ces sourires, cette harmonie et cette prospérité sont fondés sur l’injustice, les larmes, l’emprisonnement, la torture et le sang », poursuivaient les deux hommes, tout en espérant néanmoins que les Jeux apportent aux Chinois « la paix, l’égalité, la liberté et la justice ». « Nous prions pour que les JO se déroulent dans une Chine libre », concluaient-ils.

Plus de 57 avocats, universitaires, éditeurs, auteurs et militants des libertés civiles chinois, signataires d’une lettre ouverte, au début du mois de janvier 2008, destinée aux autorités de Pékin, estiment que l’arrestation de Hu Jia, pour menées subversives, est « inacceptable ». « Nous appelons les pays libres, les organisations internationales des droits de l’Homme et l’opinion publique mondiale à faire pression sur le gouvernement chinois pour le respect des droits de l’Homme, de respecter la loi et les promesses qu’il a faites », ont-ils souligné. Ce geste courageux, dans les circonstances, porte ombrage aux atermoiements à peine audibles de quelques chefs d’État trop craintifs d’indisposer leur client chinois.

« En en frappant un, vous faites peur à cent autres », explique Sun Wenguang, professeur à la retraite de l’Université du Shandong (est), qui dénonce régulièrement les atteintes aux droits de l’Homme dans son pays. « Le gouvernement essaie de créer un climat de peur pour assurer des jeux Olympiques propres ». Une porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Jiang Yu, interrogée par un journaliste étranger, lors d’un point-presse, a déclaré, le plus sérieusement du monde : « La Chine est un pays de droit. Chacun est égal devant la loi et personne n’est au-dessus des lois. Nous gérerons cette affaire conformément au droit ».

Et c’est conformément au droit qu’en 2007, la Chine a bloqué plus de 2500 sites Internet et que six blogueurs ont été interpellés. C’est conformément au droit que ce pays reste la plus grande prison au monde pour les cyberdissidents avec 51 détenus. C’est conformément au droit que les pays, comme le Canada, la France, les États-Unis, au nom du commerce international, ferment les yeux.

Comme l’indique Georges Abou, de RFI : « L’enjeu des autorités chinoises est de montrer au monde entier une nation sereine et confiante en son avenir, alors que toute la communauté sportive internationale sera rassemblée pour célébrer les olympiades. Les militants chinois, eux, veulent profiter de l’occasion pour desserrer le carcan qui enserre les libertés publiques. Encore une fois, la diplomatie a ramené le sport à sa dimension politique et chaque partie mesure sa marge de manœuvre. A ce stade de l’épreuve de force, nul ne peut prédire quel sera le bilan de l’offensive en cours ».

Dans son rapport mondial 2008, Human Right Watch rappelle, par la voix de son directeur exécutif, Kenneth Roth, cette douloureuse vérité : « Il est aujourd’hui trop facile pour les autocrates de se tirer d’embarras en mettant en scène une parodie de démocratie ». « Et cela parce que trop de gouvernements occidentaux insistent sur la tenue d’élections et en restent là. Ils n’exercent pas de pressions sur les gouvernements au sujet des points clés des droits humains qui font fonctionner une démocratie – la liberté de la presse, le droit de se réunir pacifiquement, ainsi qu’une société civile active qui peut réellement défier le pouvoir ». « Les Jeux olympiques de 2008 constituent une occasion historique pour le gouvernement chinois de montrer au monde qu’il peut faire des droits humains une réalité pour 1.3 milliard de citoyens », a souligné Kenneth Roth. Et la douloureuse réalité, à la quelle le dissident chinois aura à faire face, du fond de son cachot, isolé, et perdu, parce qu’oublié des hommes libres à la tête de leur gouvernement respectif, est que : « Washington et les gouvernements européens semblent prêts à accepter les élections les plus contestables, pourvu que le « vainqueur » soit un allié stratégique ou commercial », rappelle Kenneth Roth de Human Right Watch.

Qui d’entre nous se rappellera de son nom, demain ?

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12 responses

5 02 2008
Françoise

« La violation des droits de l’homme, en Chine (…) »

Et la violation des Droits de l’Homme partout. Pourquoi les dirigeants des pays « démocratiques » se soucieraient-ils de Mr Hu-Jia, et de tous ceux qui sont, comme lui, persécutés, puisqu’ils ne se soucient pas de respecter eux-mêmes les Droits de l’Homme ?

Le « Veau d’Or » a bien d’autres exigences, il ne permet pas qu’on se soucie de telles vétilles.

5 02 2008
guy

Oh là quel sujet Pierre ;

Bien sur qu’il faut parler des droits de l’homme en Chine et de Hu Jia.

Mème si d’autres nations pratiquent la peine capitale (53 éxécutions aux USA en 2006)…

Bien sur que la France le Canada ne sont pas propres parfois il faut « remettre l’église au milieu du village » et comparez ce qui se passe dans le monde :
A.I. précise : « au moins 1010 personnes ont été exécutées en Chine en 2006, mais ce chiffre n’est vraisemblablement que la partie émergée de l’iceberg. Des sources crédibles laissent à penser qu’entre 7500 et 8000 personnes ont été exécutées durant l’année. Les statistiques officielles sur l’application de la peine capitale restant un SECRET D’ÉTAT en Chine.

Ne parlons pas de l’éradication de la culture et de la religion tibétaine, et de l’éxil forcé des dirigeants …

En ce qui concerne les J.O Il n’existe aucune corrélation sociologique entre la tenue des Olympiques et le développement de la démocratie dans un pays.(il suffit de regarder dans la passé vers l’allemagne nazie…et ses J.O)

Ceci étant « nulle part dans la Charte des droits de l’Homme il est fait mention que l’Occident détient la vérité universelle et que nous avons le droit d’imposer nos valeurs au reste du monde ».

La chine sera sous les projecteurs pendant les j.O les journalistes seront soumis à la censure « toutes leurs dépéches » seront filtrées par une agence d’état…

La chine fait régulièrement débat dans les colonnes de radio-canada avec Michel Cormier entre autre, les gens s’éxpriment ces l’éssentiel.

Content de l’avoir fait ici ce matin.

Bonne journée

5 02 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Hélas, vous avez raison.

Guy

Il est exact que : “nulle part dans la Charte des droits de l’Homme il est fait mention que l’Occident détient la vérité universelle et que nous avons le droit d’imposer nos valeurs au reste du monde”. Mais nous-mêmes, Guy, en tant qu’État, avons-nous le droit et la liberté de choisir avec qui nous voulons nous amuser, concourir, célébrer l’esprit olympique, élever au rang de héros nos athlètes ? Si oui, pourquoi ne le faisons-nous pas ? Pour des raisons d’intérêts économiques et mercantiles. Que croyez-vous qu’il va se passer si tous les journalistes du monde, une fois à Pékin, font l’objet d’une censure ? Le boycott viendra dès lors de l’intérieur des jeux, pendant les jeux et au détriment des autorités chinoises. Ou si des membres de la presse ont l’intime conviction, à quelques jours des jeux, qu’ils feront l’objet d’une censure permanente, le risque est grand qu’ils ne se présentent pas à Pékin. Et ce boycott, Guy, si tant est qu’il devait se produire par la presse mondiale, ne sera pas le fait d’un petit homme « aux pieds nus » mais celui d’une puissante corporation qui ne défend que ses intérêts, encore une fois.

Pierre R. Chantelois

5 02 2008
Michèle

Pierre,
je viens de vous rajouter dans mes liens .
Catégorie : en dehors de la France.

Là je n’ai pas le temps de tout lire , je reviendrai car nous avons une amie très chère en Chine , qui a été obligée de rentrer au pays après des études en France ….

5 02 2008
Pierre Chantelois

Michèle

Merci pour ce nouveau lien. Vous serez toujours la bienvenue sur ce blog.

Pierre R. Chantelois

5 02 2008
clusiau

« Nous prions pour que les JO se déroulent dans une Chine libre » – Hu Jia

Ceux qui prient perdent un temps fou !

5 02 2008
Gilles

« Nous prions » ? Qu’est-ce que cet appel à l’Être Suprême ? N’oublions pas que Dieu n’est pas un démocrate, mais un autocrate. Plus sérieusement, je me demande comment la Chine pourrait « devenir libre » en quelques mois, surtout que la tendance, dans le monde entier, est à la mise en place d’oligarchies autoritaires !

5 02 2008
Pierre Chantelois

Clusiau

Je ne sais pas si Hu Jia prie Dieu ou le monde entier, cela revient au même de toute façon, les deux restent sourds.

Gilles

C’est exactement la question qu’il faut se poser. Et pourquoi donc la Chine changerait si personne ne le lui demande, en plus ? Elle s’inscrit tout simplement dans la bonne tendance. Esprit olympique, disions-nous ? C’est ou c’était républicain, cet esprit conçu par De Coubertin ?

Pierre R. Chantelois

6 02 2008
Gilles

Je pense que De Coubertin, comme Hergé, était de droite sans le savoir. Comme Tintin, d’ailleurs, ils ne voyaient que l’individu et fonctionnaient selon les valeurs individuelles de courage, d’imagination, de dépassement ; une seule lacune dans leur mindset, la conscience de la solidarité.

6 02 2008
clusiau

Vous avez raison Pierre….Dieu est sourd !

18 03 2008
Marc Schweizer

Si Dieu est sourd nous allons agir et hurler à sa place !

18 03 2008
Pierre Chantelois

Marc

J’essaie de le faire, tant bien que mal. Merci de votre commentaire et de votre visite.

Pierre R. Chantelois

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