Réflexions du dimanche : « deux pères humiliés »!

10 02 2008

Voici deux articles repris tels quels de nos quotidiens, Libération (Paris) et La Presse (Montréal). Puissent-ils nous donner matière à réflexion.

Un père impuissant au chevet de son fils, mourant

Libé Lyon. On dirait une chambre d’enfant. Un lit bateau en bois, un poster de Charlot au mur, un singe en peluche près de l’oreiller. Julien avait 16 ans. Il s’est pendu samedi 2 février, dans sa cellule de l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Meyzieu. Il y était incarcéré depuis un mois et demi. Rachida Dati, en visite ce samedi à l’EPM, a demandé une enquête administrative. Le père de Julien aussi veut comprendre. Pourquoi son fils est mort dans cette prison, pourquoi il y est resté malgré plusieurs tentatives de suicide.

Julien, 16 ans depuis septembre, est né d’un père qui s’appelait Mohamed mais a changé pour Sébastien, et d’une mère fragile, partie lorsque l’enfant avait huit mois. Elle a voulu le revoir, lorsqu’il avait 9 ans, mais il a refusé, a sauté par la fenêtre le jour où elle est venue. Il vivait chez son père et sa belle-mère, avec ses quatre frères, dans une assez grande maison d’un lotissement de Montélimar. « Il ne parlait pas beaucoup, dit Sébastien, technicien en radio protection dans des centrales nucléaires. Il était moyen à l’école, mais poli, respectueux. Il était gâté à la maison, il ne manquait de rien ». De rien sauf d’une mère.

Tentatives.

Les actes de petite délinquance ont commencé voilà quatre ans, le père datant précisément la rupture. «En cinquième, raconte-t-il, il a fait une bêtise. Il a baissé son pantalon dans la cour. Le collège m’a prévenu ». Et le soir, Sébastien a frappé son fils. Celui-ci s’est plaint le lendemain à l’infirmerie du collège. «Une assistante sociale est venue à la maison, poursuit Sébastien. J’ai été convoqué par un juge pour enfant.» Une mesure d’éducation en milieu ouvert a été décidée et le père s’est senti destitué. «J’avais perdu toute crédibilité, dit-il. Je ne pouvais plus intervenir. Si je me fâchais, il me disait que je n’avais pas le droit ».

Le garçon entame un parcours de petit voyou. Vole un scooter un jour, casse une vitre le lendemain pour piquer un CD, dérobe du linge dans un jardin. Le juge l’envoie chez un psychiatre, mais Julien ne parle pas. «Plus personne n’avait de prise », dit le père. « Il faisait n’importe quoi pour se faire remarquer. « Je savais que c’était des appels au secours, mais comment l’aider? » Les convocations au commissariat se multiplient, sans conséquence, puis l’addition tombe, à l’automne 2007. Julien, 16 ans depuis septembre, écope de deux mois de prison ferme, le 28 novembre.

Un aménagement de peine est cependant envisagé pour lui éviter l’incarcération. Mais le procureur en décide autrement. Après un incident dans le centre de placement immédiat où se trouve Julien, il l’envoie à l’EPM de Meyzieu. La loi Perben II de mars 2004 autorise le parquet à passer outre l’avis des juges et des éducateurs, pour envoyer un mineur en détention, en cas « d’urgence motivée par un risque pour les personnes ou les biens ». Alain Fort, l’avocat de la famille, dénonce « l’utilisation croissante de ce texte épouvantable pour contourner les aménagements de peine ».

Julien se démet l’épaule au bout de quelques jours. En essayant de se pendre, expliquait lundi la direction interrégionale de l’administration pénitentiaire. L’administration centrale affirme à présent qu’il avait glissé. Elle indique en revanche qu’une tentative a bien eu lieu le 26 décembre. Le père est prévenu par les médecins. Il obtient un premier permis de visite le 5 janvier. « Julien ne supportait pas d’être là-bas », dit-il.

Le garçon change quatre fois d’unité de vie. « Les personnels ont bataillé pour essayer de le sauver », affirme l’administration pénitentiaire. « Il était dans la transgression absolue, dans la volonté suicidaire maximale ». Un EPM était-il l’endroit idéal, pour un adolescent suicidaire? Dès le 14 janvier, une place est réservée pour Julien dans un centre éducatif renforcé, en Haute-Loire. « Il m’en a parlé la dernière fois que je l’ai vu, raconte le père. C’était le 16janvier. C’était une question de jours, il avait hâte de partir. Pour la première fois, il m’a fait des excuses pour tout ce qui était arrivé. Je suis reparti soulagé ».

« Privé de parloir »

Neuf jours plus tard, Julien est toujours à l’EPM. Il met le feu à ses vêtements et sa cellule prend feu. L’administration pénitentiaire envoie alors une lettre au père pour lui demander s’il a une assurance, et Julien passe devant un juge, un mandat de dépôt est décidé. Il ne peut plus quitter l’EMP. « Le vendredi qui a suivi, une éducatrice m’a téléphoné », raconte le père. « Elle m’a expliqué que Julien était privé de parloir pour une semaine ». L’administration conteste ce point. Le lendemain, un surveillant a découvert l’adolescent à midi, un drap serré autour du cou. Le père a passé son dimanche auprès de lui. « Il semblait dormir », raconte-t-il. « Son cœur battait encore, mais son cerveau était mort ». Il a prévenu la mère, qui a pu passer l’après-midi auprès de ce fils qu’elle n’avait jamais revu. Puis lundi, le père a demandé aux médecins de débrancher les appareils qui maintenaient leur fils en vie.

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Un père impuissant tente d’aider son fils qui a maille à partir avec la Justice

Montréal (Québec) – D’un côté, un fils souffrant du syndrome de la Tourette qui fait face à une vingtaine de chefs d’accusation. De l’autre, un père qui doit répondre à une accusation de « témoignages contradictoires » pour avoir voulu aider ce fils. Entre les deux, un débat enflammé sur les limites qu’un parent peut franchir pour protéger son enfant.

Depuis le début du procès du fils de Guy Lafleur, Mark, beaucoup de choses ont été écrites sur le syndrome de la Tourette (SGT). Mais peu de gens se sont intéressés à la réalité des parents des enfants qui sont frappés par ce mystérieux mal. La Dre Francine Lussier, l’une des spécialistes québécoise de cette maladie, dit comprendre ce que vit l’ancien joueur étoile du Canadien.

« Je ne suis pas du tout surprise de voir ce qui lui arrive en ce moment », dit la Dre Lussier. « Chaque fois que j’entends parler de cela, je rage intérieurement. Je me dis que les gens qui commentent cette histoire ne connaissent rien à cette maladie. Ils ne tiennent pas compte de ce que les parents de ces enfants vivent ».

Guy Lafleur a comparu devant le tribunal le 7 février. Il est accusé d’avoir voulu tromper la cour par un témoignage « contradictoire » lors de l’enquête sur remise en liberté de son fils. Ce dernier fait face à plus de 20 chefs d’accusation, notamment pour agression sexuelle sur une personne mineure, voies de fait à l’aide d’une arme, menaces et séquestration.

« Je ne dis pas que l’histoire du fils de Guy Lafleur s’excuse à cause du syndrome de la Tourette », reprend Francine Lussier. « Je dis que ça s’explique par cette maladie. J’oserais aussi dire que le témoignage de Guy Lafleur s’explique par ce qu’il a vécu avec son enfant ».

La Dre Lussier rencontre beaucoup de parents dont l’enfant est atteint de cette maladie. Elle découvre des gens épuisés, à bout de souffle et en manque de ressources. « On parle beaucoup de Guy Lafleur parce qu’il est connu », dit-elle. « Mais des parents que je ramasse à la petite cuillère, il y en a à la tonne. Ils ne savent plus quoi faire. Ils sont dépassés par la situation ».

Un trouble neurologique

Le syndrome de la Tourette, nommé ainsi en l’honneur du neurologue français Gilles de la Tourette, qui fut le premier au XIXe siècle à décrire cette maladie, est un trouble neurologique. Il serait lié à un dérèglement des neurotransmetteurs. « Mais c’est aussi une maladie psychiatrique puisqu’elle est reliée à un grand nombre de pathologies », explique la Dre Lussier « On estime que les enfants qui en sont atteints sont, dans 50% des cas, des hyperactifs. Or, on sait que l’hyperactivité est une maladie en soi ».

Parmi les symptômes cliniques, on retrouve les tics moteurs (clignement des yeux, grimaces) et les tics sonores (jappements, cris, langage grossier). Pour le grand public, le SGT est surtout synonyme de ces tics. Mais selon la Dre Lussier, on aurait tort de croire que cette maladie ne se résume qu’à cela. « Sur les 500 familles que nous avons suivies lors d’une étude, seulement 12% des sujets touchés par le SGT ne présentaient que des tics ».

Les personnes atteintes du SGT peuvent aussi souffrir d’un déficit de l’attention, d’obsessions maladives et de problèmes de comportement qui prennent la forme d’agressivité ou de crises de rage. Ces symptômes agissent bien évidemment sur l’estime de soi. Selon la Dre Lussier, ces symptômes ont tendance à s’atténuer avec l’âge. « Ça se résorbe vers l’âge de 25 ans, dit la spécialiste. C’est parfois plus tôt chez les filles. Ce qui va rester, c’est un déficit de l’attention, de l’impulsivité et des tics. Les problèmes de comportement rentrent dans l’ordre ».

Cette rémission est obtenue grâce au travail et à l’acharnement des parents, mais aussi des intervenants et des enseignants. « Malheureusement, ceux-ci aussi deviennent épuisés », souligne Francine Lussier. « J’ai déjà vu des enfants qui devaient passer deux jours avec leurs parents, deux jours dans un centre d’accueil et un jour à l’école tellement ils exigeaient des soins et de l’énergie ».

Des accusations graves portées contre ce père de famille

La Justice accuse l’ex-vedette du hockey d’avoir livré des témoignages contradictoires dans le but de tromper la Cour lors de la comparution de son fils pour agression sexuelle et voies de fait sur une mineure. Guy Lafleur a témoigné à quelques reprises lors des procédures intentées contre son fils, Mark. Guy Lafleur s’était entre autres porté garant de la surveillance de son fils, qui devait rester en permanence avec ses parents, sur ordre de la Cour. Or, devant le tribunal, Guy Lafleur a affirmé que son fils revenait dormir à la résidence familiale tous les soirs où il pouvait sortir de sa maison de thérapie. Confronté par la Couronne, Guy Lafleur a, plus tard, admis qu’à deux reprises, son fils avait passé la nuit à l’hôtel avec sa nouvelle petite amie. Ce qui a entraîné les accusations de témoignage contradictoire auxquelles M. Lafleur devra répondre. L’avocat de Guy Lafleur doit revenir devant le tribunal le 5 mars prochain pour la poursuite des procédures.

Yves Boisvert, chroniqueur au quotidien La Presse, propose une excellente analyse – <a href= »http://www.cyberpresse.ca/article/20080201/CPOPINIONS05/802010608/5034/CPOPINIONS &raquo;

Guy Lafleur, la justice et les médias – sur les longues dents de la Justice qui parfois mord sans trop de discernement.

(Sources Libé Lyon, Cyberpresse, Radio-Canada)

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One response

11 02 2008
Catherine

Bonsoir Pierre,
Vraiment triste. Je pense à mon petit fils qui est autistique. J’ai connu des enfants atteint du syndrome Tourette. La façon d’approcher ceux-ci ne se trouve pas dans une chambre de tribunal malheureusement. Pauvres enfants et pauvres parents, des vies détruites.
Pas exactement la même chose, mais dans un sens le même manque de sensitivité que l’on voit avec les Tasers. Do you see what I am saying?

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