Le sénateur McCain « fait partie de la culture de corruption » bien établie à Washington (Sénateur Dean)

25 02 2008

Après le Nouvel Observateur et l’affaire du SMS présidentiel, après les dénonciations d’usage sur une presse « charognarde », voilà que de l’autre côté de l’Atlantique le New York Times, organe de presse symbolisant le diable pour une partie de l’électorat conservateur, publie un article de 3000 mots sur John McCain alléguant que ce dernier aurait entretenu, il y a huit ans, des liens amoureux avec une lobbyiste de Washington appelée Vicki Iseman, alors âgée de 32 ans. L’aile conservatrice du Parti républicain pourrait ne pas lui pardonner un adultère. La directrice des communications du candidat républicain a reproché au quotidien de s’abaisser à une « campagne calomnieuse » et à de la « politique de caniveau ». « Americans are sick and tired of this kind of gutter politics, and there is nothing in this story to suggest that John McCain has ever violated the principles that have guided his career ». L’article du New York Times relate les relations de M. McCain, maintenant âgé de 71 ans, avec la lobbyiste Vicki Iseman, âgée elle-même de 40 ans. La particularité de cette liaison tient au fait que madame Iseman était également chargée de défendre les intérêts de sociétés de communication en relation avec une commission sénatoriale. Et c’est le vétéran du Vietnam, marié et père de trois enfants, qui présidait en effet cette commission du commerce au Sénat.

L’article en Une du New York Times, signé par quatre journalistes, et dont les accusations reposent largement sur deux sources anonymes décrites comme d’anciens associés du candidat virtuel du Parti républicain pour l’élection présidentielle de 2008, est le fruit de plusieurs mois d’enquête. Les clients de Mme Iseman étaient des sociétés de communication en relation avec la commission du Commerce du Sénat. Ses clients auraient participé à hauteur de plusieurs dizaines de milliers de dollars au financement des campagnes électorales de M. McCain. Le Washington Post en remet en appuyant sur le fait que madame Iseman n’hésitait pas, dans les officines et autres salons de rencontres, à se vanter d’avoir d’excellentes relations avec le sénateur McCain qui a déclaré : « A aucun moment, je n’ai fait quoi que ce soit qui trahirait la confiance du public ou pris une décision qui aurait pu être d’une manière ou d’une autre contraire à l’intérêt général ou qui aurait favorisé quelque organisation que ce soit ». Sauf que John Weaver, qui a quitté le candidat l’an dernier, est celui-là même qui a déclaré au Washington Post avoir rencontré Mme Iseman et lui avoir instamment demandé de garder ses distances avec M. McCain. Il aurait arrangé cet entretien après « une discussion au sein de la direction de l’équipe de campagne » à ce sujet.

Selon le New York Times, l’entourage du sénateur s’inquiétait de la présence fréquente et assidue de madame Iseman, et soupçonnait que cette relation était devenue sentimentale. Les principaux conseillers du sénateur sont même intervenus pour protéger le candidat contre lui-même en donnant instruction aux membres de l’équipe de campagne d’interdire cette femme d’accès. Les organisateurs reprochaient à cette dernière sa présence de plus en plus visible lors de collectes de fonds ou lors des déplacements du sénateur.

Depuis 1980, époque où John McCain fut éclaboussé par un scandale politico-financier, le candidat républicain était devenu un croisé de la lutte contre l’influence de l’argent en politique. À ce moment-là, McCain et quatre autres sénateurs avaient été accusés de tentative de trafic d’influence dans le scandale politico-financier dit des « Keating Five». La commission d’éthique du Sénat avait exonéré John McCain, jugeant qu’il avait seulement commis une erreur de discernement. Depuis, McCain est le co-auteur d’une loi sur le financement des campagnes électorales qui lui vaut le ressentiment tenace de groupes de pression conservateurs. À cela s’ajoute ce commentaire lapidaire du président du parti démocrate, Howard Dean, qui, sans se prononcer de la véracité de l’article du Times, estime que M. McCain « fait partie de la culture de corruption » bien établie à Washington. « Il ne semble pas avoir l’instinct pour distinguer ce qu’il faut faire de ce qu’il ne faut pas faire », a-t-il ajouté dans un entretien au National Journal. Et comme la mémoire, dans ces circonstances, accuse des moments de faiblesse, McCain a assuré ne pas être informé d’un tel échange. « Je n’en ai jamais discuté avec John Weaver. Pour autant que je sache, il n’y avait pas de nécessité (…) Je n’en savais rien ».

Fin 1999, John McCain avait écrit par deux fois à la Commission fédérale des communications (FFC) pour faire accélérer un dossier au nom de Paxson Communications. Le directeur exécutif, Lowell Paxson, avait versé une très forte contribution à la campagne présidentielle du sénateur en 2000 et avait retenu les services de Vicki Iseman pour militer en sa faveur dans les milieux politiques. Le président de la FFC s’était plaint des courriers de l’élu républicain en pleines délibérations de l’instance. Depuis, le sénateur a reconnu qu’il avait bien écrit des lettres pour soutenir les projets de certains des clients de cette lobbyiste mais a démenti avoir agi pour défendre des intérêts particuliers.

Les dénégations de McCain peuvent porter leurs fruits mais peuvent se révéler également redoutables dans ce pays où le mensonge est un crime souvent mortel pour les hommes politiques. Pour l’heure, le directeur de publication du New York Times a maintenu jeudi la validité de son article, « qui parle de lui-même » et dont « les faits ont été vérifiés ». « Pour McCain, la confiance en soi sur les questions d’éthique pose des risques », titrait le New York Times. Monsieur McCain considère Vicki Iseman « comme une amie » tout en ajoutant : « mais j’ai beaucoup d’amis à Washington ». « Les échanges avec les lobbyistes font partie de la vie d’un parlementaire », a-t-il expliqué, « mais, pour ce qui le concerne, ces échanges ont toujours été appropriés ».

Pour la petite histoire, il semblerait que le New York Times ait décidé de publier maintenant ce brûlot pour contrer un article de la revue The New Republic. Enfin, s’agissant des lobbyistes qui sont présents dans la campagne présidentielle de John McCain, ce dernier vient de déclarer que : « These people have honorable records, and they’re honorable people, and I’m proud to have them as part of my team ». Et la cerise sur le gâteau, le sénateur McCain, qui ne donne pas dans la dentelle, a souhaité ouvertement vendredi la mort prochaine du dirigeant cubain Fidel Castro affirmant : « j’espère qu’il aura l’occasion de rencontrer Karl Marx très vite ». Charognarde, la presse?

Le lecteur doit également savoir que, depuis que le New York Times a publié, jeudi, cet article, beaucoup de commentaires ont été soulevés sur l’éthique journalistique du quotidien. Le médiateur du New York Times, Clark Hoyt, a critiqué le quotidien pour cette publication. « Le journal s’est trouvé dans la position inconfortable d’être à la fois le sujet et le diffuseur de l’histoire, largement parce que, alors qu’il soulevait l’un des sujets les plus explosifs en politique – le sexe – il n’offrait aux lecteurs aucune preuve que M. McCain et (Vicki) Iseman aient eu une liaison amoureuse » dans les années 1999-2000. « L’article était remarquable pour ce qu’il ne disait pas », a estimé M. Hoyt dans une tribune parue dans l’édition imprimée, dimanche, et publiée en ligne ce samedi. « Il ne disait pas ce qui avait convaincu les collaborateurs qu’il y avait liaison amoureuse. Il n’indiquait pas ce que M. McCain avait admis en reconnaissant s’être mal conduit: une liaison ou une simple association avec une lobbyiste pouvant être mal perçue », souligne M. Hoyt. Cet article a généré plus de 2.000 commentaires en lignes et 4.000 courriels adressés au quotidien.

 

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3 responses

25 02 2008
guy

McCain « incarne » l’Amérique selon Bush…il ne m’intéresse définitivement pas !

Ceci étant, « le Time publie un article de 3000 mots sur John McCain alléguant il y a huit ans des liens amoureux avec une lobbyiste de Washington appelée Vicki Iseman, alors âgée de 32 ans « .

Franchement de la part du New York Time ce n’est pas grandiose. Il ne s’agit pas non plus d’une histoire d’amour exemplaire (lol..)

25 02 2008
chantal serriere

Ce même Mc cain qui n’ignore pas que Poutine est président de l’Allemagne!

Décidément il n’en rate pas une. Mais cela intéresse peut-être moins la presse que les anecdotes dites croustillantes.

25 02 2008
Pierre Chantelois

Guy

McCain n’attire pas la sympathie outre-frontières. Barack Obama est plus vu et souhaité pour donner à l’Amérique ce ton de rupture avec l’ère des Bush dont elle a tant besoin.

Effectivement, Chantal, il est bon de rappeler cette anecdote. Pour les personnes curieuses d’en connaître sur une anecdote qui aurait passé totalement inaperçue, je vous invite à lire Le Figaro qui indique les liens à suivre pour regarder cette importante gaffe du candidat républicain.

Pierre R. Chantelois

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