« Perdre un emploi est triste et je sais que les Américains sont préoccupés par notre économie comme moi » (Georges W. Bush)

14 03 2008

Le président américain George W. Bush a reconnu la semaine dernière que l’économie américaine tourne au ralenti, tout en promettant de prendre des mesures pour relancer la croissance économique. « Perdre un emploi est triste et je sais que les Américains sont préoccupés par notre économie comme moi », a dit M. Bush lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche. « Il est clair que notre économie a tourné au ralenti, mais les bonnes nouvelles sont que nous avons anticipé cela et pris l’action décisive pour soutenir l’économie. Je sais que c’est une période difficile pour l’économie, mais nous avons reconnu tôt le problème et donné un coup de fouet à l’économie », a affirmé le président Bush.

_________________________

 

Pour lutter contre les effets de la crise des crédits et empêcher la paralysie du marché interbancaire, cinq grandes banques centrales (la Fed américaine, la Banque européenne, la Banque d’Angleterre, celle du Canada et de Suisse) ont décidé d’injecter des liquidités sur les marchés financiers pour inciter les banques à prêter plus facilement, à des taux moins élevés. D’ici la fin avril, plusieurs dizaines de milliards de dollars vont ainsi être mis à disposition des marchés nationaux ou régionaux : 200 milliards pour la Fed, 60 pour la Banque centrale européenne. Cette annonce a aussitôt été saluée par la Maison Blanche, Wall Street et par les bourses européennes.

_________________________

 

L’économie américaine a perdu des emplois en février pour le deuxième mois consécutif du fait de la propagation de la crise de l’immobilier. L’économie a supprimé 63.000 emplois en février, une grosse déception pour les analystes qui tablaient sur 25.000 embauches nettes. De plus, les chiffres de janvier ont été révisés pour faire ressortir 22.000 licenciements (au lieu de 17.000 annoncés initialement). Dans le seul secteur privé, les licenciements nets se sont chiffrés à 101.000 en février, avec de fortes pertes d’emplois dans le bâtiment (-39.000) et dans l’industrie (-52.000), surtout pour les entreprises liées à l’immobilier. Mais le commerce de détail a aussi souffert (-34.000) tout comme les services (-20.000).

_________________________

 

Point de vue

Howard Zinn est l’auteur de « Une histoire populaire des États-Unis, de 1492 à nos jours » traduit de l’américain par Frédéric Cotton, Editions Agone. Il a publié, le jeudi 28 février 2008, un article sur le site Il manifesto qui a été reproduit en français sur Mondialisation. Voici ce point de vue.

En Floride, il y a un homme qui m’écrit depuis des années (dix pages manuscrites) sans que je ne l’aie jamais rencontré. Il me raconte les différents travaux qu’il a faits, vigile, technicien réparateur, etc. Il a fait toutes sortes de travaux postés, nuit et jour, qui lui permettent à peine d’entretenir sa famille. Ses lettres ont toujours été pleines de rage, elles pestent contre notre système capitaliste qui ne garantit pas aux travailleurs « la vie, la liberté, la recherche du bonheur ». Aujourd’hui justement j’ai reçu une lettre de lui. Heureusement elle n’était pas manuscrite, maintenant il se sert d’Internet : « Voila, aujourd’hui je vous écris parce que ce pays est pris dans une situation désastreuse que je ne peux pas accepter, je dois dire quelque chose là-dessus. Je suis vraiment furieux de cette crise des crédits. Ça me fout en l’air que la majorité des américains doive passer sa vie dans une situation d’endettement perpétuel, et que tant d’entre eux soient en train d’être ensevelis sous ce poids. P… , ça me fout en l’air. Aujourd’hui j’ai travaillé comme vigile et mon boulot était de surveiller une maison qui a été saisie et sera vendue aux enchères. Ils ont ouvert la maison aux visiteurs, et moi j’étais là pour monter la garde pendant la visite. Dans le même quartier il y avait trois autres vigiles qui faisaient la même chose, dans trois autres maisons. Pendant les moments creux je m’asseyais et je me demandais qui étaient ces gens qui avaient été expulsés, et où ils étaient maintenant ».

Ce même jour où j’ai reçu cette lettre, le Boston Globe a publié un article intitulé « Des milliers de maisons saisies dans le Massachusetts en 2007 ». Le sous titre disait : « on a réquisitionné 7563 maisons, presque le triple de 2006 ». Quelques soirs plus tôt, CBS avait déclaré que 750.000 personnes infirmes attendaient depuis des années leurs allocations de prévoyance sociale parce que le système était insuffisamment financé et qu’il n’y avait pas assez de personnel pour traiter toutes les requêtes, même les plus graves.

Ce genre d’histoire est rapporté par les médias, mais elles disparaissent instantanément. Ce qui ne disparaît pas, ce qui occupe la presse jour après jour, impossible de l’ignorer, c’est la frénésie électorale.

[…]

Nous ne devons pas nous attendre à ce qu’une victoire dans les urnes en novembre commence à libérer le pays de ses deux maladies fondamentales : l’avidité du capitalisme et le militarisme. C’est pour cela que nous devons nous libérer de la folie électorale qui emporte toute la société, y compris la gauche.

Oui, deux minutes. Avant, et après, nous devons nous mobiliser personnellement contre tous les obstacles à la vie, à la liberté, et à la recherche du bonheur.

Par exemple, les saisies qui arrachent des millions de personnes à leurs maisons devraient nous rappeler une situation semblable qui eut lieu après la guerre révolutionnaire, quand les petits agriculteurs (comme aujourd’hui nombre de nos SDF) ne pouvaient pas se permettre de payer les impôts et furent menacés de perdre leur terre, leur foyer. Ils se rassemblèrent par milliers autour des tribunaux et empêchèrent le déroulement des ventes aux enchères.

Aujourd’hui, l’expulsion des gens qui n’arrivent pas à payer leur loyer devrait nous rappeler ce que firent les gens dans les années 30, quand ils se mobilisèrent et remirent les affaires des familles expulsées dans leurs appartements, en défiant les autorités.

Historiquement le gouvernement, qu’il fut dans les mains des républicains ou des démocrates, des libéraux ou des conservateurs, a failli à ses propres responsabilités, jusqu’à ce qu’il n’y soit obligé par la mobilisation directe : sit-in et freedom rides pour les droits des noirs, grèves et boycotts pour les droits des travailleurs, rébellions et désertions des soldats pour arrêter la guerre. Voter est un geste facile et d’utilité marginale, mais c’est un pauvre ersatz de la démocratie, qui requiert la mobilisation directe des citoyens engagés.

Howard Zinn

____________________________

Advertisements

Actions

Information

5 responses

14 03 2008
Françoise

Mr Bush sait-il qu’il ruine son pays avec ses guerres ?

Nos chers dirigeants comprendront-ils un jour que d’appauvrir la majorité des gens cela va finir par amener la récession partout ?

Croissance, croissance… Quand les gens n’ont plus d’argent, plus de consommation. On peut toujours leur dire « achetez, achetez ! », s’ils ont à peine de quoi manger…

La mondialisation scie la branche sur laquelle tous les « capitalistes » sont assis.

14 03 2008
guy

Je ne sais plus depuis combien de temps les américains vivent à 100 % à crédit, et même bien au dessus de leurs moyens…

La plus part des américains moyens sont endettés à vie,payent et achètent avec 4 ou 5 cartes de crédit dans des banques différentes, consomment et consomment toujours et encore…c’est leur style de vie.

Soudain c’est la faillite du système bancaire que l’on connait et ces gens qui ne peuvent plus payer leur crédit immobilier car les interrets flambes et les plus faibles se retrouvent par milliers à la rue.

Leurs biens sont vendus à bas prix ils perdent tout.

J’ai vu hier sur une chaîne de TV le reportage de centaines de personnes expropriées qui vivent en village sous des tentes !

Voilà le résultat de l’écroulement du « principe bancaire » à l’américaine et ce n’est qu’une petite partie de l’iceberg car la dette de l’Amérique est « astronomique » et le système un vrai château de carte…. il pourrait bien s’effondrer.

Il y a quelques temps Bush avait annoncé des mesures, mais ce ne sera pas suffisant face à cette crise et de toute façon l’argent ne sert qu’à l’éffort de guerre, désormais pépétuel hélas,et pas à autre chose.

14 03 2008
LE PANDA

Le phénomène de vivre au-dessus de ses moyens n’est pas simplement et uniquement américain.

Il touche toutes les couches de population, car la majorité des gens réalisent un peu tard, qu’il ne faut pas confondre tout.

Lorsqu’il n’y a que 20€ ou dollars dans une caisse on ne peut en dépenser 30, ces cas sont ceux de l’ensemble des pays Occidentaux et du G8.

Tout à fait en accord avec le fait que la mondialisation scie la branche sur laquelle tous les capitalistes sont assis, mais ne pas perdre de vue aussi que les dossiers des interdits bancaires n’ont jamais été aussi forts depuis environ 5 ans.

On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre et la crémière pour le même tarif, ce que les les capitalistes utilisent et qui se trouvent ici dénoncer c’est aussi la création de besoins inutiles, car non indispensables pour vivre.

Dans la mesure ou l’on constate le coût d’une campagne d’élections où quelle se produise c’est un trou bien souvent pas trés utile, vu que dans la majorité des cas il suffit d’obtenir 5% des suffrages pour êtres remboursés grace à la production du citoyen de base.

Le jour où cela sera compris les Partis politiques et les « capitalistes » tomberont comme des mouches. La plus petite campagne représente un coût de 100 000 € minimum…..Qui rembourse? Les États, les États c’est qui? C’est nous tous….

Donc que nous le voulions ou pas nous participons à remonter l’économie américaine comme celle des autres nations, ou merci de m’expliquer si je peux dépenser ce que je ne possède pas?

Le Panda

Patrick Juan

14 03 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Vous avez tout à fait raison : l’une des perversions du capitalisme est d’avoir créé une société de consommation monstrueuse. Et cette société fonctionne en grande partie sur le crédit. La récente crise des subprimes (prêts hypothécaires) le montre bien. Les États-Unis font face à l’une des crises majeures et les banques mondiales doivent renflouer les offres de l’État américain.

Guy

La grande tristesse dans ce qui se passe actuellement est d’avoir permis l’accession à la propriété et en raison d’un « surendettement », de priver maintenant ces familles qui ne peuvent plus assumer leurs dettes. Le pire est le fait que cette crise financière américaine a des répercussions partout dans le monde.

Patrick

Il est évident que l’endettement n’est pas une affaire exclusivement américaine. J’ai des amis en France qui vivent difficilement car leur niveau d’endettement est particulièrement élevé. Il en est ainsi d’amis au Québec. Cela est commun aux grandes sociétés de consommation. Le désir de posséder à tout prix est accompagné de celui de l’avoir immédiatement. D’où l’obligation de s’endetter. Le CD, le DVD, les jeux, les logiciels, les vêtements, les portables, toute cette convoitise mène inévitablement à une surconsommation. C’est triste.

Pïerre R. Chantelois

14 03 2008
Evy

Nous sommes à la fin d’un cycle d’expansion économique sans précédent accentuée ^ar une guerre américaine coûteuse, commencée simultanément à un des pires crash économique, celui japoanais des années 90.

La recette japonaise a été celle d’une politique monétaire de crédit facilité à l’échelle internationale, inttitulée Carry trade. Emprunté à 0% au Japon, convertissez en devises étrangères afin de maintenir un yen bas et faciliter la relance japonaise. Même recette du côté chinois: maintenir un huan bas en achetant des titres étrangers avec les surplus de devises. A commencé alors un cycle qui encourage l’emprunt à faible taux comme relance.

Selon moi il y a encore marge de manoeuvre: les taux peuvnet encore baisser jusqu’à un taux appelé trappe c’est-àdire même une baisse n’est plus possible.

Nous approchons de cette zone: deux voies de sorties: crise style 29 ou stagflation style 70. Pour l’instant je suis porté à croire à la première comme plus probable.

Est-ce la fin du capitalisme: eh bien non: rappelons nous 29, la crise argentine.

Une crise économique n’est pas rose, un désastre financier style argentin non plus.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :