Présidentielles américaines – « Les faux-pas et les maladresses s’accumulent »

15 03 2008

Des conseillers ont pour fonction de conseiller. Tautologie qui pourrait en rebuter plus d’un. Pourtant, il suffit de passer en revue l’actuelle campagne présidentielle aux États-Unis pour réaliser qu’un conseiller, si futé fut-il, peut être la source de dérives qui ont un impact particulièrement négatifs sur ceux ou celles qu’ils doivent éclairer de leur science, de leur savoir et de leur sagesse.

John McCain

Le télévangéliste Rod Pasley, de la World Harvest Church of Colombus, invitait le candidat républicain John McCain à son sanctuaire de 5200 sièges. Le révérend Pasley profitait de l’occasion pour louer le candidat républicain, un fils spirituel, comme étant « un vrai conservateur fort » tout en formulant le vœu que les chrétiens déclarent la « guerre » à la « fausse religion » de l’islam pour enfin la détruire (« Islam is an anti-Christ religion predicated on deception ». « The Muslim prophet Muhammad received revelations from demons and not from the true God ». « Allah was a demon spirit ». « The United States has historically understood herself as a bastion against Islam but history is crashing in upon us »). Il profitait également de la présence du sénateur candidat McCain pour dénoncer ce qu’il a qualifié le « désespoir spirituel » de l’Amérique qui n’a d’autres sources que dans ces juges qui prônent la séparation de l’église et de l’État, dans la culture homosexuelle(homosexuals are anything but happy and carefree), dans l’industrie de l’avortement et cette autre immonde industrie du loisir et du spectacle (crass and profane entertainment industry) ».

« McCain aurait mieux fait de travailler à améliorer la proposition de Boeing plutôt d’envoyer des emplois en France ». Voilà la remarque lancée brutalement par un conseiller démocrate à l’endroit du candidat républicain. Le 29 février dernier, l’armée de l’air des États-Unis (US Air Force) donnait au consortium EADS-Northrop un contrat de 35 milliards de dollars (22,8 milliards d’euros) pour fournir 179 avions ravitailleurs. Contrat dénoncé dans les rangs politiques et syndicaux, au nom de la sécurité nationale et des emplois perdus. Des élus, notamment démocrates, ont dénoncé des « transferts de technologies sensibles vers la France ». McCain avait joué un rôle important dans le processus. Il avait contribué à bloquer un précédent contrat avec Boeing et poussé le Pentagone en 2006 à lancer des appels d’offres n’excluant pas Airbus.

Plus embarrassant pour le candidat est le fait que de proches conseillers ont effectué un travail de lobbying pour le groupe EADS (European Aeronautic Defense and Space) qui a décroché le contrat. EADS avait retenu les services des groupes de pression Ogilvy et Loeffler. Tom Loeffler et étaient les lobbyistes présents au dossier, selon ce que rapportent des rapports déposés au Sénat. Comme l’indique le New York Times, Susan Nelson a quitté la firme pour occuper le poste de directrice financière de la campagne McCain. Le lobbyiste pour Ogilvy, John Green, attaché également au dossier EADS, a pris un congé sabbatique pour participer à la campagne du candidat républicain. Selon ce dernier, il affirme être intervenu « dans un processus qui était clairement corrompu ». John McCain ne s’est jamais embarrassé de recruter les meilleurs lobbyistes, comme l’indiquait déjà, en février dernier, le Washington Post.

Boeing, en contre-attaque, vient de demander au Government Accountability Office (GAO) de réexaminer cette décision pour des motifs d’irrégularités qui l’ont placé dans une position « de désavantage compétitif » et l’avaient même « pénalisé ».

Barack Obama

Rully Dasaad était dans la classe de Barack Obama, en 1970, à Jakarta. Il revient, sur France24, sur la polémique autour de leur école primaire, qualifiée de « Madrasa islamique » par des médias conservateurs américains. « Les rumeurs selon lesquelles Barry a étudié dans une « madrasa islamique » ne sont que des mensonges. C’est juste parce que son beau-père et son père sont musulmans. À l’époque, il n’y avait pas de petite mosquée comme celle-là [Il y a aujourd’hui une mosquée à l’intérieur de l’école]. Cette école était une école publique normale. Il y avait des enfants chinois bouddhistes, des hindous de Bali, des chrétiens et des musulmans. Nous étions tous mélangés. Ce n’était pas une école réservée aux musulmans, pas du tout ».

Jeremiah Wright, de la Trinity United Church of Christ, à Chicago, a souvent été présenté comme le mentor de Barack Obama pendant sa jeunesse. C’est ce pasteur Wright qui a célébré le mariage de Barack et Michelle Obama et baptisé leurs enfants. Dans une vidéo non datée, le pasteur affirme que la sénatrice Clinton ne s’est « jamais fait traiter de nègre » ! Le pasteur Wright prend sa retraite sous peu. Ce qui ne lui interdit nullement d’aimer la controverse, au risque de nuire franchement au candidat démocrate, Barack Obama. À un point tel que Barack Obama n’a eu d’autre choix que de se dissocier, lors d’un entretien téléphonique, de celui qui fut son conseiller spirituel : « This is a pastor who is on the brink of retirement who in the past has made some controversial statements. I profoundly disagree with some of these statements ». Il s’est également confié au Huffington Post en soulignant, dans sa propre mise au point On My Faith and My Church : « All of the statements that have been the subject of controversy are ones that I vehemently condemn. They in no way reflect my attitudes and directly contradict my profound love for this country ».

La presse américaine a, par ailleurs, fait ses choux gras avec une récente sortie du pasteur Wright particulièrement provocante : « The government gives them the drugs, builds bigger prisons, passes a three-strike law and then wants us to sing ‘God Bless America.’ No, no, no, God damn America, that’s in the Bible for killing innocent people. God damn America for treating our citizens as less than human. God damn America for as long as she acts like she is God and she is supreme ». Richard Hétu, correspondant de La Presse, à Washington, en a parlé dans une chronique : « Après avoir énuméré les fautes de son pays, le pasteur s’est demandé en 2003 si les Noirs devraient pas chanter God Damn America (« Que Dieu maudisse l’Amérique ») plutôt que God Bless America (« Que Dieu bénisse l’Amérique ») ». C’est ce même pasteur qui déclarait un 16 septembre 2001 : « We bombed Hiroshima, we bombed Nagasaki, and we nuked far more than the thousands in New York and the Pentagon, and we never batted an eye ».

La saga des faux pas ne s’arrête pas là. Il a suffi de quelques heures pour qu’une conseillère de M. Obama en politique étrangère, Samantha Power, 37 ans, démissionne après avoir traité Mme Clinton de « monstre » dans un quotidien britannique, The Scotsman (We f*** up in Ohio. In Ohio, they are obsessed and Hillary is going to town on it, because she knows Ohio’s the only place they can win. She is a monster, too – that is off the record – she is stooping to anything). Mme Power avait également affirmé à la BBC que l’engagement de M. Obama de retirer d’Irak toutes les troupes de combat en 16 mois, n’était que « le scénario le plus optimiste », susceptible d’être révisé. L’économiste Austan Goolsbee, 38 ans, professeur à l’université de Chicago, est cité dans une note d’un diplomate canadien comme ayant expliqué que les critiques de M. Obama contre l’Alena (Accord de libre-échange nord-américain) ne reflétaient pas son engagement en faveur du libre-échange. Le directeur de campagne de M. Obama, David Plouffe, a convenu que l’affaire Goolsbee avait été mal gérée, « de toute évidence nous aurions aimé que cela soit mené différemment ».

Hillary Clinton

Hillary Clinton a mercredi soir dernier posé un geste qu’elle ne fait presque jamais. Elle s’est excusée. Peu après la primaire de Caroline du Sud, remportée haut la main par Barack Obama, Bill Clinton avait alors rappelé que Jesse Jackson, autre candidat noir, avait lui aussi remporté la primaire de cet État en 1984 et 1988. Ce commentaire avait été interprété comme une volonté de déprécier la victoire du sénateur de l’Illinois. « Nous pouvons être fiers à la fois de Jesse Jackson et du sénateur Obama », a commenté Hillary Clinton. « Je suis désolée si quiconque a été offensé. Ce n’était certainement pas destiné à être offensant ».

Au cours de cette même occasion, madame Clinton avait également fait acte de contrition au nom de sa collaboratrice, Geraldine Ferraro. Chargée de lever des fonds pour le clan Clinton, Mme Ferraro a été contrainte de quitter ses fonctions à la suite de propos jugés déplacés à l’égard de Barack Obama : « Si Obama était blanc, il ne serait pas dans cette position. Et, s’il était une femme (blanche ou noire, NDLR), il ne serait pas dans cette position. Il a beaucoup de chance d’être ce qu’il est. Et le pays est pris dans ce concept ». Aussitôt, madame Clinton avait réagi à ces propos : « Je désavoue catégoriquement (ces propos) et je regrette profondément qu’ils aient été exprimés. Évidemment, elle ne s’exprimait pas au nom de l’équipe de campagne, elle n’exprimait aucune de mes opinions ».

Madame Clinton a profité de ces excuses pour en formuler un autre, celle-là adressée à la piètre gestion du président républicain Georges W. Bush : « Je l’ai dit publiquement, et je le dis en privé: je présente mes excuses, et je suis gênée de voir que notre gouvernement ait si mal traité nos compatriotes. C’est une honte nationale ». Mme Clinton parlait des victimes de l’ouragan Katrina et des défaillances des autorités fédérales pour leur venir en aide.

L’été 1995, Monica Lewinsky, 22 ans effectue un stage à la Maison Blanche. Trois ans plus tard, elle se confesse au procureur Kenneth Star et avoue avoir eu des relations sexuelles avec Bill Clinton dans le bureau ovale. Treize ans plus tard, le gouverneur démocrate, Eliot Spitzer, démissionne de ses fonctions. Il a été contraint de quitter son poste, deux jours après avoir été accusé de fréquenter des prostituées de luxe. Hillary Clinton perd l’un de ses soutiens les plus fervents. Comme l’indique le Washington Post, cette démission n’est pas sans effets sur la campagne d’Hillary Clinton qui avait émis un communiqué dès l’annonce du scandale : « Je suis profondément attristée par la tournure des événements et mes pensées accompagnent la famille du gouverneur Spitzer en cette période douloureuse ». Les humoristes américains s’en sont donnés à cœur joie, se payant la tête des Spitzer et des Clinton, comme l’indique le Post. David Letterman a dressé la liste des 10 excuses que pourrait citer Eliot Spitzer pour expliquer ses liens avec un réseau de prostitution. Excuse numéro un: « Je pensais que Bill Clinton avait légalisé ça ».

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5 responses

15 03 2008
guy

Merci pour cet excellent éclairage sur cette campagne au moment où les « coups bas » pleuvent de tous cotés… mais surtout, il me semble, de la part du camp d’ H.Clinton.

A la faveur de l’affaire du contrat d’EADS qui devient l’affaire McCain, on constate la mise en relief de l’énormité du protectionnisme américain qui ne lâche rien. Cela ne les dérange pas d’inonder le monde entier de leur vins frelatés, ils ont tous les droits… sans parler de Mosanto et de leurs OGM.

América the beautiful !

Bonne fin de semaine

15 03 2008
Pierre Chantelois

Guy

Vous avez mis le doigt sur le mot le plus important : protectionnisme. Sous l’Alena, les États-Unis réalisent qu’ils doivent partager et non plus seulement recevoir. Nous avons vécu la même férocité avec le bois d’œuvre, industrie qui est en perte de vitesse au Canada et surtout au Québec. Dans le cas d’EADS, il est clair que les démocrates vont tout tenter pour discréditer McCain qui a tenté de mettre bon ordre dans l’attribution des contrats.

Il semblerait qu’un documentaire sur ARTE a ébranlé la France relativement aux révélations touchant Monsanto. Vous avez raison. Les États-Unis veulent tout exporter mais importer le moins impossible, si cela touche à leurs propres industries.

America is so beautiful!

Pierre R. Chantelois

15 03 2008
LE PANDA

Et voilà un résumé ou tous les coups sont permis, mais une fois les « élections » passées, il restera quoi?

Les U.S.A. n’ont jamais eu une économie aussi basse, tout comme dans une ancienne émission portant pour titre « Tous les coups sont permis » de Philippe Bouvard.

Cette émission fut reprise d’ailleurs dans le film de C. Zidi : L’aile ou la cuisse.

Faire remonter l’affaire Boeing à l’affaire ADS n’arrange pas les politiques véreux.

Quant à Mc Cain, je n’ai aucune confiance en lui pas plus qu’en H.Cilnton, Obama réussira-t-il là où les blancs ont échoué?

Ensuite, ne pas perdre de vue que tant que la séparation des pouvoirs religieux et ceux de l’État, quel qu’il soit, n’aura pas lieu, rien ne verra le jour.

Le gros problème de cette campagne aux U.S.A. a l’avantage de démontrer encore une fois la passivité du monde financier crapuleux qui agit dans l’ombre tout comme la Chine face aux droits de l’homme.

Patrick Juan.

15 03 2008
Pierre Chantelois

Bonjour Patrick

Officiellement, la séparation des pouvoirs existe bel et bien aux États-Unis. Il est même divisé entre plusieurs branches du gouvernement. Il y a également ce fameux « check & balance » (poids et contrepoids) qui permet au Congrès de voter des lois, au président de s’y opposer (veto) et au Congrès de renverser un veto présidentiel à la condition un nombre suffisant de votes. En d’autres termes, nous retrouvons dans ces poids et contrepoids :

* le droit de veto du président à l’égard des lois votées par le parlement ;
* le refus des chambres de voter les recettes nécessaires à la politique du président (le pouvoir financier est historiquement le premier des pouvoirs du législatif).

Le régime présidentiel est un régime d’équilibre des pouvoirs : aucun pouvoir ne peut dominer durablement l’autre.

Comme l’écrivait Denis Lacorne, directeur de recherches au Ceri-Sciences-Po, dans Libération : « La Constitution des Etats-Unis, au grand désespoir des dévots, exclut toute référence à Dieu ou à une religion fondatrice. Elle interdit les professions de foi religieuse comme condition d’accès aux emplois publics. Son premier amendement interdit aussi toute création d’une Eglise d’Etat. Une telle construction permettrait-elle l’élection d’un président juif, mahométan, sinon même adorateur du dieu Baal, se demandaient les critiques du modèle fédéral ? Oui, répondaient ses partisans, rien ne l’interdit… On comprend donc l’inquiétude des adhérents du parti des dévots et leur désir d’apporter un correctif au texte fondateur de la démocratie américaine ».

Je reprendrai à mon compte cette remarque de monsieur Lacorne : « Il y a un paradoxe américain : la stricte séparation juridique de l’Eglise et de l’Etat n’empêche pas un fort enchevêtrement du religieux et du politique dans les campagnes électorales. Cela tient au calendrier des primaires et à la croyance qu’un président ne peut être élu sans faire appel aux partisans des «valeurs morales traditionnelles». Et pourtant, trop de religion tue le religieux ».

Pierre R. Chantelois

15 03 2008
LE PANDA

Pierre,

Merci pour cette réaction, Officiellement ne veut pas dire dans mon explication une application pratique, c’est justement ce que l’on peut déplorer à mon sens.

Où sont nés les « Illuminati » sinon qu’aux U.S.A. sous la férule de qui? Qui les alimente en dehors des « puissances » politiques ce ne sont pas les gens du peuple, sauf à la condition expresse de passer de marchand de journaux à la tête des banques qui alimente les « partis » et consorts.

L’Etat où qu’il se trouve ne peut remporter une seule « victoire » sans référer aux instances religieuses qui attendent la balle en retour, à propos cela en France s’appelle le « Denier du Culte » au Québec et au Canada il porte une nomination différente?

J’approuves par contre à plein sens la fin de la citation « trop de religion tue le religieux » je rajouterai et j’aimerai connaitre le sentiment de l’autre côté de l’Atlantique, si trop de « faux » religieux n’étouffent pas toutes formes de croyances?

Amicalement,

Patrick Juan

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