Feria sexta in passione Domini

21 03 2008

Le Vendredi saint est un jour bien spécial chez les chrétiens. Il rappelle la crucifixion du Christ sur le Mont des Oliviers. Aussi loin que je puisse me rappeler, cette journée m’est toujours apparue assombrie, grise et si lourde. Que dire de cette expression plus neutre que donnent à cet événement religieux les danois, les norvégiens et les suédois : Langfredag, le « vendredi long », parce qu’il devrait être silencieux et qu’on ne devrait pas travailler. Ou cette autre expression, en allemand cette fois, Karfreitag, qui signifie « le jour du chagrin »?

En Norvège, la semaine sainte était également appelée la semaine silencieuse, ­ Den stille uke, et elle était l’occasion de solennités silencieuses liées au message pascal, et à la relation de la mort et de la résurrection du Christ. C’était aussi un jour où l’on devait travailler dur et s’adonner aux plus basses besognes pour souffrir avec le Christ.

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C’est dans ce cadre du vendredi silencieux que je propose ces réflexions mélancoliques du philosophe danois Søren Aabye Kierkegaard dont le père lui inculqua un christianisme austère.

« C’est par la foi qu’Abraham reçut la promesse que toutes les nations de la terre seraient bénies en sa postérité. Le temps passait, la possibilité restait, Abraham croyait. Le temps passa, l’espérance devint absurde. Abraham crut. On vit au monde celui qui eut une espérance. Le temps passa, le soir fut à son déclin, et cet homme n’eut point la lâcheté de renier son espoir ; aussi ne sera-t-il jamais oublié lui non plus. Puis il connut la tristesse, et le chagrin, loin de le décevoir comme la vie, fit pour lui tout ce qu’il put et, dans ses douceurs, lui donna la possession de son espérance trompée. Il est humain de connaître la tristesse, humain de partager la peine de l’affligé, mais il est plus grand de croire et plus réconfortant de contempler le croyant… » (Textes mystiques d’Orient et d’Occident)

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« …Enfant, j’ai reçu une éducation chrétienne stricte et austère qui fut, à vues humaines, une folie. Dès ma plus tendre enfance, ma confiance en la vie s’était brisée aux impressions sous lesquelles avait lui-même succombé le mélancolique vieillard qui me les avait imposées : enfant, ô folie ! Je reçus le costume d’un mélancolique vieillard » (Point de vue explicatif de mon œuvre d’écrivain, 1848)

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« …mon père, l’homme que j’ai le plus aimé et qu’est-ce à dire ? Qu’il était l’homme qui m’avait rendu malheureux – mais par amour. Son défaut n’était pas de manquer d’amour, mais de confondre le vieillard et l’enfant. Aimer celui qui vous rend heureux, c’est au regard de la réflexion, donner de l’amour une définition insuffisante : aimer celui qui, par sa méchanceté, vous a rendu malheureux, c’est la vertu ; mais aimer celui qui, par amour mal compris, mais par amour pourtant, a fait votre malheur, c’est là, autant que je sache, la formule réfléchie que l’on n’a jamais donnée, mais pourtant normale de l’amour » (ibidem)

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« …Oui sans doute, c’est magnifique d’être enfant ! De s’assoupir au sein de sa mère pour se réveiller à la revoir ; d’être enfant et de ne connaître que sa mère et ses jouets ! On chante le bonheur de l’enfance, la vue de ce bonheur nous attendrit par ce sourire au sourire… » […] « Imaginons-nous alors un malheureux de ce genre qui l’est dès sa naissance. Hélas ! il n’a pas eu d’enfance heureuse ; car certes l’amour maternel est fidèle et tendre, mais même une mère est un être humain : suspendu à son sein, il la voyait attristée, elle n’arrivait pas à être heureuse en le regardant, mais il la voyait morne – à son réveil souvent il la voyait en larmes… » (Johannès Climacus ou De omnibus dubitandum est, OC 2, p. 325)

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« Il y avait une fois un père et un fils. Un fils est comme le miroir où se voit le père, et le père est aussi le miroir où le fils se voit dans l’avenir. Pourtant, ils se regardaient rarement ainsi l’un l’autre, car l’enjouement d’une conversation pleine d’entrain charmait chaque fois leur entretien. Quelquefois, cependant, le père s’interrompait ; le visage triste, il se tenait devant son fils ; il le regardait et disait : “Pauvre enfant, tu vas dans un silencieux désespoir.” Jamais ces mots ne reçurent d’autre explication, jamais ne fut examinée leur vérité » (Stades sur le chemin de la vie, OC 9, p. 185).

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« Mon père est mort dans la nuit de mercredi (le 08) à 2 heures. J’aurais tellement aimé qu’il eût vécu quelques années de plus, et je regarde sa mort comme l’ultime sacrifice de sa part à son amour pour moi ; loin d’être, en effet, une scission d’avec moi, pour que la vie fasse encore, s’il se peut, quelque chose de moi. De tout ce que j’ai hérité de lui, son souvenir, son image transfigurée – et cette transfiguration n’est pas due aux œuvres de mon imagination (son souvenir n’en a nul besoin) mais à nombre de traits que j’arrive maintenant à savoir – m’est ce que j’ai de plus précieux et ce que je garderai de plus secret pour le monde… » (Journal, Extraits, II A 243 ; I, 134, 5 vol., Paris, Gallimard, 1963)

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« Ce fut alors qu’eut lieu le grand tremblement de terre, l’affreux bouleversement qui soudain m’imposa une nouvelle loi d’interprétation infaillible de tous les phénomènes. C’est alors que je flairai que le grand âge de mon père n’était pas une bénédiction divine, mais plutôt une malédiction ; que les dons intellectuels éminents de notre famille n’étaient que pour leur extirpation mutuelle : c’est alors que je sentis le silence de la mort s’accroître autour de moi à tous, comme une croix sur le tombeau de toutes ses propres espérances. Une faute devait peser sur la famille entière, un châtiment de Dieu planer sur elle ; elle disparaîtrait, rasée par sa toute-puissance, effacée comme une tentative manquée, et ce n’est qu’à de rares fois que je trouvais un soulagement dans la pensée que mon père avait eu le lourd devoir de nous rasséréner par les consolations de la religion, de nous donner à tous le viatique, de sorte qu’un monde meilleur nous resterait ouvert, dussions-nous perdre tout en celui-ci, dût la peine nous frapper que les Juifs toujours souhaitaient à leurs ennemis : l’entier effacement de notre souvenir, jusqu’aux traces pour nous retrouver » (Journal, Extraits, II A 805 ; I, 134, 5 vol., Paris, Gallimard, 1963)

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« Ce que l’on veut, on le peut, sauf une chose : la suppression de la mélancolie au pouvoir de laquelle je me trouvais… au fond de moi-même, j’étais le plus misérable des hommes… Il faut entendre ce que je dis en songeant que de très bonne heure j’ai appris que triompher, c’est vaincre au sens de l’infini, ce qui au sens du fini, revient à souffrir ; ainsi cette conviction se trouvait d’accord avec l’intelligence profonde de ma mélancolie selon laquelle je n’étais proprement apte à rien (au sens du fini) » (Point de vue explicatif de mon œuvre d’écrivain, 1848).

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« Place un enfant dans une caverne de brigands (mais assez peu de temps, pour l’empêcher de s’y corrompre); laisse-le y séjourner très peu de temps puis ramène-le chez lui pour raconter tout ce dont il a été témoin: en bon observateur doué d’une excellente mémoire, comme tous les enfants, il rapportera tout par le menu, mais en omettant en quelque sorte l’essentiel, si bien que, si on ne sait pas où il a ainsi vécu, l’on n’y songera pas le moins du monde à son récit. Qu’omet-il donc? Quelle chose n’a-t-il pas découverte? C’est le mal. Et néanmoins, le récit de ce qu’il a vu et entendu est d’une parfaite exactitude. Que manque-t-il donc à l’enfant; pourquoi ses paroles sont-elles si souvent une satire des grandes personnes? Parce qu’il n’a pas l’intelligence du mal; il n’en a pas le sens, ni même l’envie de s’en instruire. L’esprit charitable ressemble en ce point à l’enfant. Mais toute intellection a pour condition première une intelligence entre celui qui doit comprendre et la chose à comprendre. C’est aussi pourquoi (malgré tout son désir de persuader et de faire croire qu’elle peut garder son entière pureté et qu’elle est pure intellection du mal), cette intellection n’en est pas moins en intelligence avec lui; sans cette dernière, l’intellectuel n’aurait pas envie de s’instruire du mal; il aurait en horreur de le comprendre et s’y refuserait » (Les œuvres de l’amour).

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22 responses

21 03 2008
Gilles

Que dire de cette expression plus neutre que donnent à cet événement religieux les danois, les norvégiens et les suédois : Langfredag, le vendredi long […]
 
Cette année le Vendredi Saint coïncide avec l’équinoxe du printemps… Quoi qu’il en soit, l’alternance de l’ombre et de la lumière semble imperçue, à notre époque de lumière électrique permanente. Je me demande si nous y perdons quelque chose. Bref, on voit mieux la lumière dans le noir, et la Crucifixion annonce Pâques !
 
J’y pense… En anglais, nous disons Good Friday (en néerlandais aussi), c’est l’exception, car dans la plupart des régions du monde on dit Grand ou Saint ou Triste ou Long Vendredi, selon Wikipedia.
 

21 03 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Voilà une observation qui m’avait échappé : l’équinoxe du printemps. Je voudrais vivre cette expérience de la lumière et de la nuit en Islande. Il me semble que cela doit être bien particulier.

Je connaissais l’expression Good Friday. L’expression vendredi long m’avait surpris, il y a quelques années. L’expression allemande illustre également assez bien, à mes yeux, l’image de mon enfance du Vendredi saint : « le jour du chagrin » et l’alternance entre nuit et lumière.

Pierre R. Chantelois

21 03 2008
Françoise

Je trouve un peu triste que l’on ait fait de ce jour un jour de « mortifications ». Je trouve que la religion chrétienne demande bien trop souvent de « souffrir pour aller au Paradis. »

Je veux retenir de cette période de l’année qu’elle annonce les beaux jours, la lumière revenue, et le renouveau de la Nature. Il y a assez de malheurs et de misères de par le Monde, je pense qu’il faut se réjouir des belles choses, chaque fois qu’on le peut. C’est mon avis, très personnel.

21 03 2008
mosan

Nous sommes aussi le 22 mars et il y a 40 ans je regardais avec attention un mouvement qui allait me porter longtemps et qui contrairement à ce qu’en dit « un certain » fut historiquement l’évènement qui a consacré la rupture entre un monde fermé, rigide, sclérosé et « dans les têtes » une grande lumière, une ouverture, un immense espoir : celui qu’un monde meilleur, plus juste ou tous et chacun pourraient décider…

Quant à la Pâques du Christ, je me bornerai à écouter les oiseaux (dont c’est la renaissance- Oui Françoise ! réjouissons nous des belles choses-) à lire les évangiles et à écouter la passion selon saint Matthieu de Jean Sébastien Bach. Tout y est, rien n’est besoin des artifices ajoutés par les couches successives des hiérarchies de l’Église.

21 03 2008
guy

Post Tenebras Lux

Merci à vous Pierre d’avoir eu l’audace de nous rappeler ce jour important.

Je ne crois pas, par les temps qui courent, qu’il soit indispensable d’affaiblir un des repères de l’humanité.

Je crois le contraire, dans la liberté évidemment.

À mosan : je te tiens compagnie en relisant le livre de Job…

Et bonnes Pâques à tous et à toutes.

21 03 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Il y a bien évidemment la signification religieuse rattachée à ce Vendredi. Il y a aussi ce qu’elle inspire pour les uns et pour les autres. Kierkegaard, qui a meublé mes lectures de jeunesse, était très religieux. Toutefois, c’est dans son journal et dans ses ouvrages plus intimes que m’est venue l’idée de puiser la thématique du fils et du père. Et cette fois, c’est la souffrance du fils dont il est question. Oui la mortification est omniprésente. Pourrons-nous faire abstraction, un jour, de cette influence judéo-chrétienne qui nous a tellement habitée, selon nos sources d’éducation et de formation?

Mosan

Écouter la Passion selon Saint-Mathieu de Jean-Sébastien est une élévation aussi noble que la plus humble des prières. Mais il ne faut pas oublier que Jean-Sébastien l’a composé pour la mettre au service de la liturgie. La Passion a été créée un Vendredi Saint, le 15 avril 1729, et elle reste encore l’un des plus grands chefs d’œuvre de l’histoire musicale.

Guy

Ces repères en effet ont un avantage : nous imposer une halte. Qu’elle soit prétexte pour une pratique religieuse, une méditation, une réflexion, un repos, une pause, cette halte est bénéfique, je crois. Elle nous permet d’écouter la Passion selon Saint-Mathieu sous un angle différent d’un autre jour de l’année.

Merci pour ces bons vœux.

Pierre R. Chantelois

21 03 2008
Françoise

« Pourrons-nous faire abstraction, un jour, de cette influence judéo-chrétienne qui nous a tellement habitée, selon nos sources d’éducation et de formation ? »

Pierre,

Je ne pense pas qu’il faille en faire abstraction, ce serait se priver de tant de belles choses (tous les arts du sacré entre autres), mais savoir en regarder les excès qui ont fait tant de mal, oui.

21 03 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Exact. L’influence judéo-chrétienne n’a pas agi que sur l’application des religions mais également et notamment dans le domaine des arts. Que ce soit l’art sacré ou profane.

Pierre R. Chantelois

21 03 2008
LE PANDA

Pierre,

Je rejoins encore une fois Françoise dans la majorité de ses interventions.

Quoi qu’il en soit Pierre, merci de nous avoir livrés cet article de « reflexions » ainsi il y en a pour tous les goûts.

Je voudrais savoir sur quel testament le fait de ne pas manger de viande un vendredi saint, puisqu’il existe des dérogations dans l’église chrétienne.

Dans la mesure ou l’on verse une certaine somme à un prêtre on peut manger de la viande, je pense que toutes les religions sans exception partent en quenouilles depuis des siécles.

Elles semblent êtres maintenues pour l’artifice du commerce qu’elles drainent l’exemple de Lourdes en France est plus que parlant.

Or il me semble que soit on croit à fond dans la religion à laquelle on adhére ou on s’abstient.

L’influence judéo-chrétienne est un restant d’éducation point, du vécu de nos parents et grands-parents qui aimaient la vie et nous que laisserons nous aux nôtres sinon que des souvenirs?

Il vaut mieux peu de rien, que rien de rien?

Patrick Juan.

21 03 2008
Gilles

Dans la mesure où l’on verse une certaine somme à un prêtre on peut manger de la viande […]
 
Moi je préfère verser une certaine somme à mon charcutier-boucher, c’est plus sûr.
 

21 03 2008
LE PANDA

Salut Gilles,

tout à fait d’accord d’ailleurs la journée n’est pas finie……Avec mon pognon je vais où je veux, enfin où mes moyens me le permettent.

Merci de ton humour…..

Patrick Juan

21 03 2008
guy

mon cher Pierre vous avez de la chance !

Un endroit aussi noble ne saurait être le refuge d’une polémique insupportable, et je vous salue de nouveau (lol)

21 03 2008
guy

je voulais écrire le « refuge » mais la nuit tombe sur mon clavier…

21 03 2008
Gilles

Tu voulais écrire » refuge », sans doute !
 

21 03 2008
guy

oui c’est ça…..

Pierre se fout de mes fautes… d’autres les relèvent, c’est un blog polyphonique…

Cordialement

21 03 2008
Pierre Chantelois

Patrick

Le mot « carême » n’avait guère droit de cité dans le protestantisme. Les protestants ne fêtent pas le mercredi des cendres. Le carnaval et le mardi gras n’ont donc pas de place dans les régions protestantes. Le mot « carême » est une contraction du mot latin « quadragesima » qui signifie quarantième, comme l’indique le Cybercuré. Le Carême est le mémorial des 40 années des hébreux dans le désert et des 40 jours de Jésus dans le désert. Dans le rite byzantin et dans l’orthodoxie, le carême qui prépare la fête de Pâques est appelé Sainte quarantaine ou Grand carême.

Guy

Votre charcutier-boucher, c’est un nouveau pasteur? 🙂

Guy

J’adore cette expression : blog polyphonique. Bravo.

Pierre R. Chantelois

22 03 2008
Gilles

Nous nous éloignons de la Crucifixion, bien que Jésus ait été crucifié pour nos fautes, dit-on.
 

22 03 2008
Pierre Chantelois

Gilles

En effet. Voilà pourquoi je ramène dans ma vie l’audition des grandes œuvres contemplatives d’une profonde inspiration. Depuis mon retour, après le souper, je suis accroché à ce CD qui me transporte bien au-delà : Officium, avec the Hilliard Ensemble et Jan Garbarek. Quel dépouillement!

Pierre R. Chantelois

22 03 2008
Gilles

Voici ce que j’écoutais : le Stabat Mater de Pergolesi.
 
(Je ne sais pas si le lien fonctionnera ; il mène à un extrait de l’œuvre sur le iTunes Store.)
 

22 03 2008
Gilles

Bien… le lien fonctionne. Il suffit de cliquer sur les titres des parties, dans la liste, pour entendre un extrait de 30 secondes de chacune.
 
(Je suis étonné et ravi qu’on puisse créer un lien vers une page interne du iTunes Store.)
 

22 03 2008
Gilles

Désolé, je n’ai pensé qu’il faut avoir installé le logiciel iTunes sur son ordinateur, pour entendre les extraits. Il existe pour PC aussi bien que pour Macintosh, si jamais tu est curieux de l’essayer. Mais gare à la carte de crédit !
 

23 03 2008
Pierre Chantelois

Gilles

J’avais déjà installé ITunes. J’ai pu écouter ce beau Stabat Mater d’Abado. Dire qu’il fut enregistré en 1985. Un pur joyau.

Merci

Pierre R. Chantelois

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