New York – Trois policiers déclarés non coupables d’avoir tiré 50 balles et tué Sean Bell

26 04 2008

L’action se passe le 25 novembre 2006. Nous sommes à New York. Dans le quartier du Queens se trouve une banale discothèque. Sean Bell, 23 ans, en sort, accompagné de deux amis, après avoir enterré sa vie de garçon. Il devait épouser le lendemain sa fiancée, mère de leurs deux petites filles. Cinq policiers en civil surveillent la sortie.

Sean Bell sortait d’un bar de danseuses nues soupçonné être un lieu de vente de drogue et de trafic d’armes lorsque, percutant une voiture de police banalisée avec son propre véhicule. Les policiers prennent en chasse la voiture de Sean Bell. Les cinq policiers croient les gens jeunes armés. Ils font usage de leur arme, tuant Sean Bell et blessant grièvement l’un des deux passagers. Au moins 50 balles ont été tirées lors de cette fusillade.

Le décès de Sean Bell avait provoqué des tensions à New York et le maire de la ville, Michael Bloomberg, avait dénoncé « l’usage excessif de la force » des policiers. Les policiers Gescard Isnora, un hispanique noir, et Michael Oliver, un Blanc, inculpés le 19 mars 2007 d’homicide involontaire, risquaient jusqu’à 25 ans de prison. Un troisième policier, Marc Cooper, Noir, avait été inculpé ce même jour de « mise en danger d’une personne par une conduite imprudente » et ne risquait qu’un an de prison.

Vendredi, le magistrat Arthur Cooperman, de la Cour suprême de l’État de New York, a jugé que les trois policiers n’avaient aucune responsabilité criminelle dans la mort de Bell ou les blessures de ses deux amis, Trent Benefield et Joseph Guzman. Sean Bell était un jeune noir de 23 ans, mort la veille de son mariage. « L’Amérique est une nation de lois, et même si tout le monde ne sera pas d’accord avec le verdict, nous acceptons son autorité », a affirmé le maire de New York, Michael Bloomberg, en réaction à ce verdict. « Il sera possible de manifester sa désapprobation de manière pacifique et peut-être d’intenter un nouveau recours en justice », a expliqué le maire, inquiet, de la tournure des événements près du Palais de Justice de sa ville.

Le juge Cooperman a expliqué, dans son verdict, que les trois hommes avaient été acquittés parce qu’un doute raisonnable demeurait sur les preuves présentées lors du procès et parce que les témoins de l’accusation s’étaient contredits au regard de leurs précédentes déclarations et pouvaient avoir des raisons de mentir. Le magistrat a jugé crédibles les déclarations des policiers qui ont affirmé s’être sentis en danger. Il a ajouté cependant que les « questions de négligence et d’incompétence devaient être laissées à d’autres assemblées ».

Selon l’enquête, le policier Oliver, 36 ans, a tiré 31 fois contre la voiture de Sean Bell. Selon l’expert balistique, Alexander Jason, il n’a fallu pas plus de 12,3 secondes à Oliver pour tirer trente et une balles. Le policier Isnora, 29 ans, a tiré 11 fois. Selon le même expert balistique, la balle tirée par l’officier Gescard Isnora aurait brisé la fenêtre de la voiture de telle sorte que le policier aurait pu avoir l’impression que Joseph Guzman, qui était assis sur le siège passager, le visait à son tour. Le policier Cooper, 40 ans, a tiré quatre fois. Oliver, Isnora et Cooper ont affirmé avoir cru que les victimes étaient armées, assurant avoir entendu des phrases comme « va me chercher mon arme ».

Le procureur avait, en cours de procès, souligné que le grand nombre de coups de feu tirés par le policier Micheal Oliver – et le fait qu’il ait pris le temps de recharger son arme – indiquaient que les trois policiers étaient hors de tout contrôle quand ils ont ouvert le feu sur le véhicule de Sean Bell. Et parfaitement conscients de ce qu’ils faisaient.

Lorenzo Steele, un Noir de 42 ans, qui a travaillé comme officier dans une prison pendant 12 ans, est consterné par le verdict. « On ne tire jamais 40 ou 50 fois, c’est presque un assassinat ». Ce n’était pas l’avis du juge Arthur Cooperman qui a décidé, dans son verdict, que les trois policiers n’avaient aucune responsabilité criminelle. Plusieurs personnes venues aux abords du tribunal portaient des tee-shirts rouges portant les inscriptions « Sean Bell rip » (pour repose en paix) et « 50 tirs ce n’est pas de la justice ».

Le chef de la police de New York, Ray Kelly, avait qualifié de « tir contagieux » la décision des policiers de tirer sans d’autres raisons que d’imiter les tirs des voisins. Il avait également admis qu’il y avait bel et bien eu rupture des règles du NYPD : tirer sur un véhicule en mouvement est interdit. De plus, les agents, après trois coups de suite, doivent marquer une pause pour réévaluer leur cible. Le policier Oliver, douze ans de métier, a tiré 31 balles. Sans même s’en rendre compte.

Le nom d’Amadou Diallo résonne davantage dans la communauté noire de New York. En 1999, dans le Bronx, quatre policiers blancs tuent un jeune Guinéen de 41 balles, croyant qu’il allait sortir une arme alors que le jeune homme ne cherchait que son portefeuille. « Le désastre qu’on avait promis d’éviter il y a sept ans s’est reproduit dans le Queens », s’était inquiété le New York Times dans un éditorial.

Ce n’est pas d’hier que la réputation de brutes coiffe la NYPD. Michael Grunwald, du Washington Post, écrivait le 13 avril 1999 : « Les méthodes musclées des forces de l’ordre ont certes fait reculer la criminalité à New York. Mais les brutalités à l’égard des Noirs sont devenues systématiques. « Nous sommes là pour vous aider à survivre ». C’est en ces termes que l’inspecteur Terrance Wansley, de la police de New York, s’adresse à son auditoire, dans un centre communautaire du Bronx. « La rue est dangereuse. Vous devez apprendre à vous protéger afin de rester en vie. » Ces propos pour le moins alarmistes peuvent paraître bien étranges dans le « nouveau » New York du maire Rudolph Giuliani et de son armée de quarante mille agents de police, unanimement loués pour leurs victoires contre le crime. Toutefois, Wansley et ses collègues ne parlent pas d’éventuelles rencontres avec des gangsters ou des délinquants, mais avec… la police. […] Un jour, Sylvia Morales, secrétaire juridique dans le Bronx, a été réveillée brutalement à deux heures du matin. Les policiers venaient d’enfoncer sa porte et l’un d’eux pointait le canon d’un pistolet sur sa tempe. Il s’agissait d’une rafle antidrogue, et l’indicateur avait donné une fausse adresse. « Si j’avais fait un geste, comme Diallo, je serais morte », raconte-t-elle ».

Il convient de rappeler que c’est ce même Giuliani qui avait proposé à la Maison Blanche de propulser l’ancien commissaire de la police de New York, Bernard Kerik, 52 ans, au poste de secrétaire à la Sécurité nationale. Bush accepte. Mais Kerik, sur lequel commençaient à transpirer des rumeurs, retire sa candidature. La presse révèle alors que, dans les mois qui ont suivi le 11 Septembre, il s’est approprié un appartement réservé aux pompiers et aux volontaires travaillant à Ground Zero, pour y amener ses petites amies. En 1993, le policier Bernard Kerik agit comme chauffeur de Giuliani quand celui-ci fait campagne pour la mairie. Le policier et l’ancien procureur sympathisent. A peine élu maire, Giuliani le nomme secrétaire adjoint aux prisons de la ville, puis numéro 1 de ce département, puis commissaire de New York, en 2000. Au terme de son mandat de maire, fin 2001, Giuliani l’associe à la compagnie qu’il vient de créer, Giuliani Partners. L’entreprise, dont l’un des principes affiché est « l’intégrité », procure des conseils en matière de sécurité, d’évaluation des menaces et de lutte antiterroriste. En novembre 2007, Kerik a été inculpé de corruption pour avoir perçu des pots-de-vin d’entreprises suspectées d’être liées à la mafia (Libération).

Sean Bell est mort, tué de quatre balles. Ses deux amis ont été blessés ; l’un d’eux a reçu onze balles. L’affaire Diallo n’avait pas été digérée. L’affaire Sean Bell hantera maintenant les rues de New York. Pour un compte rendu plus complet des événements de vendredi, WCBSTV.

Video au moment des faits

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6 responses

26 04 2008
Françoise

Comment les policiers peuvent-ils tirer autant de balles en si peu de temps ? De quelles sortes d’armes disposent-ils ?

On s’aperçoit que partout dans nos pays « démocratiques » la police sur-armée, devient plus agressive, et semble jouir d’une impunité « d’office ».

26 04 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Les armes de poing sont de plus en plus perfectionnées, de plus en plus légères. Et ce qui me semble très particulier, dans le présent cas, c’est le fait que le policier ait eu le temps de vider un premier chargeur et de saisir son arme d’un second, en l’espace 12,3 secondes. Et que dire maintenant de cette nouvelle arme terrifiante, le tazer, qui fait la conquête des polices du monde entier. Notre police de Vancouver a montré ce que pouvait donner l’utilisation abusive de cette arme.

Est-ce en devenant plus agressive que la police moderne va mieux protéger le ou la citoyenne? Dans notre système juridique, par exemple, au Canada, dans des causes civiles ou criminelles, la police a, devant les tribunaux, une présomption favorable sur un citoyen lorsqu’il y a un doute.

Le NYPD a pour devise : courtoisie, professionnalisme, respect.

Pierre R.

26 04 2008
Françoise

« la police a, devant les tribunaux, une présomption favorable sur un citoyen lorsqu’il y a un doute. »

C’est la même chose ici.

26 04 2008
décembre

Le bras droit de l’utopie-démocratique c »est la police, le gauche, l’armée.
Elle ne se coupera pas un bras pour nous hein ! Sans ses bras, quel respect aurait cette utopie ? Aucun, tandis que là…..!

Gilles je suis en train d’écouter du Hildegard von Bingen à la sauce GARMARNA un groupe moderne américain. Délicieux. Merci de m’avoir fait découvrir ce bijoux. Bon WE.

27 04 2008
Pierre Chantelois

Décembre

Désolé du retard mis à vous remercier pour votre commentaire. Vous m’avez intrigué et je vais me documenter sur le von Bingen à la sauce Garmana.

Pierre R.

28 04 2008
pierre garcon | Hottags

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