Nelson Mandela et son parti figurent encore sur les listes noires américaines.

2 05 2008

Le 2 mai 1990 avait lieu la première rencontre entre le président sud-africain, Frederik de Klerk, et Nelson Mandela. Dix-huit ans plus tard, quatorze ans après la fin de l’Apartheid, le prix Nobel de la paix, Nelson Mandela, même après son passage à la tête de l’exécutif sud-africain, est encore considéré, à 90 ans, comme un terroriste aux États-Unis. « L’Afrique du Sud est un pays avec lequel nous avons maintenant d’excellentes relations, mais il est plutôt embarrassant que j’aie encore à intervenir personnellement pour autoriser l’entrée sur le territoire de mon homologue sud-africain, sans parler du grand dirigeant Nelson Mandela », a déclaré Condoleezza Rice, la secrétaire d’État américaine.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Nelson Mandela, le leader historique du Congrès national africain (ANC), et son parti figurent encore sur les listes noires américaines. Ce n’est que la semaine dernière que la commission des Affaires étrangères du Sénat a présenté un projet de loi pour lever ces restrictions. L’Histoire, aux États-Unis, est souvent occultée. Il est vrai que, en janvier 2003, lors d’un discours au International Women’s Forum, Mandela s’était opposé fermement à l’attaque des États-Unis et du Royaume-Uni contre l’Irak sans l’aval des Nations unies. Il avait accusé le président George W. Bush de vouloir « plonger le monde dans l’holocauste ».

Emprisonné en 1962, puis condamné à cinq ans de prison en 1963, et, après un procès où il contesta la justice d’apartheid, Nelson Mandela sera condamné à la détention à perpétuité en 1964 en raison de ses activités politiques clandestines, devenant au fil des années, le plus célèbre et l’un des plus anciens prisonniers politiques.

Libéré partiellement le 7 décembre 1988, il est mis en résidence surveillée. Le 5 juillet 1989, il rencontre au Cap le président Pieter Botha. Il fut définitivement libéré le 11 février 1990 sur ordre de Frederik de Klerk qui, pour des raisons politiques, mit fin à la clandestinité de l’ANC, et le sollicita pour maintenir la paix civile en Afrique du Sud. Les deux hommes ont travaillé ensemble pour instaurer la fin de l’apartheid et un régime de transition. En 1993, Nelson Mandela reçoit, avec le président sud-africain de l’époque, Frederik Willem de Klerk, le Prix Nobel de la paix pour leurs actions en faveur de la fin de l’apartheid et l’établissement de la démocratie dans le pays. Son autobiographie Un long chemin vers la liberté, publiée en 1995, raconte son enfance, son engagement politique, ses longues années de prison et son accession au pouvoir.

Pendant que les États-Unis s’empêtrent dans leur peur viscérale du terrorisme et dans leurs listes qui atteignent un sommet du ridicule, des anciens s’organisent pour œuvrer à la paix dans le monde. Dont Nelson Mandela. Des anciens dirigeants politiques, des quatre coins du monde, tels Nelson Mandela, l’ancien secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, ou encore l’ancien président américain Jimmy Carter, tissent leur toile pour constituer un véritable réseau d’influence. Baptisée The Elders, cette organisation recherchera par tous les moyens à dénouer des crises et favoriser les compromis. La tournée de Jimmy Carter au Moyen-Orient en est une illustration éloquente.

Selon rue89, le monde souffre véritablement d’une crise de la gouvernance globale. Qui peut citer, aujourd’hui, le nom du discret successeur de Kofi Annan à la tête de l’ONU? Quel dirigeant en exercice d’Amérique, d’Europe ou d’Asie a actuellement suffisamment d’autorité et de poids pour lancer des initiatives sur la crise alimentaire ou celle du climat, pour tenter de mettre fin aux guerres du Moyen Orient, aux tensions d’Asie et d’Afrique. Aucun et c’est inquiétant. La question à se poser est bien celle que formule rue89 : on peut même se demander si les papys ne vont pas sauver la planète.

En 2001, Nelson Mandela effectuait une visite de trois jours au Canada pour recevoir la citoyenneté d’honneur du Canada à l’âge de 83 ans. Pendant que les États-Unis s’interrogent sur la quadrature du cercle, partout dans le monde, les occasions font florès pour souligner le combat et les victoires de Nelson Mandela. Le 29 mars 1988, Dulcie September, représentante de l’African National Congress (ANC), en France, était assassinée dans le 10ième arrondissement de Paris. A l’occasion du 20ème anniversaire de sa mort, la ville d’Arcueil, où elle habitait, lui a rendu hommage lors de diverses manifestations qui ont eu lieu du 5 au 11 avril 2008. Pour le maire, monsieur Daniel Breuiller, l’occasion était particulièrement bien choisie pour souligner le combat qu’elle menait contre l’apartheid et qui devait continuer à s’incarner en France où le racisme est une maladie qui gangrène notre société, peut-être que la fidélité à sa mémoire était de faire vivre son combat, pas seulement en déposant une fleur, mais en menant aussi la bataille contre le racisme en France, qui n’est certes pas l’apartheid, mais qui gangrène la société française.

Soweto, la comédie musicale de Serge Bilé, qui retrace les dernières années de Nelson Mandela au pénitencier de Robben-Island, en Afrique du Sud, et les affrontements que se livrèrent les partisans et les opposants de l’apartheid, sera jouée au Casino de Paris, les 25, 26 et 27 avril prochains. Le 27 juin prochain, un concert sera donné en l’honneur de Nelson Mandela, à Hyde Park, à Londres, pour son anniversaire.

C’est Pierre Lepape qui a eu cette belle parole lors de la disparition d’Aimé Césaire : « Plus l’Afrique va mal, plus la parole de Césaire lui est indispensable pour ne pas sombrer dans le nihilisme du désespoir. Les mots de Césaire et l’exemple de Mandela ».

« 46664 », est le numéro de cellule que Nelson Mandela a porté en prison, soit de sa détention, en 1964, à sa libération, en 1990. C’est ce même numéro, « 46664 », que Nelson Mandela et sa Fondation ont choisi comme emblème de leur campagne de lutte contre le sida. En réalité, « 46664 » met plus particulièrement l’accent sur deux enjeux : la bataille contre l’épidémie du sida et l’amélioration des conditions de vie des enfants dans les régions rurales. Le 14 février dernier, à Johannesburg, Céline Dion n’était pas la première artiste à collaborer avec la Fondation Nelson-Mandela. Depuis 2003, les concerts 46664 servent aussi à amasser des fonds pour la Fondation Nelson-Mandela.

Video : Danyel Waro chante Mandela

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11 responses

2 05 2008
Gilles

[…] le leader historique du Congrès national africain (ANC), et son parti figurent encore sur les listes noires américaines

Je dois retrouver la référence, mais j’ai lu qu’aucun nom n’est jamais rayé des diverses listes noires, que ce soit celle du FBI, ou du Department of Homeland Security, ou de la National Security Agency. Dans le même rapport, on disait que les listes se recoupent, comportent plusieurs homonymes, sans compter les fautes de transcription.
 
Pure spéculation… Je me demande parfois si sous Louis XIV qui régnait de droit divin et de manière quasi absolue, à une époque où les mots liberté et droits de l’homme n’existaient même pas, mais où la police était beaucoup moins omniprésente et n’avait pas les moyens actuels, la liberté concrète des individus n’était pas plus grande que maintenant, de ce simple fait. Summum jus, summa injuria, comme disait mon professeur.
 

2 05 2008
Gilles

Several federal agencies — including the CIA, FBI, INS and State Department — contribute names to the list. But no one at those agencies could say who is responsible for managing the list or who can remove names of people who have been cleared by authorities.

J’ai trouvé un article du San Francisco Chronicle.

2 05 2008
Pierre Chantelois

Gilles

N’est-ce pas la raison du projet de loi présenté par la commission des Affaires étrangères du Sénat pour lever justement ces restrictions? Je viens de trouver ce court extrait du témoignage de Naomi Wolf :

“C’est une méthode classique des régimes totalitaires”, explique Wolf. “Les dissidents et opposants sont bloqués dans leurs déplacements et interdits de sortie du pays.” Wolf a commencé à enquêter sur la “liste noire” en 2002. “Je m’étais rendu compte que chaque fois que je prenais l’avion, même pour des petits vols intérieurs, j’étais identifiée et ciblée par les agents de TSA (Transportation Security Administration) et à chaque fois on me demandait de les suivre dans un local pour y être fouillée intégralement. Les autres passagers n’avaient pas droit à de telles attentions.”

C’est au cours d’une ces fouilles qu’un agent TSA lui a dit “C’est pas de notre faute, vous êtes sur la liste. Pas celle des terroristes, l’autre liste.” L’autre liste, c’est celle qui recense les journalistes, enseignants, militants, et politiques “qui ont critiqué la Maison Blanche.”

Le Canada aurait également sa liste noire.

Pierre R.

2 05 2008
Françoise

Listes noires, fichiers informatiques, biométrie etc… Nous vivons dans une époque sé-cu-ri-sée. On veut nous faire croire que tous ces systèmes sont mis en place pour nous protéger. Certains le croient ne voyant pas que ce qui est fait à ‘l’encontre des étrangers est aussi un excellent moyen de surveillance de l’ensemble des citoyens.

« le racisme en France, qui n’est certes pas l’apartheid, mais qui gangrène la société française. »

Pierre, une remarque à ce sujet : je ne pense pas que le racisme « gangrène » la société française. Il y a du racisme en France, c’est certain, mais où n’y en a-t-il pas ? À mon avis le danger vient surtout, maintenant, plus de nos gouvernants que des simples citoyens (je vous renvoie à mon dernier billet) : la chasse aux sans-papiers, certains discours prononcés ne peuvent qu’amplifier le phénomène. Il est remarquable cependant que malgré cette politique xénophobe (le mot est faible) bien des personnes se portent au secours de ces étrangers qu’on veut renvoyer, et souvent risquent arrestation et procès pour avoir simplement manifesté contre ces méthodes et tenté de porter assistance.

2 05 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Le Québec a été surpris d’apprendre, à l’issue d’un sondage et avant la tournée d’une commission sur les accommodements raisonnables, qu’il était raciste. Vous avez raison. Il se trouvera toujours une partie silencieuse de la population qui se portera toujours au secoures des étrangers. Le plus bel exemple, ce sont ces patrons en France qui ont décidé d’élever la voix pour contraindre le gouvernement à régulariser leurs « bons employés » et de défendre leur droit au travail.

Monsieur le maire, monsieur Daniel Breuiller, voulait certainement marquer les esprits en recourant à une déclaration forte. Il faut savoir remettre les choses dans leurs perspectives. Vous l’avez fait.

Pierre R.

2 05 2008
Françoise

« ce sont ces patrons en France qui ont décidé d’élever la voix  »

Je n’en ai pas parlé, parce que je pense que ce n’est pas de manière très désintéressée, ni par philanthropie… Mais si cela peut aider il ne faut pas être trop regardant sans doute.

2 05 2008
Pierre Chantelois

Françoise

D’accord pour le peu d’intérêt philanthropique. Mais ma foi pour une fois que ces patrons se lèvent et élèvent leurs voix au-dessus de la mêlée, au point d’indisposer Hortefeux, le geste en valait la peine, non? 🙂 D’autant plus que selon la législation française, l’employeur d’un étranger dépourvu d’une autorisation de travail est notamment passible d’une amende de 15 000 euros et d’un emprisonnement de cinq ans.

Vous avez raison sur un point : ce ne sont pas tous les patrons qui endossent cette initiative. Les syndicats patronaux du bâtiment, par exemple, se montrent opposés à une régularisation massive. Ils répugnent à créer un «appel d’air» qui ferait venir encore plus d’immigrés clandestins en France. Va pour l’hôtellerie, mais pas dans le bâtiment! Allez comprendre.

Pierre R.

2 05 2008
Gilles

Il y a environ 10,000,000 d’immigrants illégaux aux États-Unis, la moitié d’origine mexicaine, et environ 500,000 en France. La fin du monde est proche, pas de doute.
 

2 05 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Bon commentaire. Merci pour les données statistiques qui en disent tellement plus, n’est-ce pas? Je vous invite à lire l’éditorial de ce jour sur le New York Times : Shame in Calais. « Immigrant bashing pays rich political dividends and is not just confined to shameless xenophobes like Italy’s Northern League and the rising Dutch political star, Geert Wilders. It is also cynically employed by those who clearly know better, like France’s president, Nicolas Sarkozy, and Britain’s ruling Labor Party. […] Without it, Mr. Sarkozy might not now be France’s president ».

Pierre R.

2 05 2008
Gilles

[…] en France où le racisme est une maladie qui gangrène notre société […]

Well… Je ne sais pas combien la France compte de groupes ouvertement racistes, environ six selon cette étude, et ils ne semblent pas encore exister tous, mais le New York Times ferait bien de regarder chez lui, où on en compte plus de 800.
 

3 05 2008
Pierre Chantelois

Gilles

La population de la France est de 64 102 000 habitants. Celle des États-Unis : 302 074 000 habitants. Les États-Unis sont au troisième rang des pays les plus peuplés, derrière la Chine et l’Inde. Les États-Unis enferment plus de gens que n’importe quelle autre nation, loin devant la populeuse Chine avec ses 1.5 million de prisonniers, et devant la Russie qui a un taux d’incarcération de 628 habitants par tranche de 100 000 comparé à 750 sur 100 000 pour le pays de l’Oncle Sam. Selon le Pew Center on the States, aux États-Unis, alors qu’un homme sur trente âgé entre 20 et 34 ans est derrière les barreaux, c’est un homme de race noire sur neuf que s’y retrouve. Chez les femmes, c’est la même situation : une femme de race blanche sur 355 âgée entre 35 à 39 ans est en prison, comparée à une femme noire sur 100.

Chaque année en France, comme l’indiquait France-Info, le débat reprend autour de la surpopulation carcérale, corollaire à celui de l’état des prisons. Selon les estimations récentes du CNRS, 13.281 détenus sont en surnombre dans notre pays, sur une population carcérale de 62 586 détenus. On se souvient de la formule d’Alvaro Gil-Robles, ancien commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, qui après une visite de seize jours dans les prisons françaises confiait n’avoir vu pire « qu’en Moldavie ». En juin doit être examinée une loi pénitentiaire, mais son contenu demeure incertain. Les syndicats attendent aussi de pied ferme la nomination d’un « contrôleur des prisons ». Un poste, créé par la loi du 30 octobre 2007, pour un contrôle du respect des personnes détenues.

Pierre R.

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