55% des Français ne souhaitent plus que Nicolas Sarkozy se représente à l’élection présidentielle de 2012

5 05 2008

Le mardi 6 mai 2008 aurait dû être un jour heureux dans la vie du président Nicolas Sarkozy. Le premier anniversaire de son élection sera marqué par des sondages plus pessimistes les uns que les autres. Douze mois après son élection triomphale (53,06%), le tableau est morose. La cote de popularité du président est toujours au plus bas en dépit de sa récente intervention télévisée : 38% seulement des Français lui font « confiance » contre 57% de non, selon un sondage CSA Le Parisien-i télé vendredi.

Comme si cela ne suffisait pas, le président, dans les derniers sondages, semble entraîner François Fillion dans la spirale de l’impopularité. En effet, le Premier ministre glisse progressivement dans le sillage présidentiel : 51% des Français ne lui font pas confiance. Son décrochage – une chute de huit points par rapport à avril – ne lui fait « ni chaud ni froid », a déclaré François Fillion devant l’American Jewish Committee (AJC), dont il était l’invité d’honneur pour son 102e Congrès annuel, à Washington. Déclaration particulièrement odieuse, s’il en est une. « Quand on gouverne et qu’on réforme un pays, surtout au début, on a forcément à affronter une certaine impopularité », soutient le Premier ministre. Avec une pareille désinvolture à l’égard des préoccupations du peuple, François Fillion ne risque pas de remonter de sitôt sa cote de popularité. L’hebdomadaire L’Express s’interroge à bon escient : « Nicolas Sarkozy et François Fillon auraient-ils éprouvé au terme d’un an de pouvoir les limites de leur partenariat, plus complémentarité qu’osmose? »

Nicolas Sarkozy confessait le 24 avril dernier avoir commis des « erreurs ». Aussitôt, renchérissait François Fillion : « J’assume ma part d’erreur ! » dans Le Journal du dimanche. Son « tort », selon lui, est d’avoir laissé les critiques de la gauche prospérer à propos du paquet fiscal, d’autant que le chef de l’État n’a pas supporté de se voir accusé d’avoir fait « une politique pour quelques-uns ». Cela étant dit, le « ni chaud ni froid » du Premier ministre, à Washington, ne s’élève au-dessus des meilleures déclarations politiques entendues au cours de la dernière année. Si Nicolas Sarkozy est vu comme un « hyperprésident », force est de constater que son premier ministre, François Fillon, peine à exister. Si le Premier ministre ne bénéficie plus d’un transfert de confiance dans l’opinion, il sera la victime expiatoire idéale, soufflait une source gouvernementale à L’Express.

C’est sur le front économique que les nouvelles sont les plus inquiétantes. Montée de l’euro et du prix du pétrole, inflation, crise du marché immobilier américain : le « choc de croissance » espéré n’est plus d’actualité. Et les Françaises et les Français en sont conscients. Selon une enquête, réalisée au lendemain de l’intervention télévisée du chef de l’État, 30% seulement des Français (dont 54% de sympathisants de droite) pensent que le président va terminer son mandat sans difficultés majeures, et 8% ne se prononcent pas (NSPP). Le pessimisme est nettement au rendez-vous : 62% des Français pensent que la France va traverser une grave crise d’ici la fin du mandat de Nicolas Sarkozy, selon un sondage CSA réalisé pour Marianne. Et comme l’indique AFP : « Le ton du président est loin de celui du vainqueur du second tour de la présidentielle – avec 53,06 pour cent des voix face à Ségolène Royal – qui prêchait la « rupture » et le volontarisme pour aller « chercher (ce) point de croissance » qui manque à la France ».

En pleine morosité, plus d’un Français sur deux (52%) pense que sa situation personnelle sera moins bonne en 2012 qu’aujourd’hui, et 68% des personnes interrogées pensent que leur pouvoir d’achat aura encore diminué en 2012. Plus que jamais, selon l’expression de François Fillon, les « caisses sont vides ». L’État doit se serrer la ceinture pour espérer tenir ses engagements européens. Et selon le Front monétaire international, présidé par Dominique Strauss-Kahn, « les prévisions que le FMI a faites pour l’économie française sont en dessous des prévisions que fait le gouvernement ». Parmi les 62% qui pensent que le pays va traverser une grave crise d’ici 2012, figurent 75% de sympathisants de gauche, 60% de sympathisants du MoDem et 41% de sympathisants de droite. Face à de tels résultats, faut-il se surprendre que 64% des personnes interrogées pensent que la société française sera plus divisée qu’aujourd’hui?

Seulement 30% des personnes interrogées croient que le président « va terminer son mandat sans difficultés majeures ». Et seulement 49% des personnes interrogées souhaitent que Nicolas Sarkozy « garde François Fillon » comme Premier ministre jusqu’à la fin de son mandat. « Ca fait un an presque, dans quelques jours, que le Président de la République a été élu et je pense que dans les jours qui viennent on va voir fleurir mille articles et commentaires sur le bilan », a déclaré de Washington François Fillion. « Sans doute les procureurs seront plus nombreux que les avocats. Moi, vous savez, je fais un peu de course automobile, je fais des courses d’endurance. Quand on fait une course d’endurance, on fait pas le bilan au début de la course, on le fait plutôt à la fin », a déclaré le Premier ministre.

Nicolas Sarkozy n’aura, semble-t-il, d’autre choix que de mettre davantage son Premier ministre en avant-scène pour se concentrer lui-même sur les gros dossiers et être plus présent sur la scène nationale, alors que la présidence de l’Europe, à partir du 1er juillet, risque de l’éloigner des Français. Il semblerait que François Fillion deviendra le globetrotteur de la République, en lieu été place du président (depuis son entrée en fonction, Nicolas Sarkozy a parcouru 268.000 km). Selon France-Soir : « l’agenda diplomatique du Premier ministre comporte un nombre impressionnant de dates d’ici l’été : déplacements en Europe (Chypre, Malte, Bruxelles, Estonie, Finlande, Madrid, Berlin, Bruxelles…) ainsi que deux voyages transatlantiques (sommet UE-Amérique latine de Lima le 16 mai et les célébrations du 400e anniversaire de Québec, au mois de juillet) ! François Fillon est ainsi en passe d’établir un nouveau record de kilomètres parcourus par un chef de gouvernement français. En un an il fait aussi bien que Dominique de Villepin au cours de ses deux années passées à Matignon et il talonne déjà Jean-Pierre Raffarin sur la période 2002-2005 ! »

Nonobstant cela, la remontée sera longue et les réformes mettront du temps à produire des effets. Est-ce que la population française se laissera convaincre par les arguments de Pierre Giacometti, ancien dirigeant de l’institut Ipsos et personnage influent auprès du président, selon qui Nicolas Sarkozy essaie aujourd’hui d’installer l’idée que, s’il est impopulaire, c’est parce qu’il conduit des réformes difficiles, et pas pour de mauvaises raisons, par exemple sa vie privée.

Comme l’indique Le Parisien : « La « rupture », pour laquelle 53 % des Français s’étaient prononcés en l’élisant président le 6 mai 2007, a souvent un goût plus amer que sucré. Hier, dans la rue, les manifestants du 1er mai ne le lui ont pas envoyé dire. En guise de brins de muguet, ils lui ont offert leurs slogans du jour, de « ça ne peut plus durer, ça va péter » à « un seul poste à supprimer, celui de l’Élysée ». Projets sur les retraites, la Sécurité sociale, l’éducation : sur fond de crise financière mondiale et de moral historiquement bas, tout inquiète les Français et tout fait plonger un peu plus le couple exécutif dans la tourmente ».

Le président Nicolas Sarkozy devra, à l’avenir, mieux maîtriser ses dossiers. C’est le reproche que lui en fait expressément Challenges : « Quelques heures avant l’intervention télévisée du chef de l’Etat, le 24 avril, un conseiller de l’Élysée s’inquiétait : « Je peux d’ores et déjà vous dire qu’il abordera trop de questions à la fois. Il va être dans la justification permanente ». Comme l’indique Challenges, « pour se préparer à l’exercice, Nicolas Sarkozy a dévoré une tonne de fiches. Cette surabondance l’a conduit à ne pas repousser l’argumentation technique, là où il devait prendre de la hauteur, donner du sens. En voulant balayer trop de sujets, il s’est laissé aller à des simplifications, à des approximations. Il a même proféré un certain nombre d’inexactitudes. Mélangeant, par exemple, naturalisation et régularisation. S’embrouillant sur la croissance comparée entre la France et l’Allemagne, ou sur l’inflation des produits alimentaires dans les différents pays européens ».

Toutefois, rien n’est tout blanc. Rien n’est tout noir. Interrogés au lendemain de l’intervention télévisée de Nicolas Sarkozy, 61% des personnes interrogées se déclarent favorables à cette idée de « mise de place de sanctions pour les personnes refusant deux offres d’emploi correspondant à leur qualification », selon un sondage CSA.

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10 responses

5 05 2008
Françoise

« Nonobstant cela, la remontée sera longue et les réformes mettront du temps à produire des effets. »

Pour ce qui est de la remontée, je ne sais si elle aura lieu, et si oui le temps que cela prendra. Par contre c’est bien parce que les « réformes » commencent à produire leurs effets, et que ces effets sont néfastes pour une majorité des Français, que la chute dans les sondage persiste et s’accentue.

(Merci Pierre pour le renvoi à Repvblicæ).

5 05 2008
clusiau

….« mise de place de sanctions pour les personnes refusant deux offres d’emploi correspondant à leur qualification »….

On pourrait les fusiller peut-être ou les déporter.

Criss que les gens sont cons, c’est pas possible.

5 05 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Engager plus de cinquante réformes à la fois relève du défi : je ne crois pas qu’un peuple puisse absorber une telle révolution en si peu de temps. C’est folie de penser que le peuple est une éponge et que tout peut lui être imposé.

Clusiau

Vous rappelez-vous qu’au Québec nous avions tenté une expérience semblable et vous rappelez-vous de l’époque des boubous macoutes ? Le peuple – le petit peuple – a bon dos parfois.

Pierre R. Chantelois

5 05 2008
Françoise

Pierre,

Ce n’est pas un défi, c’est de l’inconscience, ou bien de la mégalomanie, ou bien… Je ne sais pas trop quoi.

Ce qui est certain c’est que ces « réformes » ne sont pas faites pour le Peuple, et le Peuple s’en rend compte. Mais qu’importe, n’est-ce pas, on continue, il faudra donc que « ça passe ou que ça casse »…

5 05 2008
Gilles

À mon avis ce ne sont pas des réformes, mais des reculs. Sous couvert de modernité et d’efficacité et de rentabilité on (c’est-à-dire Mme Lagarde et le MEDEF et les autres petits-maîtres de l’économie néo-libérale) écrase les gens sous les règlements, on terni la vie en la réduisant au seul aspect travail rémunéré, on vole les citoyens en redistribuant la richesse des pauvres vers les riches. Et pour faire passer le tout, on obsède sur la Sécurité ; pas étonnant que les élites se sentent en danger, pas vrai ?
 
Mais, les citoyens ont étourdiment voté pour ceux qui sont au pouvoir !
 

5 05 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Bien évidemment, vu par le peuple, ces réformes ne lui ressemblent pas et ne collent pas à ses réalités. Nous disons souvent chez nous qu’un gouvernement est déconnecté de la base. Je crois qu’il en est ainsi de la France par ces temps très difficiles. Le peuple ne trouve plus la bouée de sauvetage qu’il attendait depuis le 6 mai 2007. Belle occasion ratée, encore une fois.

Gilles

Je fus consterné de lire, récemment, les données de Statistiques Canada : les plus nantis ont amélioré leur sort, les plus pauvres ont perdu de leur pouvoir d’achat, la classe moyenne stagne et les immigrants sont devenus des citoyens de deuxième classe économique. Au pays, 10 ans après l’adoption à l’unanimité aux Communes d’une résolution appelant à l’élimination de la pauvreté infantile, presque 900 000 enfants vivent encore au sein des familles les plus pauvres.

Comment ne pas comprendre nos amis de la France lorsque, au Canada, nous avons eu droit à un petit dollar par semaine d’augmentation réelle du pouvoir d’achat, augmentation obtenue en 25 ans au Canada par le travailleur de la classe moyenne.

Vous avez bien raison : on vole les citoyens en redistribuant la richesse des pauvres vers les riches.

Statistique Canada a calculé que 11,4 % de la population totale a un faible revenu une fois l’impôt payé. Avant impôt, les plus riches ont en moyenne 5,9 fois les gains des moins riches. Après impôt, le ratio est ramené à 4,8 fois.

En 2005, 61 % des citoyens à l’extérieur de l’Alberta estimaient que la province devrait partager ses surplus pétroliers. Tout au contraire, 74 % des Albertains estimaient pour leur part que ces revenus leur appartiennent en propre et qu’ils n’ont pas à les partager.

Voilà où nous en sommes.

Pierre R.

5 05 2008
Françoise

« Le peuple ne trouve plus la bouée de sauvetage qu’il attendait depuis le 6 mai 2007. »

Pierre,

Le peuple (et encore pas tout entier) attendait une bouée de sauvetage, peut-être peut-on le voir ainsi. Mais alors pour le sauver de quelle noyade ? Celle qu’on lui prédisait pour lui faire peur.

Contrairement à tous les discours catastrophistes, la France ne se portait pas si mal que cela. La « noyade » a commencé depuis que nous nous alignons sur la sacro-sainte globalo-mondialisation anglo-saxonne. Sous prétexte de sauver la France d’un danger imaginaire, on nous impose une économie néo-libérale destructrice. Comme aux États-Unis, au Canada, au Québec, dans toute l’Europe et partout où les intérêts des gros trusts et des financiers tirent les ficelles.

5 05 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Le Figaro relate que le rapporteur général de la commission des finances du Sénat, Philippe Marini (UMP), estime que, sans mesures d’économie, la ligne jaune sera franchie en 2008, avec un déficit public de 3,2 %. Entre les économies à réaliser et l’argent à débloquer pour concrétiser les promesses de campagne, le gouvernement doit trouver 80 milliards d’euros d’ici à 2012. « Plutôt que de traiter les grandes réformes les unes après les autres à la manière d’un Raymond Barre, Sarkozy pense qu’il faut tout agiter en même temps. Cette façon de faire permet de ne pas donner trop de relief aux réactions corporatistes et de laisser à penser que sa volonté de réformer est intacte », explique-t-on au Sénat, toujours selon Le Figaro.

Pierre R.

5 05 2008
clusiau

@Gilles
…Mais, les citoyens ont étourdiment voté pour ceux qui sont au pouvoir !….

C’est une phrase que je sers à ceux qui m’obstinent que c’est parce que je ne vote pas ni les autres 40% comme moi que ça va si mal, que les politiciens font ce qu’ils veulent.

Seule l’anarchie nous promet un futur amélioré. Si nous cessons de participer aux élections, disons à 60%, les politiciens seront seuls avec leur show niaiseux.

Mais les électeurs ont le tête dure. Ils sont fiers de posséder ce qu’ils pensent être « un pouvoir« , le vote, ils sont certains que la démocratie existe alors que n’existe qu’une parodie minable, l’Utopie-Démocratique que je m’amusais à nommer autrefois la « démocratie à gogo pour gagas« .

10 10 2013
Rich Cisneros@

Malin, j’ai cherché cela pendant bien longuement Merci.

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