Vladimir Poutine sera-t-il au rendez-vous de 2012?

8 05 2008

« Je jure, dans l’exercice de la fonction de président de la Fédération de Russie, de respecter et de protéger les droits et les libertés de l’homme et du citoyen, d’observer et de défendre la Constitution de la Fédération de Russie, de défendre la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité de l’État, de servir fidèlement le peuple », a déclaré le nouveau président de la Russie, Dmitri Medvedev.

La Russie ferme une page pour en ouvrir une toute nouvelle. Cela pourrait être aussi simple si, au contraire, la situation n’était pas aussi complexe. Dmitri Medvedev, élu le 2 mars dernier, a prêté ce mercredi serment à titre de président. Il entre au Kremlin. Vladimir Poutine, le visage sombre, quitte la présidence et cède la place à son dauphin. Il entre à la Maison Blanche. Selon le quotidien en ligne Vzgliad, cité par le Courrier international, Vladimir Poutine, 55 ans, aura visité 74 pays, conduit 145 rencontres avec des représentants d’États étrangers, effectué 212 déplacements à travers la Russie, prononcé 1.409 discours. Et rien n’empêchera constitutionnellement Vladimir Poutine de se représenter à la présidentielle après le mandat de Medvedev, en 2012.

Comme l’indique Le Temps : « Aujourd’hui, le Kremlin possède vingt tours, culminant à 70 mètres. Les murailles font jusqu’à 19 mètres de hauteur et 6mètres d’épaisseur. La longueur de son enceinte est de 2235mètres. À la fin des années 1990, Boris Eltsine avait ordonné une vaste restauration du bâtiment, qui a coûté 335 millions de dollars. La Maison Blanche, d’ailleurs plutôt grise, est un bâtiment gouvernemental avec une base de sept niveaux, coiffé d’un bloc de marbre de 11 étages, conçu dans le plus pur style tape-à-l’œil de l’époque soviétique par les architectes Dmitry Chechulin and P. Shteller. Sa construction a duré de 1965 à 1981, sur l’autre rive de la Moskova ».

De chef d’État, il occupera maintenant le poste de premier ministre. Tout se déroule selon le scénario prévu. Dans les coulisses du pouvoir, certains gloussements montrent à quel point la démocratie est une affaire étrangère à Moscou. Dmitri Medvedev, 42 ans, est déjà comparé à Élizabeth II d’Angleterre. Selon les fonctions qu’il réussira à drainer vers le Kremlin, Medvedev sera soit un « pantonyme » des soirées mondaines ou soit un chef d’État avec une véritable stature. Des humoristes ont déjà surnommé le dauphin et son maître : « Medvetine et Poudev ». « Nous avons eu le « moulin à paroles » avec Gorbatchev, le « macho » avec Eltsine, le « soldat de l’Empire » avec Poutine, maintenant, nous avons le « premier de la classe » avec Medvedev », a déclaré Stanislas Belkovski, un politologue russe haut en couleur qui fut autrefois dans les petits papiers du Kremlin, au magazine Challenges.

Dmitri Medvedev connaît bien le maître du Kremlin pour avoir travaillé sous sa direction depuis le début des années 1990. Le premier défi du nouveau président sera de gérer un premier ministre encombrant déterminé à ne rien céder de ses anciens pouvoirs présidentiels. Ce que la Constitution n’autorisait pas a été habilement contourné : Vladimir Poutine restera le maître du pays. Il restera au pouvoir sans violer la Constitution. En vertu du l’article 111-2 de la Constitution, Dmitri Medvedev a proposé au parlement la candidature de son prédécesseur Vladimir Poutine au poste de premier ministre. C’est chose faite. La Douma doit examiner sa candidature jeudi. En cas d’approbation, M. Poutine devra présenter au président, dans un délai d’une semaine, ses propositions de candidatures pour les postes de vice-premiers ministres et de ministres fédéraux. Au poste de premier ministre, Vladimir Poutine s’attellera, semble-t-il, en priorité aux problèmes de l’économie et de la sphère sociale. Les leaders des groupes de députés de Russie unie, du Parti libéral-démocrate de Russie (LDPR) et de Russie juste ont confirmé qu’ils voteraient pour la candidature de Vladimir Poutine, alors que le leader du Parti communiste de Russie (KPRF) a dit que les communistes se prononceraient « contre ».

Le deuxième défi du nouveau président consistera à mettre sous son contrôle les différentes factions qui s’entre-déchirent. « Siloviki » et libéraux tireront leur réussite – ou leur échec – de la force – ou de la faiblesse – du Prince, en l’occurrence Dmitri Medvedev. Poutine ne voudra pas céder le contrôle des « Siloviki », cette « nomenklatura poutinienne » composée des détenteurs de la force publique, des responsables des ministères et des services chargés de la défense et de la protection de l’ordre public et autres responsables de l’industrie de défense (secteur militaro-industriel). Medvedev est classé parmi les libéraux. Le règne de Vladimir Poutine a été marqué par un redressement économique de la Russie mais aussi par un net recul des libertés. Il ne fait aucun doute que Dmitri Medvedev en est pleinement conscient lorsqu’il déclare : « Les droits et les libertés constituent une valeur suprême et déterminent le sens des activités de l’État. Ma tâche majeure consiste donc à développer les libertés civiles et économiques et à créer de nouvelles possibilités pour les citoyens », a déclaré le nouveau président lors de la cérémonie d’investiture au Grand Palais du Kremlin.

La Russie c’est, aujourd’hui, le deuxième arsenal nucléaire du monde et une économie de 1.300 milliards de dollars. Le nouveau président s’est dit pleinement conscient du fait qu’il devrait beaucoup œuvrer pour que la Russie devienne un État réellement juste et soucieux de ses citoyens, pour qu’un très bon niveau de vie soit garanti, pour que de plus en plus de gens estiment appartenir à la classe moyenne et reçoivent un enseignement et des soins médicaux de qualité.

Pour l’heure, le président russe et commandant en chef suprême des Forces armées, Dmitri Medvedev, a endossé au Kremlin la direction des forces stratégiques nucléaires russes. Il existe trois valises nucléaires permettant d’activer l’arsenal nucléaire. L’une est détenue par le chef de l’État, l’autre par le ministre de la Défense, et la dernière par le chef de l’État-major général des forces armées. La valise contenant les codes donnant le contrôle de l’arme nucléaire a été remise au président de la Russie. Le système ne peut être mis en marche qu’à la réception de trois signaux concomitants en provenance des trois valises.

De Londres, le service de presse du premier ministre britannique, Gordon Brown, a formulé le commentaire selon lequel « le président Medvedev peut donner un nouveau départ aux relations de la Russie avec le reste du monde ». A Berlin ou à Paris, comme l’indique le magazine Challenges, on attend de Dmitri Medvedev qu’il « accélère la transformation de la Russie », comme l’a dit récemment le ministre allemand des Affaires étrangères Franz-Walter Steinmeier. « Vladimir Poutine sera le dernier de la génération des tchékistes à la soviétique », estime un politologue de Moscou qui tient à rester dans un prudent anonymat. « Un nouveau président de Russie a été investi (…) nous nous attendons à de la continuité dans la politique étrangère russe, cela signifie qu’il y aura des domaines dans lesquels nous serons d’accord (…) et des domaines dans lesquels nous ne serons pas d’accord », a, pour sa part, déclaré Stephen Hadley, conseiller de Georges W. Bush à la sécurité nationale. Le conseiller n’a pas caché que les États-Unis étaient « très préoccupés » par les agissements russes en Géorgie

(Sources : AFP, Challenges, Courrier international, Le Temps, Presse canadienne, Ria Novosti)

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5 responses

8 05 2008
Françoise

Bonjour Pierre,

Il est sûr que la Russie n’est pas un modèle de démocratie. Mais peut-on dire que nos pays sont de parfaites démocraties ?

« Il existe trois valises nucléaires permettant d’activer l’arsenal nucléaire »

Je dois dire que je crains bien moins ces « valises » russes que celles des Américains.

« les États-Unis étaient « très préoccupés » par les agissements russes en Géorgie »

On peut comprendre que la Russie ne voit pas d’un œil favorable l’entrée de la Géorgie dans l’OTAN. Que dire des préoccupations que nous donnent les agissements américains dans le monde…

8 05 2008
Pierre Chantelois

Françoise

La Russie de Poutine est partie de loin. De moribonde, elle es redevenue une grande puissance, notamment en raison de ses ressources naturelles. Traversant 11 fuseaux horaires et jouxtant 14 pays, la Russie est le plus grand pays du monde. Il revient à Poutine d’avoir ramené le pays dans le giron des grands de ce monde. La croissance économique soutenue depuis 2000 résulte en grande partie du prix élevé du pétrole à l’échelle internationale. Et maintenant la Russie est, comme l’indique l’Agence canadienne du développement international, un membre important du G8, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, du forum sur la Coopération économique de la zone Asie-Pacifique et d’un grand nombre d’autres organisations.

Elle a gardé ses vieux réflexes à l’égard des pays satellites. Elle le fait savoir haut et fort. Il faut juste se rappeler l’incident de Gazprom qui en demandait un doublement du prix de ses fournitures gazières pour 2007. Il en va de même dans ses relations avec la République Tchèque sur la question de la base anti-missile américaine. On sent bien que l’histoire marque encore fortement les relations bilatérales entre les deux pays.

Vous avez toutefois bien raison. Que dire des préoccupations que nous donnent les agissements américains dans le monde. Notamment cette déclaration intempestive d’Hillary Clinton de rayer de la carte l’Iran. Hola!

Pierre R.

8 05 2008
clusiau

Pierre, devant AIPAC le fumiste, Obama-the-change, a aussi promis l’escalade contre l’Iran si ce pays attaque Israël, c’est pareil. Ceci est dû au fait que personne, absolument personne aus States ne peut gagner l’élection s’il ne dit pas qu’il aime l’État voyou, Israël.

Quand à Poutine-l’ami-des-p’tits-garçons, dans les p’tits pots les meilleurs onguents.

De savoir que ce nabot tortionnaire immonde des Tchétchènes a le pouvoir de faire péter une bombe nucléaire n’est pas rassurant mais cela protège l’Iran, un bon client.

8 05 2008
Françoise

« Elle a gardé ses vieux réflexes à l’égard des pays satellites. »
Il est certain qu’il doit être difficile d’avoir été un « empire » et de ne plus l’être. Mais j’en reviens encore aux USA, ils ne se contentent pas eux, des « pays satellites », c’est dans le monde entier qu’ils veulent exercer-imposer leur politique.

« Il en va de même dans ses relations avec la République Tchèque sur la question de la base anti-missile américaine. On sent bien que l’histoire marque encore fortement les relations bilatérales entre les deux pays. »

Il me semble qu’avant la guerre d’Irak et « la lutte contre le terrorisme », les relations USA-Russie s’étaient détendues. J’ai également l’impression que les USA, plutôt que de faire de la diplomatie intelligente, cherchent à recréer des conditions similaires à celles qui prévalaient pendant la Guerre Froide. Car enfin, ces bases de missiles, soi-disant faites pour protéger les Alliés des missiles iraniens, sont une provocation vis-à-vis des Russes.

9 05 2008
Pierre Chantelois

Clusiau

En effet. Se réclamer d’Israël apporte à la campagne électorale américaine un poids supplémentaire aux candidats ou candidates. C’est une vieille règle qui se perpétue d’années en années.

Françoise

Il est clair que la République tchèque, involontairement ou non, a contribué à la crispation des relations entre Moscou et Washington. Nonobstant les images de cordialité qu’ont bien voulu tenter de dégager les deux chefs d’État. Le vieil empire russe veille au grain. Et n’eût été d’un certain freinage de Moscou, Washington aurait certainement été davantage tenté par des visées plus tentaculaires au Moyen-Orient. Cela ne fait aucun doute à mon esprit.

Pierre R.

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