« Il n’est pas américain de traiter des questions importantes en période électorale »

27 05 2008

Une campagne aussi longue, trop longue même, laisse des séquelles. La campagne présidentielle américaine sert-elle vraiment les intérêts de la démocratie? Elle est l’exemple de tous les dérapages possibles, de toutes les tractations les plus indésirables qui se puissent imaginer, d’un marchandage et d’un financement qui occultent les intérêts supérieurs de la Nation.

M. George S. Kasolias, journaliste et professeur de journalisme à l’université américaine de Paris, expliquait le fonctionnement de la campagne présidentielle par vidéo conférence au siège de l’ambassade des USA à Alger au profit des journalistes algériens et des parlementaires. Interrogé sur le rôle des lobbys dans les élections américaines, le conférencier a, selon le quotidien Le Maghreb, affirmé que ces derniers, notamment pétroliers et israéliens ont une grande influence sur les candidats au point de les pousser à défendre leurs intérêts, notant que ces lobbys détiennent leur influence par le biais du financement. Toutefois, il a expliqué que le journaliste américain peut enquêter sur le financement d’un candidat. S’agissant de la politique étrangère des USA, il a indiqué que pour ce qui est d’Israël, l’Amérique est prête à protéger Israël en cas de danger extérieur.

L’hebdomadaire The Boston Phoenix (culture et société) s’est interrogé sur le fait qu’une élection présidentielle américaine ne s’intéresse jamais aux sujets politiques importants. Cette élection, comme tant d’autres auparavant, depuis l’avènement de la télévision, est devenue un spectacle populaire. « It’s rather un-American to have an election that focuses on the « big issues ». « Il n’est pas américain de traiter des questions importantes en période électorale ». Rien de moins.

M. Raymond Chrétien, ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis, était l’invité de la Fondation du Barreau du Québec. Selon monsieur Chrétien, une victoire d’Obama ne se traduirait pas nécessairement par un changement fondamental à la Maison-Blanche : « Bien sûr, dès les premiers jours de sa présidence, il voudra envoyer des messages symboliques au reste de la planète. Il pourrait décider, par exemple, de fermer Guantanamo. Par contre, il se retrouvera avec les mêmes problèmes quasi-insolubles de son prédécesseur…il ne faudrait pas être déçu ! Prenons l’exemple de l’Irak. S’il décide de retirer les troupes américaines, le chaos, à tout le moins dans les premiers mois, s’installera et on le lui reprochera. S’il décide de rester en Irak, on lui reprochera de ne pas respecter sa promesse ». Sur la question d’un règlement au Proche-Orient, monsieur Chrétien est pessimiste : « Je ne crois pas que Georges W Bush puisse réussir un quelconque rapprochement entre Israël et la Palestine d’ici la fin de son mandat. Il s’agira d’un défi de taille pour son successeur tout comme la réhabilitation de la réputation des États-Unis dans le monde ».

Il y a un vieil adage qui veut que la bourse américaine baisse rarement en temps d’élection, comme le rapporte Le Figaro. « Les performances des actions sont ainsi bien meilleures durant les années qui précédent l’élection que durant celles qui la suivent. Il est ainsi très rare que la bourse perde du terrain au cours d’une année d’élection présidentielle ». Selon Arthur Merrill, dans son livre publié « Behavior of prices on Wall Street », publié en 1983, Wall Street est généralement plus favorisé par une administration démocrate que républicaine. Le Dow Jones a en effet gagné plus de terrain au cours du dernier siècle sous présidence démocrate que sous l’ère républicaine.

Le règne républicain à la Maison Blanche s’est révélé une catastrophe.

Au cours de cette campagne, à quelques mois de son dénouement, quelques grands observateurs, économistes et autres, s’avancent en avant-scène de l’actualité pour rappeler les dures réalités que vit l’Amérique. Joseph E. Stiglitz, Prix Nobel d’économie américain, ex-conseiller économique de Bill Clinton, est de ceux-là. « Le Président Georges W. Bush a essayé de persuader les Américains qu’on pouvait faire la guerre gratuitement. Il l’a financée différemment de tous les autres conflits : non pas par l’impôt – un sacrifice partagé – mais par des emprunts financiers. Cette guerre a été mise sur le compte de cartes de crédit. Les générations futures devront payer pour ça », déclarait-il à Faustine Vincent, de 20minutes. Son jugement est sans appel : « Le Président a agi de façon très irresponsable. C’est le président qui a le plus divisé la population. […] La guerre a contribué à la flambée du prix du pétrole et n’a pas stimulé l’économie, qui s’est retrouvée affaiblie ».

L’Américain Warren Buffet, l’un des hommes les plus riches au monde grâce à son sens aigu des affaires et des investissements dont la fortune est évaluée à 62 milliards de dollars, a souligné, dans un entretien au journal El Pais paru dimanche 25 mai, que, dans la campagne présidentielle américaine, il appuie « à 100% le candidat démocrate », que ce soit Barak Obama ou Hillary Clinton. Toutefois, à Frankfort, monsieur Buffet a précisé son choix : « I will be very happy if he is elected president. He is my choice ». Le choix du milliardaire se portait bien évidemment sur Barack Obama. Cité par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel, Warren Buffet a dit croire que l’économie américaine est déjà tombée en récession et qu’elle sera « plus profonde et longue que plusieurs le pensent ».

Julius Grey est un grand plaideur au Québec et au Canada. Il s’est fait connaître dans des causes touchant la défense des droits fondamentaux. Il signe également une chronique dans le Journal de Montréal. Il écrit : « Les États-Unis ont été un pays de paradoxes. Berceau de liberté et des droits de l’homme, c’était aussi le pays de l’esclavage et de la ségrégation. Les immigrants pauvres y ont trouvé l’égalité, impensable en Europe ». Monsieur Grey observe également que : « un élément dans l’histoire des États-Unis est souvent oublié par ses critiques: chaque fois que ce pays semblait avoir perdu l’élan démocratique de ses fondateurs, il a su se redresser. Il a aboli l’esclavage et la ségrégation. Il a élu Franklin Roosevelt pour sortir de la récession et combattre le fascisme quand beaucoup de pays ont choisi une droite populiste ».

Monsieur Grey explique son choix relativement aux candidats américains : « John McCain représente une droite militariste et bornée. Les Clinton, quoique préférables à McCain, ont déjà raté leur chance. Attachés aux groupes de pression, ils sont incapables de rompre avec la torpeur. […] Seul Obama fait miroiter la possibilité d’une nouvelle Amérique. Une Amérique où les races se fondent, où l’égalité redevient un but réel, où la politique étrangère vise la paix et où l’on dénonce la brutalité et la dureté des dernières années ».

Pourquoi vivre simplement lorsqu’il est possible de tout compliquer? « Nous n’avons que 163 jours pour gagner l’élection – ne gaspillons aucun jour », vient de déclarer Bob Barr, un ancien membre républicain du Congrès. Il ne parlait pas au nom du candidat républicain John McCain mais bien en son nom propre. M. Barr a quitté le parti Républicain en 2006. Élu membre de la Chambre des représentants en 1994, monsieur Barr a représenté un district conservateur en Georgie pendant quatre mandats. Bob Barr est le nouveau candidat présidentiel du parti Libertaire.

Monsieur Barr propose un retrait des États-Unis de l’Irak, affirmant que la guerre en Irak avait engendré « des coûts énormes et des bénéfices, tout au plus, spéculatifs ». Il s’est maintes fois opposé verbalement au président George W. Bush sur le Patriot Act et sur la guerre en Irak.

Comme le disait Jean Mistler : « La majorité a toujours raison, mais la raison a bien rarement la majorité aux élections » (Bon Poids).

(Sources : AFP, Boston Phoenix, Cyberpresse, Der Spiegel, Le Figaro, Le Maghreb, Le Nouvel Observateur, Libération, Presse canadienne, 20minutes)

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7 responses

27 05 2008
Françoise

Pierre,

L’élection de Mr Obama donnerait, peut-être, une petite chance aux États-Unis de pratiquer une politique différente. Mais certainement peu différente de ce qu’elle est, malheureusement. Il est bien difficile de remonter d’un gouffre… et Mr Bush l’a creusé si profond.

27 05 2008
guy

Bonjour à tous,

Il parrait que madame Clinton veut changer la donne en ce qui concerne la règle (obscure pour ce qui me concerne…) du nombre de délégués nécessaires et ajouter plusieurs états à la liste des primaires.
Peut elle vraiment faire ça, dicter ses règles ?

…. au moment ou tout le monde pense qu’elle devrait sortir de l’enjeux politique ?? (comme l’ex président J.Carter dimanche dernier l’annonçait lors d’une conférence de presse )

C’est à n’y rien comprendre et la violence du débat plus les menaces à l’encontre de B.Obama sont terribles……(menaces sur son integrité physique )

Alors peut ètre y a t’il moins de politique étrangère mais à l’intèrieur il y a le feu…

Cordialement

27 05 2008
clusiau

« Il n’est pas américain de traiter des questions importantes en période électorale » PR

Non parce que les élections sont surtout une affaire de vedettariat, d’hystérie, un reliquat de l’adoration religieuse.

Voilà pourquoi l’Utopie-Démocratique se maintiendra tant que la phase adulte de l’humanité ne sera pas atteinte. Salut Pierre.

27 05 2008
clusiau

@Françoise
Obama ne peut pas faire un changement sauf avec sa couleur. Et Hitlary ce serait surtout avec son utérus !

Les USA ne peuvent pas « changer » et le Président encore moins. Cessez de rêver.

27 05 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Une petite lueur, en effet, de voir les États-Unis redorer leur crédibilité auprès des pays alliés en acceptant un rapport d’égalité et non de subordination.

Guy

Ni Hillary Clinton ni Barack Obama ne sont, pour l’heure, en mesure d’atteindre la barre des 2.026 délégués nécessaires pour être considéré de fait comme le candidat officiel du parti. Mais le sénateur de l’Illinois dispose d’une avance décisive et il très peu probable que sa rivale puisse refaire son retard. En désespoir de cause, il semble que madame Clinton tente un dernier baroud d’honneur. Pour tenter de convaincre les « super-délégués » de changer la donne, madame Clinton rappelle qu’elle a triomphé dans les grands États, et assure qu’elle a remporté le plus grand nombre de voix au total sur le plan national. Sauf que les dernières primaires à venir ne pourront pas permettre à Mme Clinton de rattraper son retard en nombre de délégués, le seul qui compte pour le parti : selon le site indépendant RealClearPolitics.com, M. Obama compte 1.970 délégués, contre 1.780 pour Mme Clinton, à portée de vue de la barre fatidique des 2.026.

Clusiau

Hélas, nous sommes bien loin, je crois, de la phase adulte de l’humanité. Bien loin.

Pierre R.

27 05 2008
guy

oui,

H.Clinton a sans doute perdu tout le monde le sait et elle ne l’ignore pas mais alors à quoi sert un baroud d’honneur sinon torpiller B.Obama et le parti ?

Il serait grand temps de jeter le gant… et prouver ainsi au peuple américain que B.Obama est le meilleur choix mais je rêve sans doute, mais je partage aussi « la petite lueur » dont vous parlez Françoise et vous.

Cordialement

28 05 2008
Pierre Chantelois

Guy

La stratégie est simple. Madame Clinton cherche résolument à préparer son avenir. En prolongeant ainsi son combat, madame Clinton entend montrer aux Américains qu’elle est une combattante. Elle entretient fort bien l’image qu’elle-même et son mari Bill, président des États-Unis de 1993 à 2001, ont développé une haine de la défaite au cours d’une longue carrière politique jalonnée d’épreuves.

Mais voilà. Le scénario de Bill Clinton d’obliger le clan Obama de choisir Hillary Clinton comme vice-présidente a des ratés. Comme l’indiquait Bob Beckel, manager de la campagne présidentielle de Walter Mondale en 1984 (démocrate) : si Hillary Clinton souhaite être nominée pour la vice-présidence, et si ses délégués les plus loyaux le demandent aussi, et si la machine Clinton met tout son poids derrière ce scénario, elle sera sur le ticket. Vous pouvez compter là-dessus.

Il semblerait que la gaffe sur les Kennedy vient de compromettre à tout jamais cette chance.

Pierre R. Chantelois

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