L’Irak ne sera pas utilisé pour attenter à la sécurité de l’Iran

9 06 2008

Il y a quelques mois, Hillary Clinton avait créé un certain émoi lorsqu’elle a déclaré, qu’en cas d’attaque de l’Iran contre Israël, les États-Unis n’hésiteraient à rayer ce pays de la carte. Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, n’a de cesse d’appeler à rayer Israël de la carte et il ne cesse de répéter à qui veut l’entendre que l’État hébreu était voué à disparaître. Encore plus récemment, le vice-premier ministre Shaoul Mofaz, d’Israël, a clairement laissé entendre, au grand déplaisir des hauts responsables israéliens, que son pays envisageait, avec l’accord de Washington, une attaque contre les installations nucléaires iraniennes.

Ce chassé-croisé de déclarations est habituel dans cette région du monde où les intérêts économiques côtoient les guerres d’influence et les rapports de force. La dernière position particulièrement peu nuancée de Barack Obama sur l’inconditionnel ami israélien a obligé ce dernier à donner dans la nuance à posteriori. D’abord, il y eut cette phrase sans ambigüité : « Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir, a-t-il souligné avec emphase, pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire. Tout ». Et sur la question de Jérusalem, Obama avait clairement indiqué que la ville sainte restera juive et indivisible. Même Georges W. Bush n’était jamais allé aussi loin. Aussitôt dit, aussitôt corrigé. Interrogé sur CNN, Obama a déclaré qu’il avait été mal compris. « Eh bien, a-t-il expliqué, bien entendu il reviendra aux parties de négocier un arrangement sur ces questions. Et Jérusalem fera partie de ces négociations ».

Au centre de cette joute verbale se joue la redistribution des zones d’influence au Moyen-Orient et au Proche-Orient. Les États-Unis réalisent progressivement qu’ils ont perdu, au plan régional, davantage qu’ils ont gagné depuis leur intervention en Irak. Et Israël est encore moins sécurisé qu’il ne l’était avant cette guerre interminable. Si l’Iran, avec son programme nucléaire, constitue une réelle menace pour Israël, force est d’admettre, comme ont tendance à le faire des observateurs américains lucides, que sa zone d’influence s’élargit au point d’inquiéter le grand allié des États-Unis, l’Arabie Saoudite. Le ministre des Affaires étrangères des Émirats Arabes Unis, Abdallah Ben Zayed Al-Nahyane, s’est rendu à Bagdad où il a rencontré son homologue irakien, Hoshyar Zebari. Les États-Unis ont exercé d’importantes pressions sur les pays arabes afin qu’ils honorent leurs engagements d’aider l’Irak financièrement et de normaliser leurs relations avec Bagdad. Des mesures indispensables pour endiguer l’influence iranienne sur ce pays.

Et comme il se doit, Téhéran s’oppose à la présence militaire américaine en Irak.

Les autorités de l’Irak libéré de Saddam Hussein se détachent progressivement de leur bienfaiteur et montrent de plus en plus, aux yeux d’observateurs américains réalistes, plusieurs infidélités qui commencent à déplaire à Washington. Georges W. Bush se croyait pourtant en pays conquis et aspirait à créer, en sol irakien, pour quelques années encore, des bases militaires qui garderaient un œil sur l’ennemi d’Israël, l’Iran. L’enjeu pour les États-Unis est de parvenir à la signature d’un accord, baptisé Status of Forces Agreement (SOFA), avant le 31 juillet, conformément à une « déclaration de principes » décidée en novembre 2007 entre George W. Bush, et Nouri al-Maliki. Cet accord, négocié depuis mars dernier, est destiné à donner des bases légales à la présence de troupes américaines au delà du 31 décembre 2008. En effet, les Nations Unies avaient fixé, par résolution, le délai de la présence des troupes américaines sur le sol irakien au 31 décembre 2008. Les détails livrés dans un article du journal britannique The Independent en disent long sur cet accord souhaité par les États-Unis.

Pour l’Irak, la signature de cet accord SOFA constitue, à sa face même, une violation de la souveraineté du pays. Le maintien de plus de 50 bases militaires en sol irakien constituerait, aux yeux de plusieurs, une formidable menace pour le Proche-Orient alors que, pour les Américains, ces bases constitueraient une assise solide pour le maintien de la sécurité régionale. Les deux parties ne sont pas encore parvenues à une vision commune. Ne serait-ce qu’au plan de l’immunité des troupes américaines et des sociétés privées de sécurité opérant sous contrat en Irak. Washington refuse de prendre en compte la demande du gouvernement irakien qui veut pouvoir poursuivre en justice les auteurs d’abus contre les civils irakiens. Selon cet accord, les États-Unis s’arrogeraient l’autorité d’arrêter tous ceux qu’ils désirent et de lancer des campagnes militaires sans consultation préalable. Il y a plus. Les États-Unis demandent le contrôle de l’espace aérien irakien jusqu’à 29.000 pieds (8.832 mètres).

Si Georges W. Bush parvenait à convaincre, voire imposer à l’Irak de signer cet accord, cela donnerait un formidable coup de pouce à la campagne du républicain John McCain qui s’alignerait ainsi sur son prédécesseur, advenant une victoire, pour perpétuer cette politique d’occupation au Proche-Orient. Barack Obama, s’il était élu, ne pourrait plus tenir ses promesses de campagne de retirer des troupes américaines.

Cette signature ne passe plus comme une lettre à la poste. L’Iran veille et le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse chiite d’Irak et figure modérée, demande au gouvernement que le public soit informé avant la signature de tout traité avec les États-Unis et qu’il s’appuie sur le principe d’un référendum sur la question. L’ancien président iranien, Akbar Hachemi Rafsanjani, avait également affirmé, la semaine dernière, que les habitants de l’Irak et de la région n’autoriseraient pas cet accord. L’imam radical chiite Moqtada al-Sadr, proche de Téhéran, a appelé à des manifestations hebdomadaires contre le projet de pacte de sécurité.

Le ministre irakien de la Défense, Abdel Kader Mohammed Jassim Oubeidi, a tenté de rassurer son homologue iranien, Mohammad Najar, que cet accord ne comprend aucun élément contraire à la sécurité de l’Iran (…) et qu’aucun gouvernement irakien ne permettra qu’on utilise son territoire pour attaquer l’Iran ou un autre pays.

Le chef d’État irakien vient de souligner à Téhéran que « le développement et la stabilité » de l’Irak proviendraient plutôt d’une « coopération bilatérale » accrue avec l’Iran. En réponse, montrant ainsi son appui au chef d’État irakien, Mahmoud Ahmadinejad a déclaré que l’Irak doit parvenir à un certain degré de stabilité afin que ses ennemis ne soient pas en mesure d’imposer leur influence. « Je pense que les critiques de l’Iran sont délibérément destinées à rendre les négociations difficiles », a constaté l’ambassadeur des États-Unis à Bagdad, Ryan Crocker.

« Nous ne permettrons pas que l’Irak soit utilisé pour attenter à la sécurité de l’Iran », a averti le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki, dont c’est la troisième visite en République islamique, lors de sa rencontre avec le président iranien Mahmoud Ahmadinejad à Téhéran. Cette déclaration est de nature à rassurer Téhéran après que les dirigeants israéliens aient affirmé qu’ils pourraient attaquer l’Iran s’il poursuivait son programme nucléaire. Une telle attaque ne peut se faire sans l’aide des États-Unis. Mais l’Irak a averti que les troupes américaines n’auraient plus la même liberté de mouvement pour leurs opérations militaires après la fin de leur mandat dans le pays.

Au-delà des accords bilatéraux que voudraient bien signer les États-Unis, c’est plutôt l’alliance chiite au pouvoir en Irak qui triomphe. Et cette alliance s’étend jusqu’à Téhéran, puisque l’Iran, pays phare du chiisme, joue un rôle important dans la région. La dernière visite en Iran de Nouri al-Maliki, en tant que chef du gouvernement irakien, remonte à septembre 2006 et le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, s’est rendu en mars dernier à Bagdad.

Nouri al-Maliki profite de son présence à Téhéran pour discuter des questions économiques, notamment d’approvisionnements supplémentaires d’électricité, d’exportations de pétrole et d’importations d’eau. Les gouvernements de l’Iran et de l’Irak entendent former une commission de stratégie pour développer les relations entre les deux nations. Nouri al-Maliki a également rappelé que l’objectif stratégique de son gouvernement est de renforcer les relations avec l’Iran et ses voisins.

Sources : AFP, Cyberpresse, Info-Palestine, Le Monde, L’Orient-Le Jour, MediArabe, Presse canadienne, Reuters, The Independant)

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8 responses

9 06 2008
Françoise

Pierre,

Il est clair que tout est fait pour créer une situation que l’on veut irréversible avant l’élection d’un nouveau président des États-Unis. Que Mr Obama dise tout un jour et le contraire le lendemain ne me rassure pas. La « guerre sans fin » a de beaux jours devant elle…
 
Une remarque :

« Mahmoud Ahmadinejad, n’a de cesse d’appeler à rayer Israël de la carte et il ne cesse de répéter à qui veut l’entendre que l’État hébreu était voué à disparaître ».

Des spécialistes de la langue perse (dont Juan Cole, dont j’avais lu l’article à l’époque où l’on allégua que ces mots avait été dits) ont traduit les termes du discours de Mr Ahmadinejad. On a fait alors, volontairement ou non, une fausse transcription du passage du discours. L’article de Géostratégie La Rumeur du Siècle, « Rayer Israël de la Carte », l’explique parfaitement bien et fait remarquer que Le mot persan pour carte, « nagsheh », n’est contenu nulle part dans cette citation originale en persan, ou, de toute façon, nulle part dans son discours ni même le mot « Israël ».

Tout d’abord il faut noter que la phrase « litigieuse » de Mr Ahmadinejad était une citation d’une phrase de l’Ayatollah Khomeiny :

Imam ghoft een rezhim-e ishghalgar-e qods bayad az safheh-ye ruzgar mahv shaved

soit :

« Imam (Khomeiny) ghoft (a dit) een (ce) rezhim-e (régime) ishghalgar-e (occupant) qods (Jérusalem) bayad (doit) az safheh-ye ruzfgar (de la page du temps) mahv shavad (disparaître de). »

soit en clair :

L’Imam a dit que ce régime occupant Jérusalem doit disparaître de la page du temps.

Mais bien sûr la fausse traduction étant bien plus utile à beaucoup que la vérité du texte, on en use et abuse. Cela s’appelle, si je ne me trompe de la désinformation.

(Vous m’excuserez, Pierre, d’avoir été si longue).

9 06 2008
Pierre Chantelois

Françoise

J’avais effectivement lu cette interprétation fort plausible et crédible de la phrase imputée à Mahmoud Ahmadinejad. Vous en avez retrouvé la référence et le lien. Je vous en remercie. Notre expérience de la vie nous ramène à rechercher davantage une certaine vérité qu’à fignoler autour de certains artifices de la langue. Il s’agit bien de désinformation.

Pierre R.

9 06 2008
Françoise

 » Il s’agit bien de désinformation. »

Pierre,

C’est bien pour cela qu’il ne faudrait pas contribuer à propager cette contre-vérité.

9 06 2008
décembre

Merci Françoise pour ces infos. Je savais qu’il s’agissait de désinformation mais je ne savais pas ou trouver la bonne information à la source.

Pour ce qui est d’OBAMA, non mais, quelle poule mouillée, quelle girouette qui se prétend boussole d’un monde nouveau, du changement. Risible.

Vrai Pierre, que voilà un vrai politicien, minable, dégoutant, visqueux comme la majorité d’entre eux. L’espoir noir, pffff, même pas noir puisqu’il est métis. Cet énergumène, épouvantail à moineaux me donne la nausée.

Le contrat pour la paix qui lierait les Irakiens aux USA et permettrait à ses soldats de continuer à polluer l’Irak avec leur présence est pur machiavélisme.

Ce qui m’est difficile à concevoir, c’est comment les USA peuvent accepter de remettre leurs bases militaires, en passant construites par des esclaves, aux irakiens sans rien demander en échange ? Ils vont laisser tout ça là, aux mains de l’ennemi ? Un ambassade, des centres d’achats, des gymnases, des lieux de culte, un terrain de football ? J’en doute.

9 06 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Parfaitement d’accord de ne pas contribuer à propager cette contre-vérité. Sauf que Ahmadinejad a déclaré le 2 juin dernier, avant de se rendre à la Conférence de la FAO : « Le régime sioniste, criminel et terroriste, (après) 60 ans de pillage, d’agression et de crimes (…) arrive à sa fin (…) et disparaîtra bientôt de la géographie ». Il a été cité cette fois par l’agence de presse iranienne officielle IRNA. Poursuivant sur sa lancée, Ahmadinejad a déclaré, s’agissant cette fois des États-Unis : « La période de la disparition de la puissance satanique américaine et le compte à rebours de l’empire de la puissance et de l’argent a commencé et l’imam Mahdi, douzième successeur du prophète, reviendra sur terre pour sauver le monde. ». Information relayée par Alter Info.

Pour comprendre l’importance du retour de l’imam Mahdi, j’invite tout lecteur à consulter ce site francophone qui lui est consacré.

Décembre

Cet accord, SOFA, montre bien qu’il y a deux niveaux d’interprétation à l’autonomie d’Irak. Celle qui se soumet encore et toujours aux États-Unis et celle qui veut que désormais le pays puisse signer ses propres alliances et qu’il est devenu un pays souverain. En tel cas, le respect premier est de ne plus s’y conduire comme en pays conquis.

Pierre R.

9 06 2008
Françoise

« Le régime sioniste, criminel et terroriste, (après) 60 ans de pillage, d’agression et de crimes (…) arrive à sa fin (…) et disparaîtra bientôt de la géographie »

On ne peut pas dire que le régime d’Israël a été et est encore tout de lis et de roses. De plus, il n’est pas question ici de « rayer le pays de la carte », mais de stigmatiser le régime sioniste. C’est la même idée que celle de la citation dont nous parlions, dite différemment.

Je tiens à préciser que je n’ai aucune sympathie particulière, loin s’en faut, pour le régime iranien, non plus que pour Mr Ahmadinejad. Mais j’estime que les mots ont un sens et que les détourner de leur sens pour des raisons de propagande n’est pas honnête.

Quant à la deuxième partie de la déclaration, elle est « messianique ». Rien d’étonnant, me semble-t-il, dans un pays religieux.

J’ajouterai que pour bien comprendre le sens de ces déclarations il faudrait maîtriser le perse, et non se contenter des traductions qui peuvent toujours être sujettes à erreurs ou approximations (ceci est valable pour n’importe quelle déclaration dans une langue que l’on ne possède pas parfaitement)/

9 06 2008
Gilles

Au fond, autant Clinton que Obama sont comparables à des désastres naturels, comme Bush (et à d’autres époques, les rois) l’est avant eux : les populations subissent leurs actions sans pouvoir les contrer ni les comprendre.
 

9 06 2008
Pierre Chantelois

Gilles

C’est assez juste, en effet.

Françoise

Je vous rejoins sur l’ensemble de votre commentaire. Sauf un petit point : je ne maitrise pas la langue de Hu Jintao. Je dois me fier aux nombreuses traductions et agences de presse lorsqu’il déclare notamment : Notre conflit avec la clique du dalaï lama n’est pas un problème ethnique, ni un problème religieux, ni un problème des droits de l’Homme. Il s’agit soit de sauvegarder notre souveraineté nationale, soit de laisser éclater la patrie. Selon Hu Jintao, c’est le leader spirituel qui fait obstacle par « ses activités séparatistes » et « ses projets de sabotage des Jeux Olympiques ». Cette traduction traduit-elle fidèlement ce qu’a dit Hu Jintao? Rappelez-vous qu’il y a eu débat sur l’utilisation du mot clique qui son sens chinois et le sens qu’on veut bien lui prêter en français.

Comment Françoise puis-je éviter les traductions qui peuvent toujours être sujettes à erreurs ou approximations (ceci est valable pour n’importe quelle déclaration dans une langue que l’on ne possède pas parfaitement) ?

Amicalement

Pierre R.

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