Georges W. Bush : une tournée européenne bien inutile!

11 06 2008

Il reste peu de temps avant qu’il ne passe à l’oubli, progressivement, à moins de sursauts pour rappeler à son successeur qu’il avait raison et qu’il n’avait jamais tort. Georges W. Bush amorce sa tournée d’adieu en Europe par une visite en Slovénie qui assure actuellement la présidence de l’UE. Il a averti qu’il ne reviendrait plus en visite officielle en Europe en tant que président. Il a donc participé mardi à son dernier sommet entre l’Union européenne et les États-Unis, à Ljubljana. Puis il se rendra en Allemagne, en Italie, au Vatican, en France et au Royaume-Uni.

Inutile de le préciser, c’est désormais inscrit dans les petites obsessions historiques du président américain, Bush presse les européens de serrer davantage la vis aux institutions financières iraniennes. En conformité, bien évidemment, avec la résolution 1803, adoptée en mars dernier par le Conseil de sécurité des Nations-Unies à l’encontre du pays perse. Les États-Unis sont mécontents : les européens font peser toute leur bureaucratie pour ralentir les mesures de rétorsion contre l’Iran. Une strangulation du flux financier serait la bienvenue. Et le plus rapidement serait mieux.

Il déplaît souverainement à Georges Bush de savoir que Melli Bank, l’une des grandes institutions commerciales d’Iran, peut opérer en toute impunité des antennes à Londres, Hambourg et Paris. Javier Solana, diplomate en chef de l’Union européenne, entend auparavant se rendre à Téhéran pour présenter une offre « rafraîchie », appelée en diplomatie « négociations de sortie de crise », des six grands pays impliqués dans les négociations sur le nucléaire iranien (États-Unis, Russie, Chine, Allemagne, France, Grande-Bretagne). Le contenu n’a pas été rendu public.

« Le régime des mollahs a le choix entre risquer l’isolement et avoir de meilleures relations avec nous tous », a lancé le président américain. L’objectif commun de l’Union européenne et des États-Unis est de faire en sorte que les banques iraniennes ne puissent pas abuser le système bancaire international pour soutenir la prolifération et le terrorisme. S’agissant de terrorisme, le chef d’état-major interarmées américain, l’amiral Michael Mullen, a déclaré, devant un parterre de journalistes de défense, avant l’amorce de la tournée de son chef, qu’une éventuelle attaque contre les États-Unis pourrait être déclenchée depuis les zones tribales du Pakistan où Washington estime qu’Al-Qaeda a trouvé refuge. « C’est une menace pour nous qui doit être gérée », a déclaré l’amiral Michael Mullen.

Georges Bush veut bien rappeler, qu’en fin de compte, une solution négociée, mutuellement satisfaisante, reste ouverte à l’Iran. Tout en menaçant, lui et les Vingt-sept de l’UE, l’Iran que la patience n’est pas sans limite. De « nouvelles mesures » pourraient être adoptées, si cela ne suffit pas. Et pour montrer sa détermination, Georges W. Bush a rappelé qu’entre les États-Unis et l’Union européenne, « oui, il y a des problèmes, mais il y a beaucoup plus de choses qui nous unissent que de choses qui nous divisent ».

Par exemple, les États-Unis et l’UE conviennent d’encourager les pays de la région à ouvrir des missions diplomatiques à Bagdad. Et sur l’Afghanistan, ils sont convenus d’appeler la communauté internationale à se montrer généreuse lors de la conférence des pays donateurs qui aura lieu jeudi à Paris. Nonobstant une certaine réalité révélée par Alain Deloche et Eric Cheysson, tous deux chirurgiens en Afghanistan, dans le quotidien Le Monde : « sur les 25 milliards de dollars (16 milliards d’euros) promis à l’Afghanistan depuis 2001 après la chute des talibans, 15 milliards seulement ont effectivement été versés. Et encore : sur ces 15 milliards, 40 % seraient revenus aux pays donateurs via les profits réalisés par les entreprises ou les salaires des consultants internationaux. Que reste-t-il pour un pays où l’aide internationale représente 90 % des dépenses publiques ? ». Et l’hypothèse d’un échec est omniprésente : « l’échec est programmé si les 65 pays donateurs de l’Afghanistan attendus le 12 juin à Paris ne vont pas plus loin. S’ils ne placent pas au centre de l’action la trilogie de la vie : santé, agriculture, éducation ».

L’Afghanistan va demander 4 milliards de dollars (2,5 milliards d’euros) pour relancer son agriculture mais des résistances se font jour en raison de la production d’opium à grande échelle dans le pays. En 2003, 80.000 hectares étaient consacrés au pavot. En 2007, ce chiffre est passé à 192.000 hectares. Selon l’ONU, l’opium afghan représente 93% de la production mondiale.

Au plan de ces petits soucis qui divisent les États-Unis et l’UE, il y a la Turquie. Georges W. Bush appelle de ses vœux l’adhésion prochaine de la Turquie au sein de l’Union européenne, n’hésitant pas ainsi à heurter son ami Nicolas Sarkozy dont l’opposition à ce sujet ne fait plus aucun doute. Ce dernier propose plutôt, à la place, un partenariat privilégié. L’Union européenne pourrait avoir d’autres soucis du fait que, semble-t-il, la Turquie s’apprête à ne faire aucun cadeau à la France lors de sa présidence de l’Union européenne (UE), qui commence le 1er juillet. Paris a beaucoup à craindre en raison justement de l’approche qualifiée de « discriminatoire, préjudiciable » de Paris à l’encontre d’Ankara. N’oublions pas qu’Ankara peut exercer sa capacité de blocage des priorités de Paris, dont la défense européenne. Ce n’est pas pour rien que le Royaume-Uni, la Suède, l’Italie, l’Espagne redoutent un incident de parcours pendant la présidence française de l’UE. Et cet appui de Bush, qui renforce la posture turque, sera diversement apprécié, selon qu’il soit reçu à Paris ou à Ankara.

Georges W. Bush restera, jusqu’à l’ultime jour de son départ, un homme têtu, engoncé dans ses convictions. Si la Chine et l’Inde ne s’imposent pas des quotas de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020, les États-Unis s’opposeront à la création d’un nouveau protocole de Kyoto, prévu à la conférence de Copenhague, dans un an. Pour les européens, le seul moyen de parvenir à réduire durablement les émissions de gaz à effet de serre est de fixer des objectifs contraignants. Les américains s’opposent, encore une fois, à tout engagement contraignant si les pays émergents comme la Chine ou l’Inde y échappent.

Comme on peut le constater, « Les positions européennes et américaines sont encore assez éloignées », reconnaissait Günter Verheugen, le vice-président de la Commission européenne. Que ressortira-t-il de cette visite de Georges W. Bush à Ljubljana? Rien, sinon une tournée touristique destinée à désennuyer le président qui n’a de pouvoir, dans le monde, que l’illusion d’en avoir déjà eu. Personne n’attend, de cette visite, des déclarations « spectaculaires » de la part du président américain.

Quel accueil réservera la France à Georges W. Bush? Les chefs d’État qui ont irrité l’Amérique ne sont plus au pouvoir. Nicolas Sarkozy et Sylvio Berlusconi sont des américanophiles déclarés. La Grande-Bretagne de Tony Blair n’a pas dévié de son alignement inconditionnel sur les États-Unis. Et Georges W. Bush distillera à ses amis des conseils précieux sur ce pays perse qui étend son influence négative sur la région du Proche-Orient. « L’Iran serait incroyablement dangereux pour le monde s’il devait disposer un jour de l’arme nucléaire », prévient inlassablement Georges W. Bush.

Selon un récent sondage publié par le Daily Telegraph, le candidat démocrate Barack Obama obtiendrait 52% des « suffrages » des électeurs britanniques, français, allemands, italiens et russes s’ils pouvaient voter. Seuls 15% préféreraient le candidat républicain John McCain. Vivement tourner la page d’une des périodes les plus sombres de l’humanité. Et pour s’en convaincre, George Bush esquissera, le jeudi 12 juin prochain, un bilan de ses huit années de mandat dans les éditions nationales de France 3. L’humanité sera rassurée de savoir que l’homme qui a été le plus puissant du monde regrette de ne pas toujours avoir été bien compris et juge avoir envoyé des signaux mal interprétés.

L’éditorialiste Christian Malard, envoyé spécial de France 3 aux États-Unis abordera, avec le président sortant, la menace iranienne, le processus de paix au Proche-Orient, la crise économique et la course à la présidence américaine. Rappelons-nous sa dernière visite dans le cadre du soixantième anniversaire d’Israël. Bush avait déclaré : « Les États-Unis ne peuvent pas imposer la paix… Je n’essaie pas d’obtenir le prix Nobel de la paix. J’essaie juste d’être l’homme qui utilise l’influence des États-Unis pour faire avancer le processus », avait déclaré l’homme à la presse israélienne.

Sources : AFP, Cyberpresse, Le Monde, Presse canadienne)

____________________________


Actions

Information

5 responses

11 06 2008
Françoise

Qu’attendre de cette visite si ce ne sont les rodomontades bushiennes habituelles ? Qu’attendre d’un nouveau président des États-Unis, si ce n’est la poursuite de la même politique ? Qu’attendre de la présidence française de l’UE, si ce n’est un alignement cette politique ?

11 06 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Nous sommes et nous serons toujours confrontés aux répétitions de l’histoire. Parfois, je dirais aux toussotements de l’histoire. Avez-vous remarqué les récentes déclarations de Kadhafi qui ne trouve plus brillante l’idée de l’Union pour la Méditerranée. Ce cher Guide libyen a fait connaître son rejet irrévocable du projet en le qualifiant de manœuvre orchestrée pour casser la Ligue arabe et l’Union africaine. Rien de moins. Et là Georges W. montre son grand intérêt à voir la Turquie intégrer les rangs de l’UE. A-t-on vraiment besoin d’ennemis en politique?

Pierre R.

11 06 2008
Françoise

« A-t-on vraiment besoin d’ennemis en politique ? »

Pierre,
  

Parfois les amis sont pires que les ennemis…

11 06 2008
clusiau

Bonjour.

Pendant qu’il « visite » :

….Le secrétaire américain à l’énergie Samuel Bodman a estimé, samedi 7 juin, qu’il n’y avait pas de crise du pétrole malgré la forte hausse du prix du brut et qu’il n’était pas nécessaire de réguler le marché.

….Un projet de loi américain, qui visait notamment une réduction de 66 % des émissions de CO2 d’ici à 2050 et la création d’un marché des droits à polluer, a été enterré par le Sénat américain, vendredi 6 juin, après un vote de procédure. La proposition de loi, défendue par des élus démocrates et républicains, a finalement été rejetée, ses détracteurs soulignant qu’elle pourrait provoquer des nouvelles hausses du prix des carburants et ralentir une économie déjà mal en point…..Qualifié d’historique par plusieurs experts, le projet de loi n’a pourtant jamais eu beaucoup de chances d’être adopté.
Au-delà de l’opposition parlementaire, le président George W. Bush avait pris soin de prévenir qu’il opposerait immédiatement son veto si elle venait à être approuvée.

Tout va bien…ne nous énervons pas !

11 06 2008
Pierre Chantelois

Clusiau

En effet. Tout va pour le mieux au pays de l’Oncle Sam. Merci pour cette information.

Pierre R.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :