Le Canada s’excuse de sa politique centenaire qui visait « à tuer l’Indien dans l’enfant ».

13 06 2008

Les mots sont crus. Ils traduisent une très grande détresse enfouie depuis l’enfance : « L’image que j’ai toujours dans ma tête… Ca fait mal de voir un petit gars de cinq ans se faire déchirer l’anus par un prêtre pédophile. Même l’argent n’effacera jamais ma mémoire. C’est pas le gouvernement qui m’a rendu ma dignité, c’est ma communauté ». Ce témoignage de quelques mots est celui du chef algonquin, Jimmy Papatie, de Kitcisakik, en Abitibi, au Québec. Un de ces chefs des Premières Nations du Québec et du Labrador réunis en assemblée régulière, à Montréal.

Pendant ce temps-là, à Ottawa, des centaines d’autochtones, de Métis et d’Inuits, rassemblés sur la colline parlementaire, sont venus écouter le premier ministre et les chefs de l’opposition leur offrir des excuses officielles pour les abus commis dans les pensionnats autochtones pendant près de 100 ans. « Le gouvernement du Canada présente ses sincères excuses et demande pardon aux peuples autochtones », a déclaré solennellement le Premier ministre. « Au nom du gouvernement du Canada et de tous les Canadiens, je me lève devant vous, dans cette chambre si vitale à notre existence en tant que pays pour présenter nos excuses aux peuples autochtones pour le rôle joué par le Canada dans les pensionnats pour Indiens », a poursuivi Stephen Harper.

Le leader national Phil Fontaine, chef de l’Assemblée des Premières Nations, qui a lui-même passé dix ans dans un pensionnat, a parlé d’ « aube d’une nouvelle relation » avec le Canada. « Il est important que ce jour ne soit pas seulement lié au passé, mais aussi à l’avenir. Dans cette chambre, vous êtes témoins de notre survie qui est assurée pour toujours », a souligné le Grand Chef Fontaine. Le Premier ministre était entouré, outre des leaders autochtones en tenues traditionnelles colorées, de quelques survivants des pensionnats indiens dont la doyenne, madame Marguerite Wabano, âgée de 104 ans.

C’est plus de 80 000 survivants, dont 15 000 des Premières Nations du Québec, qui ont reçu ces excuses du gouvernement canadien pour les sévices et l’assimilation culturelle qu’ils ont subis dans les pensionnats autochtones du pays. Selon le chef algonquin Jimmy Papatie : « À Kitcisakik, on vit toujours les conséquences de ça. On a encore des enfants qui vont à l’école à l’extérieur. On est en train de se chicaner encore avec le ministère pour construire une école et un village avec toutes les commodités qu’on a besoin. On n’a pas attendu les excuses du gouvernement du Canada pour commencer à reconstruire ».

En 1996, des conseillers fédéraux recommandaient, dans un document du gouvernement du Canada, de compenser rapidement les victimes autochtones afin d’éviter des recours judiciaires plus coûteux et d’utiliser le mot regrets plutôt qu’excuses afin de ne pas prêter flanc aux poursuites. En 1998, la ministre libérale des Affaires indiennes, Jane Stewart, avait soumis aux Premières Nations une Déclaration de réconciliation dans laquelle elle se disait, au nom du gouvernement, désolée de cette tragédie dans les pensionnats. Le gouvernement de l’époque avait mis à disposition un « fonds de guérison » de 350 millions $ (221.9 millions d’Euros). En 2006, le gouvernement du Canada, en vertu d’un nouvel accord, a accepté de bonifier les compensations : 10 000 $ seront versés pour la première année scolaire passée dans un pensionnat, plus 3000 $ par année subséquente — et un montant supplémentaire pour les victimes d’abus physiques ou sexuels. Le programme d’indemnisation des victimes des pensionnats autochtones s’élève, en 2008, à 1,9 milliard de dollars (1,2 milliard d’Euros).

Les premiers pensionnats indiens ont ouvert leurs portes dans les années 1840, soit avant la naissance officielle du Canada. Dès 1874, le gouvernement fédéral s’accorde un rôle dans le développement et l’administration du système des pensionnats indiens. Avec l’aide des communautés religieuses, l’objectif visé est de mettre en place une politique d’assimilation par l’éducation auprès des jeunes amérindiens. Il s’agissait de retirer les enfants de leur famille pour les intégrer dans des pensionnats afin qu’ils reçoivent une éducation religieuse et similaire à celle des non-autochtones. Les enfants étaient arrachés à leur famille pour être envoyés, 10 mois par an, dans des pensionnats souvent hors de leur région natale. Ces pensionnats étaient administrés, selon les endroits, par les Églises anglicane, catholique, presbytérienne, baptiste ou unie.

Plus de 150 000 enfants ont fréquenté quelque 130 établissements du genre jusqu’en 1973. Presque toutes les provinces du Canada ont abrité ces pensionnats spéciaux destinés aux enfants des Premières Nations, des Inuits et des Métis. Ces pensionnats ont joué un rôle prépondérant dans la dislocation des communautés autochtones de tout le pays. Les séquelles ont été terribles, comme l’a rappelé douloureusement le chef algonquin Jimmy Papatie : « J’avais cinq ans quand je suis parti au pensionnat. Je suis sorti de là plein de rage. J’ai consommé. J’ai commis des gestes de violence aussi. J’avais 19 ans quand j’ai tenté de me suicider parce que je n’étais plus capable de vivre avec mes fantômes ».

En 2004, Statistique Canada évaluait à environ 88.000 le nombre de survivants des écoles. En 2008, on évalue ce nombre à 80.000. Il y a moins d’une décennie, le gouvernement du Canada reconnaissait enfin que beaucoup d’enfants, qui n’avaient pas droit de parler leur langue autochtone pendant qu’ils étaient pensionnaires, avaient été maltraités et que les abus sexuels étaient répandus. Une commission pour la vérité et réconciliation a été mise sur pied le 1er juin. Elle entreprendra sous peu une tournée dans le pays pour recueillir le témoignage des victimes.

Dans son message, le Premier ministre Stephen Harper a rappelé que : « le traitement des enfants dans ces pensionnats est un triste chapitre de notre histoire (…) Nous reconnaissons que cette politique d’assimilation était mauvaise, qu’elle a fait beaucoup de mal et n’a pas de place dans notre pays ». Un membre de la communauté des Premières Nations s’est avoué déçu : « Je suis déçu par le fait qu’il ait dit que « quelques personnes, quelques enfants sont morts ». Non ! Beaucoup d’enfants sont morts. Des dizaines de milliers ».

Les autochtones (Indiens, métis et Inuits) étaient 1,2 million en 2006, soit 3,8 pour cent de la population canadienne, contre 2,8 pour cent dix ans plus tôt. Avec des taux d’alcoolisme et de suicide supérieurs à la moyenne et une espérance de vie inférieure de 5 à 7 ans à celle du reste de la population, les autochtones du Canada sont parmi les plus défavorisés. C’est pourquoi de nombreux leaders autochtones estiment que cette grande misère qui frappe les leurs est en grande partie l’héritage de cette politique qui visait « à tuer l’Indien dans l’enfant ».

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a précisé, à l’issue de l’allocution du Premier ministre, que : « Pour ceux qui ont perdu leur enfance dans les pensionnats, les meilleures excuses sont faites de gestes concrets, qui permettront à leurs enfants et à leurs petits-enfants de voir l’avenir avec espoir. Cela signifie que le gouvernement doit agir maintenant, de façon bien concrète ». Il rejoignait en cela les déclarations du chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, qui a jugé qu’à défaut de « mesures concrètes, principalement envers les jeunes, ces excuses n’auront aucun sens », tandis que la mohawk Beverly Jacobs demandait « le respect » pour les femmes autochtones.

Faut-il juger de la sincérité du gouvernement en se fiant aux déclarations du député conservateur de Nepean-Carleton, Pierre Poilievre, qui déclarait, ce même jour ou Stephen Harper présentait les excuses officielles aux anciens élèves des pensionnats indiens, que « les autochtones ont davantage besoin d’apprendre ce que c’est que de travailler dur plutôt que d’obtenir des compensations financières. Avec ces excuses on verse 4 milliard $ de plus en dédommagements pour ceux qui ont fréquenté ces pensionnats au fil des ans », a déclaré le député Pierre Poilievre. Le brave député a laissé entendre que le gouvernement fédéral dépense déjà beaucoup pour les programmes destinés aux autochtones.

L’Assemblée générale des Nations-Unies votait, le 13 septembre 2007, l’adoption de la Déclaration sur les droits des peuples indigènes. Le Canada a été l’un des quatre États à s’y opposer. Le mardi 8 avril dernier, la Chambre des Communes a voté pour une motion soutenant la Déclaration adoptée par l’ONU et invitant le gouvernement du Canada à « mettre en œuvre les dispositions de son cadre normatif ». Seuls les députés du Parti conservateur ont voté contre la motion. En octobre 2007, la haut-commissaire de l’ONU pour les droits de la personne, la Canadienne Louise Arbour, avait exprimé sa profonde déception et sa surprise qu’un pays comme le Canada vote contre la Déclaration, étant donné que celui-ci se plaît à se présenter à l’étranger comme un modèle de tolérance et de diversité. Il reste beaucoup de chemin à parcourir pour obtenir du Canada une vision lucide sur les droits des peuples indigènes.

L’Australie avait présenté en février dernier des excuses à sa population aborigène pour les « générations perdues », ces milliers d’enfants retirés de force à leurs familles, là aussi à des fins d’assimilation.

Sources : AFP, Cyberpresse, Premières Nations, Presse canadienne, Statistiques Canada)

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11 responses

13 06 2008
Françoise

Pierre,

 
Je ne sais pas pourquoi « l’homme blanc » a toujours voulu imposer, et de façon violente, ses valeurs, ses coutumes, ses religions aux autres peuples. De quel droit se sent-il supérieur ?

On voit qu’il en est encore ainsi de nos jours (Mr Bush, par exemple, n’impose-t-il pas « sa » démocratie avec des bombes, la torture, l’emprisonnement ?).

Ces comportements me révoltent et me sont totalement incompréhensibles.

13 06 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Il est vrai que certains pays ont été particulièrement odieux envers les peuples premiers. Les États-Unis, l’Australie et le Canada sont parmi ces pays au comportement déplorable. Il y a eu également ces pays colonisateurs comme la France et la Belgique en Afrique. Et la liste est longue.

Aujourd’hui la Chine en Afrique procède des mêmes raisonnements mais sous des aspects d’investisseurs. Fallacieux prétextes pour se saisir des richesses premières de ces pays.

J’ai parcouru cette intéressante réflexion de Marcien Towa, philosophe camerounais qui déclarait, en entrevue à Jean-Philippe Nguemeta, sur bonaberi.com :« Il existe un système mondial d’exploitation et de domination mis en place depuis l’origine de la civilisation industrielle, c’est-à-dire les 16 ,17 et 18 ème siècles. Ce système mondial repose sur le fait que la civilisation industrielle confère une grande puissance aux pays qui maîtrisent cette nouvelle civilisation fondée sur la techno science et sur l’organisation à grande échelle, tant et si bien qu’aujourd’hui, on parle formellement de la mondialisation. Mais la mondialisation vise, surtout le système capitaliste qui est devenu mondial. Alors qu’avant, il y a une bonne partie du monde qui se réclamait du système socialiste ».

Il faut également lire la toute récente Déclaration du Forum des peuples indigènes d’Oaxaca (Mexique) qui rappelle : « que les peuples et les communautés indigènes constituent les légitimes propriétaires et héritiers des terres, des territoires et des ressources naturelles où ils vivent. Partant, nous exigeons la reconnaissance et le respect de la propriété originelle de nos terres, territoires et ressources naturelles ». Et comme pour les Premières Nations du Canada qui revendique un meilleur enseignement pour les leurs, la Déclaration d’Oaxaca rappelle que : « que l’enseignement délivré aux peuples indigènes par le système éducatif national ne répond pas aux besoins et aux aspirations de ces peuples. Face à ce problème, un enseignement communautaire se met aujourd’hui en place dans les communautés indigènes afin de fournir un enseignement indigène alternatif possédant une orientation décolonisatrice ».

Que dire enfin de l’Amérique latine, selon ce texte pamphlétaire : « Ce fut 300 ans d’exploitation coloniale, de travail de demi esclavage, de vol systématique des ressources naturelles et humaines et 300 ans d’un génocide pratiqué à grande échelle parmi les ethnies indigènes. Mais ce fut également 300 ans d’une héroïque résistance indo-métisse et 15 ans de guerres d’indépendance ».

La route sera longue, Françoise, pour que justice soit rendue à ces peuples spoliés de leur culture, de leur terre et de leurs richesses naturelles.

Pierre R.

13 06 2008
Françoise

« La route sera longue »

D’autant plus longue que la majorité des « blancs occidentaux » se pense, toujours, supérieure au reste de l’Humanité. Bien sûr notre civilisation a fait des découvertes, des inventions formidables, dans la médecine, les technologies etc… Mais sommes-nous vraiment plus heureux pour autant ?

Nous aurions pu cohabiter pacifiquement et intelligemment avec les autres civilisations, en essayant de trouver ce qui nous est commun, et en nous enrichissants de nos différences, mutuellement. Mais nous sommes arrivés en conquérants et en exploiteurs, et maintenant nous « demandons pardon »… alors que ça continue ici et là… Quelle hypocrisie.

13 06 2008
clusiau

Les anglais ont un dicton assassin pour qualifier le bla-bla-bla de Harper hier :

Talk is cheap…!

J’ai eu longtemps honte d’être un Blanc, race de vipères maudite.

Les Rouges disaient : Le Blanc bat son enfant et caresse son cheval. L’Indien bat son cheval et caresse son enfant.

Tuer l’Indien dans l’enfant ? Celle-là est bien bonne. C’est de toi Pierre ?

Le Blanc tue l’enfant, period, peu lui importe la couleur.

13 06 2008
Pierre Chantelois

Françoise

C’est encore une fois la répétition de l’histoire des conquêtes. Un jour on conquiert, on domine, puis on abandonne en laissant derrière nous quelques regrets. C’est ainsi. Res repetita placent.

Clusiau

L’expression n’est pas de moi mais des Premières Nations elles-mêmes : les blancs ont voulu tuer l’Indien dans l’enfant en lui imposant ces infâmes pensionnats : « Nous avons été forcés au silence, de moins en moins capables de parler à nos parents -bien souvent dominés par l’influence de l’alcool- ou à nos grands-parents, dominés par l’influence du curé de la communauté. Pour nous, il est bien difficile de séparer le problème du suicide de tous ces efforts pour « tuer l’Indien dans l’enfant » !

Il convient de revoir le documentaire Le Vol de l’esprit, de Jo Béranger et Doris Buttignol qui suit le parcours de Sally Tisiga qui n’a revu sa mère qu’une fois, plus de 30 ans après son enlèvement par la GRC. Il y est fait allusion à cette phrase terrible : « Tuer l’Indien dans l’enfant parce que rien ne peut être fait avec l’Indien adulte« , objectif dont était assortie l’horrible loi décrétée par Nicholas Flood Davis à la fin du 19e siècle. Plus terrible encore, ce génocide existe toujours sous des formes plus sournoises.

Pierre R.

13 06 2008
Olivier SC

Un billet grandiose, important, indispensable. Merci Pierre !

13 06 2008
Pierre Chantelois

Olivier

Merci. J’apprécie d’autant que vous parcourez chaque jour des dizaines et des dizaines de blogues à la recherche des perles qui susciteront notre intérêt.

Amicalement

Pierre R. Chantelois

14 06 2008
Gballand

Article passionnant.
Espérons que la mémoire des sévices commis de par le monde au nom de l »éducation » et de l’assimilation » restera toujours vive…

14 06 2008
Pierre Chantelois

Gballand

Merci. Je ne peux que me joindre à votre commentaire pour souhaiter que ne se répète plus ce déni de civilisation à l’égard d’une nation et que l’humanité se souvienne à jamais.

Pierre r.

1 07 2008
clusiau

Je sais que le 13 juin c’est comme l’an passé mais j’ai trouvé ce billet de Claude Jasmin sur cette question d’excuses et je suis tout à fait d’accord avec lui. Le voici:

Les (perpétuelles) excuses envers nos indigènes. Peu pour moi. Et vous ? On a pas à s’excuser, gens de 2008, pour des cochonneries commises jadis, par des gens en place, de pouvoir, et très stupides. Pour des saloperies commises il y a des centaines d’années ou… il y a 50 ans. Point à la ligne.

Cette sotte mode des agenouillements « historiques », avec publicité organisée, ne réparent rien. Voir les déguisements à plumes et à calumets fumant, est navrant, c’est un folklore dérisoire.

Le coco Harper -et ses larmes de crocodile blanc- devrait-il endosser un costume de 1770 face aux emplumés d’occasion -à la la Chef-Picard et Cie- en ces occasions célébrées ? C’est de la niaise rectitude politique. Des chefs autochtones intelligents devraient refuser ces cérémonies cul-cul à la mode et exiger du « compensatoire », Du solide et du sérieux. Plus important encore, les gens du peuple (vous et moi) ne peuvent accepter de devenir les responsable -par association lointaine -des gestes honnis commis par des aristocrates venus de Londres, des « chefs de guerre non élus », des militaristes haut gradés stupides et racistes, de ces bornés impérialistes en ces époques lointaines, tel cet écoeurant Amherst et ses couvertures à microbes. Ou moins lointaines :ces navrants pensionnats payés par les fédérastes du temps pour déculturer les Indiens, les déraciner à fond. Je n’y suis pour rien. Nous n’y sommes pour rien, peuple Québécois ! Assez de nous embraquer collectivement et rétroactivement dans ces horribles plans (politiques et religieux) de colonisateurs infâmes.

Bref, je ne ferai jamais aucune demande de pardon face aux Amérindiens abusés d’antan. Nous n’avons rien à nous faire pardonner, simples citoyens. Personne parmi les honnêtes travailleurs de ce pays -Canadian ou Québécois- n’a à présenter des excuses.

14 05 2010

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