En Tunisie, les prisonniers politiques subissent l’un des plus longs calvaires de l’histoire récente

26 06 2008

La secrétaire d’État française aux droits de l’Homme, madame Rama Yade, avait, le 2 mai dernier, déclaré sur Europe 1 que, « lorsqu’un président fait une visite d’Etat, il n’est pas là pour insulter ceux qui l’invitent ». Elle faisait ainsi référence à la dernière visite du président Nicolas Sarkozy en Tunisie, en avril dernier. Le Chef de l’État français avait constaté que l’espace des libertés progressait dans ce pays. Madame Yade avait profité de l’occasion pour préciser qu’elle avait aussi rencontré les autorités tunisiennes avec qui elle avait pu discuter de tous les sujets sans aucun tabou, sans aucune limite : torture, censure, peine de mort. La France « a bien montré l’intérêt qu’elle porte aux libertés et qu’il reste des efforts importants à faire », avait déclaré la secrétaire d’État. Évidemment, aucune déclaration officielle ou communiqué n’a été diffusée par le Secrétariat d’État aux droits de l’Homme sur les résultats de ces rencontres bilatérales.

Madame Yade, dans un style diplomatique qui lui est propre, avait, par contre, constaté que tout n’était pas parfait bien sûr mais que des choses importantes avaient été accomplies sur certains aspects, comme le code de la femme. Et la ministre avait poursuivi son entretien avec cette réflexion particulière et difficile à saisir dans son sens réel ou attendu : « Maintenant, on va voir dans les faits. Je suis un responsable politique, on n’est pas dans une classe : on parle quand on a envie de parler, on ne parle pas quand on n’a pas envie de parler ».

Le Secrétariat d’État français n’a pas, pour l’occasion, soulevé le cas du journaliste Slim Boukhdir, arrêté en novembre 2007, qui continue de purger un an de prison dans des conditions très difficiles à la prison de Sfax. Lors de la 8ème session du conseil des droits de l’homme des Nations Unies organisée à Genève, le 9 juin dernier, le Groupe de l’IFEX chargé de la Surveillance de la Tunisie (TMG), une coalition de 18 organisations qui vise à promouvoir la liberté d’expression dans ce pays, a appelé les NU à renforcer leurs efforts pour pousser la Tunisie à respecter le pacte international relatif aux droits civils et politiques, notamment l’article 19. Selon le TGM, le blocage de sites Internet, le harcèlement de défenseurs des droits de l’homme, et les restrictions sur le journalisme indépendant ne se sont pas encore calmés.

« Les conditions de détention de Slim Boukhdir sont inadmissibles et n’ont d’autre but que de le priver de sa dignité. D’autres journalistes emprisonnés en Tunisie dans le passé ont connu le même sort. C’est cet aspect du régime tunisien que le président français Nicolas Sarkozy a malheureusement choisi d’occulter lors de sa dernière visite d’État. Féliciter le président Zine el-Abidine Ben Ali pour les progrès réalisés par le pays dans le domaine des droits de l’homme c’est fermer les yeux sur la souffrance de Slim Boukhdir et de tant d’autres prisonniers politiques », a déclaré en mai dernier le TGM.

L’avocat de Slim Boukhdir n’est plus autorisé à lui rendre visite. Me Abdelwahab Maatar a écrit à six reprises au juge d’exécution des peines pour demander à voir son client. En vain. De même, le 25 avril 2008, sa mère et son épouse n’ont pu le rencontrer. Seuls les deux enfants du journaliste, respectivement âgés de 2 et 6 ans, ont pu le voir.

Une coordination d’associations tunisiennes, maghrébines, arabes et internationales viennent de dénoncer ces conditions inqualifiables des prisons tunisiennes : « Les prisonniers politiques continuent de subir l’un des plus longs calvaires de l’histoire récente. Des dizaines de victimes croupissent toujours dans les geôles tristement célèbres des prisons tunisiennes. La détresse des ex prisonniers politiques élargies continu avec une volonté délibérée du régime tunisien de continuer son « œuvre » destructrice contre des corps exténués en phase finale de maladies graves et malignes auxquelles ils finissent par succomber ».

Le 20 juin, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, programme conjoint de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) et de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), déplorait la violence croissante avec laquelle les autorités tunisiennes répriment toute personne qui promeut et défend les droits de l’Homme, et rappelle que conformément à l’article 1 de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 9 décembre 1998, « chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales aux niveaux national et international ».

Le 23 juin, Amnesty International dans un nouveau rapport, Au nom de la sécurité : atteintes aux droits humains en Tunisie, révèle que le gouvernement tunisien cherche à tromper le reste du monde en présentant une image positive de la situation des droits humains dans le pays tandis que ses forces de sécurité persistent à commettre des exactions qui restent impunies. « Le gouvernement tunisien a assuré à plusieurs reprises qu’il se conformait à ses obligations internationales en matière de droits humains. Mais cela est loin d’être vrai. Il est grand temps que les autorités cessent de rendre un hommage de pure forme aux droits humains et qu’elles prennent des mesures concrètes pour mettre fin aux atteintes commises », a déclaré Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnistie Internationale.

« Résolues à empêcher la formation de ce qu’elles dénomment « cellules terroristes » sur le territoire tunisien, les autorités se sont rendues responsables d’arrestations et de placements en détention arbitraires qui enfreignent la loi tunisienne ; elles ont provoqué la disparition forcée de détenus, elles ont utilisé la torture et d’autres mauvais traitements, elles ont jugé, déclaré coupables et condamné des personnes à l’issue de procès inéquitables. De surcroît, elles ont déféré des civils devant des tribunaux militaires et n’ont produit que peu d’éléments susceptibles d’étayer les accusations portées contre eux », dénonce Amnistie Internationale.

« Les autorités tunisiennes sont dans l’obligation de protéger la population et de combattre le terrorisme, mais ce faisant elles doivent se conformer à leurs obligations en vertu du droit international relatif aux droits humains », déclare Amnistie Internationale. Et selon l’organisme international, un certain nombre de gouvernements de pays arabes et européens ainsi que le gouvernement des États-Unis ont renvoyé des personnes soupçonnées de participation à des actes terroristes en Tunisie, où ces personnes ont été arrêtées, placées en détention de façon arbitraire, soumises à la torture ou à d’autres mauvais traitements, et jugées de manière inéquitable.

La Tunisie a rejeté des accusations. « Amnesty International a publié son rapport sans prendre soin d’en vérifier la véracité, des allégations fallacieuses véhiculées par des entités et des individus connus pour leur partialité et pour leurs partis pris contre la Tunisie », a déclaré le gouvernement tunisien dans un communiqué laconique émis lundi. Selon ce dernier, la Tunisie, comme tous les pays du monde qui ont le devoir de se prémunir contre les dangers du terrorisme, a adopté en 2003 une loi visant à garantir la sécurité de ses citoyens et à contribuer à la lutte internationale contre cette grave menace. « Cette loi, qui est conforme aux standards internationaux, offre toutes les garanties aux accusés, y compris celles d’un procès équitable. Cette loi n’institue aucune zone de non-droit, n’établit pas de tribunaux d’exception, et n’autorise aucune prorogation abusive ou arbitraire des délais de garde à vue et de détention préventive », commente le communiqué tunisien.

Lors de la visite de Nicolas Sarkozy en Tunisie, en avril dernier, Mokhtar Trifi, président de la Ligue tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH), se disait étonné de la déclaration du président français : « Si des garanties ont été données à monsieur Sarkozy pour que les libertés progressent, tant mieux ! C’est notre demande. Malheureusement, sur le terrain, nous n’avons pas remarqué de progrès notables, c’est peut-être même le contraire qui se passe en réalité aujourd’hui ».

Faut-il rappeler que, dans le cadre du lancement de l’Union pour la Méditerranée, alors qu’Alger n’a toujours confirmé sa présence les 13 et 14 juillet à Paris, l’Égypte semble déjà choisie pour occuper la vice-présidence, le Maroc serait pressenti pour le secrétariat et la Tunisie a été évoquée pour abriter le siège de l’UPM.

(Sources : AFP, Le Monde, Presse canadienne)

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3 responses

26 06 2008
clusiau

En Tunisie comme ailleurs dans le monde civilisé, c’est la pègre qui dirige.

Et ce sera encore pire en Europe avec ces gens, des voleurs, des repris de justice, des bandits quoi, qui ont été mis en place pour diriger la nouvelle Europe, sans aucune consultation auprès du peuple qui n’a d’ailleurs pas la parole.

Euro Corruption You Couldn’t Make This Up

La musique nuit à la vidéo mais la vérité est là quand même, terrible.

26 06 2008
Pierre Chantelois

Clusiau

Je vais consulter le lien. Merci. Vous êtes bien informé, dites donc, sur les vidéos « sulfureuses » 🙂

Pierre R.

26 06 2008
clusiau

Salut Pierre,

Oui je reçois des emails d’un espèce de zélé américain qui trouve ces vidéos je ne sais trop comment.

Je n’ai donc pas tellement de mérite sauf celui de les faire circuler aux gens qui comme vous avez cœur les libertés individuelles et la « vraie » démocratie qui existera peut-être un jour. Bon jeudi.

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