Immigration clandestine ou non, l’Europe vieillit. L’Occident aussi.

28 06 2008

Le Québec est un petit pays, dans un grand pays, le Canada. Nous voudrions le Québec libre mais après deux référendums, la population a rejeté cette option. Vox populi, Vox Dei. Dans ce petit pays, sa population tente par dessus tout de vivre en harmonie. Entre les croyants et les incroyants. Entre les autochtones et les non-autochtones. Entre la population de souche et les groupes immigrants.

Le Québec vient de terminer une très longue consultation sur l’état des lieux : a-t-il une propension ou non au racisme? Est-il xénophobe?

Il est important de distinguer racisme et xénophobie. Michel Wieviorka, docteur d’État ès Lettres et Sciences Humaines, est directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et directeur du Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS). Il définit le racisme comme une « idéologie qui se traduit par des préjugés, des pratiques de discrimination, de ségrégation et de violence ». Les sociologues André Akoun et Pierre Ansart donnent au mot xénophobie le sens suivant : « hostilité contre les personnes désignées comme étrangères ».

Le professeur titulaire au département de sociologie et membre du Centre de recherche en droit public de l’Université de Montréal, monsieur Guy Rocher, a reproché à la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles « son insistance à parler de la majorité québécoise francophone comme d’une minorité ». Il y a là une véritable constante qui traverse tout le rapport. Que les Québécois francophones soient une minorité au Canada et dans le continent nord-américain est un fait évident. Mais insister là-dessus à ce point dans un tel rapport n’est pas sans conséquences. Ce sera, toujours selon le professeur Rocher, le grand défi du Québec du XXIe siècle que « d’établir des rapports interculturels harmonieux de la part d’une majorité francophone et qui a besoin de voir un nombre croissant de minoritaires non seulement apprendre sa langue, mais surtout s’identifier à sa culture » (Le Devoir, 12 juin 2008).

Riccardo Petrella est mondialement connu. Dans son livre « Pour une nouvelle narration du Monde », l’économiste et politicologue soutient que l’humanité vit une crise sans précédent où le sens est subordonné aux chiffres, où même le respect du vivant s’efface devant les règles économiques. En octobre 2005, Riccardo Petrella, en entrevue, à la Société Radio-Canada, dénonçait la logique d’exclusion du processus de mondialisation des 20 dernières années. « Nous assistons au retour de la grande pauvreté, non seulement dans les pays les plus pauvres, mais aussi dans nos villes », notait l’invité de Radio-Canada. De manière audacieuse, le politicologue recommandait rien de moins que de « déclarer illégale la pauvreté, au lieu de continuer à déclarer illégaux les pauvres ».

L’animateur de l’entrevue a posé cette question à Riccardo Petrella : quel lien faites-vous entre mondialisation, pauvreté et immigration clandestine ? En réponse, ce dernier a rappelé que « de plus en plus de gens ne sont pas capables de tenir le coup dans une économie qui, elle, au contraire devient beaucoup plus riche mais dont la redistribution de cette richesse est favorable à ceux qui possèdent déjà la richesse ». Et s’agissant de l’immigration, Riccardo Petrella ne pouvait que constater que la même chose s’est faite alors vis-à-vis des immigrés. « On immigre parce qu’on est pauvre. On n’immigre pas pour aller voler les biens des pays riches. Il n’y a que nous, les dominants, qui allons faire les prédateurs dans les pays pauvres. Les immigrés qui viennent chez nous ne viennent pas pour nous voler », notait monsieur Petrella.

Bien avant la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles, Riccardo Petrella en venait à la triste constatation que « même là où ils vont immigrer, les immigrés se trouvent perdants, parce qu’ils sont mal traités, mal considérés. Il suffit qu’ils soient un peu basanés, qu’ils soient noirs, qu’ils soient musulmans, d’autres religions… Ils sont maltraités par les gens du lieu où ils vont immigrer. Et ils sont mal vus par la population des pays qu’ils ont quittés, parce qu’ils sont considérés comme des gens qui n’ont pas voulu rester partager la destinée de leur peuple. Et ils sont mal vus lorsqu’ils arrivent dans les autres pays ».

En 2008, trois ans après l’entrevue de Riccardo Petrella, selon un rapport rédigé par des analystes des 16 agences de renseignement des États-Unis, la sécurité du pays serait menacée par le réchauffement climatique car le phénomène pourrait accroître l’immigration clandestine. Le rapport explique que le réchauffement risque de provoquer des sécheresses, des inondations, des conditions météorologiques extrêmes mais aussi des pénuries alimentaires. Ce qui augmenterait fortement l’immigration et les « conflits liés à l’eau ».

L’Afrique, une des régions les plus vulnérables du globe, elle pourrait, selon ce même rapport, voir le rendement des récoltes dépendantes de la pluie chuter jusqu’à 50% dans les 12 prochaines années en raison d’une sécheresse accrue. Dans une partie de l’Asie du Sud et de l’Est, les cultures sont vulnérables à la sécheresse et aux inondations, et les récoltes de riz et céréales pourraient baisser de 10%.

Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a lui aussi dénoncé la nouvelle législation européenne sur l’immigration et sa controversée « directive retour ». Près de 400.000 Brésiliens résidant illégalement en Europe pourraient être concernés. Lula da Silva a formulé son commentaire devant des hommes d’affaire : « La peur de voir disparaître le statu quo et l’emploi a conduit à la discrimination et aux préjugés à l’encontre des immigrés ». Selon ce dernier, le problème des clandestins ne sera pas résolu en empêchant les pauvres d’entrer en Europe. « Il se résout en aidant les pays pauvres à croître et se développer », a-t-il soutenu. Pourtant, reconnaissons-le, en plus d’une pauvreté extrême, « la coexistence entre les diverses races, composant la population brésilienne, se traduit, dans les faits, par une hiérarchisation sociale de celles-ci. Une réalité largement occultée ».

Que se passe-t-il de si intéressant en Europe pour que les émigrés clandestins, régulièrement humiliés par les forces de sécurité, s’obstinent à rester, s’interroge Rosnert Ludovic Alissoutin, consultant, docteur en droit, et chercheur à l’université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal. L’attrait de l’Occident est quasi irrésistible. Il est si fort que l’argent n’est plus un obstacle à l’émigration, malgré un contexte de pauvreté généralisé ; seul le visa empêche les candidats de partir. Les familles, quel que soit leur niveau de pauvreté, se cotisent pour faire partir un membre de la famille, à charge pour ce dernier, une fois qu’il réussit, de retourner l’ascenseur.

En France notamment, il est courant, rappelle monsieur Alissoutin, de voir des Africains qui travaillent s’entasser dans des chambrettes d’immeubles insalubres. Mais que fait l’émigré africain de l’argent qu’il épargne ? La Banque africaine de développement (BAD) estime que la diaspora africaine envoie chaque année 17 milliards de dollars dans les pays d’origine. Ce montant dépasserait celui des investissements directs étrangers et celui de l’aide publique au développement. Cette somme est malheureusement presque totalement engloutie dans des dépenses de consommation.

Que veut l’Europe qui ne fait plus d’enfants ? D’ici 2050, l’âge moyen d’un européen devrait ainsi passer de 39 à 49 ans, avec 11,4% d’octogénaires. Avec la baisse prévisible du nombre d’actifs et l’augmentation du nombre de retraités, les équilibres sur le marché du travail, sur les systèmes de retraite et de santé, vont connaître des modifications profondes. Alors que le taux de fertilité nécessaire pour assurer le renouvellement des générations est estimé à 2,1 enfants par femme, le taux moyen constaté dans l’Europe des 25 (chiffres de 2005) est de 1,5 enfant par femme. Conséquence : la population européenne décline.

Le Commissaire européen Vladimir Špidla déclarait en octobre 2006 : « il y a, aujourd’hui, dans l’UE, quatre personnes en âge de travailler pour chaque personne de plus de 65 ans. En 2050, ce ratio passera à deux actifs pour chaque retraité ». Selon le Parlement européen, il existe trois pistes pour atténuer le déficit démographique de l’Union européenne. La première consiste à recourir à l’immigration. Une deuxième possibilité consisterait à augmenter la productivité des actifs, en allongeant l’âge du départ en retraite. Enfin, de nouvelles politiques natalistes sont envisageables, à la condition qu’elles ne remettent pas en cause les progrès accomplis (et ceux restants à accomplir) en matière d’égalité des genres. En d’autres termes, il s’agirait d’inciter les femmes à donner naissance à davantage de bébés, sans les renvoyer à la maison.

Mais voilà. S’agissant de l’immigration, selon un sondage Eurobaromètre, seuls 4 européens sur 10 estiment que les immigrés contribuent positivement à leur pays. L’intégration jugée insuffisante des migrants dans leur société d’accueil jette ainsi une ombre sur le phénomène d’immigration. Le problème de l’immigration clandestine semble pourtant occulter les bénéfices évidents d’une immigration bien gérée. Pour le député espagnol Javier Moreno Sanchez, auteur d’un rapport à ce sujet, il importe de ne pas traiter les immigrés illégaux venus de pays tiers comme des criminels : beaucoup d’entre eux ont risqué leur vie pour venir chercher en Europe leur liberté ou leurs moyens de subsistance.

Retour à la case départ. Le racisme comme une « idéologie qui se traduit par des préjugés, des pratiques de discrimination, de ségrégation et de violence ». La xénophobie se définit comme une : « hostilité contre les personnes désignées comme étrangères ».

« J’abhore le racisme. Je déteste la xénophobie. Je crois dans la force et la richesse de la diversité » (Nicolas Sarkozy).

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2 responses

28 06 2008
Françoise

Pierre,
 
Si vous ne les avez lus je vous signale ces deux articles du Monde Diplomatique : Réfugiés de la faim et FMI-FAIM.

La citation de Mr Sarkozy, démontre s’il en était besoin, à quel point il conforme sa politique à ses déclarations…

Une remarque, si vous me le permettez, à propos du passage « la coexistence entre les diverses races », car les mots sont importants : Dans l’humanité il n’y a qu’une seule race ( la « race humaine » ) qui est composée de diverses ethnies.

28 06 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Merci pour les liens. Je consulterai ce matin ces deux articles du Monde diplomatique. S’agissant de l’humanité, une erreur de ma part aurait dû attribuer cette phrase à son auteur en tant que citation. C’est corrigé. Mais votre remarque est particulièrement pertinente.

Pierre R.

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