Pour reprocher à la Chine ses manquements aux droits de l’homme, il faut avoir les mains propres

10 07 2008

Jeune intellectuel, élevé dans le porphyre, Pierre-Elliot Trudeau n’hésite pas, avant de se lancer en politique, de visiter la Chine et l’Union soviétique. Il voyage en Chine, en 1949, avant même qu’elle ne devienne une République populaire. Il lit beaucoup et ne craint pas de visiter des pays qui auraient, cinquante ans plus tard, pu, selon la doctrine de Georges W. Bush, être inscrits dans l’axe du mal. Ses audaces font sourciller les services secrets canadiens et américains. Pierre-Elliot Trudeau, accompagné cette fois de son ami, Jacques Hébert, foule à nouveau, en 1959, le sol chinois. Il en ressort un livre au titre très évocateur : « Deux innocents en Chine rouge ».

Dix ans après cette deuxième visite, soit en 1969, cet intellectuel de gauche est élu à quatre reprises Premier ministre du Canada, jusqu’en 1984. Et que fait Pierre-Elliot Trudeau ? Il procède à une révision en profondeur de la politique étrangère canadienne. En 1970, s’ouvre pour le Canada une nouvelle ère de relations diplomatiques avec ce grand pays qu’est la République populaire de Chine. En 1973, Pierre Trudeau devient le premier ministre canadien à visiter la Chine. Ce qui n’était pas sans déplaire à l’envahissant voisin, les États-Unis.

Trente-cinq ans plus tard, le Premier ministre du Canada, Stephen Harper, dans le cadre du Sommet du G8, qui se tient dans le site touristique de Toyako (nord du Japon), rencontre le président chinois, Hu Jintao, pour échanger des « points de vue sur le développement des relations bilatérales », comme le veut le jargon diplomatique. En clair, les deux hommes ont échangé sur une foule de sujets communs, notamment le cas de Hussein Celil, un imam canadien exfiltré d’Ouzbékistan et condamné à la prison à perpétuité.

Le Premier ministre Harper a souhaité, à son homologue chinois, un plein succès aux Jeux tout en rappelant l’importance pour le Canada que les récentes discussions avec les représentants du Dalaï Lama puissent déboucher sur une plus grande stabilité des relations et sur l’amélioration de la situation au Tibet.

En général, je partage peu la vision politique de Stephen Harper. Trop à droite, dans les rangs conservateurs, il a le don de m’hérisser lorsqu’il s’aligne inconditionnellement sur nos voisins, les États-Unis. Cela ne doit pas m’empêcher de lui reconnaître un aplomb lorsqu’il se retrouve face à face avec Hu Jintao. En novembre 2006, lors du sommet de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) qui se tenait à Hanoï, au Vietnam, Stephen Harper avait créé dans les rangs de la délégation canadienne toute une commotion en soutenant que le Canada ne changerait pas sa position concernant les droits de la personne en Chine pour favoriser le commerce avec ce pays. Il avait même été question du refus de la Chine de rencontrer le Premier ministre Harper, refus démenti plus tard par Pékin.

En marge de ce sommet du G8, l’Élysée a privilégié une autre avenue : celle de la discrétion. Paris et Pékin sont mutuellement convenus de ne pas communiquer sur la question du Tibet. Si cela vaut pour la France, pourquoi cela ne vaut-il pas également pour l’ambassadeur de Chine qui a mis en garde la présidence française sur une rencontre possible entre Nicolas Sarkozy et le Dalaï Lama en août prochain ? Rencontre qui aurait des « conséquences graves » sur les relations entre les deux pays. Voilà bien une menace à peine voilée. Monsieur l’ambassadeur de Chine, Kong Quan, a été convoqué dare-dare au Quai d’Orsay.

La rencontre du G8 a été intéressante à plus d’un point de vue. Nicolas Sarkozy y était présent, investi de son titre de président en exercice de l’Union européenne. Et sa rencontre avec Hu Jintao s’est déroulée, selon les observateurs présents, en catimini. Nicolas Sarkozy a informé ce dernier qu’il serait présent, en tant que président de la France et président en exercice de l’Union européenne, aux Jeux Olympiques de Pékin. Le président français a même poussé l’audace de souligner, selon l’Élysée, à son homologue chinois Hu Jintao, « les valeurs olympiques de paix, d’amitié et de fraternité ». Le parlement européen a critiqué cette position. Et avec raison, l’agence de presse officielle « Chine nouvelle » triomphe : « la décision du président français est la bonne ».

La Chine souffle le chaud et le froid à l’égard de la France, qu’elle voit dans un état de faiblesse particulière. Félicitations au Japon, menaces voilées à Paris. Aucun mot sur les droits de la personne, sur le Tibet, sur le Dalaï Lama. Pire. Il semblerait maintenant que cette rencontre du 12 au 23 août avec le Dalaï Lama ne soit plus à l’ordre du jour de l’Élysée.

Qu’importe au président de la France que ni le Britannique, Gordon Brown, ni le Canadien, Stephen Harper, ni l’Allemande, Angela Merkel, seront présents à l’ouverture des jeux de Pékin, le 8 août prochain. Gordon Brown sera par contre présent à la fermeture des Jeux. Qu’importe au président de la France que l’autre président, celui du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, annonce qu’il boycottera la cérémonie d’ouverture des jeux ?

« J’ai décidé de ne pas participer à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Mais j’espère sincèrement que le dialogue entre les envoyés du dalaï-lama et les autorités chinoises se poursuivront dans un esprit constructif, avec la volonté d’arriver à des résultats », a déclaré Hans-Gert Pöttering. « La raison en est qu’il n’y a pas eu de résultat dans les négociations entre les représentants du dalaï lama et le gouvernement à Pékin », constate simplement le président du Parlement européen. Il semble bien que ce dernier ne partage pas le constat du président Sarkozy qui affirmait, il y a peu, qu’il conditionnait sa présence à Pékin aux progrès dans les pourparlers entre les autorités chinoises et le Dalaï-lama. Rappelons-nous la déclaration du président Sarkozy : « Si cela devait progresser encore et que le Dalaï-Lama et le président chinois reconnaissaient des progrès, l’obstacle à ma participation serait levé ».

Le premier juillet dernier, l’émissaire du leader spirituel tibétain, Lodi Gyari, a rencontré les autorités de Pékin. Les discussions n’ont mené à rien. Une première rencontre, en mai dernier, avait également eu lieu entre les représentants tibétains et les responsables du Parti communiste chinois. Elle visait principalement la demande des tibétains de retirer les forces de sécurité déployées jusque dans les monastères. Aucun communiqué commun n’a été émis à l’issue de ces rencontres.

Georges W. Bush sera présent. C’est l’essentiel. Pour le président américain, « un boycottage serait un affront au peuple chinois ». Et c’est non le moindre des arguments : « son absence rendrait le dialogue plus difficile avec le gouvernement chinois ». Le Premier ministre japonais Yasuo Fukuda, a aussi annoncé qu’il se rendrait à Pékin. En même temps que Georges W. Bush. La franchise du premier ministre Fukuda désarme : « Il n’y a pas besoin d’impliquer les politiques. Même si la Chine a des problèmes divers, elle s’efforce de les résoudre ».

Comment la France, qui vient d’être épinglée en matière de gestion des droits de l’homme, et les États-Unis auraient-ils meilleure posture pour faire la leçon à la Chine ?

Prenons pour premier exemple cette déclaration du porte-parole du Ministère chinois des Affaires étrangères, Qin Gang, qui invitait, le 2 juin dernier, « la partie américaine de s’occuper et de s’intéresser encore plus à ses propres problèmes, qui sont nombreux, en ce qui concerne la violation des droits de l’homme, de ne plus utiliser les problèmes de démocratie et de droits de l’homme pour s’ingérer dans les affaires intérieures des autres pays, et de contribuer davantage au renforcement de la confiance réciproque sino-américaine et au développement des relations entre les deux pays ».

Pour deuxième exemple, s’agissant de la France, Human Rights Watch, dans son rapport « La justice court-circuitée : les lois et procédures antiterroristes en France », reproche au pays des Droits de l’Homme que, durant les interrogatoires, les témoignages de personnes placées en garde à vue sur présomption d’implication dans le terrorisme semblent indiquer que « la privation de sommeil, la désorientation, les interrogatoires constants et répétitifs, ainsi que les pressions psychologiques lors de la garde à vue sont monnaie courante ».

De tels rapports ou constats ne sont pas de nature à accorder beaucoup de crédibilité aux pays qui entendent donner des leçons sur les droits de l’Homme dans le monde. La Chine en est parfaitement consciente. Et c’est son jeu d’écarter de son paysage immédiat tout intrus qui entendrait lui faire la morale sur ces questions vilaines des droits de l’Homme. Question tibétaine, y comprise.

Prévoyance ou clarté, Human Rights Watch vient de publier un guide pour les journalistes qui fouleront le sol chinois dans le cadre des Jeux Olympiques. L’organisme donne ce conseil de prévention : « soyez conscients que les gens que vous contactez, que vous interviewez, que vous citez, sont ceux qui encourent les risques les plus importants. Vous partirez mais eux, ils resteront ». Selon l’organisme voué à la défense des droits de l’Homme, « les journalistes étrangers continuent d’être régulièrement harcelés, arrêtés et intimidés, au cours de leur travail en Chine ». C’est pourquoi dans leur transmission, les journalistes devraient, selon HRW, utiliser certaines technologies pour « contourner les blocages », comme le VPN, et recourir à un email crypté.

Les journalistes n’auront rien à craindre à interviewer Nicolas Sarkozy ou Georges W. Bush. Ils auraient avantage à rencontrer le dissident chinois, Wei Jingsheng, emprisonné pendant 18 ans en Chine puis expulsé vers les Etats-Unis, en 1997, qui a fait part de sa position sur la décision de la France d’être présente à Pékin : « la France manque de courage, alors que la répression continue à l’intérieur du pays ».

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18 responses

10 07 2008
Françoise

Pierre,

À mon avis, ce n’est que pour « satisfaire » l’opinion française, que Mr Sarkozy avait posé des conditions à sa venue à Pékin. Mais comme, n’est-ce pas, il ne faut pas risquer de mettre nos « entrepreneurs » dans une situation embarrassante… Je pense qu’il a toujours eu l’intention d’y aller.

Mr Kouchner a convoqué l’ambassadeur de Chine, pour lui dire courageusement « que la France « déterminait son attitude en toute indépendance et en rejetant les pressions d’où qu’elles viennent. » Ce qui a impressionné le-dit ambassadeur au point « qu’après « l’entretien, l’ambassadeur est descendu de sa voiture officielle pour réaffirmer devant la presse que son pays était « fermement opposé » à toute entrevue entre le président français et le dalaï lama. Il n’a toutefois plus évoqué les « conséquences graves » mentionnées la veille. » Ajoutant « Il ne faut pas s’ingérer dans les affaires intérieures d’un pays, en l’occurrence du mien dans cette affaire ».

Mr Raffarin, ancien premier ministre conseille à Mr Sarkozy de ne pas pas recevoir lui-même le Dalaï lama. Sage conseil qui sera sans doute suivi. Les couleuvres cuisinées à la chinoises se digèrent facilement…

Je suis bien d’accord que ni les États-Unis, ni la France, actuellement, puissent, sans « faire rire » donner des leçons de Droits de l’Homme.

10 07 2008
Pierre Chantelois

Françoise

J’adore la façon dont vous amenez l’issue de la rencontre entre l’ambassadeur et le ministre Kouchner. Rencontre suivie d’effet, comme on peut le voir. Il sera bientôt impossible de contourner ces dirigeants des pays regroupés sous le nom « Bric », composé du Brésil, de la Russie, de l’Inde et de la Chine. Pays émergents qui détiendront le pouvoir monétaire. Le « Bric » sous peu sera l’ultime banque des grands pays en difficulté financière.

Le PIB total du BRIC devrait égaler en 2040 celui du G6 (USA, Japon, Royaume-Uni, Allemagne, France et Italie). Chacun des pays du BRIC se situerait en 2050 au même niveau que les principales puissances économiques actuelles : États-Unis, Japon, Allemagne, etc. Sur les 1000 plus grosses capitalisations boursières mondiales, 221 viennent des pays émergents en 2007 contre une centaine en 2000.

C’est dire à quel point la Chine devient incontournable.

Pierre R.

10 07 2008
Françoise

Pierre,

Dans mon esprit, il n’est pas question de contourner » la Chine. Ni aucun autre pays du BRIC. Bien sûr que nous devons compter avec eux (en passant un petit merci aux USA qui se sont inféodés financièrement, et un autre à l’Europe qui les a suivi allègrement).

Là, sur ce point précis, il est question de l’honneur de la France, et du respect qu’on lui doit en tant que pays souverain de ses décisions. Nous ne serons pas plus respectés en cédant à cette sorte de diktat, bien au contraire.

Je paraphraserai un de nos roi de France : Tout n’est pas perdu, fors l’honneur… *

(* Tout est perdu, fors l’honneur. Phrase qu’aurait écrite François Ier, dans une lettre à la reine, après la défaite à Pavie, en 1525.)

10 07 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Notre vision économique dépasse parfois la vision éthique ou morale. Et votre opinion là-dessus est parfaitement justifiée dans les circonstances. Nous nous perdons dans les méandres financière et nous perdons certains principes fondamentalement républicains qui ont élevé la France au rang de ces grandes nations qui ont combattu pour faire des Droits de l’Homme ce qu’ils sont aujourd’hui. J’allais oublier le Le 26 août 1789.

Votre point de vue sur la souveraineté de la France est d’une très haute pertinence.

Merci

Pierre R.

10 07 2008
Françoise

Le 26 août 1789, oui, et le 10 décembre 1948… Qui prend la peine de s’en souvenir ? Qui prend encore la peine de relire et de faire respecter ces textes si importants pour toute l’Humanité ?

10 07 2008
Gilles

Nous caressons des idéaux philosophiques et nous perdons de vue certains principes économiques fondamentaux ; nos vêtements, nos stylos, nos télés, nos chaussures, nos ordinateurs, nos portables, les jouets de nos enfants, nos meubles et nos appareils photo sont fabriqués en Chine. À l’époque de la Révolution, nous importions déjà de la Chine, mais seulement des soieries, de l’encre et des vases.
 
Autrement dit, on pourrait penser que nous avons échangé l’honneur contre le confort, mais nous avons surtout cédé toute indépendance. Comme disait Napoléon, il est préférable d’avoir les moyens de sa politique. Nous avons perdu tout moyen réel de faire pression sur la Chine, quand nous avons élu des représentants — quel que soit leur parti — qui ont laissé les industriels exporter travail.
 
On dit généralement que nous ne sommes pas en position de critiquer la Chine à propos des droits de l’Homme car nous ne les respectons pas nous non plus, mais nous les respectons considérablement mieux que la Chine. Cependant, à mon avis, nous avons échangé notre droit de parole contre un t-shirt pas cher. C’est ce que nous n’avions pas prévu !
 

10 07 2008
Françoise

« quand nous avons élu des représentants — quel que soit leur parti — qui ont laissé les industriels exporter travail. »

Gilles,

Ces représentants que « nous » avons élus, l’ont-ils été pour ce faire ? Nous importons de Chine en effet, mais nous ne l’avons pas choisi nous-mêmes « petits citoyens », comme nous n’avons pas choisi, nous-mêmes « petits citoyens », de délocaliser nos industries et ce faisant de perdre des emplois et du savoir faire. On ne nous a pas demandé notre avis.

Nous — pays occidentaux — respectons  mieux les Droits de l’Homme ?; Dans une certaine mesure. Nous n’avons plus la peine de mort en France (aux USA toujours). Nous — pays occidentaux — ne torturons pas ? Il me semble que l’administration Bush ne s’en est pas privée et en France certaines choses que l’on fait subir à certaines personnes, en certains contextes, s’apparentent à une forme de torture.

Personnellement je dirais que nous — pays occidentaux — les respections mieux, parce que plus cela va moins on se sent tenu de le faire.

10 07 2008
clusiau

….Nous avons perdu tout moyen réel de faire pression sur la Chine, quand nous avons élu des représentants — quel que soit leur parti — qui ont laissé les industriels exporter travail……Gilles

Et voilà, ça se résume à ça. L’avant dumping et l’après dumping. Le dumping est en fait un refus de respecter les droits des travailleurs ce qui est plus ou moins semblable aux droits de l’homme !

Bien sûr il y a la crise du pétrole qui pourrait changer la donne mais combien de temps encore les chômeurs d’ici pourront-ils acheter des t-shirts, même fabriqué en Chine ?

Quand on réalise que des travailleurs de l’automobile américains travaillant à l’usine de Mazda gagnent 12$/heure et refusent, par peur d’un déménagement ou de fermeture de se doter d’un syndicat, ça r’garde mal comme on dit !

10 07 2008
clusiau

….On ne nous a pas demandé notre avis. …Françoise

Oui nous avons été trompé mais le votant aime bien se faire tromper ! La preuve, il vote.

Quand je parle de l’Utopie-Démocratique, de la démocratie à gogo pour gagas, c’est aussi de ça dont je parle, de ce besoin de se fabriquer des idoles et de leur donner du pouvoir en projetant nos illusions sur lui, alors que dans la vraie démocratie, ma responsabilité C’EST LE POUVOIR.

Mais qui peut ou veut l’assumer ?

10 07 2008
mosane

Deux remarques, si vous me le permettez.

1- Il me semble que sur l’aspect du respect des Droits Humains le « Nous » est un peu trop globalisant. Il est vrai que nos pays ne peuvent être cités en modèles et que la restrictions des acquis en matière de Droits Humains dans ceux-ci est indéniable. Mais tous les jours « JE » lutte contre toutes les mesures qui sont prises dans tous les domaines pour les faire reculer… Même si je suis convaincu que des réformes structurelles de notre société devaient être entreprises, « JE » ne me sens pas responsable des reculs sur le plan des Droits Économiques Sociaux et Culturels qui sont entrain de s’opérer. « JE » lutte tellement et dans tous les sens que des fois je me demande s’il ne faudrait pas m’arrêter de le faire ?

2- Ne pensez-vous pas que le partage des richesses que nous aurions dû imposer à nos gouvernements depuis des lustres, grâce à l’amélioration des systèmes de transport (physique pour les marchandises et de l’information pour la logistique) le capitalisme et ses valets (en faisant travailler à bas cout d’un côté et en vendant de l’autre) l’a fait mais à son propre, et bientôt unique, profit…

10 07 2008
Pierre Chantelois

Françoise
Gilles
Clusiau

J’ajouterais ceci : la Chine adopte l’arrogance d’un bailleur de fonds mais elle ne devrait pas oublier également qu’en tant que fournisseure de main-d’œuvre bon marché, elle doit respecter sa clientèle. Or, elle est portée à confondre beaucoup de choses. Son arrogance l’amène parfois à oublier la qualité du produit qu’elle livre. La teneur de plomb dans les jouets a remis en question cette relation de fournisseure vis-à-vis des pays donneurs de contrats.

En septembre dernier, les autorités américaines et le distributeur Target avaient pris la décision de rappeler 350.000 jouets fabriqués en Chine dont la peinture contenait du plomb. La peinture au plomb est interdite depuis 1978 pour des raisons de santé publique.

Autre coup dur : Mattel procède également, dans le même temps, à trois rappels massifs de jouets, pour plus de 20 millions de pièces au total: 90% contenaient des petits aimants pouvant se détacher, les autres étaient colorés avec des peintures au plomb. Mattel affirme dans un communiqué que l’utilisation de peinture au plomb est « un sérieux bris de confiance ».

Fisher-Price rappelle 1,5 million de jouets pour enfants fabriqués en Chine. Quelque 967 000 jouets sont rappelés du marché américain, et 533 000 autres sont rappelés du Canada, du Royaume-Uni et du Mexique. Au total, 83 produits sont touchés par le rappel.

Et comme l’indiquait un blogueur, voilà qu’en quelques mois à peine nous sommes revenus au Moyen Âge de l’ère industrielle où tout paraissait bon, pourvu qu’on puisse en produire beaucoup, à moindre coût ! Soudain, ces défauts de fabrication, pour employer un euphémisme, sont présentés à la face du monde, à la face même des consommateurs qui ignoraient tout.

Au plan industriel, la Chine est devenue l’usine du monde, aspirant goulûment toutes les industries traditionnelles des cinq continents. Elle s’est imposée comme numéro un ou numéro deux du textile, de l’électroménager, de l’automobile (elle en a vendu ou exporté 7 millions l’an passé). La Chine devra comprendre que ce n’est pas avec l’arrogance d’un banquier qu’elle fidélisera ses clients.

Les conséquences de cette hyper-industrialisation sont terribles : la corruption des 20 millions de cadres explique le détournement l’an passé de 200 milliards d’euros et la pollution est la plus grave du monde. Et dire que le commerce international occupe une place particulière dans la doctrine de Confucius. Mais c’est une autre question.

Il faudra voir maintenant comment nos valeureux athlètes du monde entier, qui viendront clamer haut les principes de l’Olympisme, parviendront à battre de nouveaux records dans cette pollution.

Pierre R.

10 07 2008
Catherine

Alas! Can we see the big picture? China has more control than « WE » ever thought possible. The US market (regardless of the limping economy) demands that the shelves be full – consumer’s requirement. So, the labor is cheap over there, but what now?
How do you take over? From the inside… I feel the noose is around « OUR » neck.

10 07 2008
Gilles

Catherine a écrit :
The US market (regardless of the limping economy) demands that the shelves be full — consumer’s requirement.

Catherine, you’re right, but as long as people see themselves as consumers nothing will really change.
 

10 07 2008
Françoise

Gilles tu dis : as long as people see themselves as consumers. Mais combien sont-ils à se rendre compte qu’ils sont devenus « consommateurs » plutôt que d’être citoyens ?

10 07 2008
Pierre Chantelois

À toutes et à tous

J’aurais dû souligner le « guide » que vient de faire paraître le Comité National Olympique et Sportif Français à l’endroit des athlètes qui se rendront à Pékin. Il y a aussi cet excellent article de « Rue89 » qui en résume le contenu.

Il faut également voir, pour la curiosité, la sortie de Daniel Cohn-Bendit, devant le Parlement européen, qui est d’une rare émotivité. Ici la version du Nouvel Observateur.

Vive la France.

Pierre R. Chantelois

11 07 2008
Pierre Chantelois

Catherine

La question était pertinente. Gilles propose une réponse à laquelle j’adhère volontiers. Et Françoise apporte un complément de réponse très circonstancié.

Pierre R

12 07 2008
clusiau

Mosane je suis d’accord avec le « JE ». Chaque achat est un vote. Presque chaque geste est une action politique. C’est au JE d’agir selon sa conscience.

12 07 2008
clusiau

Voici un petit texte plus explicite le rôle du JE et probablement ce qu’en pense Mosane….

Pour Bastiat, seuls les individus sont des réalités concrètes. Il repousse ainsi la philosophie de l’histoire de Saint-Simon et des socialistes, et souscrit au principe de l’individualisme méthodologique tel qu’il va s’articuler chez Mises.

Ce dernier écrit du reste, dans une remarque que Bastiat n’aurait sans doute pas désapprouvée, que « nous devons prendre acte du fait que toute action est accomplie par des individus. Une collectivité agit toujours par l’intermédiaire d’un ou plusieurs individus dont les actes sont rapportés à la collectivité comme à leur source secondaire. C’est la signification que les individus agissants, et tous ceux qui sont touchés par leur action, attribuent à cette action, qui en détermine le caractère […]

Car une collectivité n’a pas d’existence et de réalité, autres que les actions des individus membres. La vie d’une collectivité est vécue dans les agissements des individus qui constituent son corps. Il n’existe pas de collectif concevable, qui ne soit opérant à travers les actions de quelque individu.

La réalité d’une entité sociale consiste dans le fait qu’elle dirige et autorise des actions déterminées de la part des individus. Ainsi la route pour connaître les ensembles collectifs passe par l’analyse des actions des individus.

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