Nicolas Sarkozy quittera le Sommet de la Francophonie de Québec au milieu de la réunion !

30 09 2008

Le président du Réseau international des chaires Senghor de la Francophonie, l’universitaire Michel Guillou, rappelait, dans une lettre adressée à Nicolas Sarkozy, que dès 2010, le chinois sera enseigné dans plus de 1000 instituts Confucius répartis dans le monde entier.

Comme l’écrivait dans Le Devoir, Jean-Louis Roy, secrétaire général de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie de 1990 à 1998 et actuel président du conseil d’administration du Centre de la francophonie des Amériques : « La bataille des langues est aujourd’hui une donnée immédiate de la vie internationale. Elle mobilise gouvernements, institutions, associations de toute nature et draine des ressources considérables ». Le maire de Chicago déclarait récemment au New York Times : « Je crois qu’il y aura deux langues mondiales, la langue chinoise et la langue anglaise ».

Le ministre de l’éducation, Xavier Darcos, a dit souhaiter que tous les diplômés des lycées soient bilingues. Le même ministre décrète une généralisation des stages intensifs d’anglais dans les établissements d’enseignement. La ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, déclarait récemment vouloir « rompre le tabou de l’anglais » en s’exprimant en anglais aux réunions de l’Union européenne.

Selon Le Devoir, s’il dit « rester attentif à la tentation d’un usage croissant de l’anglais dans la société française », Nicolas Sarkozy considère qu’il ne faut pas « dramatiser » le débat. « La France […] n’est pas dans la situation de nos amis du Québec en Amérique du Nord. La France a la chance de vivre la diversité à ses frontières. Il faut ramener les choses à leurs justes dimensions ». En Europe, Nicolas Sarkozy dit vouloir faire la promotion du trilinguisme et non pas du bilinguisme. « Le trilinguisme est une nécessité en Europe. Il est très important de ne pas se laisser enfermer dans le bilinguisme ».

Déjà en 2007, Nicolas Sarkozy déclarait : « En France, il faut en finir avec la vision jacobine d’une francophonie qui écrase et qui assène : il n’y a pas lieu d’opposer le français aux « langues de France ». Comment revendiquer, face à l’anglais, l’exception culturelle et ne pas l’admettre pour nos propres cultures régionales menacées de disparition ? Les langues locales, y compris, outre-mer, le créole, doivent pouvoir être proposées aux écoliers dans les territoires où un nombre suffisant de parents le souhaite ».

Nicolas Sarkozy prendra la parole à l’assemblée législative du Québec juste avant le sommet de la Francophonie, une première pour un président français. Pour permettre cette intervention, la Chambre sera appelée pour une séance extraordinaire, puisque selon le règlement, les députés ne rentraient au travail que le troisième mardi d’octobre, le 21.

Cette année, hasard et conjoncture font que le « Sommet de la Francophonie » se tiendra au lendemain d’une élection fédérale. En effet, le 14 octobre sera jour d’élections au Canada. La XIIe Conférence des chefs d’État et de gouvernement ayant le français en partage, plus connue sous le nom de « Sommet de la Francophonie », se réunira du 17 au 19 octobre 2008 à Québec.

Auparavant, un sommet Union européenne-Canada doit réunir le président français Nicolas Sarkozy, président en exercice de l’Union européenne, et le Premier ministre canadien Stephen Harper (s’il est réélu), le 17 octobre à Montréal, juste avant le sommet de la Francophonie. Cette rencontre sera l’occasion pour lancer des négociations sur un vaste accord de partenariat entre le Canada et l’Union européenne.

La Conférence des chefs d’État et de gouvernement des pays ayant le français en partage, communément appelé Sommet de la francophonie, se tient tous les deux ans et elle est l’instance suprême de la Francophonie. En novembre 2004, à l’occasion du Xe Sommet de Ouagadougou, au Burkina Faso, l’Organisation se dotait d’une feuille de route qui fixait pour les dix prochaines années les axes stratégiques de son intervention et de ses actions : promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique ; promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’Homme ; appuyer l’éducation, la formation, l’enseignement supérieur et la recherche ; développer la coopération au service du développement durable et de la solidarité.

Reconnaissons à la francophonie d’avoir obtenu des gains importants dans le monde : son rôle décisif à l’Unesco pour l’adoption de la Convention sur la diversité culturelle, en octobre 2005 et à New York, pour promouvoir une Organisation des Nations unies pour l’environnement (ONUE) ou créer le Conseil des droits de l’homme.

En mars dernier, lors de la Journée internationale de la Francophonie, Nicolas Sarkozy avait semblé donner le ton à ce qu’il entrevoyait pour le Sommet d’octobre à Québec : « La Francophonie, ce n’est pas simplement la défense du français. Je voudrais qu’on y mette un contenu politique au vrai sens du terme. Est-ce qu’on ne pourrait pas mettre les États francophones à la tête du combat universel pour préserver les équilibres environnementaux de la planète? » Bref, Nicolas Sarkozy souhaite que le Sommet en soit un politique où on discutera des grandes questions de l’heure, et tout particulièrement d’environnement. Nicolas Sarkozy veut aussi que la Francophonie joue un rôle accru dans le maintien de la paix, même « si elle n’est pas une ONU bis » (Le Devoir).

Brisant quelques tabous, le président, avait ouvertement souhaité l’adhésion de l’Algérie et d’Israël dans la Francophonie. « Ça serait une très bonne nouvelle si le président Bouteflika acceptait de prendre part au sommet de Québec cette année ».

Sans toutefois avoir remis les pendules à l’heure avec le Québec. Le président se présentera au Québec pour l’informer qu’il entend privilégier ses liens avec le Canada. Ce discours de réorientation stratégique sera prononcé à l’Assemblée nationale du Québec. En mars dernier, Nicolas Sarkozy avait émis le vœu de redéfinir la politique étrangère française envers le Canada et le Québec, selon ce que rapportait Jean-Pierre Raffarin. Ce dernier avait prévenu les autorités que le président annoncerait, lors de son séjour à Québec, une réforme importante de la position française dans le dossier des relations Québec-Canada.

Le Québec devrait assister, lors du discours de Nicolas Sarkozy à l’Assemblée nationale, à l’enterrement de première classe de la célèbre formule, lancée par le ministre gaulliste Alain Peyrefitte, de « non-ingérence, non-indifférence ». Il s’en trouve plusieurs pour dire que si tel devait être le cas, le président français renierait 40 ans d’histoire montrerait une grave méconnaissance de la réalité canadienne et québécoise en matière de diplomatie.

Le fait marquant de cette douzième Conférence des chefs d’État et de gouvernement sera l’occasion pour Nicolas Sarkozy d’apporter des précisions sur les relations entre la France et le Québec. Dans une tradition de rupture qu’il affectionne, Nicolas Sarkozy avait déclaré le 8 mai dernier que la France était très proche du Québec mais aussi qu’elle aimait « beaucoup le Canada ».

Selon une rumeur persistante, le président Sarkozy quittera le Sommet de la Francophonie des 17, 18 et 19 octobre au milieu de la réunion, soit le samedi 18 octobre. Le dimanche matin, les 55 chefs d’État et de gouvernements examineront, sans Nicolas Sarkozy, la place de la langue française dans le monde. L’Élysée refuse toujours de confirmer la nouvelle. Nicolas Sarkozy doit participer plus tard à un autre sommet, celui avec les pays asiatiques à Pékin qui ne commencera toutefois que le 24 octobre.

Le secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, Abdou Diouf, avait rappelé, non sans une grande lucidité, que « la Francophonie sait tout ce qu’elle doit à la France, même si la France ne sait pas toujours tout ce qu’elle doit à la Francophonie et ce qu’elle pourrait lui donner en retour ».

L’exemple vient de haut.





Afghanistan – Pas de morts, que des blessés. Harper et Sarkozy peuvent dormir.

29 09 2008

Canada – Deux soldats canadiens ont été blessés samedi en Afghanistan lorsque des insurgés talibans ont attaqué leur avant-poste de combat dans le district de Panjwai. Un des deux militaires repose dans un état sérieux, mais stable ; l’autre a été soigné pour des blessures mineures.

FranceNeuf soldats français ont été blessés samedi lors d’un accrochage avec des rebelles dans le village d’Ebdakel, dans la province afghane de Kapisa, au nord-est de Kaboul. Le soldat le plus grièvement blessé a une jambe cassée. Les quatre victimes, atteintes par des éclats de roquettes, ont été transportées à l’hôpital militaire de Bagram, à une cinquantaine de kilomètres au nord de la capitale afghan.

Pas de morts dans les deux cas. Stephen Harper du Canada et Nicolas Sarkozy de France pourront dormir tranquilles. La solitude du pouvoir ne leur pèsera pas trop lourd, cette fois. Business as usual, dirait Georges W.





Obama triomphe.

27 09 2008

Débat Obama-McCain – qui est le gagnant ? Qui est le perdant ?

Selon le Huffington Post,

  • 40 pour cent des indécis ont déclaré Obama vainqueur contre 22 pour cent pour McCain. 38 pour cent ont déclaré « match nul ».
  • Ces mêmes indécis ont considéré à hauteur de 68 pour cent qu’Obama gèrerait mieux la crise économique contre 41 pour cent pour McCain.
  • 55 pour cent des indécis croient que McCain prendrait les décisions les plus appropriées sur la question de l’Irak contre 49 pour cent pour Obama.

CNN donne Obama vainqueur du débat à 51 % contre 38 %.

Les sondeurs Frank Luntz, pour les Républicains, et Stan Greenberg, pour les Démocrates, déclarent, au sein de leurs groupes de discussion respectifs, Barack Obama vainqueur sur son rival John McCain – 61 pour cent contre 39 pour cent.

Pendant un peu plus d’une heure et demie, Barack Obama et John McCain ont exposé respectivement leurs programmes, répondu aux questions du journaliste Jim Lehrer thème par thème, dans des segments de deux minutes, et débattu pendant une dizaine de minutes.

La question économique ne pouvait qu’occuper une première place dans ce premier de trois débats, les candidats étant conscients tous les deux qu’elle est de loin la première préoccupation des électeurs. Selon Barack Obama, cette crise est un constat brutal de « huit ans de politiques ratées soutenues par le sénateur McCain ». John McCain s’est dit heureux que « démocrates et républicains » [aient pu] « s’asseoir pour négocier et mettre un dispositif au point ».

Selon John McCain : « Nous ne parlons pas de faillites à Wall Street, mais de problèmes économiques majeurs pour Main Street  ». Tout en poursuivant : « Pour tous les Américains aujourd’hui, il ne s’agit as du commencement ou de la fin de cette crise, il s’agit de la fin du commencement si nous parvenons à trouver une solution pour sauver ces établissements et nous avons beaucoup de pain sur la planche ».

Pour Barack Obama : « La question qu’il faut se poser est la suivante : oui nous devons essayer de résoudre cette crise dans de brefs délais, mais il faut également se demander comment nous avons pu pousser la déréglementation aussi loin. Comment se fait-il que n’ayons pas pu mettre sur pied un cadre réglementaire depuis l’an 2000 pour gérer ce type de problème ? Cette situation est due à une philosophie selon laquelle la réglementation est toujours quelque chose de mauvais ».

Pour John McCain : « Le gouvernement doit procéder par des prêts plutôt que de prendre les actifs contaminés en charge. Il s’agit de la crise fiscale la plus importante depuis fort longtemps ». Pour Barack Obama : « La santé de l’économie se mesure par la façon dont les gens ordinaires s’en sortent ». Pour John McCain : « Beaucoup de travail reste à faire et nous devons créer des emplois et cesser notre dépendance envers le pétrole étranger ». Pour Barack Obama : « La crise a été créée par le gouvernement Bush ».

L’avenir, pour Barack Obama, c’est : « d’établir notre indépendance énergétique, d’investir dans les sources d’énergie alternatives, d’avoir des écoles concurrentielles et s’assurer de l’accessibilité aux études supérieures ». L’avenir, pour John McCain, c’est « réduire les dépenses. Le gouvernement est hors de contrôle ». C’est pourquoi il propose le gel de dépenses dans des domaines autres que la défense et les anciens combattants. Obama réplique : « il y a un endroit où on dépense des milliards inutilement, c’est en Irak ».

Selon le Huffington Post, les journalistes Charlie Gibson, de ABC, David Brooks et Marks Shields de PBS, John McCain a évité, tout au long du débat, de croiser le regard avec son rival Barack Obama : « McCain never looked at Obama during the debate ».

Sur la question iranienne, Obama parle de dialogue avec l’Iran. Pour McCain, tout dialogue avec l’Iran revient à légitimer un personnage qui veut rayer Israël de la carte. Il dénonce les pays comme la Russie et la Chine, qui font du commerce avec l’Iran. Pour Barack Obama, la guerre en Irak a renforcé l’Iran qui finance maintenant des organisations terroristes. Il reconnait que l’arme nucléaire constitue une menace. Selon Obama, la manière forte n’a jamais fonctionné, et c’est par la voie d’une diplomatie rigoureuse que le contentieux avec l’Iran serait réglé.

Sur l’Irak, McCain s’est décrit comme un opposant au gouvernement fédéral en se déclarant contre « le traitement des prisonniers, sur Guantanamo Bay et sur la façon dont la guerre en Irak a été menée ». Pour Barack Obama, le gouvernement « a perdu de vue l’essentiel en se concentrant en Irak et en laissant la situation dégénérer en Afghanistan, l’objectif principal dans la guerre contre le terrorisme ».

Tout au cours du débat, John McCain n’a pas raté de qualifier son adversaire de « naïf ». Selon ce dernier, Barack Obama n’a ni l’expérience ni le jugement nécessaire pour devenir président des États-Unis. Réplique de Barack Obama : « Que le sénateur McCain se présente comme un tenant du contrôle des dépenses est difficile à avaler compte tenu de l’orgie de dépenses et de déficits qui s’est produite sous les républicains ».

Relativement à l’annonce McCain de suspendre sa campagne jusqu’à ce qu’un règlement soit trouvé sur la crise économique qui secoue l’Amérique, Mat Welch, auteur de « McCain, le mythe du rebelle », déclarait à Libération : « Il veut tout simplement faire un spectacle de son patriotisme, car en fait il n’est pas impliqué dans les négociations au Congrès, où il n’a pas voté depuis le mois d’avril ». John McCain avait aussi suspendu l’annonce officielle de sa candidature à la présidentielle, en mars 1999, une semaine après l’intervention militaire américaine au Kosovo qu’il soutenait.

Deux autres débats entre MM. Obama et McCain sont prévus les 7 et 15 octobre, à Nashville (Tennessee) et à Hempstead (État de New York). Jeudi prochain, le 2 octobre, ce sera au tour des candidats à la vice-présidence, Joe Biden et Sarah Palin, de s’affronter.

Entre temps, selon un sondage effectué par l’institut Gallup pour le quotidien USA Today, 74 % des Américains ne favorisent guère l’inaction et croient qu’une intervention du gouvernement est nécessaire pour éviter la déroute du système financier et économique. Soixante-dix-huit pour cent appuient l’idée d’un renflouage des principaux acteurs du secteur financier. Mais à n’importe quel prix. En effet, 56 % des Américains veulent que le Congrès amende le projet de l’administration Bush. En particulier, 63 % jugent qu’il est « très important » de plafonner les salaires et les primes des patrons des banques qui bénéficieraient de l’aide des pouvoirs publics. Le renflouage des banques doit, selon une moitié des américains, s’accompagner d’une aide aux quelque deux millions d’emprunteurs qui sont menacés de saisie immobilière.

Sources : AFP, Cyberpresse, Drudge Report, Huffington Post, Le Monde, Presse canadienne





Après Toulon, les Français peuvent-ils croire Nicolas Sarkozy ?

26 09 2008

Les Français sont-ils rassurés ? Nicolas Sarkozy résumé en cinq phrases :

Nous venons de passer à deux doigts de la catastrophe. Les Français ont peur pour leurs économies, leur emploi et leur pouvoir d’achat.

La crise actuelle aura des conséquences dans les mois qui viennent sur la croissance, sur le chômage, sur le pouvoir d’achat. Il n’existe aucune solution miracle.

Le gouvernement ne peut en effet se permettre de creuser un peu plus un déficit qu’il aura déjà sans doute bien du mal à résorber d’ici à 2012 comme il l’a promis.

L’État garantira la sécurité et la continuité du système bancaire et financier en cas de difficulté. Je n’accepterai pas qu’un seul déposant perde un seul euro parce qu’un établissement financier se révélerait dans l’incapacité de faire face à ses engagements.

La crise financière, c’est la crise d’un système (…) qui a trahi l’esprit du capitalisme. Le marché qui a toujours raison, c’est fini. Ou bien les professionnels se mettent d’accord, ou bien nous réglerons le problème par la loi avant la fin de l’année.

Nicolas Sarkozy

(Plume : Henri Guaino)





Bush menace : le plan de sauvetage ou la réduction des retraites !!

25 09 2008

Les huit années de règne républicain à la tête du pays sont désastreuses. Les républicains en sont conscients. Le président de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, et le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, ont défendu le plan lors d’une réunion, à huis clos, avec les républicains de la chambre des représentants. Le plan de sauvetage, qui a des relents d’une intervention de nature socialiste, n’est pas de nature à plaire aux élus républicains pour qui toute économie doit obligatoirement passée par la dérégulation et le néo-libéralisme, et qui restent profondément têtus sur le non-interventionnisme de l’État et sur la limitation des impôts. Ces mêmes élus ont exprimé leurs doutes et expliqué que leurs électeurs étaient largement opposés au projet. Le sauvetage heurte leurs convictions conservatrices profondément ancrées. Tout projet d’injection massive d’argent public dans l’économie privée est contraire à leur philosophie.

Les démocrates soutiennent le plan de sauvetage l’administration républicaine (44 % pour, 36 % contre) ; du côté républicain, les soutiens de John McCain hésitent face à l’administration Bush (44 % pour, mais 42 % contre) (« Le Monde »).

John McCain croit qu’il lui faut être au Sénat pour participer personnellement aux négociations entre le gouvernement américain et le Congrès au sujet du plan de sauvetage de l’administration de George W. Bush. Il met en veilleuse sa campagne pour se rendre d’urgence à Washington. Le sénateur républicain a demandé à Barack Obama de suspendre également le débat qui doit avoir lieu vendredi entre les deux candidats.

Barack Obama croit au contraire que le débat doit avoir lieu et que la campagne doit se poursuivre, car les Américains doivent entendre la personne qui, dans une quarantaine de jours, devra affronter cette crise. Relativement à la proposition que le Sénat doit entendre sur le redressement de la situation à Wall Street, Barack Obama a indiqué qu’il continuerait de travailler dans un esprit non partisan et de faire tout le nécessaire pour trouver une solution, tout en affirmant qu’il est en contact quotidien avec les dirigeants du Congrès et avec le secrétaire au Trésor, Henry Paulson, et qu’il ne juge pas nécessaire sa présence dans l’immédiat.

John McCain a mis en garde la population et les élus de Washington contre les graves conséquences d’une indécision du Congrès, même si la Chambre des représentants du Sénat tente de trouver un accord sur le projet de sauvetage de l’administration Bush.

Les deux candidats sont toutefois parvenus à émettre, mercredi soir, un communiqué commun sur cette crise financière : « Les Américains font face à un moment de crise économique. Quelle que soit la façon dont cette crise a commencé, nous avons tous la responsabilité de travailler pour la résoudre et restaurer la confiance dans notre économie », indique ce texte. L’emploi, l’épargne et la prospérité des Américains sont en jeu. Il est temps d’être ensemble, démocrates et républicains dans un esprit de coopération pour le bien des Américains. Le plan qui a été soumis au Congrès par l’administration Bush est imparfait mais les efforts pour protéger l’économie américaine ne doivent pas échouer ».

Est-ce que ce communiqué suffira à calmer le jeu ? « Les Américains sont furieux que l’on demande au Congrès de débloquer quelque 700 milliards $ US pour enrayer cette crise économique ». Cette déclaration vient de la bouche même de John Boehner, chef de file des républicains à la chambre des représentants. La part des Américains considérant que l’économie est en récession ou en dépression est passée de 45 % en janvier 2008 à 61 % en septembre selon une récente enquête Gallup.

Le Congrès n’apprécie guère de devoir mettre les bouchées doubles pour adopter ce plan de sauvetage sans que lui soit donné le temps de l’étudier à fond. « Ce n’est pas parce que Dieu a créé le monde en sept jours que nous devons adopter ce texte en sept jours », a répliqué Joe Barton, un représentant républicain du Texas.

Le président de la commission des services financiers de la Chambre, le démocrate Barney Frank, mène de vives discussions avec Henry Paulson sur cette disposition du plan de sauvetage qui vise à racheter aux banques leurs créances douteuses liées aux crédits immobiliers à risques. Le Congrès n’exige rien de moins qu’un contrôle plus rigoureux et plus direct sur le plan. D’autre part, le gouvernement devra s’engager à renégocier les nombreux crédits immobiliers, rachetés aux institutions bancaires, pour éviter aux propriétaires en difficulté de voir leur maison saisie.

Dans son allocution à la Nation, Georges W. Bush a relégué sa rhétorique lénifiante habituelle au placard : « Nous sommes au milieu d’une crise financière grave », a-t-il déclaré. « Toute notre économie est en danger  »». Voilà un républicain qui a tenté de convaincre la population du bien-fondé du plan de sauvetage de l’économie américaine. Il a réitéré son crédo dans la libre entreprise. En temps normal, les entrepreneurs et les investisseurs devraient faire les frais de leurs erreurs. Toutefois la situation économique actuelle est exceptionnelle et justifie l’intervention du gouvernement. « Si le Congrès ne peut s’entendre sur ce plan de sauvetage dans les prochains jours, les conséquences pourraient être catastrophiques pour l’ensemble de l’économie. Le pays pourrait se trouver embourbé dans une « longue et douloureuse récession », a répété Georges W. Bush.

Il lui faudra surtout convaincre les élus de son camp, le GOP, de procéder avec diligence. Les poches de résistance majeure au plan viennent de son clan. « Cet effort de sauvetage ne vise pas à préserver les sociétés ou les industries de certains individus. Il vise à préserver l’économie américaine en général », a déclaré Georges Bush, voulant se montrer rassurant. Comme nous a habitué Georges W. Bush, il a également menacé : « Davantage de banques pourraient faire faillite, la Bourse pourrait chuter encore plus, ce qui réduirait la valeur de vos retraites, plus d’entreprises pourraient fermer leurs portes et des millions d’Américains perdre leurs emplois (…) et finalement, notre pays pourrait vivre une récession longue et douloureuse ». Pas l’ombre d’un regret.

Il existe toutefois un point commun entre démocrates et républicains : tous deux souhaitent l’établissement d’un plafond pour limiter les indemnisations que toucheront les dirigeants des entreprises qui bénéficieront du plan. Le démocrate Max Baucus, président de la commission des finances du Sénat, veut imposer des pénalités fiscales sur les indemnités versées aux dirigeants d’entreprise qui gagnent plus que le président des États-Unis, et il entend taxer lourdement les parachutes dorés. Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, a décidé de limiter le montant de ces primes qui exaspèrent régulièrement les contribuables. Les démocrates voudraient de plus réduire le montant total du plan de sauvetage et ne lui consacrer que 150 à 200 milliards de dollars, du moins dans un premier temps.

Après son discours à la Nation, George W. Bush a, de son côté, invité à la Maison Blanche les candidats John McCain et Barack Obama, ainsi que des élus influents, à venir débattre du plan de sauvetage.

Au Canada, rappelons-le, le chef conservateur, Stephen Harper, rejette tout scénario catastrophe. Certains analystes canadiens redoutent de voir se propager au Canada la crise qui s’abat sur les familles à faible revenu qui ne seront plus en mesure de payer leurs hypothèques. Deux économistes, de l’agence de courtage Merrill Lynch, affirment, dans une étude, que les ménages canadiens vivent au-dessus de leurs moyens financiers, bien plus que les ménages américains ou britanniques. Selon David Wolf et de Carolyn Kwan, tous les ingrédients d’une crise sont réunis et une chute du marché de l’habitation et de celui du crédit n’est qu’une question de temps. Stephen Harper rugit : « Je n’accepte pas cette conclusion, pas du tout. Nous avons vu […] un marché de construction beaucoup plus fort au Canada qu’aux États-Unis. Nous n’avons pas du tout la même situation avec les hypothèques ». Des économistes se rangent derrière le Premier ministre : « Nous ne croyons pas qu’il y aura un effondrement semblable à celui que l’on peut observer aux États-Unis », déclare James Marple, économiste à la Banque Toronto Dominion.

En France, il faudra surveiller de près le discours du président Nicolas Sarkozy, dont le silence est particulièrement troublant depuis une semaine, qu’il prononcera à Toulon. D’ici là, le brave homme réfléchit.

Sources : AFP, Le Monde, Presse canadienne, Radio-Canada)





Nicolas Sarkozy : oui à l’élargissement des Nations-Unies, non à l’élargissement de l’UE

24 09 2008

Le président Nicolas Sarkozy a cultivé l’art de l’ambigüité. Il le maitrise avec une main de maître, à vrai dire. Aux Nations-Unies, Nicolas Sarkozy plaide pour l’élargissement du Conseil de Sécurité. « On ne peut pas gouverner le monde du XXIe siècle avec les institutions du XXe siècle », a déclaré le président français. « Élargir le Conseil de sécurité et le G8 n’est pas qu’une question d’équité, c’est aussi la condition pour pouvoir agir efficacement », soutient monsieur Sarkozy en lançant ce cri de ralliement : « Nous ne pouvons plus attendre ».

L’impatience des pays en émergence peut se comprendre. L’impatience du brésilien Lula da Silva, dont le pays est candidat à un siège permanent au sein du Conseil agrandi, s’explique aisément : « Cela fait quinze ans que les Nations unies discutent de la réforme du Conseil de sécurité. La structure d’aujourd’hui est figée depuis six décennies et n’est pas adaptée aux défis du monde d’aujourd’hui ».

À ce jour, 15 pays sont membres du Conseil de sécurité dont cinq sont permanents dotés d’un droit de veto : Chine, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Russie. Lula da Silva considère cette forme de représentation comme un obstacle pour le monde multilatéral auquel tous les pays aspirent. Il convient de noter que la présente composition du Conseil de Sécurité est née du rapport de forces mondial qui prévalait en 1945. Le Japon et l’Allemagne, par exemple, ne sont pas des membres permanents du Conseil. Et c’est la Chine qui s’était objectée en 2005 à l’admission du Japon en tant que membre permanent. L’élargissement souhaité par la France et la Grande Bretagne s’effectuerait par étapes pour ouvrir le Conseil à des pays comme l’Allemagne, le Brésil, l’Inde, le Japon et à deux pays africains en tant que membres permanents à titre temporaire, ou semi-permanents, sans droit de veto.

Lorsque le président Sarkozy agit à titre de président en alternance de l’Union européenne, il se montre particulièrement réticent à l’élargissement du Conseil européen. Et sa position sur la Turquie est connue depuis quelques lustres. En 2004, Nicolas Sarkozy, alors président de l’UMQ, déclarait : « ce n’est pas insulter la Turquie que de dire que ce n’est pas un hasard si elle choisit comme capitale (Ankara) une ville dont je n’ai pas connaissance qu’elle se situe exactement en Europe ». Le président ajoutait cette petite phrase qui, sous des airs de « jovialiste », est particulièrement assassine : « Si la Turquie était européenne, ça se saurait ». La Turquie de 2008 n’est plus celle de 1918 : un pays marginalisé et moyenâgeux.

La situation géostratégique de la Turquie en fait aujourd’hui un acteur important dans le domaine de la diplomatie. Que ce soit auprès d’Israël, de la Syrie, en Irak, en Iran ou auprès de l’Otan. L’Afrique a également établi de nouveaux partenariats (NEPAD) avec l’Amérique du Sud, la Chine, les États-Unis, l’Inde, le Japon et la Turquie.

Abudullah Gül est le premier président turc à s’être rendu en Arménie depuis l’indépendance en 1991 de cette ex-république soviétique. Et cette ouverture vers une normalisation entre les deux pays pourrait abattre une barrière psychologique importante dans le Caucase, comme le notait Abudullah Gül. Les chefs de la diplomatie arménienne et turque sont convenus de se rencontrer à New York, à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations unies. Et il faut se remettre en mémoire que La Turquie avait, en 1993, fermé sa frontière avec l’Arménie pour soutenir l’Azerbaïdjan turcophone dans son conflit avec cette dernière.

Est-il besoin de rappeler que le « non à la Turquie » de Nicolas Sarkozy a été l’un des slogans de la campagne qui l’a mené au pouvoir. Et la position adoptée par le président français contredit la position française des De Gaulle, Mitterrand et Chirac. Nicolas Sarkozy agit comme s’il ignorait délibérément la position géostratégique de la Turquie et de son influence considérable dans la région. Entre l’Asie et l’Occident. Entre le Moyen Orient et l’Asie Centrale. Rien de moins.

Lorsqu’il a prononcé, devant les ambassadeurs, son discours de politique étrangère en août 2007, Nicolas Sarkozy a semblé s’ouvrir davantage à l’adhésion de la Turquie au sein de l’Union. « La France ne s’opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l’Union et la Turquie soient ouverts dans les mois et les années qui viennent ». Et voilà que derrière cette ouverture, bien petite il faut le dire, se profile une influence qui tend à s’éroder autour du président : Patrick Devedjian. Jean Quatremer cite l’ancien vice-président du Parlement européen, Pierre Moscovici : « Que Nicolas Sarkozy qui est un opposant à l’adhésion de la Turquie se soit finalement rallié au point de vue de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, plutôt qu’à celui de Patrick Devedjian, secrétaire général de l’UMP, là-dessus, je dis bravo ».

En 2005, Jacques Chirac avait introduit, pour se sortir du piège turc, un référendum pour tout nouvel élargissement introduit dans la Constitution. L’Assemblée nationale avait adopté le 29 mai dernier, en première lecture, un amendement rendant le référendum obligatoire pour l’entrée dans l’Union européenne de « pays représentant plus de 5% de sa population européenne ». En juin 2008, la commission des Affaires Étrangères du Sénat avait supprimé cet amendement qui visait expressément l’adhésion éventuelle de la Turquie au sein de l’Union Européenne. La singularité de cette démarche française résidait dans l’idée même d’introduire une mesure, un verrou référendaire, obligatoire de surcroît, « visant implicitement un pays » dans sa propre Constitution. À l’avenir, il appartiendra au président de la République de choisir entre ratification par voie parlementaire ou référendum de toute demande de nouvelle adhésion à l’UE.

Pour revenir sur la question de l’élargissement du Conseil de sécurité, les négociations devraient débuter en février 2009 au plus tard. Lorsque le président français déclare : « Que les grandes puissances d’aujourd’hui et celles de demain s’unissent pour assumer ensemble les responsabilités que leur confère leur poids dans les affaires du monde afin que les institutions internationales aient plus de cohérence, qu’elles soient plus représentatives, plus fortes, plus respectées », pourquoi cette union des forces des grandes puissances ne s’applique-t-elle qu’au seul Conseil de sécurité ? Ce à quoi s’oppose Moscou qui n’entend pas perdre ses privilèges du droit de veto : « Il faut chercher à améliorer l’efficacité du Conseil de sécurité de l’ONU moyennant une extension limitée de sa composition ». Moscou propose de n’augmenter que le nombre des membres non permanents disposant d’un mandat prolongé.

Le Révérend Père Miguel d’Escoto Brockmann, du Nicaragua, nouveau président de l’Assemblée générale des Nations unies, a dénoncé en termes plutôt vifs la domination de l’Occident et le pouvoir du Conseil de sécurité sur l’organisme universel. Il déplore le fait que certains membres du Conseil de sécurité soient prompts à faire usage de leur droit de veto : « il semble que le privilège que confère le droit de veto leur soit monté à la tête et les ait embrouillés au point de les amener à penser qu’ils sont fondés à se comporter comme ils l’entendent, sans encourir la moindre conséquence ». Et selon Miguel d’Escoto Brockmann : « le simple élargissement du Conseil de Sécurité ne permettra pas de mettre un terme à la pratique qu’il a qualifiée d’usage abusif du droit de veto par certains membres ». Il a plutôt suggéré de rediriger une partie des pouvoirs du Conseil de sécurité vers l’Assemblée générale.

Qu’en pense la France de Nicolas Sarkozy ? Elle semble d’accord pour élargir le Conseil de Sécurité mais peu encline à recevoir de nouveaux membres au sein de l’UE. Cherchons l’erreur.





Nicolas Sarkozy : après les honneurs de New York, les explications de Toulon

23 09 2008

Nicolas Sarkozy a beaucoup de raisons de réfléchir par les temps qui courent. D’abord, il est toujours au plus bas dans les sondages. En septembre, seulement 37% des Français sont satisfaits de leur président, selon un sondage « Ifop » publié par«  Le Journal du dimanche » daté du 21 septembre. En d’autres termes, 62% des personnes interrogées se disent mécontentes du chef de l’État, soit trois points de plus qu’en août. Ce n’est pas rien.

Autre élément de réflexion, l’économie. Jusqu’à jeudi, le président réfléchit. Il donnera sa vision avant l’examen, vendredi, en conseil des ministres, du projet de budget 2009 de la France. Le président de la France, aussi incroyable que cela puisse paraître, s’est abstenu jusqu’ici de commenter les derniers rebondissements de la crise financière américaine. Il est vrai que le président peine à régler ces petits soucis domestiques qui sont fort ennuyeux car ils indisposent le peuple : citons notamment la réduction de 68 milliards d’euros des prélèvements obligatoires en cinq ans, le retour des finances publiques à l’équilibre en 2012 ou la hausse de 25% du minimum vieillesse.

Selon la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, le président est « en situation d’analyse avant de proposer jeudi soir toute une présentation de sa politique économique ». Qu’importe que la crise financière internationale et ses éventuelles conséquences pour l’économie française inquiètent 81% des Français! Le président réfléchit. Un proche du président a prévenu qu’il ne faudrait pas s’attendre à des « propositions bouleversantes ». Que l’on aime ou non Georges W. Bush, il a pris la situation bien en main. Le président de la France, lui, réfléchit. Comment expliquer au peuple, après des promesses insensées tout au cours de la campagne électorale, que le président ne dispose à proprement parler d’aucune manœuvre tant l’économie de son propre pays est à plat ? Christine Lagarde prépare le terrain : « Je pense que nous avons encore toute une série d’obstacles à franchir et de difficultés à surmonter, » tout en réitérant sa confiance dans la « solidité de notre système bancaire ».

Comment Nicolas Sarkozy expliquera ce rapprochement soudain avec Georges W. Bush dont le crédo économique a toujours été fondé sur l’ultralibéralisme ? Comment expliquer au peuple que le modèle américain connaît de sérieuses ratées et que ces ratées peuvent influer directement sur l’économie de la France, tellement fragilisée par des années d’imprévoyance ? Le réformateur n’a plus les moyens de réformer. Alors, il réfléchit.

Nicolas Sarkozy a beau donner des leçons d’économie, il ne dispose pas d’un équipage vigoureux pour le mener à bon port. Le président est à New York. Depuis samedi. Il profitera de son séjour pour recevoir deux prix : le prix humanitaire de la fondation Elie Wiesel, lundi soir, et celui de l’homme d’État de l’année, par la fondation « Appeal of conscience » (Appel de la conscience) mardi.

Tout près de Wall Street, il s’adressera ensuite aux Nations Unies dans le cadre d’une réunion sur les « besoins de développement de l’Afrique ». Et le hasard veut que Nicolas Sarkozy monte à la tribune après le dernier discours de George W. Bush comme président des États-Unis. Et c’est aux États-Unis que Nicolas Sarkozy affinera ses convictions avant de parler d’économie au peuple Français inquiet par cette folle spirale financière.

Il y a fort à parier que Nicolas Sarkozy se fera à nouveau le chantre, comme lors de son intervention de l’an passé, de la « moralisation du capitalisme financier » et formuler à ses hôtes des propositions pour prévenir de futures crises. Il y a fort à parier qu’il répètera avoir averti en 2007 l’humanité de la crise imminente qui frappe l’économie mondiale. Tout cela dit avec style et diplomatie. Il devra être prudent : « il y a des questions qui ne se traitent pas sur la place publique » ou « comme dans des foires agricoles », surtout après le discours d’un président comme Georges W. Bush qui s’est toujours réclamé contre la régulation et pour le néolibéralisme économique. Et le président lui-même convenait que, pour traiter d’un sujet aussi grave, « il faut être très reposé pour affronter la crise financière internationale ».

Comme l’indique un diplomate : « Même si tout le monde est d’accord sur le fond, il y a les mots pour le dire ». Nicolas Sarkozy devra éviter de froisser les 27 qui, tout en partageant ce verdict, ne souhaitent pas voir la présidence française de l’Union se perdre en déclarations tonitruantes à New York. C’est ce même président, par ailleurs, qui, de retour en France, aura beaucoup de difficultés à respecter ses engagements européens de ne pas dépasser 3 % du PIB avec ses déficits publics.

Le président, de retour en France, devra mettre bon ordre dans cette invraisemblable cacophonie en matière de taxes, du financement controversé du RSA à la multiplication de mesures de bonus-malus écologique. Nicolas Sarkozy aura eu le temps de s’inspirer de ses homologues européens qui n’ont pas hésité à commenter la conjoncture économique actuelle. Gordon Brown a appelé à identifier les « comportements irresponsables » à l’origine de la crise financière internationale. José Luis Rodriguez Zapatero a qualifié la crise financière « de grande envergure  » et a estimé qu’ « elle avait mis le système financier mondial dans une situation extrêmement difficile ». Angela Merkel a expliqué que le gouvernement suivait le dossier « avec une grande attention  » et qu’elle était « en contact étroit avec les responsables de l’industrie bancaire allemande, tout comme avec les autres gouvernements ». Joaquin Almunia, commissaire européen aux Affaires économiques, a plaidé pour une plus grande coordination, à l’échelle européenne, dans le domaine de la régulation financière. George W. Bush a dit partager les inquiétudes des Américains et il a invoqué les mesures « extraordinaires » prises récemment par son gouvernement et la Réserve fédérale.

Le président français s’expliquera le 25 septembre, dans un discours de 45 minutes au Zénith de Toulon devant 3.000 à 4.000 personnes, sur sa politique économique. Le but de ce grand rassemblement est « de remettre en perspective la politique économique de la France », « un peu comme il l’avait fait, en juillet 2007, à Epinal, pour présenter la réforme des institutions ». La tentation sera forte pour le président Sarkozy de « justifier le bien-fondé » des réformes conduites depuis son élection en mai 2007.

Il faut dire que, en Charente-Maritime, Nicolas Sarkozy s’était hasardé à commenter la crise financière en ces termes : « Bien sûr, il y a une crise économique mondiale et européenne, mais ce n’est pas une raison pour arrêter les réformes, c’est au contraire une raison pour aller plus loin ».

Va pour la poursuite des réformes mais il n’en demeure pas moins vrai que des doutes planent sur le pouvoir réel du président de les mener à termes, au vu, encore une fois, des prévisions de croissance du gouvernement et de sa capacité à maintenir les déficits publics en-deçà de la barrière des 3% du PIB fixée par Bruxelles.

En terminant, que dire de ce député du gouvernement, Bernard Carayon, qui a jugé le message des grands argentiers européens « désastreux » ? Est-ce le sentiment d’un seul député ou un avis partagé par l’ensemble de la droite présidentielle ?