De retour, enfin.

1 09 2008

Après une trop longue absence, je reviens vers un domaine que j’affectionne, la liberté d’écrire. L’expérience que je viens de vivre a été particulièrement fascinante. Mais qui m’a éloigné un peu trop de la source première de mon enrichissement personnel. Cela étant dit, qu’ai-je perdu de cette actualité si différente, qu’elle nous vienne de l’Orient ou de l’Occident ?

Les jeux olympiques sont terminés. Les athlètes sont rentrés chez eux, les médailles ornent probablement les murs de leurs chambres, d’autres n’auront que quelques photos à exposer, à proximité de leur bonne conscience, aux parents et amis venus les féliciter. Ils n’auront vu que le côté flamboyant des Jeux. Jacques Rogge engrange et il est retourné dans le château du CIO à Lausanne. Il n’a pas raté l’occasion de souligner et de saluer des « Jeux vraiment exceptionnels ». Pékin jubile. Les dissidents rentrent dans leurs trous. Ils n’en sont jamais sortis sauf dans leurs rêves les plus fous. Si jamais les Jeux leur apportaient un peu d’oxygène ? Ils auront plus que jamais de nouveaux compagnons pour les accompagner dans la décrépitude de ces écoles de réforme de la pensée. Ce n’est que détails superflus aux yeux des puissants de ce monde qui ont courbé l’échine devant Hu Jintao. Du pain et des jeux, disait-on au temps où le latin dominait l’anglais. La Chine finit première avec ses 51 médailles d’or devant les États-Unis (36). Tout est dans la réussite et beaucoup dans l’indifférence.

Et au Canada ? J’y viens.

Sarah Palin. Sarah qui ? Cette question est sur toutes les lèvres de l’Américain moyen. Elle n’est pas de droite, elle est d’extrême-droite. C’est une femme armée contre les vicissitudes de la vie : membre à vie de la National Rifle Association, opposée à l’avortement, même dans les cas de guerre ou de viol, Sarah Palin, la vilaine, a éclipsé à elle seule les retombées du congrès démocrate. La colistière de John McCain fait un pied de nez aux caciques républicains. De par sa jeunesse, elle pourra elle aussi revendiquer un vent de changement. Pour le meilleur ou pour le pire. La femme dont n’a pas voulu Barack Obama, de son prénom Hillary, aura son contrepoids en la personne de Sarah Palin. Comme les mauvaises langues ont, aux États-Unis, droit de cité, la dame en question est déjà dans l’eau chaude. Elle aurait tenté de faire congédier un policier pour des motifs personnels, non professionnels. Petite vengeance après divorce. Oh la vilaine !

Oui, mais au Québec ? J’y viens. Patience.

On parle beaucoup de la Géorgie. Moscou a fait une démonstration sonore du bruit de ses bottes pour repousser l’armée géorgienne hors de la région de l’Ossétie du Sud le 7 août dernier et pour prendre le contrôle de parties du territoire géorgien. C’est tout à l’honneur de Vladimir Poutine qui a toujours réglé les conflits. Plus par les pieds qui battent la cadence que par la tête qui raisonne. Dmitry Medvedev, le président russe, est tellement encadré par les conseillers stratégiques de Poutine qu’il lui est impossible de se sortir la tête de l’eau. L’asphyxie le guette déjà. Poutine veille sur le jeunot. Pas d’initiatives, prévient-il. Sauf que. Pékin n’est pas heureux, mais pas du tout, de la reconnaissance par Moscou de deux régions séparatistes. Trahison. Le mot est faible. L’Ambassadeur de Russie en Chine Sergey Razov est allé s’expliquer : « Reconnaître l’indépendance de ces deux régions était l’unique décision possible pour la Fédération russe ». La décision de reconnaître l’indépendance des républiques d’Ossétie du Sud et d’Abkhazie indispose au plus haut point la Chine déjà aux prises avec ses propres régions séparatistes. Le Premier ministre serbe, Mirko Cvetkovic, n’a certes pas tort lorsqu’il constate, dans le quotidien Politika, que : « La proclamation d’indépendance du Kosovo a « malheureusement » eu un effet domino au Caucase ». Point de vue qui se tient mais que n’avait pas prévu l’Occident.

Mikheil Saakachvili de la Géorgie a éveillé en Vladimir Poutine le spectre du diable dans l’eau bénite. « On a le sentiment que l’Occident traite la Russie en perdant de la guerre froide, qui doit se plier aux règles du vainqueur », avait déclaré un jour Poutine. Il en a marre de cette vision de l’Occident et vient de le montrer avec ses gros sabots. Sabres et bruits de bottes. Un retour de Prague, craignent certains observateurs. Moscou avait dit non au Kosovo mais dit oui à l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Après les jeux jubilatoires de Pékin, Hu Jintao fera face aux jeux de la diplomatie hypocrite des uns et des autres. Mais il sait une chose : la reconnaissance par Moscou de l’Abkhazie et l’Ossétie n’a aucune valeur juridique. Et il n’est pas sur que Moscou rassemble les 97 voix nécessaires, aux Nations Unies, pour mener à terme cette reconnaissance. Pékin y veillera.

Et au Canada ? J’y viens. Oui, mais au Québec ? J’y viens aussi.

Au Canada, Harper menace de provoquer des élections anticipées. Lui-même, Dion, Layton et Duceppe occuperont la première place des actualités de l’automne. Le jeu est simple. Qu’il revienne au pouvoir avec un gouvernement minoritaire, il sait que pour Dion, les dés seront jetés et le chef libéral itou. Qui va le pleurer ? Le Canada n’est pas les États-Unis, tant s’en faut.

Au Québec. Yves Bolduc, un nouveau ministre de la santé aligné sur le Just in Time vient de montrer qu’il méconnait cette norme Internationale. Rapide sur la gâchette pour rejeter un centre d’injection supervisée de drogues, il n’a pas su gérer avec promptitude et transparence la crise de la listériose. Les communications entre son cabinet et ses fonctionnaires tournent à la déficience. Mais le brave docteur Bolduc, en attendant son élection, s’empresse de se ranger derrière le ministre de la santé fédéral, Tony Clement, dénoncé de la plus verte façon par le quotidien La Presse. « Il n’y a pas de consensus médical sur la question d’implanter des sites d’injection supervisée au Québec », dit le ministre Bolduc. En France, le milieu médical appelle ces sites : « salles de consommation de drogue ». La propagation des maladies recherche-t-elle les consensus médicaux pour agir ? « Décision qui ne correspond pas au consensus national et international de santé publique », réplique Réjean Thomas, de la clinique l’Actuel. L’Organisation mondiale de la santé et l’ONU sont en faveur de l’implantation de tels sites, souligne Réjean Thomas.

Bolduc a indiqué que son gouvernement ne bougera pas pour l’instant alors que son prédécesseur, Philippe Couillard, avait déjà fait état d’un projet de salles d’injection. Fait à noter, le directeur de la santé publique de Montréal, Richard Lessard, était signataire, comme 129 autres praticiens canadiens de la santé, d’une lettre parue dans un grand journal médical qui dénonçait la croisade « idéologique » des politiciens contre les sites d’injection. « La santé du pays est mise en péril si nos politiciens ignorent des résultats de recherche probants parce qu’ils ne vont pas dans le sens de leur idéologie ou leurs idées préconçues », écrivaient-ils (Cyberpresse).

Au Canada, de quoi parlerons-nous au cours des prochaines semaines ? De durcissement du Code criminel et des peines, des compressions dans les organismes de promotion économique, de compressions dans les programmes de soutien à l’exportation de la culture québécoise, du relèvement des dépenses militaires, des morts de plus en plus lourdes en Afghanistan, de cette droite religieuse sectaire et ultra-puritaine, qu’incarne Harper, qui nous vient de l’Ouest et qui tend à s’étendre jusqu’au Québec ?

Il y a aussi le phénomène Stéphane Dion. L’homme du « non-dit ». Le chef du Parti libéral du Canada qui déploie ses énergies à ne pas paraître pour ne pas disparaître. L’homme qui a maintenu au pouvoir les conservateurs en leur permettant de passer leurs deux derniers budgets et le dernier discours du Trône. Et dire qu’au cours de cet automne, il faudra analyser les tendances et les angoisses métaphysiques de cet homme inodore et incolore.

Bof. Un automne chaud en perspective. Qui remplacera un peu l’été qui a été particulièrement absent. Que de nouvelles à traiter. Que de mots à écrire. Que de maux pour écrire des choses intelligentes !

Publicités

Actions

Information

6 responses

1 09 2008
Françoise

Et bien Pierre, je vois vous n’avez pas perdu votre plume !
 

Je pense en effet que nous ne manquerons pas de sujets de « conversation » dans les mois qui viennent.

1 09 2008
mosane

Jolie plume, en effet : quelle synthèse !
Vous n’avez oublié qu’une chose… Les Belges wallons (qui il y a 30 années traitaient les Flamands de « ploucs ») souhaitent majoritairement un rattachement à la France.
A bientôt le plaisir renouvelé de vous lire.

1 09 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Merci pour ces bons mots. Je dois me remettre dans le rythme de mes lectures et de mes excellentes fréquentations. Je constate ce matin (09h) qu’il fait si beau à Montréal. Une petite marche de santé et je visite les amies et les amis. Heureux de vous retrouver.

Mosane

La Belgique je n’oublie pas. D’autant plus que sa situation pourrait s’apparenter à plus d’un point avec la situation du Québec. Mais cela vous le savez sans doute. Merci pour vos bons commentaires. Heureux de vous compter parmi les lecteurs de ce blogue.

Pierre R.

1 09 2008
Dominique Hasselmann

Notre observateur canadien préféré a enfin repris sa position en haut de la tour de guet.

Les hommes politiques (même ceux qui ont nom de chanteuse) n’ont plus qu’à bien se tenir, même si c’est un voeu pieux !

1 09 2008
RV

Moi je viens râler. Sur ce blog j’ai un ridicule petit avatar rose barbie, je proteste, je veux celui de Dominique Hasselmann !
Non je blague évidemment !
Sinon, si je vous lis bien, la gauche canadienne n’a rien à envier à la gauche française en matière de lisibilité, non ?
Hervé

1 09 2008
Pierre Chantelois

Dominique

Que de bons mots.

RV

La question en réalité est la suivante : existe-t-il une vrai gauche singulière et non plurielle ? Si oui, je la cherche toujours.

Pierre R.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s




%d blogueurs aiment cette page :