Géorgie – « L’Union restera vigilante » !

2 09 2008

Force est d’admettre que monsieur Mikheïl Saakachvili ne manque pas d’aplomb. Du haut de sa confiance d’airain, il déclare : « Aujourd’hui, nous pouvons affirmer que la Géorgie n’est plus seule, parce le monde entier se tient derrière nous ». La réalité est pourtant toute autre.

Purs et durs s’affrontent contre les modérés. Les États-Unis et l’Otan étant jugés trop impartiaux par Moscou pour s’impliquer dans le règlement du conflit, la tâche incombe donc aux 27 de l’UE de chercher une issue diplomatique à cet incroyable imbroglio.

Lundi, les 27 pays de l’Union européenne ont discuté de la Géorgie. Plus précisément, devrais-je dire, de la Russie. Les représentants de ces pays avaient bien en tête un fait économique indéniable : la Russie fournit 40 % du gaz européen. En 2030, ce chiffre pourrait atteindre les 54% des besoins gaziers européens. Cette réalité tempère les velléités des uns d’isoler Moscou et justifie la modération des autres qui voudraient maintenir un dialogue. La chancelière Angela Merkel avait prévenu que : « la position allemande est que nous ne devrions pas rompre le dialogue avec la Russie ». Gazprom, les entreprises allemandes E-ON et BASF, et la société néerlandaise Gasunie ont un intérêt commun qui n’est pas le moindre : le projet de gazoduc russo-allemand « Nord Stream ». Et en retour, Moscou compte bien sur ce gazoduc pour exporter son gaz. Réciprocité impose. Dépendance également.

Poutine avait menacé en termes non voilés les Européens : « Si les États européens veulent servir les intérêts de politique étrangère des États-Unis, ils n’y gagneront rien ». L’Europe a beaucoup à perdre, soit « le pétrole, le gaz, la pétrochimie, le bois, divers métaux, les engrais chimiques (…) ».

Mais, diable, qui veut la déstabilisation des Balkans et de l’Eurasie centrale ? Il y a peut-être bien l’Open Society Institute (OSI) de l’américain d’adoption et hongrois d’origine, Georges Soros, dont l’objectif affiché est de promouvoir le développement des sociétés démocratiques et ouvertes. Sauf que…

Selon Géostratégie : « Mikhaïl Saakachvili a fait ses études aux États-Unis grâce à une bourse du Département d’État avant de travailler à New York, à partir de 1995, au sein du cabinet néoconservateur Patterson Belknapp Webb & Tyler. Son Premier ministre, Vladimir « Lado » Gurtgenidze, a travaillé à Londres de 1998 à 2003 pour le géant bancaire anglo-hollandais ABN-Amro. Le chef du Conseil national de la sécurité, Alexander « Kakha » Lomaia, a été en 2003/04 le directeur exécutif de l’Open Society Georgia Foundation de George Soros. Le ministre de la Réintégration Temur Yakobashvili est un lobbyiste pro-israélien, tout comme le ministre de la Défense, Davit Kezerashvili, qui possède lui-même la nationalité israélienne. Quant à l’armée géorgienne, elle a depuis 2001 été principalement équipée par Israël et ses forces entraînées par des instructeurs israéliens ».

Si Georges Soros soutient inconditionnellement la Géorgie, l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui a succédé au regroupement Le Mécanisme des Cinq de Shanghaï, le 15 juin 2001, et qui regroupe la Chine, la Russie et quatre des cinq ex-républiques soviétiques d’Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan), a donné, à Dushanbe, la capitale tadjike, un appui mitigé à Moscou. Cette organisation est le plus important regroupement régional du monde. Ses pays membres couvrent un territoire supérieur à 30 millions de km2, avec une population de 1,46 milliard d’habitants.

« Les leaders de l’organisation ont approuvé dans leurs dires les actes de Moscou, mais dans leur déclaration finale ils se sont prononcés pour le respect de l’intégrité territoriale et contre l’usage de la force dans les affaires internationales », notait le quotidien d’opposition Kommersant et comme le rapporte le quotidien Le Monde. « Avec retenue, sans reconnaître l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, ils ont toutefois soutenu leur partenaire », écrit Rossiïskaïa Gazeta. L’OCS n’a pas voulu s’engager, il va sans dire, dans une alliance stratégique qui apparaîtrait comme concurrente de l’OTAN côté occidental.

La Chine n’est pas pour autant satisfaite de la présente conjoncture politique dans la région. Elle n’a manqué, malgré la résolution de l’OCS, d’exprimer sa « préoccupation au sujet des derniers développements de la situation en Ossétie du Sud et en Abkhazie », par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Qin Gang. La Chine na cache pas ses réserves et montre clairement qu’elle n’entend pas se mêler des affaires de séparatisme à l’étranger. Elle en a plein les bras avec le Tibet et la région ouïgoure à majorité musulmane du Xinjiang, dans l’ouest du pays.

Le scénario du pire, l’isolement, aurait des conséquences économiques catastrophiques. Le cours du gaz grimperait inéluctablement vers des sommets dont ne se plaindrait pas trop le pourvoyeur. La Grande-Bretagne, la Pologne, la Lettonie insistent pour un réexamen complet des relations entre l’UE et la Russie. L’Allemagne et la France préfèrent tenir un dialogue avec la Russie, le principal fournisseur d’énergie et important partenaire commercial de l’UE.

Et la valse des petits pas reprend de plus bel. MM. Barroso et Sarkozy, accompagnés du diplomate en chef de l’UE, Javier Solana, se rendront le lundi 8 septembre à Moscou et Tbilissi pour tenter de progresser vers un règlement du conflit, et tenter notamment d’obtenir un retrait des troupes russes de Géorgie. C’est un peu pour cette raison que le sommet extraordinaire d’une demi-journée, qui s’est tenu lundi, n’a pas accouché de sanctions contre la Russie. La Pologne et les Pays baltes militent même pour une force d’interposition européenne. On ne mord pas la main de celui qu’on veut visiter.

Tenguiz Khatsarava, cité par France Presse, est un simple citoyen. Son opinion a-t-elle une quelconque importance ? Toujours est-il qu’il fait une moue pessimiste en formulant cette remarque toute simple mais lourde de sens : « Les Russes connaissent les faiblesses des Français et des Allemands, les seuls qui peuvent nous aider sont les Américains, car ils n’ont pas besoin du gaz russe ». Moscou se dit persuadé que les États-Unis ont fourni des armes à la Géorgie. Le cercle infernal.

« L’Union restera vigilante », annonce un document qui circule dans les milieux diplomatiques de Bruxelles. En attendant un réexamen plus complet des relations UE-Russie, le porte-parole du Premier ministre britannique, Gordon Brown, avait formulé le commentaire selon lequel l’UE devrait suspendre, tant que les forces russes seront en Géorgie, les négociations sur un nouvel accord de partenariat et de coopération. C’est fait. « Tant que le retrait des troupes sur les positions antérieures au 7 août n’aura pas été réalisé, toutes les réunions en vue de la négociation de l’accord de partenariat sont reportées », a annoncé le président de la Commission européenne José Manuel Barroso.

Remarque assassine de France Info : « Cette mesurette de rétorsion était la seule envisagée par les Européens pour accompagner leur condamnation verbale de l’intervention russe en Géorgie début août et de la reconnaissance mardi dernier par Moscou de l’indépendance des régions séparatistes géorgiennes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud ». Le président Sarkozy a levé le doigt et déclaré : « Yalta, c’est fini », « le retour des sphères d’influence n’est pas à l’ordre du jour ». La France aurait-elle vraiment quitté l’Afrique francophone ?

(Sources : AFP, France-Info, Le Monde, Le Temps (Suisse), Libération)

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9 responses

2 09 2008
Gilles

Donc, le Québec devrait demander l’amitié et la protection de la Russie, quand il fera son indépendance ; je veux dire quelques années auparavant, of course. À propos, Gazprom n’a pas quelque participation dans le port méthanier de Lévis ? Hé Hé…
 

2 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Bonjour d’abord. J’espère que les vacances et le repos ont été profitables. Je n’ose imaginer Vladimir aider le Québec à obtenir son indépendance. Les moyens pour y parvenir seraient un peu moins… timorés, disons.

Pierre R.

2 09 2008
Gilles

Bonsoir Pierre, heureux de te voir de retour sur la blogosphère !
 
Nos moyens et nos méthodes, et notre pédagogie, sont si timorés, en effet, que les élites indépendantistes me donnent l’impression d’être capables de demander la permission pour respirer. En fait, le fond de ma pensée est que Mme Marois, G. Duceppe et les autres, à commencer par René Lévesque, croyait sans doute que l’indépendance est souhaitable, mais justement, c’était chez eux une croyance, c’est-à-dire qu’ils espèrent que la majorité les suivra sans qu’ils aient à faire aucun travail sérieux, profond, de pédagogie. À bien y réfléchir, mais sans connaître le détail de la situation politique de tous les états qui ont fait leur indépendance depuis 20 ans, je dirais que c’est l’élément qui manque au Québec : le sentiment d’évidence.
 

2 09 2008
Françoise

Bonjour Pierre,
 
Force est de constater que nous n’en serions pas là si Mr Saakachvili, de façon inconsidérée, n’avait pas ouvert la boite de Pandore…

« les seuls qui peuvent nous aider sont les Américains, car ils n’ont pas besoin du gaz russe  »

Et si, justement, les Américains ont besoin du gaz russe, et je pense que ce monsieur se berce d’illusions quant à l’aide américaine. Si « aide » il y a elle n’est pas désintéressée. Les Géorgiens ne seront pas mieux traités que d’autres si ce n’est pas dans l’intérêt des USA.

2 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Jean-François Deniau rappelait dans le Figaro la réplique du général de Gaulle à l’ambassadeur des Pays-Bas, qui lui avait dit : « Certes, les Pays-Bas sont un petit pays » ; « Non, Monsieur l’ambassadeur. Pas un petit pays : une nation ». Au Canada, nous n’avons pas le sens aussi noble du mot nation.

L’ancien premier ministre Bernard Landry avait posé la question suivante : « Dès que cette reconnaissance sera réalisée, il faut que vous sachiez que vous serez par la suite confrontés à la question suivante: pourquoi la nation québécoise devrait-elle se satisfaire du statut de province d’une autre nation et renoncer à l’égalité avec votre nation et toutes les autres? »

La réponse est venue de Stephen Harper : « parce que les Québécois ont toujours joué un rôle historique pour faire avancer le Canada avec solidarité, courage et vision, et pour bâtir un Québec confiant, autonome, solidaire et fier, au sein d’un Canada fort, uni, indépendant et libre ».

Une fois de plus les intérêts régionaux priment sur les droits d’indépendance du Québec. Voilà à quoi se résume le concept de nation au Canada. Nous sommes le pays de la clarté référendaire.

La situation change. 76 % des Canadiens croient que le Canada est le meilleur endroit pour vivre au monde. En plus, 62 % des Québécois et 60 % des francophones partagent cet avis. 91 % de l’ensemble des Canadiens et même 97 % des anglophones se disent fiers d’être canadiens. Mieux encore, 71% des Québécois se disent fiers d’être Canadiens alors que seulement 20 % ne sont pas fiers et 9 % sont sans opinion.

Une nation Gilles ? Ce n’est plus un espoir pour ma génération.

Pierre R.

2 09 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Vous avez fort bien traité de la question géorgienne sur Republicae. Et le détour s’impose.

La question s’impose : existe-t-il une région du monde qui ne soit sous influence ou intervention des États-Unis ?

Pierre R.

2 09 2008
Françoise

Pierre,
 
Donner une réponse à votre question est bien difficile. S’il y en a je ne la connais pas. Car peu ou prou, où qu’on soit il faut « faire avec » cette influence, directe ou indirecte. Et je trouve que cela devient de plus en plus insupportable.

3 09 2008
Gilles

Pierre a écrit :
Madame Palin aurait utilisé ses pouvoirs pour régler une affaire familiale.

Le président Sarkozy, lui, utilise son épouse pour régler des affaires d’État (la libération des infirmières Bulgares, l’accueil du Grand Lama récemment, quoique ce ne soit pas tout à fait comparable. Bref, les Grands de ce monde ne distingue pas vie privée et fonctions officielles.
 
 

Pierre a écrit :
John McCain, faut-il le rappeler, sera, à 72 ans, le plus vieux candidat à assumer la présidence du plus puissant pays du monde.

Tu l’as déjà élu ?
 

3 09 2008
Gilles

Décidément, je suis distrait, ces jours-ci. Le commentaire plus haut concerne le billet Quel prix faut-il payer pour être colistier aux États-Unis ?. Désolé.
 

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