Le Canada en élections : la droite religieuse de l’Ouest vaincra-t-elle ?

8 09 2008

Les Conservateurs ont-ils vraiment le vent dans les voiles ? Un sondage Strategic Counsel-The Globe and Mail paru la semaine dernière accorde 37 % des intentions de vote au Parti conservateur, 29 % au Parti libéral, 17 % au NPD et 9 % au Parti vert. La marge d’erreur est de 3,1 %, 19 fois sur 20. Comme l’indique le quotidien Le Devoir, trois sondages différents, avec le même échantillonnage (1000 répondants) et conduits à la même période (entre le 21 et 30 août) ont mis les conservateurs et les libéraux pratiquement à égalité. Le Chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, l’admet : « M. Harper veut un gouvernement majoritaire et il ne faut pas se leurrer. Une majorité est à sa portée ».

Les Canadiens et Canadiennes iront aux urnes le 14 octobre prochain. Inutile de revenir sur le fait que les conservateurs ne suivent pas l’engagement pris de tenir des élections à date fixe. Les prochaines élections étaient normalement prévues en octobre 2009, conformément à la loi qu’ont fait adopter les conservateurs eux-mêmes. Après avoir rencontré la Gouverneure générale du Canada, monsieur Harper s’est rendu au Québec. Signe des temps. Il a quitté Québec par la suite pour se rendre à Vancouver. D’un océan à l’autre.

Il lui faudra gagner 28 sièges aux 127 qu’il détient actuellement, sur les 308 que compte la Chambre des communes, pour obtenir une majorité. Les hostilités au Québec sont ouvertes. Et le Québec risque bien de basculer dans l’extrême-droite, comme nous le verrons.

À la tête d’un gouvernement minoritaire depuis deux ans et demi, soit depuis le 23 janvier 2006, Stephen Harper, qualifié de premier ministre « le plus à droite de l’histoire canadienne » par Stéphane Dion, doit à ce dernier, notamment, sa longévité, exceptionnelle, à Ottawa. Stephen Harper est en effet le chef de l’un des plus longs gouvernements minoritaires de l’histoire du Canada. Pourtant, le Premier ministre n’hésite pas à invoquer l’obstruction de l’opposition au parlement pour justifier sa décision de convoquer des élections.

Les contradictions sont, au sein de la classe politique de toute allégeance, monnaie courante. En rencontre de presse, ce dimanche, pour justifier un nouveau mandat de la population canadienne, monsieur Harper s’appuie sur les réalisations de son gouvernement, même s’il détenait « l’une des plus faibles minorités de l’histoire canadienne ». Il déclare sans se contredire, à ses yeux : « Nous avons démontré que c’est possible de gouverner dans une situation minoritaire, même avec une petite minorité », rapporte Cyberpresse. Cette loi sur des élections à date fixe devait, selon ces mêmes conservateurs, empêcher entre autres les chefs de gouvernement de déclencher des élections pour leur seul intérêt politique.

Le pays a, selon Stephen Harper, besoin d’un nouveau gouvernement dans une phase d’incertitude économique. Le Premier ministe souhaite en effet donner aux Canadiens un gouvernement capable de défendre leurs intérêts dans « une période d’instabilité économique mondiale ». Il est vrai que le Canada a flirté avec la récession. L’exemple flagrant en est le secteur manufacturier des provinces les plus peuplées, l’Ontario et le Québec, qui a été touché de plein fouet.

Selon Pierre Martin, professeur de sciences politiques à l’université de Montréal, outre les sondages favorables, l’élection présidentielle américaine pèse aussi dans la décision de M. Harper. Celui-ci peut craindre qu’après une victoire du démocrate Barack Obama, les électeurs canadiens soient moins enclins à réélire un gouvernement conservateur jugé proche de George W.Bush.

De bonne guerre, le leader du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a comparé le Premier ministre à George W. Bush tandis que celui du Parti libéral, Stéphane Dion, a affirmé qu’il avait une vision étroite du gouvernement fédéral. Les conservateurs eux présentent leur chef comme un « père de banlieue conduisant ses enfants à un match de hockey en fourgonnette », et celui des libéraux comme un « professeur élitiste » trempant dans le dogmatisme et la théorie. La bataille d’images est bel et bien engagée.

Ce à quoi rétorque Stéphane Dion : « M. Harper provoque des élections parce qu’il craint que la détérioration économique ne compromette ses chances plus tard ». Tout en poursuivant : « Les conservateurs ont très mal géré l’économie ; ils ont détruit la robustesse (économique) que nous avions donnée à ce pays », affirme le chef libéral. Le message passe difficilement, semble-t-il, puisqu’un sondage récent montre que les Canadiens font plus confiance aux conservateurs qu’aux libéraux pour gérer l’économie. Une majorité de Québécois, soit 59%, estime que le chef libéral Stéphane Dion n’a pas les qualités requises pour devenir premier ministre du Canada. Déjà que les conservateurs se font un plaisir malin de brocarder Stéphane Dion !

Stéphane Dion sera-t-il entendu de la population canadienne ? « J’aime le Canada. Je suis entré en politique pour préserver l’unité de ce pays. Je veux user de toute mon énergie, de toute mes convictions, pour faire de ce pays un pays plus juste, plus riche et plus vert ». Le plan vert qui impose une taxe sur le carbone ne reçoit pas l’accueil attendu à travers le Canada. Imposer une taxe sur le carbone aux agriculteurs, à l’industrie forestière, aux pêcheurs et aux camionneurs en indispose plus d’un. Le premier ministre du Nouveau-Brunswick, Shawn Graham, avoue que le projet d’imposer une taxe sur le carbone ne fait pas l’affaire de la population de sa province. Le premier ministre progressiste-conservateur de la Nouvelle-Écosse, Rodney MacDonald, annonce qu’il n’imposera pas de taxe sur le carbone, comme l’ont fait la Colombie-Britannique et le Québec et comme le suggère le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion. Cette mesure coûterait 400 $ par année aux familles de la Nouvelle-Écosse, une province qui dépend beaucoup du charbon, du gaz naturel et du pétrole.

Les Conservateurs s’en donnent à cœur joie : « Ce n’est pas un plan vert, c’est un plan fiscal. Il n’y a aucune cible de réduction des gaz à effet de serre ».

Fondé par Lucien Bouchard, dans la conjoncture de l’échec de l’Accord constitutionnel de Meech, en 1994, le Bloc québécois réussira-t-il à garder la ferveur de la population québécoise ? En 2004, il avait recueilli 49% des suffrages lors des élections générales. En janvier 2006, ce pourcentage avait baissé à 42%. Depuis, les sondages montrent un fléchissement marqué de l’appui au Bloc. Il n’en serait tout au plus qu’à 30% des intentions de vote.

Le Québec basculera-t-il à droite, voire à l’extrême-droite, en donnant aux conservateurs un gouvernement majoritaire ? Selon le deuxième volet du sondage Léger Marketing-Le Devoir-Globe and Mail, 55% des Québécois croient que Stephen Harper mérite d’être reporté au pouvoir. Le Chef du Bloc québécois en est bien conscient. « La vision « à droite » de Stephen Harper ne correspond pas aux valeurs du Québec », dit-il. Les sondages oscillent entre cette vision de la droite conservatrice et un nationalisme qui s’effrite de plus en plus et qui se situe plus au centre gauche. « Il vaut mieux élire des députés québécois qui seront « debout dans l’opposition » plutôt « qu’à genoux au pouvoir », prévient Duceppe. 28% des Québécois accorderaient à Stephen Harper un mandat majoritaire et 27% un mandat minoritaire.

Lors d’un rassemblement politique de son parti, le chef bloquiste a cité des statistiques de la Fédération canadienne des contribuables selon lesquelles, entre le 2 juin et le 4 septembre, le gouvernement conservateur a dépensé 3,9 millions de dollars à l’heure en investissements, subventions et autres cadeaux préélectoraux. « Ils viennent de faire la preuve qu’un député du Bloc est capable d’obtenir autant de subventions que les autres et plus encore », ironise Gilles Duceppe.

Le message passera-t-il avec autant de fermeté auprès de la population québécoise ? « Lui (Stephen Harper), il voulait que l’on soit en Irak! C’est ce genre de décision qu’il imposerait, on le voit avec les coupes en culture, les coupes dans le domaine du développement économique (…) Ce sont des mesures très idéologiques, le vieux fond réformiste qui reviendrait à la surface », martèle Gilles Duceppe. « L’idéologie à laquelle adhère M. Harper est en complète rupture avec le modèle de société adopté par le Québec ».

Un lecteur du quotidien La Presse, Gilles Langevin de Montréal, pose un jugement sévère sur le Bloc québécois et il n’est pas le seul : « Au cours de ses 18 années d’inutilité, le Bloc a passé 6000 jours dans l’opposition et a pris part à cinq campagnes électorales différentes au cours desquelles il a fait 700 promesses sans espoir d’accéder un jour au pouvoir. Au cours de ces mêmes années, le Bloc n’a réussi à faire adopter que quatre mesures législatives au rythme fulgurant d’un projet de loi tous les quatre ans et demi. Les Québécois ont raison de se demander ce que leurs députés du Bloc font pour mériter les salaires et les pensions qu’ils touchent ».

Rien n’est joué. Rien n’est perdu. Selon ce même sondage Léger Marketing-Le Devoir-Globe and Mail, 58% des Québécois, toutes allégeances confondues, considèrent que le Bloc est toujours utile à Ottawa.

Selon Christian Dufour, politologue à l’ENAP, cité par Le Devoir : « Mon impression est que le gouvernement Harper a déjà une grande usure du pouvoir après seulement trois ans. Il a fait beaucoup de mécontents. Je pense que le Bloc québécois n’est pas mort. La campagne sera serrée ».

(Sources : AFP, Canoë, Cyberpresse, Le Devoir, Presse canadienne)

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3 responses

8 09 2008
Gilles

Stéphane Dion a dit :
Je veux user de toute mon énergie, de toute mes convictions, pour faire de ce pays un pays plus juste, plus riche et plus vert.

Donc ce pays est juste, riche, et vert ? Il l’est dans une certaine mesure, sans doute : juste envers ceux qui ont des relations (je pense aux nombreuses condamnations sévères à la suite de l’enquête du juge Gomery sur les « commandites » et à la loi des « mesure de guerre », il y a quelques années), riche au profit de quelques-uns (je pense aux lois sur les fondations privées et à celles qui régissent les transferts de fonds à l’étranger), et vert dans les beaux quartiers (je pense à l’Alberta où on arrache le sol sur 80,000 kilomètres carrés pour extraire les sables pétrolifères, et aux villages amérindiens sans eau courante encore de nos jours).
 
Le Canada est (ou a été pendant quelque temps) le « plus meilleur pays » selon un de ses anciens premiers ministres, mais je mets cette opinion au compte de l’amour, qui est aveugle, comme chacun sait. On peut espérer qu’il ne deviendra pas le « plus religieux » si S. Harper est réélu, mais je ne le pense pas.
 

9 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Entièrement en accord avec votre avis. Puis-je vous suggérer d’écouter l’entrevue que donnait à Paul Arcand le candidat libéral et chef de l’opposition Stéphane Dion? C’est bien mal parti.

Pierre R.

9 09 2008
Gilles

Merci Pierre, je viens d’écouter ; c’est en effet mal parti. Stéphane Dion est un politologue et un patriote sincère (quoique un peu lyrique), mais il n’est pas un politique. Quoi qu’il en soit, il dit une idée que je pense vraie, au début de l’entrevue : conjuguer l’écologie et l’économie. Je pense moi aussi, comme Stéphane Dion et comme le gouverneur Schwarzenegger, que continuer à opposer les deux est dépassé, et que la mise au point de nouvelles technologies propres est la voie de l’avenir.
 
(Strange bedfellows…)
 

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