Les États-Unis ont, depuis le 11 septembre 2001, sacrifié la liberté à la guerre au terrorisme

12 09 2008

11 septembre 2001. Une date qui va bouleverser le monde entier. Non dans ce qu’il a de meilleur, mais dans ce qu’il a de pire. La suspicion. Je n’ai aucune propension pour les thèses conspirationnistes et aux complots entourant le 11 septembre 2001. Le 11 septembre 2001, n’eut été de l’administration de Georges W. Bush, aurait été un jour où le souvenir s’impose à la mémoire des victimes innocentes prises dans l’enfer de ce terrible attentat. À la veille de cet événement, tout ce que le secrétaire américain à la Sécurité nationale Michael Chertoff trouve à déclarer est qu’Al-Qaïda recule durement en Irak et que l’organisation terroriste « souffre d’une perte de réputation » dans le monde arabe. Le chef du renseignement allemand (BND) Ernst Uhrlau déclare également que « Al-Qaïda n’est plus en situation de préparer et d’exécuter tranquillement des attentats d’une importance comparable à ceux du 11-Septembre » même si ses chefs restaient « la source d’inspiration idéologique pour les jihadistes du monde entier ».

Autre son de cloche qui ne vient pas du monde arabe : l’ancien juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière, aujourd’hui Haut représentant de l’Union européenne auprès des États-Unis pour le financement du terrorisme, croit, pour sa part, que : « Le niveau de menace demeure important et je dirais qu’il est plutôt en hausse à cause de la situation dans les pays du Maghreb et du Sahel, où l’islamisme se développe et où des réseaux d’Al-Qaïda s’implantent. Je pense aussi qu’il existe une menace islamique en Europe et que la France n’est pas épargnée ».

L’Américain Michael Scheuer, ancien chef à la CIA de « l’unité Ben Laden », ne partage pas tout à fait la vision de Chertoff : « nous avons gagné du temps en Irak en payant la moitié des insurgés pour qu’ils combattent à nos côtés et tuent leurs cousins d’Al-Qaïda. Cela ne veut pas dire qu’Al-Qaïda est vaincu. Parce que c’est une idéologie, pas une armée (…) Tant que nous continuerons à dominer le monde musulman avec nos hélicoptères Apache, nos tanks, nos Humvee et nos « amis » les dictateurs, Al-Qaïda subsistera ».

« L’une des plus grandes erreurs stratégiques que nous avons faites après le 11-Septembre est de ne pas avoir terminé notre travail en Afghanistan », affirmait récemment le sénateur candidat démocrate, Barack Obama. Sept ans après le 11 septembre 2001, « la guerre contre le terrorisme » montre, à sa face même, la grande faiblesse de la force de l’OTAN (l’ISAF été ses quelque 70 000 soldats) et de la coalition internationale Operation Enduring Freedom, toujours commandée par les États-Unis face au « bourbier afghan ».

Aux États-Unis, que reste-t-il du 11 septembre 2001 ? Une triste réalité. Des 40.000 employés du bâtiment qui ont nettoyé le site, 40 % souffrent de problèmes respiratoires. George W. Bush avait promis des centaines de millions de dollars pour la recherche et aux soins de ces héros. Un dixième de la somme a été versé, explique Xavier Deleu, réalisateur du documentaire « Les Héros sacrifiés du 11 septembre ». L’EPA (agence de protection de l’environnement) savait que le site était extraordinairement dangereux. Leurs communiqués de presse ont été réécrits par la Maison-Blanche.

Le 20 mars 2003, les États-Unis attaquent l’Irak sans l’approbation du Canada et sans l’endossement de l’ONU. Le 28 mars 2003, Stephen Harper et Stockwell Day signent un commentaire dans le Wall Street Journal : « Aujourd’hui le monde est en guerre. Une coalition dirigée par les États-Unis et la Grande-Bretagne s’apprête à désarmer Saddam Hussein. Mais le Premier Ministre Jean Chrétien a décidé de se tenir à l’extérieur de cette coalition multilatérale de nations. C’est une sérieuse erreur ». Plus tard, interrogé par la chaîne Fox, Stephen Harper déclare représenter la « majorité silencieuse » des Canadiens.

Le site Bakchich publie des extraits d’un ouvrage de journalistes et d’universitaires sur les dérives de la lutte contre le terrorisme des démocraties occidentales : « Au nom du 11 septembre… Les démocraties à l’épreuve de l’antiterrorisme », publié aux éditions La Découverte. Il est intéressant d’y lire : « Le retour foudroyant du « terrorisme » dans l’actualité après le 11 septembre a puissamment consolidé la position des experts médiatiques — et en particulier de ceux qui font profession d’exploiter la peur. Car les médias exigent des réponses « expertes » à de multiples questions : que s’est-il passé et que doit-on maintenant craindre ? »

Guantanamo Bay reste le symbole le plus marquant des excès de « la guerre contre le terrorisme ». Guantanamo n’a été qu’une étape dans la lutte contre le terrorisme. Sur quelque 260 détenus, seule une vingtaine a été inculpée. Les prisonniers doivent comparaître devant des commissions militaires dites d’exception dont le fonctionnement n’a rien à envier à tout ce qu’il y a de plus rétrograde en termes de justice dans le monde. Les preuves obtenues par des interrogatoires « cruels » et « inhumains » sont admises et contrairement à un procès civil, même si l’accusé est acquitté, il peut rester prisonnier puisqu’il a été qualifié d’« ennemi combattant » par l’armée américaine. Un détenu ne peut placer une requête en Habeas Corpus devant les tribunaux afin de contester son arrestation et les conditions de sa détention.

Georges W. Bush déclarait en 2005 : « La survie de la liberté dans notre pays dépend de plus en plus du succès de la liberté dans d’autres pays. Le meilleur espoir de paix pour notre monde, c’est d’étendre la liberté partout ». Georges W. Bush a prononcé ces mots dans le cadre de son discours d’investiture. Pour bien marquer ce deuxième mandat, il n’a pas hésité à se donner le droit de défendre, partout dans le monde, la liberté, mot qu’il a prononcé 41 fois : « Lorsque vous vous lèverez pour votre liberté, nous nous lèverons avec vous ». Et il prend l’engagement suivant : « l’Amérique n’imposera pas son propre style de gouvernement à ceux qui ne le souhaitent pas. Notre objectif est plutôt d’aider les autres à parler de leur propre voix, obtenir leur propre liberté et tracer leur propre voie ».

Au cours des deux années qui ont suivi le 11 septembre 2001, une étude a recensé 935 « fausses déclarations de hauts responsables de l’administration sur la menace que présentait l’Irak de Saddam Hussein pour la sécurité nationale ». En septembre 2002, un an après le 11 septembre 2001, Georges W. Bush déclare que « le régime irakien possède des armes biologiques et chimiques, reconstruit des installations pour en fabriquer encore plus (…) cherche à avoir la bombe nucléaire et avec des matériaux fissiles pourrait en fabriquer une en un an ».

Le New York Times révélait, en avril 2008, au terme d’une vaste enquête, que Georges W. Bush, et son équipe, avaient lancé une tentative de manipulation de l’opinion publique à grande échelle par l’entremise d’experts militaires qui interviennent quotidiennement sur les ondes des grands réseaux de télévision du pays afin de faire passer un message favorable à sa guerre contre le terrorisme. Le New York Times avait examiné quelque 8000 pages de messages électroniques, de transcriptions et d’enregistrements décrivant plusieurs années de briefings et de voyages en Irak ou à Guantánamo. Ces spécialistes de la télévision étaient invités à des centaines de réunions privées avec des dirigeants militaires. Ils étaient emmenés en Irak, ils avaient accès à des renseignements confidentiels et étaient conviés à des rencontres avec de hauts responsables de la Maison-Blanche, du département d’État et du département de la Justice, selon le New York Times.

Gilbert Lavoie, éditorialiste du quotidien Le Soleil, écrivait le 26 janvier dernier : « Saddam Hussein était responsable de la mort de 250 000 personnes en Irak, mais ce n’est pas pour des raisons humanitaires que le président Bush lui a déclaré la guerre. C’est pour le pétrole. Un motif inacceptable s’il lui fallait un jour s’expliquer devant un tribunal international ».

Ground Zero. La plaie n’est pas refermée. Comme le rapporte Le Figaro : « Diane Horning, qui a perdu son fils Matthew, 26 ans, réclame la recherche des restes de quelque 1 100 victimes dont on n’a jamais retrouvé les traces. Certains restes seraient toujours enfouis dans l’ancienne décharge publique de Staten Island. « Je refuse d’aller à la commémoration jeudi, alors que mon fils et beaucoup d’autres, publiquement déclarés héros, ont été jetés sur une décharge ». Le Mémorial consacré aux 2 749 victimes, originaires de plus de 90 pays, aura au minimum un an de retard. »

C’est la vie qui continue comme le montre cet excellent documentaire qui date de quelques années.

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12 responses

12 09 2008
Gilles

Le Figaro a écrit :
Diane Horning […] réclame la recherche des restes de quelque 1100 victimes dont on n’a jamais retrouvé les traces.

Je préfère le souvenir de la personne vivante, souriante, à la possession d’un petit fragment d’os. (Et je n’écris pas ce que je pense vraiment, par politesse.)
 

12 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Pour ma part, le culte de Ground Zero tourne à l’obsession. Après les cérémonies officielles qui devaient durer toute la matinée, scandées par la lecture des noms des quelque 3 000 morts du 11-Septembre, l’après-midi devait être marqué par une visite historique sur le site de Ground Zero des candidats à la présidentielle Barack Obama et John McCain.

D’un autre côté Gilles, verra-t-on cela chez nous, au Québec ?

Un article du New York Times à lire impérativement et fort instructif. La version française est proposée par le Courrier international.

Pierre R.

12 09 2008
Françoise

On finit par se dire que si l’attentat du 11 Septembre n’avait pas eu lieu, il faudrait « l’inventer ». Quelle bonne excuse, à tout ce qui se passe depuis, que de bons arguments cela offre. Il serait vraiment dommage de s’en priver en laissant l’oubli se faire…

La survie de la liberté dans notre pays dépend de plus en plus du succès de la liberté dans d’autres pays. Le meilleur espoir de paix pour notre monde, c’est d’étendre la liberté partout.

La liberté à Guentanamo et autres lieux de villégiature, la liberté sous les bombes, la liberté des infirmes à vie, des soldats devenus fous, des veuves et des orphelins. Si l’espoir de notre monde n’est plus que dans « la liberté à l’américaine » c’est à pleurer de désespoir.

[…] Cela ne veut pas dire qu’Al-Qaïda est vaincu. Parce que c’est une idéologie, pas une armée (…) Tant que nous continuerons à dominer le monde musulman avec nos hélicoptères Apache, nos tanks, nos Humvee et nos « amis » les dictateurs, Al-Qaïda subsistera ».

Tout est dit.

12 09 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Si vous en aviez le temps, au cours du week-end, je vous suggère de regarder le documentaire joint. Excellent. Si vous souhaiterez le différer, prenez en note le lien. Il est réalisé par une femme qui s’interroge sur l’Amérique qu’elle croit avoir perdue. J’ai adoré.

Pierre R.

12 09 2008
Françoise

Je n’y manquerai pas, (je n’ai pas eu encore le temps de le faire).

13 09 2008
Gilles

Those who would give up Essential Liberty to purchase a little Temporary Safety, deserve neither Liberty nor Safety.
   — Richard Jackson, An Historical Review of the Constitution and Government of Pennsylvania, 1759.

Benjamin Franklin avait émis une idée semblable, dans ses Notes for a proposition at the Pennsylvania Assembly, 1755.
 

13 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Effectivement : Ceux qui sont prêts à sacrifier une liberté essentielle pour acheter une sûreté passagère, ne méritent ni l’une ni l’autre.

Pierre R.

13 09 2008
LE PANDA

Pierre et les autres bonjour,

Jamais depuis que j’écris un événement ne m’a autant perturbé que ce 11 septembre 2001.

Vivrons Nous suffissament pour connaitre « les desous »?

Je ne pense pas.

Chacun vogue avec sa conscience pour celles et ceux qui en possédent « une »

Françoise combien je trouve ce passage agréable et désespérant à lire, mais merci:

Dixit Françoise:
La liberté à Guentanamo et autres lieux de villégiature, la liberté sous les bombes, la liberté des infirmes à vie, des soldats devenus fous, des veuves et des orphelins. Si l’espoir de notre monde n’est plus que dans “la liberté à l’américaine” c’est à pleurer de désespoir.

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Le Panda

13 09 2008
chantal serriere

Combien de temps faudra-t-il pour que soit révélée dans son ampleur la réelle manipulation autour du 11 septembre?
Comme le dit si bien Françoise, pour servir si bien de prétexte à ce qu’on nomme « la guerre anti-terroriste, si l’événement n’avait existé, n’aurait-il pas fallu l’inventer?

13 09 2008
Françoise

Pierre,

Un grand merci pour cette vidéo. Je la signalerai certainement dans un billet à venir.

Bon week-end.

13 09 2008
Pierre Chantelois

Le Panda

C’est effectivement très troublant. Je peux comprendre le traumatisme subit par la population américaine lors des événements du 11 septembre. Au-delà des thèses conspirationnistes, il reste que les décisions du gouvernement de Georges W. Bush ont fait reculer l’Amérique à l’ère glaciale. Vous n’êtes pas le seul à avoir été troublé depuis cette date. Nous partageons tous et toutes un regard de scepticisme face à cette avenue empruntée par les États-Unis depuis.

Chantal

Cette manipulation commence, je dis bien, commence à être révélée au monde. Je ne sais pas ce que retiendra l’histoire de cette décennie Bush mais déjà le jugement semble d’une sévérité sans précédent.

Françoise

Vidéo que je recommande à toutes et à tous pour un excellent regard sur l’Amérique.

14 09 2008
clusiau

Excellente vidéo, merci Pierre.

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