Et si Poutine s’était trompé…

15 09 2008
Putin

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La Russie et la Géorgie ont mis en pratique cette maxime que formulait Deng Xiaoping : « Il ne peut y avoir deux tigres sur la même colline ». En termes de « dommages collatéraux », il faudrait voir maintenant qui risque d’y perdre le plus ? Que coûte donc à la Russie son intervention en Géorgie ? Rien de moins qu’une crise financière qui pourrait créer des problèmes de liquidité bancaire, accroître les risques d’inflation ou provoquer une surchauffe exagérée de l’économie. Selon certaines prévisions, les investissements étrangers pourraient cette année chuter à 45 ou 50 milliards de dollars contre 80 milliards de dollars en 2007.

Selon le Financial Times, la bourse de Moscou en déroute, depuis mai, est à son plus bas niveau depuis deux ans. Standard and Poor’s maintient « positive » la note mais craint un fléchissement possible des placements étrangers en Russie. Poutine a beau rejeter tout lien entre la crise des marchés financiers en Russie et le conflit en Géorgie, il vient d’être rattrapé par la confiance mise à mal des investisseurs étrangers. Ces derniers ont rapatrié plusieurs milliards de dollars au mois d’août ! À elle seule, la Bourse de Moscou a dégringolé de 29% depuis le début du conflit en Géorgie le 7 août et de 47 % depuis mai.

Une crise de confiance qui a l’effet d’un séisme au sein d’une économie qui semblait avoir atteint un niveau de stabilité. Dmitri Medvedev qui voulait faire de Moscou un centre financier international devra différer. Demain n’est pas la veille. L’indice boursier a perdu plus de 500 points, soit près de 33 milliards de dollars (près de 24 milliards d’euros). Les entreprises ont de plus en plus de problèmes de liquidités. En effet, elles ont accumulé plus de 400 milliards de dollars de crédits sur du court terme. À elles deux, les entreprises Gazprom et Rosneft ont accumulé près de 90 milliards de dollars de dettes. 36 milliards devront être renouvelés dès cette année.

Le vice Premier ministre et ministre des Finances, Alexeï Koudrine, devra puiser dans les fonds de retraites et dans le Fonds de richesse nationale pour maintenir à flot l’économie. Ce sera 1 000 milliards de roubles de renflouement ou la crise, rien de moins.

Arkadi Dvorkovitch agit en tant que conseiller du président russe Dmitri Medvedev. Il se montre confiant : « Je suis certain que progressivement, les investisseurs vont revenir: aujourd’hui, le marché russe est déjà attractif pour les investissements et le premier qui entrera sera le principal gagnant ». Le président Medvedev se rabat sur la conjoncture internationale pour éviter une analyse intérieure gênante : « la Russie souffre de la même crise de crédit affectant le reste du monde ». Sur quoi se base cette confiance russe ? Sur la garantie d’un non-recours à la force dans la résolution du conflit (géorgien).

Il reste que la conjoncture économique mondiale actuelle n’est pas de nature à rehausser la confiance des investisseurs : débâcle des cours du pétrole, dont la Russie est très dépendante, dégradation à vue d’œil de l’économie américaine, et surtout un bras de fer entre la Russie et l’Occident qui ne semble pas près de s’apaiser.

En marge des négociations de Nicolas Sarkozy à Moscou, un diplomate européen déclarait à Libération : « L’économie russe est une économie du tiers-monde. Les Russes exportent leurs matières premières et importent les biens à forte valeur ajoutée. Ils ont vraiment besoin de l’Occident pour se moderniser, et ils ont vraiment beaucoup à perdre s’ils continuent à n’en faire qu’à leur tête ».

À quelle parole peuvent se raccrocher les investissements devant le fait que Moscou et Washington recourraient de plus en plus à une vieille rhétorique de guerre froide ? Comparer, comme l’a fait le président russe Dmitri Medvedev, le 08 août 2008 au 11 septembre 2001, revient à piquer au vif l’émotion américaine. Medvedev a poussé plus loin sa logique : Washington, en commémorant le 11 septembre, aurait intérêt à coopérer avec la Russie contre le terrorisme plutôt que de s’allier avec des « régimes pourris », en allusion à la Géorgie.

Vladimir Poutine tente tant bien que mal de réparer les pots cassés. La Russie n’a pas « d’ambitions impérialistes » et n’a pas l’intention « d’empiéter sur la souveraineté » de ses voisins de l’ex-URSS. Cela dit, il est mal vu de Moscou, par contre, que les voisins de l’ex-URSS maintiennent des relations bilatérales avec les États-Unis ou qu’ils manifestent le souhait d’adhérer à l’Otan. Qui croira, parmi les investisseurs, Vladimir Poutine lorsqu’il déclare, la main sur le cœur, que Moscou n’a aucune des ambitions impérialistes qu’on lui prête ? Sauf que, comme l’a montré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, les États-Unis ont rompu aux yeux de Moscou l’équilibre militaire avec la Russie en décidant d’installer en Pologne des éléments de leur bouclier antimissile.

La Pologne a accordé un très ferme soutien au président géorgien, Mikheïl Saakachvili, contre la Russie. De vieux comptes à régler. Ce qu’a volontiers reconnu le chef de la diplomatie russe : « La Pologne s’est vengée de nous pour notre défense des habitants d’Ossétie. C’est un comportement plutôt mesquin et de surcroît une erreur politique ». La Lituanie subit, pour sa part, un embargo pétrolier depuis deux ans parce qu’elle refuse de vendre sa raffinerie de pétrole Mazeikiu Nafta à une entreprise russe. Et que dire de cette déclaration selon laquelle l’Ukraine, pays européen, partage avec les pays de l’Union européenne une histoire et des valeurs communes ? Nicolas Sarkozy a confirmé que « l’intégrité territoriale de l’Ukraine est non négociable ».

Pour ceux ou celles qui en doutaient, le conflit géorgien a fait éclater le mythe d’un monde unipolaire. Washington devra composer bon gré mal gré avec cette nouvelle réalité. L’Ours rugit à nouveau. Mais à quel prix ? Que Moscou veuille se gagner le contrôle hégémonique sur ses proches voisins ou que Washington veuille étendre au Moyen-Orient ses principes de démocratie, les deux procèdent d’abord et avant tout par intérêts économiques.

Comment les investisseurs pourraient croire dans la « parole donnée » de Moscou, sur la garantie d’un non-recours à la force dans la résolution du conflit (géorgien), lorsque, déjà, elle met en contradiction le président en exercice de l’UE Nicolas Sarkozy et le diplomate en chef de l’UE Javier Solana ? Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a exclu l’envoi d’observateurs de l’UE dans les républiques séparatistes de Géorgie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, contrairement à ce qui a été annoncé par l’UE. Selon Nicolas Sarkozy, 200 observateurs de l’UE devaient être envoyés en Géorgie, avant le 1er octobre, avec un droit d’entrée en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Javier Solana avait réaffirmé que la mission de l’UE était susceptible d’être « déployée partout ».

« Ce n’est pas vrai », déclare Sergueï Lavrov. « Non seulement les États-Unis mais aussi d’autres pays de l’Otan veulent s’occuper du rétablissement des capacités militaires de la Géorgie », soutient le ministre russe, « mais aucune leçon des derniers événements n’a été tirée ».

La Russie ne pourra pas ignorer son client : le commerce extérieur russe avec l’UE s’élève à plus de 600 millions €.

Force est de reconnaître que l’énergie a joué un rôle remarquable dans l’expansion de la Russie. Comme l’indique l’Observateur de l’OCDE, plus d’un tiers de la croissance du PIB russe repose directement sur les ressources naturelles, dont près d’un quart sur le pétrole. Pour maintenir la croissance dans une telle économie, il faut un climat d’investissement stable, en faisant respecter l’état de droit et le droit de propriété, et en suivant des orientations macroéconomiques judicieuses – notamment une discipline budgétaire exemplaire.

Et le retour de la confiance des investisseurs.


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2 responses

16 09 2008
Gilles

Mais tout est une question de point de vue :
МЕХИКО, 15 сен – РИА Новости. Юрий Николаев. Фондовый рынок РФ имеет неплохие перспективы: все « горячие » деньги (так называемый « спекулятивный капитал » – ред.) уже выведены из России, заявил в интервью РИА Новости замминистра финансов РФ, Дмитрий Панкин.

(Pour tes commentateurs qui ne lisent pas le russe.)
MEXICO, 12 septembre – RIA Novosti. Le marché des valeurs russe a de bonnes perspectives, car tous les capitaux spéculatifs ont été retirés de Russie, a annoncé vendredi dans une interview à RIA Novosti le vice-ministre russe des Finances, Dmitri Pankine.

16 09 2008
Pierre Chantelois

Bonsoir Gilles

Merci d’avoir traduit 🙂

Je suis surpris d’apprendre du vice-ministre russe que les capitaux spéculatifs ont été retirés. Dans une autre traduction, je trouve le sens suivant aux déclarations du ministre : « Il semble que tous les capitaux spéculatifs aient déjà quitté la Russie. Il est à noter que des sommes considérables de non-résidents ont été retirées ». En 2007, un économiste russe avouait qu’à tous les ans, entre 60 et 100 banques faisaient faillite en Russie, et la vague des faillites risquait de s’étendre aux petites banques et aux banques moyennes. La situation d’aujourd’hui ébranle tout de même la confiance des investisseurs. Le problème principal de la Russie, c’est l’inflation, qui culmine à 15 % en rythme annuel.

Un fait demeure : les marchés émergents ont la cote. La nouvelle économie passera-t-elle désormais par ces nouveaux marchés ?

Pierre R.

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