Les ondes de choc de l’économie américaine

16 09 2008

Aux États-Unis, malgré les nombreuses assurances données par le président Georges W. Bush, Lehman Brothers s’écroule. Lehman Brothers existe depuis 158 ans. Dur coup pour les États-Unis, et cela 14 mois après le début de la crise du crédit. Lehman a indiqué qu’au 31 mai, elle affichait des avoirs d’un montant de 639 milliards $ US, mais aussi 613 milliards de dollars $ US de dettes. La banque américaine Lehman Brothers, quatrième banque d’affaires américaines, doit se placer sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites après l’échec de négociations avec de potentiels repreneurs comme la britannique Barclays ou Bank of America et le refus de Washington de renflouer la banque. Et c’est bien la crise des subprime qui continue de faire trembler les marchés financiers. 25 000 emplois sont en question.

En France, la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, constate avec réalisme que, oui, c’est un choc. Mais en même temps, c’est le témoignage d’un certain équilibre. Le Trésor américain ne peut pas constamment aller au sauvetage de ceux qui sont en mauvaise posture. Elle rejoint l’avis de Greenspan : « le gouvernement fédéral ne pouvait pas mettre un filet de sécurité sous toutes les firmes financières faisant faillite ». La Fédération bancaire française(FBF) s’est voulue rassurante : les institutions financières françaises sont solides et assurent le financement de l’économie dans des conditions normales. Le dispositif adopté aux États-Unis correspond à une situation de crise qui n’a pas d’équivalent en France. Les banques centrales européennes suivent attentivement la situation : la BCE a injecté 30 milliards d’euros et la BoE 5 milliards de livres.

Fannie Mae et de Freddie Mac avaient pourtant été sauvées des eaux. En effet, pour d’aucuns, en optant pour une quasi-nationalisation des deux agences de refinancement Fannie Mae et Freddie Mac, Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, avait montré dans son meilleur aspect le célèbre pragmatisme américain. Le gouvernement républicain, dont le parti est le plus farouchement opposé à l’interventionnisme de l’État, a mis en place un plan de sauvetage qui coûtera au minimum une dizaine de milliards de dollars aux contribuables du pays. Fannie Mae et Freddie Mac garantissent 5.200 milliards de dollars de prêts immobiliers, soit environ 40 % de l’encours de crédit hypothécaire des États-Unis.

Le géant du courtage Merrill Lynch va être racheté par la Bank of America qui débourse, à cette fin, 50 milliards de dollars, soit environ 29 dollars par action contre 17 dollars en clôture. Mais c’est deux fois moins que le cours de Merrill Lynch en début d’année.

L’assureur AIG annonce devoir se défaire de nombreux actifs en vue de trouver des liquidités. Le titre de l’assureur américain se replie de 86% à la mi-séance. Le New York Times avait en effet annoncé que l’assureur américain s’apprêterait à annoncer la cession de pans entiers de son activité pour tenter de rassurer les investisseurs. La situation est encore plus grave que celle de Lehman Brothers, parce que la Fed (Banque centrale américaine) ne peut pas agir pour les assureurs. AIG devra, par exemple, mettre en vente son activité de financement de l’aéronautique, International Lease Finance Corporation (ILFC), le plus gros client d’Airbus et de Boeing.

Georges W. Bush n’a eu d’autre choix d’annoncer que le gouvernement fédéral n’interviendrait pas pour renflouer les firmes de Wall Street menacées. « Les décideurs politiques vont se concentrer sur la santé du système financier dans son ensemble ». Quel gâchis!

Les problèmes de fond persistent et mettent à mal l’économie américaine. L’intervention de l’État américain dans l’économie ne règle pas tout. Les investisseurs ont également infligé une correction sévère à l’indice Nasdaq des valeurs technologiques, qui a accusé une perte de 81,36 points, soit 3,60%, à 2179,91 points. Pour endiguer une possible crise internationale, dix grandes banques viennent de créer un fonds d’urgence de 70 milliards de dollars (49 milliards d’euros), dans lequel chacune d’entre elles pourra puiser – au cas où. Parmi ces dix institutions, la Deutsche Bank, la plus grande banque allemande. En Asie, La Banque du Japon (BoJ) a injecté mardi 10 milliards d’euros dans le marché bancaire et a appelé les investisseurs au calme.

Au Canada, le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, soutient que le programme économique des conservateurs rapproche le pays d’une récession. Comme on peut le constater, les libéraux devraient orienter leur discours sur l’économie au cours des prochaines semaines de la campagne électorale. Selon Stéphane Dion, « Stephen Harper a permis à une économie jadis florissante de frapper un mur. Stephen Harper ne gouverne qu’au jour le jour, sondage après sondage. Il veut acheter le vote des Canadiens avec ses tours de passe-passe ».

Le chef conservateur, Stephen Harper, se veut rassurant. Pas de panique. Les fondements de l’économie canadienne restent forts. Le Premier ministre a même lancé un appel au calme. Très préoccupé par la situation économique aux États-Unis et dans le monde, il veut tout de même rassurer la population canadienne : les bases de l’économie canadienne sont solides à la fois pour les domiciles, les gouvernements et les institutions financières.

Il va sans dire, l’optimisme n’est pas de rigueur, par les temps qui courent, dans le monde de l’économie. Qu’il soit local ou mondial. Le Québec, par exemple, vit sa plus faible croissance économique depuis plusieurs années, selon la toute dernière Note de conjoncture métropolitaine du Conference Board du Canada. La croissance économique de Montréal atteindra 1,7% en 2008, la cadence la plus faible en cinq ans.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, a relevé, sur un ton particulièrement alarmiste, « les politiques économiques désastreuses du premier ministre Stephen Harper », ajoutant que « l’effondrement de Wall Street en fin de semaine est une très mauvaise nouvelle pour l’économie » canadienne. Selon le Parti vert, l’économie du pays « dispose de peu de marge pour absorber un nouveau choc ». Pire. « Le manque de leadership de Stephen Harper nous entraîne peu à peu au bord du déficit. Son échec à gérer l’économie en des temps incertains doit avoir une fin ».

De l’autre côté de l’Atlantique, par exemple, les banques de détail devraient se redresser plus rapidement mais elles doivent comprendre que la crise financière n’est pas terminée. Loin de là. La compagnie aérienne Alitalia est aux bords de la faillite. Ces exemples n’en illustrent que mieux la présente situation qui secoue durement l’économie mondiale.

« C’est un choc structurel sans précédent depuis 1929 » explique tout simplement Alan Greenspan. Interviewé par la chaîne ABC, dimanche 14 septembre, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed) de 1987 à 2006, considère la crise financière actuelle la plus grave depuis des décennies. « Il n’y a aucun doute, je n’ai rien vu de pareil et ce n’est pas encore fini et cela prendra encore du temps ». Sauf que ce même Greenspan est accusé par certains d’avoir alimenté la présente crise avec des taux d’intérêt trop bas! Greenspan estime maintenant à plus de 50% le risque de récession aux États-Unis. Selon lui, la crise financière va entraîner la chute de plusieurs institutions financières majeures. George Soros, le célèbre financier milliardaire américain, est d’avis que le président de la Fed « porte une lourde responsabilité » dans la « création de la bulle immobilière ».

Une pareille crise n’était pas sans intervenir dans la campagne présidentielle américaine. Selon Barack Obama : « Huit ans de politique qui ont mis en lambeaux la protection des consommateurs, affaibli la surveillance et les régulations et encouragé les fortes primes pour les dirigeants d’entreprises, tout en ignorant les Américains de la classe moyenne, nous ont menés à la crise financière la plus grave depuis la Grande dépression ».

Les États-Unis n’ont pas les moyens de se payer des réductions d’impôts de la taille de celles proposées par le candidat républicain aux élections présidentielles, John McCain, a averti Alan Greenspan. Du moins, pas sans une réduction des dépenses gouvernementales du même ordre. « Je ne suis pas en faveur de l’idée de financer des réductions d’impôts en empruntant de l’argent », a soutenu l’ancien président de la FED lors d’une interview avec Bloomberg Television. « J’ai toujours lié les baisses d’impôts aux dépenses ». John McCain avait pourtant avoué qu’il lisait « The Age of Turbulence », les mémoires d’Alan Greenspan, pour s’éduquer dans le monde des finances. Le candidat républicain entend compenser les réductions d’impôts – dont la réduction du taux d’imposition des sociétés et l’élimination de l’impôt minimum de remplacement, lequel a nui aux familles de la classe moyenne – en mettant un terme aux dépenses injustifiées du Congrès, en abolissant des programmes gouvernementaux inutiles et en révisant des programmes d’admissibilité comme le régime d’assurance-maladie et de sécurité sociale.

« John McCain ne parviendra pas à compenser ses baisses d’impôts par l’élimination des dépenses en affectations spéciales du Congrès, lesquelles sont estimées à 17 milliards $ US annuellement », a expliqué la sénatrice démocrate Claire McCaskill.

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6 responses

16 09 2008
Gilles

[…] en mettant un terme aux dépenses injustifiées du Congrès, en abolissant des programmes gouvernementaux inutiles et en révisant des programmes d’admissibilité comme le régime d’assurance-maladie et de sécurité sociale.
 
Du néolithique (avant cette période, on ne sait pas car les documents manquent) jusqu’en 1945, il n’y avait aucune sécurité sociale. Il n’y avait pas de banquiers idiots non plus — je connais un jeune couple qui a pu acheter une maison bien que tous les deux occupent des emplois à temps partiel ; je dis bien « acheter » et non pas la conserver. Par contre, la structure sociale et l’ampleur des services sont différents de ce qu’ils étaient en 1929 et je ne crains pas que les pauvres, de nos jours, vivent les mêmes répercussions que les pauvres de cette époque.
 
Ceci dit, nos systèmes économiques, malgré leur complexité et leur subtilité, sont resté primitifs dans leur essence : winner takes all et particulièrement aux États-Unis, les enfants sont éduqués de manière à croire que c’est normal.
 

16 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

La culture de la réussite, qui se traduit pour l’essentiel par des gains monétaires, n’est pas prête de s’estomper. Les mythes fondateurs du pays sont là pour nous rappeler que la croyance dans la réussite individuelle occupe une place capitale malgré les fortes inégalités sociales.

Pierre R.

16 09 2008
Dominique Hasselmann

Oui, la télé française a ressorti Alan Greenspan de sa retraite et il m’a même semblé l’entendre dire que cette crise était la plus grave que l’on ait connue depuis « plus d’un siècle »…

Sans doute n’est-on pas à quelques dizaines d’années près et 1929 est tout près pour l’économiste distingué. Il serait néanmoins utile que Mc Cain, qui a avoué lui-même être nul dans ce domaine, se remette à potasser un peu les livres de référence plutôt qu’en restant agrippé, comme une moule sur son rocher, à ses idées de baisses d’impôts.

En France, on a vu ce que le « bouclier fiscal » de Sarkozy avait donné, et les effets produits sur un certain nombre de privilégiés. Maintenant, il y a un « revenu de solidarité active » (c’est mieux qu’inactive, en effet) pour tous ceux qui n’ont pas pensé à enfiler la cuirasse ad hoc.

Et on va taxer ceux qui s’achètent des assiettes en carton et des couverts en plastique : ils n’ont pas les moyens de se payer le Fouquet’s le dimanche à 13h.30, et vont donc se goinfrer, comme des prolos sans manières, à Joinville-le-Pont, sur les berges où l’on chantait autrefois, quand l’avenir s’annonçait radieux sous le Front populaire…

16 09 2008
Pierre Chantelois

Dominique

Je vous avoue que l’idée de taxer les assiettes en carton et des couverts en plastique dépasse en originalité ce que j’ai lu depuis longtemps. Perso, je me sentirais mieux à Joinville-le-Pont car il y a de beaux souvenirs que j’ai laissés là. Mes longues promenades sous les ponts me sont très nostalgiques.

Pierre R.

16 09 2008
Evy

Pour ne pas radoter!!!, je vais citer mon commentaire sur votre blog du 14 mars

« Nous sommes à la fin d’un cycle d’expansion économique sans précédent accentuée ^ar une guerre américaine coûteuse, commencée simultanément à un des pires crash économique, celui japoanais des années 90.

La recette japonaise a été celle d’une politique monétaire de crédit facilité à l’échelle internationale, inttitulée Carry trade. Emprunté à 0% au Japon, convertissez en devises étrangères afin de maintenir un yen bas et faciliter la relance japonaise. Même recette du côté chinois: maintenir un huan bas en achetant des titres étrangers avec les surplus de devises. A commencé alors un cycle qui encourage l’emprunt à faible taux comme relance.

Selon moi il y a encore marge de manoeuvre: les taux peuvnet encore baisser jusqu’à un taux appelé trappe c’est-àdire même une baisse n’est plus possible.

Nous approchons de cette zone: deux voies de sorties: crise style 29 ou stagflation style 70. Pour l’instant je suis porté à croire à la première comme plus probable.

Est-ce la fin du capitalisme: eh bien non: rappelons nous 29, la crise argentine.

Une crise économique n’est pas rose, un désastre financier style argentin non plus. »

16 09 2008
Pierre Chantelois

Evy

Est-ce prémonition de votre part, toujours est-il que votre opinion rejoint celle des experts selon laquelle effectivement il reste une marge de manœuvre et que la présente crise ne sera du même effet que celle de 1929. Si cette marge existe pour les institutions financières, elle n’existe plus pour beaucoup de consommateurs américains. Malheureusement.

Pierre R.

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