États-Unis – Une guerre de mots dans un cauchemar économique

18 09 2008

Au lendemain de la faillite de Lehman Brothers et du rachat de Merrill Lynch par Bank of America, John McCain déclarait : « Les gens sont effrayés par ces événements. Je pense néanmoins que les fondamentaux de notre économie sont solides. Même si les temps sont très, très difficiles ». La riposte de Barack Obama est venue immédiatement : « Nous venons de nous réveiller au beau milieu d’un désastre financier, et ce matin, il affirme que les fondamentaux de notre économie sont encore solides ? Sénateur McCain, de quelle économie parlez-vous ? ». Commentaire suivi d’une autre phrase assassine : « En matière d’économie, vous restez fidèle à George W. Bush et à une théorie économique qui fut un échec. Et ce que vous proposez au peuple américain n’est rien d’autre que cela ». Qu’importe. Sur MSNBC, John McCain est allé jusqu’à garantir qu’il n’y aurait pas d’autre crise financière s’il devenait président. Place à la guerre des mots. Selon le Huffington Post, le candidat républicain se contredit.

Wall Street. Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre de représentants, a d’ores et déjà ordonné la création d’une commission spéciale, où des responsables du Trésor et de Wall Street seront appelés à témoigner. Le sénateur McCain, qui réclame la formation d’une commission d’enquête calquée sur le modèle de celle qui a planché sur le 11 septembre, dénonce maintenant«  la corruption et la cupidité débridée de Wall Street ». La population américaine s’interroge si elle n’est pas témoin d’un drame qui pourrait s’appeler : « cauchemar à Wall Street ». En effet, l’économie demeure encore le principal sujet de préoccupation de 43 % des électeurs américains, loin devant la sécurité nationale (23 %). Or, 65 % de ces mêmes Américains estiment que l’économie se dégrade.

Il s’en trouve pour comparer l’ère Clinton à l’ère Bush. D’un côté, « l’âge d’or de l’économie ». De l’autre, « la débandade de Wall Street ». C’est maintenant la valse des milliards en pertes. Dernière nouvelle : la Réserve fédérale (la banque centrale américaine) vient de prendre le contrôle à hauteur de 80 % d’American International Group (AIG). La plus grande société d’assurances au monde est sauvée de la faillite par cette injection de 85 milliards de dollars. Ce sauvetage s’ajoute à celui des deux géants du crédit hypothécaire en train de sombrer, Fannie Mae et Freddie Mac par la prise de contrôle du département du Trésor (ministère des Finances) il y a une semaine.

Georges W. Bush n’a d’autre rôle que de jouer au pompier et tenter d’éteindre les incendies qui se propagent de partout dans le monde financier des États-Unis. L’orthodoxie conservatrice républicaine prend un sale coup sur sa crédibilité. Ce qui place McCain dans une situation particulièrement fâcheuse, lui qui se positionne comme un farouche adversaire de toute intervention gouvernementale et de toute régulation des marchés dans l’économie américaine. La gigantesque déconfiture de l’économie américaine, ces derniers mois, découle justement des travers de cette philosophie toute républicaine : absence de contrôle, de réglementation et de transparence de ce qui se passe à Wall Street. Résultat lamentable de l’idéologie antiréglementaire au profit des forces du marché qui a, depuis les années Reagan, prédominé à Washington. Résultat également de l’obsession anti-interventionniste de Bush. John McCain préconise maintenant des « règles plus sévères » pour Wall Street, sans être plus précis.

Le New York Times dénonce avec raison les dérapages de la campagne présidentielle en cette période de crise comme étant « une atmosphère de Far West ». FactCheck.org note que la course aux mensonges est bien engagée : en deux semaines, il y aurait eu deux fois plus de mensonges chez McCain que chez Obama. Le camp républicain dépeint Obama en ces termes : « Prêt à diriger ? Non. Prêt à diffamer » pendant que Wall Street s’effondre. La guerre des slogans, plus ignobles les uns que les autres, a remplacé le débat d’idées pour sauver l’Amérique du naufrage.

Le candidat républicain, qui n’en est pas à son premier tour de force de tourner sur une pièce de dix sous, annonce qu’il entend « nettoyer Wall Street ». Sur cette proposition de McCain de créer une commission chargée de se pencher sur les problèmes économiques aux États-Unis, Barack Obama répond : « Ce n’est pas le 11 Septembre. Nous savons comment cette débâcle s’est produite et nous avons besoin de leadership pour nous en sortir ».

Barack Obama, qui n’est aucunement spécialiste en matière économique, s’appuie sur Paul Volcker, l’ancien directeur de la Réserve fédérale américaine. Il s’en tire plutôt bien, malgré tout, puisque 47% des électeurs lui font plus confiance en matière d’économie qu’à John McCain (42%), selon un sondage ABC News/Washington Post. Ces résultats traduisent la réponse de la population américaine aux déclarations de McCain selon lesquelles beaucoup d’américains éprouveraient des « problèmes économiques qui sont d’ordre psychologique ».

En juillet dernier, le conseiller n°1 de John McCain, sur les dossiers économiques, Phil Gramm, sénateur et ancien lobbyiste, s’en prenait à « un pays de pleurnicheurs, en récession mentale ». McCain s’en séparait une semaine plus tard. La crise de Wall Street est venue rappeler brutalement l’inanité d’une telle déclaration. McCain cherche depuis à modifier son message, il va sans dire : « Nos travailleurs sont les plus innovateurs, les plus travaillants, les plus qualifiés, les plus productifs au monde. Voilà ce que sont les travailleurs américains. Mes adversaires peuvent être en désaccord, mais je pense qu’ils sont forts ».

Tout récemment, c’est au tour de Carly Fiorina, ancienne PDG de Hewlett-Packard, et l’un des principaux conseillers économiques du candidat républicain à la Maison Blanche, de se mettre les pieds dans les plats. Elle a déclaré, ni plus ni moins, sur KTRS, une station de radio de Saint Louis dans le Missouri, que ni John McCain ni sa colistière Sarah Palin n’avaient les compétences nécessaires pour diriger une grande entreprise. Pour bien appuyer son propos, elle a répété sur MSNBC que John McCain et sa colistière Sarah Palin n’ont pas l’expérience de la grande entreprise. Sa remarque s’adressait également à Obama et à son colistier Biden.

Barack Obama devra pour sa part faire un effort pour se rapprocher de la population qui subit les contrecoups de cette crise impitoyable. Comme le note Dan Balz, du Washington Post, Obama et les démocrates devront cesser de se focaliser sur Sarah Palin au détriment des vrais enjeux de l’élection : l’économie. Barack Obama a été pertinent, selon les médias américains, mais pas non plus excellent, rappelle le quotidien Le Monde.

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4 responses

18 09 2008
EVY

La firme Jarislowsky Fraser Limitée prévoit une crise 29 + 70 + que les consommateurs baissent leur dette de 30%. Roudini de la Stern.NYU prévoit une crise majeure.

De l’autre côté, les néo-libéraux dont Bush est l’égérie prévoit une situation normale ; ces crises font partie d’une thérapie de choc, comme le décrit si bien, Naomi. Les hedge funds sont les résultats de ce libéralisme et de ces mathématiques financières qui accentuent les fluctuations afin de bénéficier de positions couvertes et découvertes simultanément

Bon, cela devrait se résorber cette fois-ci. Le trésor américain devrait trouver le 40 milliards pour son renflouement

18 09 2008
Gilles

Pierre a écrit :
[…] la Réserve fédérale vient de prendre le contrôle à hauteur de 80% d’AIG […]. Ce sauvetage s’ajoute à celui des deux géants du crédit hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac par la prise de contrôle du département du Trésor […].

On dirait que les États-Unis se dirigent vers une économie dirigée ? Pas vraiment… Quoi qu’il en soit, le PIB des États-Unis est de 14 545 000 000 000 (14,5 trillions) de dollars, soit 25% du PIB mondial. La faillite n’est pas pour demain, quoi qu’en dise Denys Arcand.
 

18 09 2008
Gilles

Je voulais dire 14,5 billions de dollars, of course.
 

18 09 2008
Pierre Chantelois

Evy

Effectivement, Nouriel Roubini, professeur à Stern School of Business economics et président de Roubini Global Economics Monitor a formulé un commentaire fort révélateur sur la présente crise dans le Wall Street Journal : In fact, the intervention may signal that comparisons to the Great Depression no longer are applicable. According to Nouriel Roubini at RGE Monitor, the seizure “is one of the severe toxic collateral damages of the biggest housing and mortgage bubble and bust in U.S. history.

Gilles

La Réserve fédérale américaine (Fed) va injecter 180 milliards de dollars de liquidités aux marchés financiers internationaux dans le cadre d’une action concertée des banques centrales mondiales. Il me semble en effet qu’avec l’injection de tous ces fonds et les nouvelles prises de contrôle, cela va ressembler à autre chose qu’une économie libérale. Me semble-t-il.

Comme l’écrit Le Point : le camp républicain tout entier ressemble de plus en plus à un poulailler où courent en tous sens des volatiles sans tête. Certains conservateurs se lamentent de voir Bush trahir en rase campagne le credo libéral et enragent d’assister au triomphe d’un État fédéral contre lequel ils n’avaient cessé de mener une croisade idéologique.

Pierre R.

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