Tzipi Livni réussira-t-elle là où Ehud Olmert a échoué ? L’honnêteté !

18 09 2008

Les 74.000 membres du parti centriste Kadima étaient invités à se choisir un nouveau président. Tzipi Livni sort victorieuse. Elle devient le troisième dirigeant du parti Kadima qui a été formé il y a trois ans. Elle a franchi la barre de 40% des suffrages dont elle avait besoin pour passer dès le premier tour. Le Premier ministre Ehud Olmert s’est engagé à démissionner dès que son parti se serait doté d’un nouveau dirigeant. Toutefois, il pourrait expédier les affaires courantes pendant des semaines, voire des mois, jusqu’à ce que Tzipi Livni forme un nouveau cabinet. Si elle parvient à créer en tant que premier ministre une nouvelle majorité, dans un délai de 42 jours, elle pourra alors choisir entre gouverner jusqu’à la fin de la législature actuelle, soit jusqu’au printemps 2010, ou déclencher des élections anticipées.

The Economist la définit comme « le nouvel espoir du camp de la paix en Israël », en dépit de l’éducation nationaliste reçue de ses parents. Même s’il ne s’attend pas à des miracles en cas d’élection de Livni à la tête de l’Etat hébreu, The Economist affirme clairement qu’il s’agit de la « meilleure candidate pour la paix ». Le magazine Forbes classe cette femme au 52ième rang dans le classement des 100 femmes les plus influentes. Tzipi Livni a été la négociatrice en chef des pourparlers de paix avec les Palestiniens que l’administration américaine avait relancées il y a dix mois lors de la conférence d’Annapolis. Au cours des années, Livni avait forgé des liens amicaux avec la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice.

Mme Livni, qui se présente comme « Mme Propre », a promis de donner un nouveau souffle à un parti frappé par une série de scandales de corruption. Aluf Benn affirme, dans le quotidien Haaretz, que « Olmert a échoué dans la paix comme dans la guerre ». Malgré ce maigre bilan, selon Haaretz, s’agissant des discussions avec le Hamas, Olmert poursuivra les discussions aussi longtemps qu’un nouveau gouvernement ne sera pas investi. À ce titre, il a accepté mardi de rencontrer à nouveau le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dans les prochaines semaines. Les deux hommes se voient en moyenne deux fois par mois depuis la relance des négociations de paix israélo-palestiniennes, en novembre 2007, à Annapolis aux États-Unis.

Sur un autre plan, le dialogue entre Israël et la Syrie a été interrompu, à la demande de l’État hébreu. La raison invoquée : des problèmes techniques concernant le statut du négociateur israélien, qui a récemment démissionné de ses fonctions gouvernementales.

Tzipi Livni touche enfin au but.

Tzipi Livni est née à Tel Aviv le 5 juillet 1958 et y vit toujours. Elle est mariée et mère de deux enfants. Elle est la fille d’Eitan Livni, un immigré d’origine polonaise, ancien de l’Irgoun, membre du Likoud et parlementaire. Elle a été lieutenant dans l’armée et a travaillé pour le Mossad au début des années 1980. Elle est diplômée de la faculté de droit de Bar Ilan, et a exercé en tant que juriste, spécialisée dans le droit public et commercial. Tzipi Livni a largement supporté le plan de désengagement des territoires occupés d’Ariel Sharon et s’est impliquée fortement pour que ce plan soit approuvé par la Knesset, notamment en tentant une médiation avec les membres du parti opposés à cette opération. Elle est également considérée comme faisant partie des membres pacifiques du Likoud. Plus près des colombes que des faucons.

Depuis 2001, elle a accumulé une expérience ministérielle considérable, ayant occupé les portefeuilles de la Coopération régionale, de l’Agriculture et du Développement rural, de l’Immigration, du Logement et de la Construction, de la Justice, puis des Affaires extérieures.

Le 5 janvier 2006, suite à l’hospitalisation du Premier ministre Ariel Sharon, elle déclare aux journalistes : « Nous prions pour Ariel Sharon, et je ferai personnellement tout mon possible pour aider le Premier ministre par intérim à assumer ses fonctions et à prendre les bonnes décisions », mettant fin en même temps aux rumeurs qui prétendaient qu’elle pourrait succéder à Sharon à la tête de la nouvelle formation Kadima.

Tzipi Livni est troisième parmi les têtes de liste du parti Kadima aux élections législatives israéliennes de 2006. Elle devient donc membre de la 17ème Knesset après la victoire du parti aux élections. Tzipi Livni est le premier membre d’un gouvernement israélien à faire la distinction entre les attaques palestiniennes visant des cibles militaires israéliennes et les attaques terroristes contre des civils. Elle déclare ainsi à la télévision américaine, le 28 mars 2006 : « Somebody who is fighting against Israeli soldiers is an enemy and we will fight back, but I believe that this is not under the definition of terrorism, if the target is a soldier ».

Une pensée structurée

Devant les Nations-Unies, en septembre 2006, Tzipi Livni livrait ce message : « Chaque victime innocente dans un conflit est une tragédie. Il n’y a pas de différence entre les larmes d’une mère israélienne pleine de chagrin et celles d’une mère palestinienne pleine de douleur. Mais il y a une différence morale entre les terroristes qui cherchent à viser les civils, et les soldats qui ciblent les terroristes tout en cherchant à éviter de porter atteinte aux civils. Pour protéger son intégrité, la communauté internationale doit soutenir cette distinction morale essentielle. Le terrorisme est du terrorisme, même quand on veut l’appeler résistance. Il ne peut être justifié et il ne peut être mis sur le même plan que les actions de ceux qui cherchent à s’en défendre ».

En janvier 2007, à Davos, Mahmoud Abbas estimait que le processus de paix pouvait reprendre, Shimon Peres déclarait pour sa part que la paix se « rapprochait » et Tzipi Livni qu’un État palestinien était « réalisable ».

En février 2007, Tzipi Livni constatait que : « L’antisémitisme est encore très vivant. Comme foyer du peuple juif, c’est un combat que nous devons mener. […] La négation globale de la Shoah par l’Iran est une manœuvre politique dont le but est de délégitimer Israël, et il est inacceptable qu’un pays qui nie la Shoah soit accepté par le Monde comme membre de la Communauté internationale ».

Lors de son passage, en France, le chef de la diplomatie israélienne invitait les chefs d’État européens à soutenir son pays : « Nous vivons un monde d’images et je sais que la vie n’est pas toujours facile pour les amis d’Israël parce que l’image qu’a Israël est vraisemblablement différente de ce qu’Israël est vraiment ? Et malheureusement il y a beaucoup de décideurs dans le monde qui prennent leurs décisions non pas sur la base des faits, non pas sur la base des valeurs mais sur la base de l’image. Très souvent des leaders qui soutiennent Israël sont attaqués publiquement. Mais je crois fondamentalement que nous avons des valeurs et des intérêts communs et donc chaque leader européen qui croit en ses valeurs se doit de soutenir Israël ».

La citation la plus controversée qu’on lui attribue date du 28 mars 2006 alors qu’elle a déclaré sur les ondes d’une chaîne de télévision américaine « Quelqu’un qui combat les soldats israéliens est un ennemi et nous riposterons. Mais je crois qu’il ne s’agit pas de terrorisme si la cible est un militaire ».

En délicatesse avec son chef

À la fin de décembre 2006, Tzipi Livni se place en délicatesse avec son chef. Le quotidien Maariv a dévoilé le nouveau plan politique de Tsippi Livni, qui prévoyait le lancement de négociations sur les sujets urgents, même en temps de conflit avec les Palestiniens. Parmi ces points considérés comme urgents figurait la libération des détenus (terroristes) palestiniens et la question de Jérusalem. Après la publication, les représentants du Bureau du Premier ministre ont affirmé qu’ils ne savaient pas du tout de quoi il s’agissait et qu’Israël n’accepterait pas un dialogue sur une des étapes de la Feuille de route. Ils ont ajouté que le Premier ministre, Ehoud Olmert, n’était pas au courant du plan politique de Livni. « Nous ne connaissons aucun plan. Nous ne connaissons que l’existence de quelques idées, entendues de la bouche de Livni » ont-ils précisé. Les représentants ont cependant indiqué que la situation entre Livni et Olmert ne s’était pas dégradée comme les relations de ce dernier avec Amir Peretz, le ministre de la Défense. Quoi qu’il arrive, les représentants du Bureau d’Olmert ne se laissent guère impressionner par le plan de Livni : « Il s’agit d’une rencontre avec Salem Fiad qui est déjà hors jeu et avec Yasser Abed Rabou, qui est pour sa part un homme d’Arafat. Nous, de notre côté, nous avons rencontré Abou Mazen et c’est ce qui est important ». Et vlan ! Madame la ministre a réagi ! Elle a déclaré qu’il « était nécessaire de réagir au terrorisme, tout en continuant d’examiner les possibilités qui s’offrent à Israël – et les exploiter ». Livni a ajouté qu’elle était convaincue que « trouver des solutions pour les modérés du camp palestinien faisait partie du combat contre le terrorisme ». La ministre a ajouté : « Les titres des journaux gênent généralement le gouvernement à agir ».

En janvier 2007, le Likoud annonce, lors d’une de ses réunions hebdomadaires, qu’il compte lancer une vaste campagne contre la ministre des Affaires étrangères Tsippi Livni, de Kadima. Cette nouvelle initiative venait essentiellement du député Israël Katz. Ce dernier avait indiqué que de profonds changements étaient à prévoir prochainement au sein du parti au pouvoir, Kadima, suite à l’animosité croissante entre le Premier ministre et Livni. Selon certaines évaluations, cette dernière envisagerait sérieusement de présenter sa candidature à la tête du parti et devenir ainsi la principale rivale d’Olmert et de ce fait, l’adversaire directe du Likoud. La première cible du Likoud, dans le cadre de cette campagne, serait bien entendu le fameux plan élaboré par la ministre dont a parlé récemment le quotidien Maariv.

A l’occasion du premier anniversaire de Kadima, Livni avait laissé entendre qu’elle envisageait de briguer un jour ou l’autre la direction du pays mais elle a ajouté qu’elle préférait attendre le moment opportun. Il semble bien que ce moment est maintenant arrivé. Madame la ministre a été élue mercredi par les adhérents pour succéder au Premier ministre Ehud Olmert avec près de 49% des voix contre environ 37% en moyenne pour son rival Shaul Mofaz.


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6 responses

18 09 2008
Françoise

Pierre,

Espérons que ce changement de personne apporte un changement dans la politique d’Israël. C’est aux actes que l’on jugera, n’est-ce pas.

18 09 2008
Pierre Chantelois

Bonjour Françoise

L’humanité a un besoin de rétablir un équilibre entre gestion saine fondée sur des principes de démocratie et une démocratie au centre fondée sur des politiques d’équité et de justice, il me semble. La dernière décennie – quoique puisse en dire la droite religieuse – a été désastreuse. À tout point de vue.

Pierre R.

18 09 2008
Gilles

Selon Wikipédia elle a été membre de l’unité d’assassinat de « terroristes » (c’est moi qui mets les guillemets) palestiniens, mais elle fait la distinction entre les attaques palestiniennes qui visent des cibles militaires et les attaques contre des civils. Personne n’est tout noir ou tout blanc, mais tant que la mentalité israélienne restera une mentalité d’assiégés, nous ne verrons pas la paix régner au Proche-Orient.
 

19 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

En effet, Tzipi Livni a été membre du Mossad. La division des opérations spéciales (METSADA en hébreu) du Mossad conduit les opérations paramilitaires, de guerres psychologiques, de sabotage et d’assassinat. J’ajouterais que tant qu’un gouvernement majoritaire – indépendant des alliances stratégiques avec d’autres partis de gauche ou d’extrême-droite – ne sera pas élu, il sera difficile, voire impossible, d’obtenir la paix dans la région. Déjà que Tzipi Livni ne fait pas l’unanimité, tout reste à craindre. Guysen rappelle que : sans état d’âme, dépourvue d’émotion, Tsipi Livni en deviendrait presque mystérieuse. Un aspect de sa personnalité qu’elle cultiverait à en croire son silence calculé suite aux révélations selon lesquelles elle aurait participé à d’importantes opérations au sein du Mossad.

Pierre R.

19 09 2008
Gilles

Pierre,
 
Elle a la personnalité qu’il faut avoir pour atteindre le pouvoir. Pour atteindre le pouvoir par certains chemins, je veux dire, et non par les chemins de l’honneur et du sacrifice de soi, comme De Gaulle par exemple et pour en faire ce que nous redoutons.
 

19 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

En effet. Entièrement d’accord.

Pierre R.

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