Antisémitisme, islamophobie, discrimination… la vie continue!

19 09 2008

L’institut Pew Research Center, basé à Washington, spécialisé dans les sondages de toutes sortes, constate une augmentation sensible, ces dernières années, de l’islamophobie et l’antisémitisme en Europe. L’étude en question vise à « fournir des informations sur les problèmes, les attitudes et les tendances qui façonnent l’Amérique et le monde ». L’institut Pew Research Center note que, comme nous allons le constater : « Dans un certain nombre de pays, l’augmentation est particulièrement perceptible de 2006 à 2008 ».

D’entrée de jeu, dans les pays à majorité musulmane, les Musulmans se disent inquiets de la montée de l’extrémisme islamiste dans leur pays et à l’étranger. L’antisémitisme, par exemple, est plus important dans les pays où les Musulmans sont majoritaires. En Turquie, pays musulman démocratique, il est intéressant de noter que les sentiments antichrétiens vont de pair avec une montée de l’antisémitisme.

Selon leur enquête, 46% des Espagnols, 36% des Polonais et 34% des Russes, de même que 25% des Allemands et 20% des Français ont une mauvaise opinion des Juifs. Aux États-Unis, 7% des personnes interrogées disent avoir une opinion négative des Juifs, et en Australie ils sont 11%. En Espagne, les sentiments défavorables (envers les Juifs) ont plus que doublé au cours des trois dernières années, passant de 21% en 2005 à 46% cette année. La Grande-Bretagne est le seul grand pays d’Europe où l’on ne note aucune progression marquée de l’antisémitisme. Par contre, en France, le pourcentage d’opinions favorables à l’égard des Juifs est le plus élevé : 79%. Cette donnée est de 77% aux États-Unis et 73% en Grande-Bretagne et en Australie.

Les sentiments sont encore plus négatifs envers les musulmans qu’envers les juifs. 52% des Espagnols, 50% des Allemands, 46% des Polonais et 38% des Français disent avoir une mauvaise opinion. Fait à noter, les personnes les plus antisémites sont également antimusulmans.

L’étude a été conduite en interrogeant plus de 4.700 personnes en mars et avril dernier dans l’ensemble des six pays concernés.

En France, l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) fait un constat qui confirme les résultats de l’’institut Pew Research Center : les musulmans européens vivent un véritable enfer. ils sont victimes d’actes de discrimination au niveau de l’emploi, de l’éducation et du logement ; ils font l’objet d’actes islamophobes allant d’insultes à des agressions physiques ; leur réussite scolaire est inférieure à la moyenne, tandis que leur taux de chômage, lui, est supérieur à la moyenne ; ils sont surreprésentés dans les secteurs peu payés de l’économie ; ils occupent des postes sous-qualifiés ; la promotion sociale des jeunes musulmans est freinée par de nombreux obstacles, ce qui peut donner lieu à un sentiment de frustration et d’exclusion sociale. Bref, « le racisme, la discrimination et la marginalisation sociale sont des menaces sérieuses à l’intégration et à la cohésion sociale ».

Dans le cadre d’une autre étude précédente, le Pew Research Center a constaté que 52% des Américains estiment que les églises et les autres institutions religieuses devraient rester en dehors de la politique, une augmentation de huit points de pourcentage depuis 2004, date à laquelle la dernière élection présidentielle américaine a eu lieu. Parmi les Républicains, 51% sont de cet avis, par rapport à 37% en août 2004.

La discrimination peut également se manifester à travers, et surtout à travers, les questions d’immigration. Aux États-Unis, par exemple, cette question divise l’opinion. Selon un sondage réalisé en juillet par l’institut Gallup, 39 % des Américains pensent que l’on devrait maintenir l’immigration à son niveau actuel, tandis que 39 % sont en faveur de sa diminution. Seuls 18 % souhaitent qu’elle augmente. Plusieurs autres sondages antérieurs, notamment ceux de CNN et AP-Ipsos, indiquent que la moitié des Américains sont en faveur de la construction d’une clôture le long de la frontière mexicaine afin d’empêcher les immigrés d’entrer clandestinement aux États-Unis et que l’autre moitié y est opposée.

Dans le cadre du premier sommet pour l’intégration des gens du voyage qui s’est tenu à Bruxelles, il a été démontré que l’intégration des 10 à 12 millions de Roms au sein de l’Union européenne demeure un casse-tête majeur. Pourtant, 77% des Européens jugent ces ressortissants communautaires « victimes de discriminations ». D’un autre côté, l’Italie a décidé de ficher les romanichels qui ont très mauvaise réputation et l’Union européenne a endossé ce projet. Ils sont entre 5 et 10 millions dispersés sur tout le territoire européen. « Le fichage ethnique devrait être illégal et j’espère que la Cour européenne de Justice établira ce fait », a déclaré le milliardaire et philanthrope américain George Soros.

Pour sa part, Rudko Kawczynski, président du Forum européen des Roms et des Gens du Voyage, a déclaré, dans le cadre du premier sommet pour l’intégration des gens du voyage : « cela fait 800 ans qu’on essaie de nous expulser d’Europe, et personne aujourd’hui ne nous a dit ce qui va être fait pour nous débarrasser des comportements anti-Roms ». José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a tenté, dans un tour de passe-passe, de rejeter la faute sur les pays membres : « La situation dramatique des Roms ne peut être réglée depuis Bruxelles. Les instruments pour créer ce changement sont dans les mains des États membres. Les politiques pour l’intégration des Roms sont de la compétence des États membres ». L’Italienne Eugenia Maria Roccella, sous-secrétaire d’État à l’emploi, a justifié « l’importance fondamentale de collecte des données pour mener des mesures efficaces d’intégration ». José Manuel Barroso a répété son crédo : « La Commission rejette toute discrimination et toute stigmatisation des Roms dans l’Union européenne ».

Selon la délégation de l’Association des Paralysés de France (APF) du Tarn : « le handicap est une des principales causes de discrimination en France. Parfois imperceptibles, souvent suggérées, toujours humiliantes, les discriminations dont sont victimes les personnes en situation de handicap sont quotidiennes : refus d’accès aux transports publics, refus d’entrée dans un lieu public, refus d’accès à l’école, à un emploi, un service, un prêt bancaire, un logement, refus de conserver un salarié lors de la survenue d’un handicap… ». Pour amener le grand public à changer de comportement envers les personnes en situation de handicap, « une opération nationale de sensibilisation » se déroulera le 9 octobre prochain.

Et la vie continue.

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6 responses

19 09 2008
Françoise

Pierre,
 
Comment s’étonner de ces résultats, quand l’exemple de la xénophobie (pour ne pas dire plus) est donné à la tête des États ?

Il faudrait  — les études faites le font-elles ? — distinguer « anti-sémitisme et critiques de la politique israélienne (ce que ne font guère bien de nos politiquement-corrects-penseurs…

19 09 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Entièrement d’accord sur l’importance capitale d’établir une différence entre une opinion politique et un antisémitisme affiché. S’il en va ainsi des précautions que proposent les observateurs à l’égard du peuple américain (critiquer le gouvernement n’est pas condamner tout le peuple américain), il devrait en être également pour Israël. Dénoncer le gouvernement n’est en rien un acte d’antisémitisme.

Pierre R.

19 09 2008
Gilles

Question philosophique : Pourquoi est-il interdit de détester les… Français ? J’ai hésité à écrire « les Juifs », et je pense que la réponse est là. Dans le monde ancien, avant l’apparition du politically correct, chacun pouvait aimer ou détester qui il voulait, et le point crucial est qu’on ne supposait pas d’emblée que c’était du racisme. (Je précise que le racisme consiste à croire que tous les individus d’une ethnie sont inférieurs aux autres ethnies, surtout à la sienne, et qu’il est donc relativement rare.)
 
Ainsi, les Français, et la plupart des autres, ne font pas toute une histoire du fait que quelqu’un ne les « aime pas ». Ce qui n’est pas le cas de certains groupes de pression juifs, qui ont implanté dans l’esprit des gens cette interdiction, fondée sur leurs souffrances passées, mais élaborée (parfois subtilement, parfois moins) avec grande efficacité depuis la fin de la guerre et relayée par tous les bien-pensants D’ailleurs nous avons le mot « antisémitisme » mais je cherche un mot équivalent pour les autres ethnies ; le vocabulaire signifie aussi par ses lacunes… Je pense que le même phénomène — l’interdiction de détester — est en tain d’apparaître en ce qui concerne les Romanichels. Mais c’est nier toute différence ! Détester un individu pour ses défauts ou parce qu’on a des préjugés ou une méconnaissance n’a jamais été équivalent de détester tout un peuple.
 
Bref, le contrôle des esprits, c’est ça : un interdit de détester globalement tous les Juifs, tous les Noirs par exemple quels que soient leurs défauts ou leurs actes, sous peine d’être accusé de racisme. Je crains que l’étape suivante soit l’obligation « d’aimer nos dirigeants » sous peine d’être accusé de trahison.
 

21 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Toutes mes excuses pour le retard à vous répondre. Intéressante cette distinction entre la détestation d’un individu et la détestation de tout un peuple. Je me pose toutefois la question suivante : si je déteste un peuple, comment pourrais-je aimer mon voisin qui est issu de ce peuple que je déteste ? Bien évidemment, je serai contraint à prendre en compte que le peuple n’est pas l’individu, comme l’individu est un élément du peuple. Le préjugé en soi est-il d’abord singulier ou pluriel ? S’applique-t-il au seul individu qui est mon voisin ou s’applique-t-il à ce que représente mon voisin, cet individu venu d’ailleurs ? Je pourrais dire : j’aime mon voisin parce qu’il est gentil mais je déteste le fait qu’il soit juif, musulman, asiatique ou quoi encore. J’aime mon voisin parce qu’il est gentil mais que sa cuisine sent mauvais, elle empeste le quartier. Je déteste la cuisine asiatique ou africaine ou européenne ou quoi encore ?

Pierre R. Chantelois

23 09 2008
Gilles

Pierre a écrit :
. Je me pose toutefois la question suivante : si je déteste un peuple, comment pourrais-je aimer mon voisin qui est issu de ce peuple que je déteste ?

J’ai connu une femme qui disait détester les Noirs et avait épousé un Congolais. Je précise qu’il n’avait rien d’Africain dans le sens qu’il n’avait rien de la caricature que nous nous faisons des Africains, sauf sa peau noire. Donc je pense, comme toi, que les gens savent dissocier une personne qu’ils connaissent (époux, ami, voisin, employé, patron, etc.) de son ethnie, si c’est de leur intérêt. Il y a aussi le fait que la familiarité efface les préjugés ou au contraire les renforce. Mais il y a du cercle vicieux et de l’illogisme dans tout cela ; les Américains du Sud, avant Martin Luther King, reprochaient aux Noirs d’être peu scolarisés tout en leur interdisant de fréquenter de bonnes écoles.
 

28 09 2008

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