Nicolas Sarkozy : après les honneurs de New York, les explications de Toulon

23 09 2008

Nicolas Sarkozy a beaucoup de raisons de réfléchir par les temps qui courent. D’abord, il est toujours au plus bas dans les sondages. En septembre, seulement 37% des Français sont satisfaits de leur président, selon un sondage « Ifop » publié par«  Le Journal du dimanche » daté du 21 septembre. En d’autres termes, 62% des personnes interrogées se disent mécontentes du chef de l’État, soit trois points de plus qu’en août. Ce n’est pas rien.

Autre élément de réflexion, l’économie. Jusqu’à jeudi, le président réfléchit. Il donnera sa vision avant l’examen, vendredi, en conseil des ministres, du projet de budget 2009 de la France. Le président de la France, aussi incroyable que cela puisse paraître, s’est abstenu jusqu’ici de commenter les derniers rebondissements de la crise financière américaine. Il est vrai que le président peine à régler ces petits soucis domestiques qui sont fort ennuyeux car ils indisposent le peuple : citons notamment la réduction de 68 milliards d’euros des prélèvements obligatoires en cinq ans, le retour des finances publiques à l’équilibre en 2012 ou la hausse de 25% du minimum vieillesse.

Selon la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, le président est « en situation d’analyse avant de proposer jeudi soir toute une présentation de sa politique économique ». Qu’importe que la crise financière internationale et ses éventuelles conséquences pour l’économie française inquiètent 81% des Français! Le président réfléchit. Un proche du président a prévenu qu’il ne faudrait pas s’attendre à des « propositions bouleversantes ». Que l’on aime ou non Georges W. Bush, il a pris la situation bien en main. Le président de la France, lui, réfléchit. Comment expliquer au peuple, après des promesses insensées tout au cours de la campagne électorale, que le président ne dispose à proprement parler d’aucune manœuvre tant l’économie de son propre pays est à plat ? Christine Lagarde prépare le terrain : « Je pense que nous avons encore toute une série d’obstacles à franchir et de difficultés à surmonter, » tout en réitérant sa confiance dans la « solidité de notre système bancaire ».

Comment Nicolas Sarkozy expliquera ce rapprochement soudain avec Georges W. Bush dont le crédo économique a toujours été fondé sur l’ultralibéralisme ? Comment expliquer au peuple que le modèle américain connaît de sérieuses ratées et que ces ratées peuvent influer directement sur l’économie de la France, tellement fragilisée par des années d’imprévoyance ? Le réformateur n’a plus les moyens de réformer. Alors, il réfléchit.

Nicolas Sarkozy a beau donner des leçons d’économie, il ne dispose pas d’un équipage vigoureux pour le mener à bon port. Le président est à New York. Depuis samedi. Il profitera de son séjour pour recevoir deux prix : le prix humanitaire de la fondation Elie Wiesel, lundi soir, et celui de l’homme d’État de l’année, par la fondation « Appeal of conscience » (Appel de la conscience) mardi.

Tout près de Wall Street, il s’adressera ensuite aux Nations Unies dans le cadre d’une réunion sur les « besoins de développement de l’Afrique ». Et le hasard veut que Nicolas Sarkozy monte à la tribune après le dernier discours de George W. Bush comme président des États-Unis. Et c’est aux États-Unis que Nicolas Sarkozy affinera ses convictions avant de parler d’économie au peuple Français inquiet par cette folle spirale financière.

Il y a fort à parier que Nicolas Sarkozy se fera à nouveau le chantre, comme lors de son intervention de l’an passé, de la « moralisation du capitalisme financier » et formuler à ses hôtes des propositions pour prévenir de futures crises. Il y a fort à parier qu’il répètera avoir averti en 2007 l’humanité de la crise imminente qui frappe l’économie mondiale. Tout cela dit avec style et diplomatie. Il devra être prudent : « il y a des questions qui ne se traitent pas sur la place publique » ou « comme dans des foires agricoles », surtout après le discours d’un président comme Georges W. Bush qui s’est toujours réclamé contre la régulation et pour le néolibéralisme économique. Et le président lui-même convenait que, pour traiter d’un sujet aussi grave, « il faut être très reposé pour affronter la crise financière internationale ».

Comme l’indique un diplomate : « Même si tout le monde est d’accord sur le fond, il y a les mots pour le dire ». Nicolas Sarkozy devra éviter de froisser les 27 qui, tout en partageant ce verdict, ne souhaitent pas voir la présidence française de l’Union se perdre en déclarations tonitruantes à New York. C’est ce même président, par ailleurs, qui, de retour en France, aura beaucoup de difficultés à respecter ses engagements européens de ne pas dépasser 3 % du PIB avec ses déficits publics.

Le président, de retour en France, devra mettre bon ordre dans cette invraisemblable cacophonie en matière de taxes, du financement controversé du RSA à la multiplication de mesures de bonus-malus écologique. Nicolas Sarkozy aura eu le temps de s’inspirer de ses homologues européens qui n’ont pas hésité à commenter la conjoncture économique actuelle. Gordon Brown a appelé à identifier les « comportements irresponsables » à l’origine de la crise financière internationale. José Luis Rodriguez Zapatero a qualifié la crise financière « de grande envergure  » et a estimé qu’ « elle avait mis le système financier mondial dans une situation extrêmement difficile ». Angela Merkel a expliqué que le gouvernement suivait le dossier « avec une grande attention  » et qu’elle était « en contact étroit avec les responsables de l’industrie bancaire allemande, tout comme avec les autres gouvernements ». Joaquin Almunia, commissaire européen aux Affaires économiques, a plaidé pour une plus grande coordination, à l’échelle européenne, dans le domaine de la régulation financière. George W. Bush a dit partager les inquiétudes des Américains et il a invoqué les mesures « extraordinaires » prises récemment par son gouvernement et la Réserve fédérale.

Le président français s’expliquera le 25 septembre, dans un discours de 45 minutes au Zénith de Toulon devant 3.000 à 4.000 personnes, sur sa politique économique. Le but de ce grand rassemblement est « de remettre en perspective la politique économique de la France », « un peu comme il l’avait fait, en juillet 2007, à Epinal, pour présenter la réforme des institutions ». La tentation sera forte pour le président Sarkozy de « justifier le bien-fondé » des réformes conduites depuis son élection en mai 2007.

Il faut dire que, en Charente-Maritime, Nicolas Sarkozy s’était hasardé à commenter la crise financière en ces termes : « Bien sûr, il y a une crise économique mondiale et européenne, mais ce n’est pas une raison pour arrêter les réformes, c’est au contraire une raison pour aller plus loin ».

Va pour la poursuite des réformes mais il n’en demeure pas moins vrai que des doutes planent sur le pouvoir réel du président de les mener à termes, au vu, encore une fois, des prévisions de croissance du gouvernement et de sa capacité à maintenir les déficits publics en-deçà de la barrière des 3% du PIB fixée par Bruxelles.

En terminant, que dire de ce député du gouvernement, Bernard Carayon, qui a jugé le message des grands argentiers européens « désastreux » ? Est-ce le sentiment d’un seul député ou un avis partagé par l’ensemble de la droite présidentielle ?

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13 responses

23 09 2008
Gilles

Christine Lagarde a dit :
[…] le président est en situation d’analyse avant de proposer jeudi soir toute une présentation de sa politique économique.

Moi, j’étais en situation de lecture il y a quelques secondes, et maintenant je suis en situation d’écriture, et ensuite je serai en situation de déconnexion et peu après je serai en situation de me mettre à table pour dîner ! De plus, je suis heureux que le président offre toute une présentation et pas seulement la moitié d’une.
 
J’ai pas pu résister.
 

23 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Parfois, lorsque les sujets sont graves, une courte évasion dans le domaine de l’humour constitue une douce détente du cœur et de l’esprit.

Pierre R.

23 09 2008
Françoise

Le président de la France, lui, réfléchit.

C’est si rare que cela méritait d’être souligné.

23 09 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Tiens voilà une perspective intéressante. Un quotidien, Libération je crois, faisait mention du président aux sept cerveaux qui s’imposait un temps de réflexion. Cela mérite certainement mention. Mais il devra être à la hauteur à Toulon, il me semble. À New York, le week-end dernier, le président et Carla ont profité de leur samedi pour folâtrer dans les magasins huppés de la ville. Ne soyons pas trop « people » tout de même.

Pierre R.

23 09 2008
Françoise

Pierre,

Ne vaut-il pas mieux avoir un seul cerveau « bien fait » que sept… J’ai retrouvé la citation qui m’a inspiré le commentaire précédent :

[…] mon temps, c’est le temps de l’action, ce n’est pas le temps de la réflexion sur le long terme.

( Prononcée lors de la remise du rapport Attali)

23 09 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Un jour il faudra publier un bouquin sur les citations célèbres du président et les mettre en parallèle avec les actions de l’homme. Il y aurait certainement des surprises.

Pierre R.

23 09 2008
Dominique Hasselmann

Les « sept cerveaux » (et non…  » les sept boules de cristal »), c’est une phrase de CBS concernant son époux.

Celui-ci vient de sermonner, du haut de la tribune où sa femme était transformée en plante verte à ses côtés, ceux qui sont à l’origine du « désastre » économique américain (il n’a pas cité de noms…) et a réclamé des « sanctions » car il a pensé à « ces gens » qui ont perdu « leurs économies ».

Le maître du monde a joué au donneur de leçons, rôdant sûrement ainsi son prochain « discours de Toulon » dans lequel il n’oubliera pas de fustiger l’incompétence de sa ministre de l’économie (il la garde), les « affaires » de Bernard Tapie bénies par un conglomérat non investi d’une quelconque légalité, les dérives bancaires comme celles de la Société générale (Daniel Bouton n’a pas été « sanctionné » autrement que par une nomination honorifique) et d’autres institutions financières qui ont fait leur beurre grâce, notamment, aux cadeaux fiscaux qu’à l’orée de son quinquennat il dispensa sans mégoter, et aux taux pratiqués vis-à-vis de populations victimes du « pouvoir d’achat », malheureusement réduit à peau de chagrin après son élection.

Nicolas Sarkozy aurait dû se présenter à la présidence des Etats-Unis, à la place du candidat républicain Mc Cain. Encore une occasion de manquée !

23 09 2008
Pierre Chantelois

Dominique

Je viens de lire le compte-rendu de l’Humanité. J’aime particulièrement ce paragraphe : « Le président français, qui s’adressait à l’Assemblée générale de l’Onu en tant que président en exercice du Conseil européen, a prononcé un discours de régulation du capitalisme qu’il n’applique pas en France. Un truc emprunté à son prédécesseur à l’Elysée ».

Il faudra vraiment attendre Toulon pour mesurer l’ampleur des engagements de Nicolas Sarkozy pour réguler le marché financier au plan domestique, d’abord. Il est clair que les idées et les positions de Nicolas Sarkozy se rapprochent du GOP américain, autant d’ailleurs que le parti conservateur canadien. Le balancier du temps oscille dangereusement vers la droite.

Pierre R.

24 09 2008
Gilles

Pierre a écrit :
Le balancier du temps oscille dangereusement vers la droite.

Après les « Trente Glorieuses », nous aurons les Trente Calamiteuses ; un balancier oscille toujours.
 

24 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Intéressante analogie.

Pierre R.

24 09 2008
Dominique Hasselmann

Une sorte de « lapsus calami », alors !

24 09 2008
Gilles

Deleri vero ea, quae quis diuturno studio in animum induxit suum, non tam saepe facile est quam optet.
 
— Extrait d’une lettre du cardinal Bembo [son portrait par Titien] à Pic de la Mirandole, en 1512, où il écrit qu’il est très difficile d’extirper de l’esprit des gens des idées qu’ils ont acquises par de longues études. Pietro Bembo et Giovanni Pico étaient des humanistes platoniciens. Je dirais que, dans le même sens, les idées de l’Ancien Régime sont très difficiles à extirper des esprit de nos dirigeants [et remarquez qu’ils ont presque tous fait « de longue études » dans les universités ou les Think Tanks américains], même dans une république ; je dirais même que les Trente Glorieuses, c’est-à-dire la redistribution des richesses, l’élévation des travailleurs au rang de personnes libres, par exemple, sont vues comme une aberration par la Droite, et ce qu’il y a de nouveau dans le régime Sarkozy, c’est que les ministres les plus en vue, Lagarde, Hortefeux, Fillon, le disent publiquement. Alors, deux choses : il est possible qu’un cardinal de la Renaissance voyait mieux les mécanismes de l’esprit humain que nos penseurs subventionnés par la grande industrie, et je me demande si le pouvoir n’est pas en soi abêtissant. Quand on dit que le pouvoir corrompt, on pense souvent aux mœurs, mais il s’agit d’une corruption de la faculté de penser, ce qui est plus grave.
 

24 09 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Je ne vous cacherai pas que je ne connaissais pas le Cardinal Bembo. Il me semble inspiré par une grande sagesse. Je me documenterai davantage sur ses œuvres épistolaires. Passer en revue les déclarations des ministres de la droite pourrait constituer un exercice salutaire pour connaître la tendance du gouvernement Fillion sous la gouverne du président Sarkozy. Une chose m’apparaît clairement : elles répondent (ces déclarations) à un mouvement du balancier qui se profile derrière cette droite : la loi et l’ordre, la morale publique, la répression de la criminalité sous toutes ses formes et à tous les âges, le contrôle des individus, la limitation de certains droits qui contrevient à l’esprit républicain français. Il faudra bien un jour s’y mettre.

Pierre R.

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