Afghanistan – Qui osera se lever pour dire : « Assez, c’est assez monsieur le président »

22 09 2008

« The French did not have enough bullets, radios and other equipment, the report said. The troops were forced to abandon a counterattack when the weapons on their vehicles ran out of ammunition only 90 minutes into a battle that stretched over two days. »Globe & Mail.

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À vouloir faire taire la vérité, elle finit par triompher. Pourquoi le gouvernement de François Fillion sent le besoin de cacher, au peuple, la vérité sur les événements tragiques de l’Afghanistan ? La vérité finit toujours par sortir. Et lorsqu’elle a été dissimulée, elle revient à la lumière, crue et brutale. A la veille du débat au Parlement concernant le maintien ou non des soldats engagés en Afghanistan, le président de la République a, nous annonce Le Figaro, adressé une lettre aux parlementaires de gauche pour défendre le déploiement militaire français dans ce pays. « Nos responsabilités vis à vis de la communauté internationale et du peuple afghan font que nous resterons aussi longtemps que nécessaire et si le gouvernement démocratique d’Afghanistan le souhaite ». À remarquer que le peuple français n’est pas pris en compte dans cette déclaration.

Pourquoi une information qui relève des questions intérieures françaises est-elle révélée dans un quotidien canadien, anglophone, de Toronto ? Dont l’existence est confirmée par France24 ? Qu’est-ce qui se passe au pays de Nicolas Sarkozy ?

Samedi, le quotidien canadien « Globe & Mail » a fait état d’un rapport secret de l’Otan dénonçant le manque de munitions et d’équipements de communication de l’unité française tombée dans une embuscade meurtrière le 18 août en Afghanistan. Dix soldats ont été tués dans l’affrontement.

Selon le document, dont la véracité est contestée par l’Otan, l’unité française a dû abandonner la contre-attaque après seulement 90 minutes lorsqu’elle s’est retrouvée sans munitions. Or, selon ce que des rescapés ont déclaré publiquement, les combats étaient d’une telle intensité qu’ils auraient pu durer deux jours.

Ne disputons pas la durée des combats mais questionnons-nous sur la capacité de l’armée française d’affronter une attaque de cette importance : après 90 minutes, l’armée se retrouve sans munitions. Pire. Selon le document, cité par le Globe and Mail, les talibans avaient un équipement et une préparation bien supérieurs. L’unité de soldats français a, selon ce même rapport, perdu tout moyen de communication avec son commandement, lorsque sa seule radio est tombée en panne peu après le début des combats. Les soldats ont donc dû attendre de longues heures avant l’arrivée des renforts.

Panne de munitions. Panne de radio.

James Appathurai, porte-parole de l’Alliance, soutient n’avoir en main aucune information indiquant que les forces françaises étaient sous-équipées. Tout en reconnaissant la capacité des talibans de mener des opérations d’envergure. Le porte-parole ajoute : « L’Otan est préoccupé par l’implication de combattants étrangers et d’Al-Qaïda, basés de l’autre côté de la frontière avec le Pakistan, avec pour conséquence une meilleure capacité pour mener des attaques contre les forces de l’Otan, et pas seulement contre les forces françaises ». Pendant que l’Alliance s’interroge, les talibans agissent.

Les autorités françaises ont également démenti dimanche l’existence d’un tel document secret. Jusqu’à ce matin. Le ministre de la Défense Hervé Morin a, ce matin même, admis finalement sur RTL l’existence d’un compte-rendu d’un officier de l’Otan mais il a contesté qu’il s’agisse d’un rapport. Quelle sémantique. Non mais quelle sémantique ! Le commandant Prazuck défend ses troupes en Afghanistan : « On a toujours été en mesure de répondre aux tirs des talibans. Dans des combats qui ont duré neuf heures, il y a eu réapprovisionnements, par des navettes d’hélicoptères ». Qui a tout vrai ? Qui a tout faux ? Peu importe. Le 18 août 2008, dix soldats français ont été tués et 21 blessés par quelque 150 talibans dans la vallée d’Uzbeen, à l’est de Kaboul. Le gouvernement joue à cache-cache avec la population française qui mérite d’avoir la vérité. Le journal ajoute par ailleurs que les talibans se sont vantés auprès de l’un de ses journalistes avoir fait des prisonniers parmi les soldats français durant cette embuscade. Le commandant Prazuck, dans une déclaration à France Presse, s’objecte : « Quatre corps de soldats ont été regroupés (par les talibans), mais il n’y a pas eu de prisonniers ».

« Ce rapport existe bien », témoigne Graeme Smith, journaliste au quotidien canadien « Globe & Mail », interrogé par France24. « Ce qui est intéressant, c’est la sémantique utilisée par le démenti de l’Europe [la direction de l’Otan en Europe, ndlr ]. Ils disent qu’un rapport spécial n’existe pas. C’est exact : c’est un rapport tout à fait ordinaire ».

Très franchement, que dire de l’attitude des forces gouvernementales afghanes qui se sont enfuies à pied peu après le début des combats, « laissant sur place leur équipement militaire, en proie à l’ennemi » ? « Alors que les sources militaires françaises en Afghanistan, citées par Lucas Menget, maintiennent qu’ils ont tenté d’aider les Français, mais n’ont pas réussi. Ce point est particulièrement sensible en ce moment, comme l’indique France24, puisque l’enjeu de la mission de l’Otan est de former des soldats afghans. D’après le rapport, c’est un échec total de ce point de vue ». Qu’est-ce qu’on fait en Afghanistan ? Au Canada, pendant ce temps, le lieutenant-colonel Dave Corbould, du régiment Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, basé à Shilo, au Manitoba, déclare que la formation assurée par les troupes canadiennes donne aux forces de sécurité afghanes la possibilité d’agir. Force est de constater qu’il ne faut jamais laisser la gestion de la vérité aux militaires.

Que font tous ces pays en Afghanistan ? Que fait l’Otan en Afghanistan qui risque d’être son cimetière au bout d’une course qui n’aura de fin qu’avec la disparition du dernier soldat ?

William Pfaff, de l’International Herald Tribune, écrivait le 22 mai 2007 : « L’Afghanistan sera vraisemblablement le cimetière de l’OTAN. Il s’agit là d’un cimetière déjà très rempli. L’union soviétique a été enterrée en Afghanistan. Et ce fut également le sort de l’Empire britannique, qui y a été défait. Et ce fut le sort de tous les envahisseurs de l’Afghanistan, sans aucune exception, jusqu’à Alexandre le Grand, abandonné par la chance dans les sables du Balouchistan et de l’Afghanistan au troisème siècle avant JC ».

En quoi le document du « Globe & Mail » est-il faux ? Le même commandant reconnaît une interruption radio et le regroupement de quatre corps de soldats par les talibans. Encore une fois, ne disputons la durée de cette interruption : « L’interruption des liaisons radio n’a duré que quelques minutes, lorsque le radio (le soldat portant l’émetteur-récepteur) a été tué ». Ne disputons pas non plus qui a eu accès aux dépouilles des soldats abattus. N’eut été des révélations d’un quotidien étranger, Le Globe & Mail, ces informations seraient restées lettre morte et enfouies dans les secrets d’État dont raffole si bien Nicolas Sarkozy. Surtout lorsqu’ils lui sont défavorables. Qui osera se lever et lui dire franchement que jouer avec la vérité, lorsqu’il y a des morts au champ de combats, est un geste lâche et inacceptable dans une société de droit ?

Dans une grandiloquence qui lui est coutumière, pour cacher le côté laid des choses, l’Otan déclare que le professionnalisme, l’entraînement et le niveau d’équipement des soldats français sont très élevés, ils sont dans le tableau supérieur des forces de l’OTAN. L’état-major des armées françaises avait reconnu, au début du mois de septembre, qu’un des dix soldats tués dans l’embuscade avait été tué par arme blanche. Où est la contradiction avec l’information publiée par le Globe & Mail ? La gêne de l’armée française est de reconnaître que c’est l’intervention rapide d’autres forces internationales qui a limité les pertes lors de ces combats.

Jean-Dominique Merchet, de Secret Défense, pose fort bien la problématique d’ensemble des événements en Afghanistan : « Le problème est que, depuis le début, les autorités militaires et politiques, peinent à convaincre du déroulé exact des faits et n’ont pas voulu reconnaitre quelques insuffisances criantes (absence de reco, faiblesse des appuis, etc) ».

Mesdames, messieurs les députés de l’Assemblée nationale. Qui osera se lever pour dire : « Assez c’est assez monsieur le président. Rappelons nos troupes! Un point c’est tout ». Qui sera assez courageux pour rappeler que, selon un sondage BVA pour Orange et L’Express, les Français sont 62% à être opposés au maintien d’une présence militaire de la France en Afghanistan et en mars, deux tiers des Français désapprouvaient la décision de Nicolas Sarkozy d’envoyer des renforts sur place ? La droite reste sourde aux appels du peuple : « Le débat du 22 septembre n’est pas de savoir si la France doit se désengager de l’Afghanistan, elle ne le doit pas, mais de définir à quelles conditions la présence de nos soldats peut contribuer à une paix durable ».

Au Québec, 39 pour cent des personnes interrogées considèrent la mission canadienne en Afghanistan comme un échec, tandis que 51 pour cent d’entre elles croient qu’il est encore trop tôt pour le déterminer. Une majorité de Canadiens pense que la mission du pays en Afghanistan est trop coûteuse, autant sur le plan financier qu’en matière de pertes de vies.

Faut-il envier la sagesse des Finlandais ? Selon les journaux finlandais Turun Sanomat et Vali-Suomen Sanomalehdet, 57 % des 1 000 personnes interrogées entre le 2 et le 11 septembre ont déclaré que la Finlande ne devrait pas entrer dans l’OTAN, alors que 23 % sont en faveur de cette initiative.

Le désengagement de l’Otan est peut-être la solution qui fera que les pays retrouveront leur indépendance des politiques extérieures des États-Unis.

Zbigniew Brzezinski, l’un des grands penseurs de la politique internationale de Washington, de passage à Paris, accordait un entretien au Monde. Il déclarait notamment : « Si les Européens croient que la politique étrangère américaine peut changer de direction de la même manière qu’un hors-bord, ils seront déçus. Elle ne peut changer que degré par degré, lentement. L’Amérique a des intérêts fondamentaux et une continuité géopolitique ».

Merci à Dominique Hasselmann d’avoir porté l’article du Globe & Mail à mon attention.

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Antisémitisme, islamophobie, discrimination… la vie continue!

19 09 2008

L’institut Pew Research Center, basé à Washington, spécialisé dans les sondages de toutes sortes, constate une augmentation sensible, ces dernières années, de l’islamophobie et l’antisémitisme en Europe. L’étude en question vise à « fournir des informations sur les problèmes, les attitudes et les tendances qui façonnent l’Amérique et le monde ». L’institut Pew Research Center note que, comme nous allons le constater : « Dans un certain nombre de pays, l’augmentation est particulièrement perceptible de 2006 à 2008 ».

D’entrée de jeu, dans les pays à majorité musulmane, les Musulmans se disent inquiets de la montée de l’extrémisme islamiste dans leur pays et à l’étranger. L’antisémitisme, par exemple, est plus important dans les pays où les Musulmans sont majoritaires. En Turquie, pays musulman démocratique, il est intéressant de noter que les sentiments antichrétiens vont de pair avec une montée de l’antisémitisme.

Selon leur enquête, 46% des Espagnols, 36% des Polonais et 34% des Russes, de même que 25% des Allemands et 20% des Français ont une mauvaise opinion des Juifs. Aux États-Unis, 7% des personnes interrogées disent avoir une opinion négative des Juifs, et en Australie ils sont 11%. En Espagne, les sentiments défavorables (envers les Juifs) ont plus que doublé au cours des trois dernières années, passant de 21% en 2005 à 46% cette année. La Grande-Bretagne est le seul grand pays d’Europe où l’on ne note aucune progression marquée de l’antisémitisme. Par contre, en France, le pourcentage d’opinions favorables à l’égard des Juifs est le plus élevé : 79%. Cette donnée est de 77% aux États-Unis et 73% en Grande-Bretagne et en Australie.

Les sentiments sont encore plus négatifs envers les musulmans qu’envers les juifs. 52% des Espagnols, 50% des Allemands, 46% des Polonais et 38% des Français disent avoir une mauvaise opinion. Fait à noter, les personnes les plus antisémites sont également antimusulmans.

L’étude a été conduite en interrogeant plus de 4.700 personnes en mars et avril dernier dans l’ensemble des six pays concernés.

En France, l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes (EUMC) fait un constat qui confirme les résultats de l’’institut Pew Research Center : les musulmans européens vivent un véritable enfer. ils sont victimes d’actes de discrimination au niveau de l’emploi, de l’éducation et du logement ; ils font l’objet d’actes islamophobes allant d’insultes à des agressions physiques ; leur réussite scolaire est inférieure à la moyenne, tandis que leur taux de chômage, lui, est supérieur à la moyenne ; ils sont surreprésentés dans les secteurs peu payés de l’économie ; ils occupent des postes sous-qualifiés ; la promotion sociale des jeunes musulmans est freinée par de nombreux obstacles, ce qui peut donner lieu à un sentiment de frustration et d’exclusion sociale. Bref, « le racisme, la discrimination et la marginalisation sociale sont des menaces sérieuses à l’intégration et à la cohésion sociale ».

Dans le cadre d’une autre étude précédente, le Pew Research Center a constaté que 52% des Américains estiment que les églises et les autres institutions religieuses devraient rester en dehors de la politique, une augmentation de huit points de pourcentage depuis 2004, date à laquelle la dernière élection présidentielle américaine a eu lieu. Parmi les Républicains, 51% sont de cet avis, par rapport à 37% en août 2004.

La discrimination peut également se manifester à travers, et surtout à travers, les questions d’immigration. Aux États-Unis, par exemple, cette question divise l’opinion. Selon un sondage réalisé en juillet par l’institut Gallup, 39 % des Américains pensent que l’on devrait maintenir l’immigration à son niveau actuel, tandis que 39 % sont en faveur de sa diminution. Seuls 18 % souhaitent qu’elle augmente. Plusieurs autres sondages antérieurs, notamment ceux de CNN et AP-Ipsos, indiquent que la moitié des Américains sont en faveur de la construction d’une clôture le long de la frontière mexicaine afin d’empêcher les immigrés d’entrer clandestinement aux États-Unis et que l’autre moitié y est opposée.

Dans le cadre du premier sommet pour l’intégration des gens du voyage qui s’est tenu à Bruxelles, il a été démontré que l’intégration des 10 à 12 millions de Roms au sein de l’Union européenne demeure un casse-tête majeur. Pourtant, 77% des Européens jugent ces ressortissants communautaires « victimes de discriminations ». D’un autre côté, l’Italie a décidé de ficher les romanichels qui ont très mauvaise réputation et l’Union européenne a endossé ce projet. Ils sont entre 5 et 10 millions dispersés sur tout le territoire européen. « Le fichage ethnique devrait être illégal et j’espère que la Cour européenne de Justice établira ce fait », a déclaré le milliardaire et philanthrope américain George Soros.

Pour sa part, Rudko Kawczynski, président du Forum européen des Roms et des Gens du Voyage, a déclaré, dans le cadre du premier sommet pour l’intégration des gens du voyage : « cela fait 800 ans qu’on essaie de nous expulser d’Europe, et personne aujourd’hui ne nous a dit ce qui va être fait pour nous débarrasser des comportements anti-Roms ». José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a tenté, dans un tour de passe-passe, de rejeter la faute sur les pays membres : « La situation dramatique des Roms ne peut être réglée depuis Bruxelles. Les instruments pour créer ce changement sont dans les mains des États membres. Les politiques pour l’intégration des Roms sont de la compétence des États membres ». L’Italienne Eugenia Maria Roccella, sous-secrétaire d’État à l’emploi, a justifié « l’importance fondamentale de collecte des données pour mener des mesures efficaces d’intégration ». José Manuel Barroso a répété son crédo : « La Commission rejette toute discrimination et toute stigmatisation des Roms dans l’Union européenne ».

Selon la délégation de l’Association des Paralysés de France (APF) du Tarn : « le handicap est une des principales causes de discrimination en France. Parfois imperceptibles, souvent suggérées, toujours humiliantes, les discriminations dont sont victimes les personnes en situation de handicap sont quotidiennes : refus d’accès aux transports publics, refus d’entrée dans un lieu public, refus d’accès à l’école, à un emploi, un service, un prêt bancaire, un logement, refus de conserver un salarié lors de la survenue d’un handicap… ». Pour amener le grand public à changer de comportement envers les personnes en situation de handicap, « une opération nationale de sensibilisation » se déroulera le 9 octobre prochain.

Et la vie continue.





Tzipi Livni réussira-t-elle là où Ehud Olmert a échoué ? L’honnêteté !

18 09 2008

Les 74.000 membres du parti centriste Kadima étaient invités à se choisir un nouveau président. Tzipi Livni sort victorieuse. Elle devient le troisième dirigeant du parti Kadima qui a été formé il y a trois ans. Elle a franchi la barre de 40% des suffrages dont elle avait besoin pour passer dès le premier tour. Le Premier ministre Ehud Olmert s’est engagé à démissionner dès que son parti se serait doté d’un nouveau dirigeant. Toutefois, il pourrait expédier les affaires courantes pendant des semaines, voire des mois, jusqu’à ce que Tzipi Livni forme un nouveau cabinet. Si elle parvient à créer en tant que premier ministre une nouvelle majorité, dans un délai de 42 jours, elle pourra alors choisir entre gouverner jusqu’à la fin de la législature actuelle, soit jusqu’au printemps 2010, ou déclencher des élections anticipées.

The Economist la définit comme « le nouvel espoir du camp de la paix en Israël », en dépit de l’éducation nationaliste reçue de ses parents. Même s’il ne s’attend pas à des miracles en cas d’élection de Livni à la tête de l’Etat hébreu, The Economist affirme clairement qu’il s’agit de la « meilleure candidate pour la paix ». Le magazine Forbes classe cette femme au 52ième rang dans le classement des 100 femmes les plus influentes. Tzipi Livni a été la négociatrice en chef des pourparlers de paix avec les Palestiniens que l’administration américaine avait relancées il y a dix mois lors de la conférence d’Annapolis. Au cours des années, Livni avait forgé des liens amicaux avec la secrétaire d’État américaine Condoleezza Rice.

Mme Livni, qui se présente comme « Mme Propre », a promis de donner un nouveau souffle à un parti frappé par une série de scandales de corruption. Aluf Benn affirme, dans le quotidien Haaretz, que « Olmert a échoué dans la paix comme dans la guerre ». Malgré ce maigre bilan, selon Haaretz, s’agissant des discussions avec le Hamas, Olmert poursuivra les discussions aussi longtemps qu’un nouveau gouvernement ne sera pas investi. À ce titre, il a accepté mardi de rencontrer à nouveau le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dans les prochaines semaines. Les deux hommes se voient en moyenne deux fois par mois depuis la relance des négociations de paix israélo-palestiniennes, en novembre 2007, à Annapolis aux États-Unis.

Sur un autre plan, le dialogue entre Israël et la Syrie a été interrompu, à la demande de l’État hébreu. La raison invoquée : des problèmes techniques concernant le statut du négociateur israélien, qui a récemment démissionné de ses fonctions gouvernementales.

Tzipi Livni touche enfin au but.

Tzipi Livni est née à Tel Aviv le 5 juillet 1958 et y vit toujours. Elle est mariée et mère de deux enfants. Elle est la fille d’Eitan Livni, un immigré d’origine polonaise, ancien de l’Irgoun, membre du Likoud et parlementaire. Elle a été lieutenant dans l’armée et a travaillé pour le Mossad au début des années 1980. Elle est diplômée de la faculté de droit de Bar Ilan, et a exercé en tant que juriste, spécialisée dans le droit public et commercial. Tzipi Livni a largement supporté le plan de désengagement des territoires occupés d’Ariel Sharon et s’est impliquée fortement pour que ce plan soit approuvé par la Knesset, notamment en tentant une médiation avec les membres du parti opposés à cette opération. Elle est également considérée comme faisant partie des membres pacifiques du Likoud. Plus près des colombes que des faucons.

Depuis 2001, elle a accumulé une expérience ministérielle considérable, ayant occupé les portefeuilles de la Coopération régionale, de l’Agriculture et du Développement rural, de l’Immigration, du Logement et de la Construction, de la Justice, puis des Affaires extérieures.

Le 5 janvier 2006, suite à l’hospitalisation du Premier ministre Ariel Sharon, elle déclare aux journalistes : « Nous prions pour Ariel Sharon, et je ferai personnellement tout mon possible pour aider le Premier ministre par intérim à assumer ses fonctions et à prendre les bonnes décisions », mettant fin en même temps aux rumeurs qui prétendaient qu’elle pourrait succéder à Sharon à la tête de la nouvelle formation Kadima.

Tzipi Livni est troisième parmi les têtes de liste du parti Kadima aux élections législatives israéliennes de 2006. Elle devient donc membre de la 17ème Knesset après la victoire du parti aux élections. Tzipi Livni est le premier membre d’un gouvernement israélien à faire la distinction entre les attaques palestiniennes visant des cibles militaires israéliennes et les attaques terroristes contre des civils. Elle déclare ainsi à la télévision américaine, le 28 mars 2006 : « Somebody who is fighting against Israeli soldiers is an enemy and we will fight back, but I believe that this is not under the definition of terrorism, if the target is a soldier ».

Une pensée structurée

Devant les Nations-Unies, en septembre 2006, Tzipi Livni livrait ce message : « Chaque victime innocente dans un conflit est une tragédie. Il n’y a pas de différence entre les larmes d’une mère israélienne pleine de chagrin et celles d’une mère palestinienne pleine de douleur. Mais il y a une différence morale entre les terroristes qui cherchent à viser les civils, et les soldats qui ciblent les terroristes tout en cherchant à éviter de porter atteinte aux civils. Pour protéger son intégrité, la communauté internationale doit soutenir cette distinction morale essentielle. Le terrorisme est du terrorisme, même quand on veut l’appeler résistance. Il ne peut être justifié et il ne peut être mis sur le même plan que les actions de ceux qui cherchent à s’en défendre ».

En janvier 2007, à Davos, Mahmoud Abbas estimait que le processus de paix pouvait reprendre, Shimon Peres déclarait pour sa part que la paix se « rapprochait » et Tzipi Livni qu’un État palestinien était « réalisable ».

En février 2007, Tzipi Livni constatait que : « L’antisémitisme est encore très vivant. Comme foyer du peuple juif, c’est un combat que nous devons mener. […] La négation globale de la Shoah par l’Iran est une manœuvre politique dont le but est de délégitimer Israël, et il est inacceptable qu’un pays qui nie la Shoah soit accepté par le Monde comme membre de la Communauté internationale ».

Lors de son passage, en France, le chef de la diplomatie israélienne invitait les chefs d’État européens à soutenir son pays : « Nous vivons un monde d’images et je sais que la vie n’est pas toujours facile pour les amis d’Israël parce que l’image qu’a Israël est vraisemblablement différente de ce qu’Israël est vraiment ? Et malheureusement il y a beaucoup de décideurs dans le monde qui prennent leurs décisions non pas sur la base des faits, non pas sur la base des valeurs mais sur la base de l’image. Très souvent des leaders qui soutiennent Israël sont attaqués publiquement. Mais je crois fondamentalement que nous avons des valeurs et des intérêts communs et donc chaque leader européen qui croit en ses valeurs se doit de soutenir Israël ».

La citation la plus controversée qu’on lui attribue date du 28 mars 2006 alors qu’elle a déclaré sur les ondes d’une chaîne de télévision américaine « Quelqu’un qui combat les soldats israéliens est un ennemi et nous riposterons. Mais je crois qu’il ne s’agit pas de terrorisme si la cible est un militaire ».

En délicatesse avec son chef

À la fin de décembre 2006, Tzipi Livni se place en délicatesse avec son chef. Le quotidien Maariv a dévoilé le nouveau plan politique de Tsippi Livni, qui prévoyait le lancement de négociations sur les sujets urgents, même en temps de conflit avec les Palestiniens. Parmi ces points considérés comme urgents figurait la libération des détenus (terroristes) palestiniens et la question de Jérusalem. Après la publication, les représentants du Bureau du Premier ministre ont affirmé qu’ils ne savaient pas du tout de quoi il s’agissait et qu’Israël n’accepterait pas un dialogue sur une des étapes de la Feuille de route. Ils ont ajouté que le Premier ministre, Ehoud Olmert, n’était pas au courant du plan politique de Livni. « Nous ne connaissons aucun plan. Nous ne connaissons que l’existence de quelques idées, entendues de la bouche de Livni » ont-ils précisé. Les représentants ont cependant indiqué que la situation entre Livni et Olmert ne s’était pas dégradée comme les relations de ce dernier avec Amir Peretz, le ministre de la Défense. Quoi qu’il arrive, les représentants du Bureau d’Olmert ne se laissent guère impressionner par le plan de Livni : « Il s’agit d’une rencontre avec Salem Fiad qui est déjà hors jeu et avec Yasser Abed Rabou, qui est pour sa part un homme d’Arafat. Nous, de notre côté, nous avons rencontré Abou Mazen et c’est ce qui est important ». Et vlan ! Madame la ministre a réagi ! Elle a déclaré qu’il « était nécessaire de réagir au terrorisme, tout en continuant d’examiner les possibilités qui s’offrent à Israël – et les exploiter ». Livni a ajouté qu’elle était convaincue que « trouver des solutions pour les modérés du camp palestinien faisait partie du combat contre le terrorisme ». La ministre a ajouté : « Les titres des journaux gênent généralement le gouvernement à agir ».

En janvier 2007, le Likoud annonce, lors d’une de ses réunions hebdomadaires, qu’il compte lancer une vaste campagne contre la ministre des Affaires étrangères Tsippi Livni, de Kadima. Cette nouvelle initiative venait essentiellement du député Israël Katz. Ce dernier avait indiqué que de profonds changements étaient à prévoir prochainement au sein du parti au pouvoir, Kadima, suite à l’animosité croissante entre le Premier ministre et Livni. Selon certaines évaluations, cette dernière envisagerait sérieusement de présenter sa candidature à la tête du parti et devenir ainsi la principale rivale d’Olmert et de ce fait, l’adversaire directe du Likoud. La première cible du Likoud, dans le cadre de cette campagne, serait bien entendu le fameux plan élaboré par la ministre dont a parlé récemment le quotidien Maariv.

A l’occasion du premier anniversaire de Kadima, Livni avait laissé entendre qu’elle envisageait de briguer un jour ou l’autre la direction du pays mais elle a ajouté qu’elle préférait attendre le moment opportun. Il semble bien que ce moment est maintenant arrivé. Madame la ministre a été élue mercredi par les adhérents pour succéder au Premier ministre Ehud Olmert avec près de 49% des voix contre environ 37% en moyenne pour son rival Shaul Mofaz.





États-Unis – Une guerre de mots dans un cauchemar économique

18 09 2008

Au lendemain de la faillite de Lehman Brothers et du rachat de Merrill Lynch par Bank of America, John McCain déclarait : « Les gens sont effrayés par ces événements. Je pense néanmoins que les fondamentaux de notre économie sont solides. Même si les temps sont très, très difficiles ». La riposte de Barack Obama est venue immédiatement : « Nous venons de nous réveiller au beau milieu d’un désastre financier, et ce matin, il affirme que les fondamentaux de notre économie sont encore solides ? Sénateur McCain, de quelle économie parlez-vous ? ». Commentaire suivi d’une autre phrase assassine : « En matière d’économie, vous restez fidèle à George W. Bush et à une théorie économique qui fut un échec. Et ce que vous proposez au peuple américain n’est rien d’autre que cela ». Qu’importe. Sur MSNBC, John McCain est allé jusqu’à garantir qu’il n’y aurait pas d’autre crise financière s’il devenait président. Place à la guerre des mots. Selon le Huffington Post, le candidat républicain se contredit.

Wall Street. Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre de représentants, a d’ores et déjà ordonné la création d’une commission spéciale, où des responsables du Trésor et de Wall Street seront appelés à témoigner. Le sénateur McCain, qui réclame la formation d’une commission d’enquête calquée sur le modèle de celle qui a planché sur le 11 septembre, dénonce maintenant«  la corruption et la cupidité débridée de Wall Street ». La population américaine s’interroge si elle n’est pas témoin d’un drame qui pourrait s’appeler : « cauchemar à Wall Street ». En effet, l’économie demeure encore le principal sujet de préoccupation de 43 % des électeurs américains, loin devant la sécurité nationale (23 %). Or, 65 % de ces mêmes Américains estiment que l’économie se dégrade.

Il s’en trouve pour comparer l’ère Clinton à l’ère Bush. D’un côté, « l’âge d’or de l’économie ». De l’autre, « la débandade de Wall Street ». C’est maintenant la valse des milliards en pertes. Dernière nouvelle : la Réserve fédérale (la banque centrale américaine) vient de prendre le contrôle à hauteur de 80 % d’American International Group (AIG). La plus grande société d’assurances au monde est sauvée de la faillite par cette injection de 85 milliards de dollars. Ce sauvetage s’ajoute à celui des deux géants du crédit hypothécaire en train de sombrer, Fannie Mae et Freddie Mac par la prise de contrôle du département du Trésor (ministère des Finances) il y a une semaine.

Georges W. Bush n’a d’autre rôle que de jouer au pompier et tenter d’éteindre les incendies qui se propagent de partout dans le monde financier des États-Unis. L’orthodoxie conservatrice républicaine prend un sale coup sur sa crédibilité. Ce qui place McCain dans une situation particulièrement fâcheuse, lui qui se positionne comme un farouche adversaire de toute intervention gouvernementale et de toute régulation des marchés dans l’économie américaine. La gigantesque déconfiture de l’économie américaine, ces derniers mois, découle justement des travers de cette philosophie toute républicaine : absence de contrôle, de réglementation et de transparence de ce qui se passe à Wall Street. Résultat lamentable de l’idéologie antiréglementaire au profit des forces du marché qui a, depuis les années Reagan, prédominé à Washington. Résultat également de l’obsession anti-interventionniste de Bush. John McCain préconise maintenant des « règles plus sévères » pour Wall Street, sans être plus précis.

Le New York Times dénonce avec raison les dérapages de la campagne présidentielle en cette période de crise comme étant « une atmosphère de Far West ». FactCheck.org note que la course aux mensonges est bien engagée : en deux semaines, il y aurait eu deux fois plus de mensonges chez McCain que chez Obama. Le camp républicain dépeint Obama en ces termes : « Prêt à diriger ? Non. Prêt à diffamer » pendant que Wall Street s’effondre. La guerre des slogans, plus ignobles les uns que les autres, a remplacé le débat d’idées pour sauver l’Amérique du naufrage.

Le candidat républicain, qui n’en est pas à son premier tour de force de tourner sur une pièce de dix sous, annonce qu’il entend « nettoyer Wall Street ». Sur cette proposition de McCain de créer une commission chargée de se pencher sur les problèmes économiques aux États-Unis, Barack Obama répond : « Ce n’est pas le 11 Septembre. Nous savons comment cette débâcle s’est produite et nous avons besoin de leadership pour nous en sortir ».

Barack Obama, qui n’est aucunement spécialiste en matière économique, s’appuie sur Paul Volcker, l’ancien directeur de la Réserve fédérale américaine. Il s’en tire plutôt bien, malgré tout, puisque 47% des électeurs lui font plus confiance en matière d’économie qu’à John McCain (42%), selon un sondage ABC News/Washington Post. Ces résultats traduisent la réponse de la population américaine aux déclarations de McCain selon lesquelles beaucoup d’américains éprouveraient des « problèmes économiques qui sont d’ordre psychologique ».

En juillet dernier, le conseiller n°1 de John McCain, sur les dossiers économiques, Phil Gramm, sénateur et ancien lobbyiste, s’en prenait à « un pays de pleurnicheurs, en récession mentale ». McCain s’en séparait une semaine plus tard. La crise de Wall Street est venue rappeler brutalement l’inanité d’une telle déclaration. McCain cherche depuis à modifier son message, il va sans dire : « Nos travailleurs sont les plus innovateurs, les plus travaillants, les plus qualifiés, les plus productifs au monde. Voilà ce que sont les travailleurs américains. Mes adversaires peuvent être en désaccord, mais je pense qu’ils sont forts ».

Tout récemment, c’est au tour de Carly Fiorina, ancienne PDG de Hewlett-Packard, et l’un des principaux conseillers économiques du candidat républicain à la Maison Blanche, de se mettre les pieds dans les plats. Elle a déclaré, ni plus ni moins, sur KTRS, une station de radio de Saint Louis dans le Missouri, que ni John McCain ni sa colistière Sarah Palin n’avaient les compétences nécessaires pour diriger une grande entreprise. Pour bien appuyer son propos, elle a répété sur MSNBC que John McCain et sa colistière Sarah Palin n’ont pas l’expérience de la grande entreprise. Sa remarque s’adressait également à Obama et à son colistier Biden.

Barack Obama devra pour sa part faire un effort pour se rapprocher de la population qui subit les contrecoups de cette crise impitoyable. Comme le note Dan Balz, du Washington Post, Obama et les démocrates devront cesser de se focaliser sur Sarah Palin au détriment des vrais enjeux de l’élection : l’économie. Barack Obama a été pertinent, selon les médias américains, mais pas non plus excellent, rappelle le quotidien Le Monde.





Ces chantiers qui brisent l’enfance

17 09 2008

Bangladesh

50 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

50 % des enfants de moins de 5 ans montrent des signes de malnutrition chronique.

Le travail des enfants

7.9 million d’enfants entre 5 et 17 ans travaillent (Enquête BBS sur le travail des enfants 2003).

1.3 million travaillent 43 heures ou plus par semaine.

20 % est le pourcentage du revenu familial que les enfants apportent.

75 % des enfants qui travaillent sont des garçons.

Plus d’un million d’enfants ont des emplois à risque.

La démolition des navires

60 % des bateaux démantelés en 2007 l’ont été au Bangladesh.

30 000 travailleurs sont employés directement par la démolition de navires et entre 100 000 et 200 000 indirectement.

Le recyclage de navires fournit 30 % des besoins du Bangladesh en acier.

25 % des travailleurs dans les chantiers de démantèlement sont des enfants.

Activités dangereuses

(Ces données sont des estimations en raison de l’absence de données officielles)

Des centaines de travailleurs sont morts ces dernières années et des milliers ont été blessés.

Les ONG ont pu documenter qu’au moins :

18 travailleurs sont morts ces deux dernières années (2006-2007).

10 travailleurs sont morts en 2008.

C’est si loin.

Le démantèlement de navires est une industrie-clé au Bangladesh. C’est une pratique très dangereuse mais qui attire de nombreux travailleurs migrants et des agriculteurs pauvres. Travailler dans ces chantiers leur rapporte un salaire plus élevé que s’ils travaillaient dans l’agriculture. Cette activité est extrêmement dangereuse et cause de nombreux accidents et morts tragiques. Beaucoup de travailleurs sont gravement blessés, et leur état de santé est affecté en raison des substances dangereuses contenues dans les bateaux et des conditions de travail déplorables sur les chantiers. Travailler dans de telles conditions est encore plus dangereux pour des enfants qui manquent de capacités physiques et qui sont encore en pleine croissance.

Source : Fédération internationale des ligues des droits de l’homme – Ces chantiers qui brisent l’enfance





Les ondes de choc de l’économie américaine

16 09 2008

Aux États-Unis, malgré les nombreuses assurances données par le président Georges W. Bush, Lehman Brothers s’écroule. Lehman Brothers existe depuis 158 ans. Dur coup pour les États-Unis, et cela 14 mois après le début de la crise du crédit. Lehman a indiqué qu’au 31 mai, elle affichait des avoirs d’un montant de 639 milliards $ US, mais aussi 613 milliards de dollars $ US de dettes. La banque américaine Lehman Brothers, quatrième banque d’affaires américaines, doit se placer sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites après l’échec de négociations avec de potentiels repreneurs comme la britannique Barclays ou Bank of America et le refus de Washington de renflouer la banque. Et c’est bien la crise des subprime qui continue de faire trembler les marchés financiers. 25 000 emplois sont en question.

En France, la ministre de l’Économie, Christine Lagarde, constate avec réalisme que, oui, c’est un choc. Mais en même temps, c’est le témoignage d’un certain équilibre. Le Trésor américain ne peut pas constamment aller au sauvetage de ceux qui sont en mauvaise posture. Elle rejoint l’avis de Greenspan : « le gouvernement fédéral ne pouvait pas mettre un filet de sécurité sous toutes les firmes financières faisant faillite ». La Fédération bancaire française(FBF) s’est voulue rassurante : les institutions financières françaises sont solides et assurent le financement de l’économie dans des conditions normales. Le dispositif adopté aux États-Unis correspond à une situation de crise qui n’a pas d’équivalent en France. Les banques centrales européennes suivent attentivement la situation : la BCE a injecté 30 milliards d’euros et la BoE 5 milliards de livres.

Fannie Mae et de Freddie Mac avaient pourtant été sauvées des eaux. En effet, pour d’aucuns, en optant pour une quasi-nationalisation des deux agences de refinancement Fannie Mae et Freddie Mac, Henry Paulson, le secrétaire au Trésor, avait montré dans son meilleur aspect le célèbre pragmatisme américain. Le gouvernement républicain, dont le parti est le plus farouchement opposé à l’interventionnisme de l’État, a mis en place un plan de sauvetage qui coûtera au minimum une dizaine de milliards de dollars aux contribuables du pays. Fannie Mae et Freddie Mac garantissent 5.200 milliards de dollars de prêts immobiliers, soit environ 40 % de l’encours de crédit hypothécaire des États-Unis.

Le géant du courtage Merrill Lynch va être racheté par la Bank of America qui débourse, à cette fin, 50 milliards de dollars, soit environ 29 dollars par action contre 17 dollars en clôture. Mais c’est deux fois moins que le cours de Merrill Lynch en début d’année.

L’assureur AIG annonce devoir se défaire de nombreux actifs en vue de trouver des liquidités. Le titre de l’assureur américain se replie de 86% à la mi-séance. Le New York Times avait en effet annoncé que l’assureur américain s’apprêterait à annoncer la cession de pans entiers de son activité pour tenter de rassurer les investisseurs. La situation est encore plus grave que celle de Lehman Brothers, parce que la Fed (Banque centrale américaine) ne peut pas agir pour les assureurs. AIG devra, par exemple, mettre en vente son activité de financement de l’aéronautique, International Lease Finance Corporation (ILFC), le plus gros client d’Airbus et de Boeing.

Georges W. Bush n’a eu d’autre choix d’annoncer que le gouvernement fédéral n’interviendrait pas pour renflouer les firmes de Wall Street menacées. « Les décideurs politiques vont se concentrer sur la santé du système financier dans son ensemble ». Quel gâchis!

Les problèmes de fond persistent et mettent à mal l’économie américaine. L’intervention de l’État américain dans l’économie ne règle pas tout. Les investisseurs ont également infligé une correction sévère à l’indice Nasdaq des valeurs technologiques, qui a accusé une perte de 81,36 points, soit 3,60%, à 2179,91 points. Pour endiguer une possible crise internationale, dix grandes banques viennent de créer un fonds d’urgence de 70 milliards de dollars (49 milliards d’euros), dans lequel chacune d’entre elles pourra puiser – au cas où. Parmi ces dix institutions, la Deutsche Bank, la plus grande banque allemande. En Asie, La Banque du Japon (BoJ) a injecté mardi 10 milliards d’euros dans le marché bancaire et a appelé les investisseurs au calme.

Au Canada, le chef du Parti libéral du Canada, Stéphane Dion, soutient que le programme économique des conservateurs rapproche le pays d’une récession. Comme on peut le constater, les libéraux devraient orienter leur discours sur l’économie au cours des prochaines semaines de la campagne électorale. Selon Stéphane Dion, « Stephen Harper a permis à une économie jadis florissante de frapper un mur. Stephen Harper ne gouverne qu’au jour le jour, sondage après sondage. Il veut acheter le vote des Canadiens avec ses tours de passe-passe ».

Le chef conservateur, Stephen Harper, se veut rassurant. Pas de panique. Les fondements de l’économie canadienne restent forts. Le Premier ministre a même lancé un appel au calme. Très préoccupé par la situation économique aux États-Unis et dans le monde, il veut tout de même rassurer la population canadienne : les bases de l’économie canadienne sont solides à la fois pour les domiciles, les gouvernements et les institutions financières.

Il va sans dire, l’optimisme n’est pas de rigueur, par les temps qui courent, dans le monde de l’économie. Qu’il soit local ou mondial. Le Québec, par exemple, vit sa plus faible croissance économique depuis plusieurs années, selon la toute dernière Note de conjoncture métropolitaine du Conference Board du Canada. La croissance économique de Montréal atteindra 1,7% en 2008, la cadence la plus faible en cinq ans.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, a relevé, sur un ton particulièrement alarmiste, « les politiques économiques désastreuses du premier ministre Stephen Harper », ajoutant que « l’effondrement de Wall Street en fin de semaine est une très mauvaise nouvelle pour l’économie » canadienne. Selon le Parti vert, l’économie du pays « dispose de peu de marge pour absorber un nouveau choc ». Pire. « Le manque de leadership de Stephen Harper nous entraîne peu à peu au bord du déficit. Son échec à gérer l’économie en des temps incertains doit avoir une fin ».

De l’autre côté de l’Atlantique, par exemple, les banques de détail devraient se redresser plus rapidement mais elles doivent comprendre que la crise financière n’est pas terminée. Loin de là. La compagnie aérienne Alitalia est aux bords de la faillite. Ces exemples n’en illustrent que mieux la présente situation qui secoue durement l’économie mondiale.

« C’est un choc structurel sans précédent depuis 1929 » explique tout simplement Alan Greenspan. Interviewé par la chaîne ABC, dimanche 14 septembre, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed) de 1987 à 2006, considère la crise financière actuelle la plus grave depuis des décennies. « Il n’y a aucun doute, je n’ai rien vu de pareil et ce n’est pas encore fini et cela prendra encore du temps ». Sauf que ce même Greenspan est accusé par certains d’avoir alimenté la présente crise avec des taux d’intérêt trop bas! Greenspan estime maintenant à plus de 50% le risque de récession aux États-Unis. Selon lui, la crise financière va entraîner la chute de plusieurs institutions financières majeures. George Soros, le célèbre financier milliardaire américain, est d’avis que le président de la Fed « porte une lourde responsabilité » dans la « création de la bulle immobilière ».

Une pareille crise n’était pas sans intervenir dans la campagne présidentielle américaine. Selon Barack Obama : « Huit ans de politique qui ont mis en lambeaux la protection des consommateurs, affaibli la surveillance et les régulations et encouragé les fortes primes pour les dirigeants d’entreprises, tout en ignorant les Américains de la classe moyenne, nous ont menés à la crise financière la plus grave depuis la Grande dépression ».

Les États-Unis n’ont pas les moyens de se payer des réductions d’impôts de la taille de celles proposées par le candidat républicain aux élections présidentielles, John McCain, a averti Alan Greenspan. Du moins, pas sans une réduction des dépenses gouvernementales du même ordre. « Je ne suis pas en faveur de l’idée de financer des réductions d’impôts en empruntant de l’argent », a soutenu l’ancien président de la FED lors d’une interview avec Bloomberg Television. « J’ai toujours lié les baisses d’impôts aux dépenses ». John McCain avait pourtant avoué qu’il lisait « The Age of Turbulence », les mémoires d’Alan Greenspan, pour s’éduquer dans le monde des finances. Le candidat républicain entend compenser les réductions d’impôts – dont la réduction du taux d’imposition des sociétés et l’élimination de l’impôt minimum de remplacement, lequel a nui aux familles de la classe moyenne – en mettant un terme aux dépenses injustifiées du Congrès, en abolissant des programmes gouvernementaux inutiles et en révisant des programmes d’admissibilité comme le régime d’assurance-maladie et de sécurité sociale.

« John McCain ne parviendra pas à compenser ses baisses d’impôts par l’élimination des dépenses en affectations spéciales du Congrès, lesquelles sont estimées à 17 milliards $ US annuellement », a expliqué la sénatrice démocrate Claire McCaskill.





Et si Poutine s’était trompé…

15 09 2008
Putin

Putin

La Russie et la Géorgie ont mis en pratique cette maxime que formulait Deng Xiaoping : « Il ne peut y avoir deux tigres sur la même colline ». En termes de « dommages collatéraux », il faudrait voir maintenant qui risque d’y perdre le plus ? Que coûte donc à la Russie son intervention en Géorgie ? Rien de moins qu’une crise financière qui pourrait créer des problèmes de liquidité bancaire, accroître les risques d’inflation ou provoquer une surchauffe exagérée de l’économie. Selon certaines prévisions, les investissements étrangers pourraient cette année chuter à 45 ou 50 milliards de dollars contre 80 milliards de dollars en 2007.

Selon le Financial Times, la bourse de Moscou en déroute, depuis mai, est à son plus bas niveau depuis deux ans. Standard and Poor’s maintient « positive » la note mais craint un fléchissement possible des placements étrangers en Russie. Poutine a beau rejeter tout lien entre la crise des marchés financiers en Russie et le conflit en Géorgie, il vient d’être rattrapé par la confiance mise à mal des investisseurs étrangers. Ces derniers ont rapatrié plusieurs milliards de dollars au mois d’août ! À elle seule, la Bourse de Moscou a dégringolé de 29% depuis le début du conflit en Géorgie le 7 août et de 47 % depuis mai.

Une crise de confiance qui a l’effet d’un séisme au sein d’une économie qui semblait avoir atteint un niveau de stabilité. Dmitri Medvedev qui voulait faire de Moscou un centre financier international devra différer. Demain n’est pas la veille. L’indice boursier a perdu plus de 500 points, soit près de 33 milliards de dollars (près de 24 milliards d’euros). Les entreprises ont de plus en plus de problèmes de liquidités. En effet, elles ont accumulé plus de 400 milliards de dollars de crédits sur du court terme. À elles deux, les entreprises Gazprom et Rosneft ont accumulé près de 90 milliards de dollars de dettes. 36 milliards devront être renouvelés dès cette année.

Le vice Premier ministre et ministre des Finances, Alexeï Koudrine, devra puiser dans les fonds de retraites et dans le Fonds de richesse nationale pour maintenir à flot l’économie. Ce sera 1 000 milliards de roubles de renflouement ou la crise, rien de moins.

Arkadi Dvorkovitch agit en tant que conseiller du président russe Dmitri Medvedev. Il se montre confiant : « Je suis certain que progressivement, les investisseurs vont revenir: aujourd’hui, le marché russe est déjà attractif pour les investissements et le premier qui entrera sera le principal gagnant ». Le président Medvedev se rabat sur la conjoncture internationale pour éviter une analyse intérieure gênante : « la Russie souffre de la même crise de crédit affectant le reste du monde ». Sur quoi se base cette confiance russe ? Sur la garantie d’un non-recours à la force dans la résolution du conflit (géorgien).

Il reste que la conjoncture économique mondiale actuelle n’est pas de nature à rehausser la confiance des investisseurs : débâcle des cours du pétrole, dont la Russie est très dépendante, dégradation à vue d’œil de l’économie américaine, et surtout un bras de fer entre la Russie et l’Occident qui ne semble pas près de s’apaiser.

En marge des négociations de Nicolas Sarkozy à Moscou, un diplomate européen déclarait à Libération : « L’économie russe est une économie du tiers-monde. Les Russes exportent leurs matières premières et importent les biens à forte valeur ajoutée. Ils ont vraiment besoin de l’Occident pour se moderniser, et ils ont vraiment beaucoup à perdre s’ils continuent à n’en faire qu’à leur tête ».

À quelle parole peuvent se raccrocher les investissements devant le fait que Moscou et Washington recourraient de plus en plus à une vieille rhétorique de guerre froide ? Comparer, comme l’a fait le président russe Dmitri Medvedev, le 08 août 2008 au 11 septembre 2001, revient à piquer au vif l’émotion américaine. Medvedev a poussé plus loin sa logique : Washington, en commémorant le 11 septembre, aurait intérêt à coopérer avec la Russie contre le terrorisme plutôt que de s’allier avec des « régimes pourris », en allusion à la Géorgie.

Vladimir Poutine tente tant bien que mal de réparer les pots cassés. La Russie n’a pas « d’ambitions impérialistes » et n’a pas l’intention « d’empiéter sur la souveraineté » de ses voisins de l’ex-URSS. Cela dit, il est mal vu de Moscou, par contre, que les voisins de l’ex-URSS maintiennent des relations bilatérales avec les États-Unis ou qu’ils manifestent le souhait d’adhérer à l’Otan. Qui croira, parmi les investisseurs, Vladimir Poutine lorsqu’il déclare, la main sur le cœur, que Moscou n’a aucune des ambitions impérialistes qu’on lui prête ? Sauf que, comme l’a montré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, les États-Unis ont rompu aux yeux de Moscou l’équilibre militaire avec la Russie en décidant d’installer en Pologne des éléments de leur bouclier antimissile.

La Pologne a accordé un très ferme soutien au président géorgien, Mikheïl Saakachvili, contre la Russie. De vieux comptes à régler. Ce qu’a volontiers reconnu le chef de la diplomatie russe : « La Pologne s’est vengée de nous pour notre défense des habitants d’Ossétie. C’est un comportement plutôt mesquin et de surcroît une erreur politique ». La Lituanie subit, pour sa part, un embargo pétrolier depuis deux ans parce qu’elle refuse de vendre sa raffinerie de pétrole Mazeikiu Nafta à une entreprise russe. Et que dire de cette déclaration selon laquelle l’Ukraine, pays européen, partage avec les pays de l’Union européenne une histoire et des valeurs communes ? Nicolas Sarkozy a confirmé que « l’intégrité territoriale de l’Ukraine est non négociable ».

Pour ceux ou celles qui en doutaient, le conflit géorgien a fait éclater le mythe d’un monde unipolaire. Washington devra composer bon gré mal gré avec cette nouvelle réalité. L’Ours rugit à nouveau. Mais à quel prix ? Que Moscou veuille se gagner le contrôle hégémonique sur ses proches voisins ou que Washington veuille étendre au Moyen-Orient ses principes de démocratie, les deux procèdent d’abord et avant tout par intérêts économiques.

Comment les investisseurs pourraient croire dans la « parole donnée » de Moscou, sur la garantie d’un non-recours à la force dans la résolution du conflit (géorgien), lorsque, déjà, elle met en contradiction le président en exercice de l’UE Nicolas Sarkozy et le diplomate en chef de l’UE Javier Solana ? Sergueï Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères, a exclu l’envoi d’observateurs de l’UE dans les républiques séparatistes de Géorgie, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, contrairement à ce qui a été annoncé par l’UE. Selon Nicolas Sarkozy, 200 observateurs de l’UE devaient être envoyés en Géorgie, avant le 1er octobre, avec un droit d’entrée en Abkhazie et en Ossétie du Sud. Javier Solana avait réaffirmé que la mission de l’UE était susceptible d’être « déployée partout ».

« Ce n’est pas vrai », déclare Sergueï Lavrov. « Non seulement les États-Unis mais aussi d’autres pays de l’Otan veulent s’occuper du rétablissement des capacités militaires de la Géorgie », soutient le ministre russe, « mais aucune leçon des derniers événements n’a été tirée ».

La Russie ne pourra pas ignorer son client : le commerce extérieur russe avec l’UE s’élève à plus de 600 millions €.

Force est de reconnaître que l’énergie a joué un rôle remarquable dans l’expansion de la Russie. Comme l’indique l’Observateur de l’OCDE, plus d’un tiers de la croissance du PIB russe repose directement sur les ressources naturelles, dont près d’un quart sur le pétrole. Pour maintenir la croissance dans une telle économie, il faut un climat d’investissement stable, en faisant respecter l’état de droit et le droit de propriété, et en suivant des orientations macroéconomiques judicieuses – notamment une discipline budgétaire exemplaire.

Et le retour de la confiance des investisseurs.