Ignorant l’endettement insupportable de la France, Nicolas Sarkozy veut remettre à plat le système financier et monétaire mondial

1 10 2008

Nicolas Sarkozy est-il encore l’homme de la situation ? Comme son ami Georges W. Bush, il peine à se maintenir au-dessus de la stratosphère dans les sondages. Il sombre irrémédiablement vers une impopularité qui ne se dément plus. Mal-aimé en France, il exerce à l’étranger un certain attrait. Les États-Unis viennent de lui attribuer deux distinctions honorifiques. D’aucuns louent son volontarisme. D’autres le trouvent encombrant. Le président ne cesse de mettre en lumière la solitude du pouvoir. Il a raison. Il règne en maître et seul. Il multiplie les erreurs et il est seul à blâmer.

Nicolas Sarkozy se veut rassurant. Au contraire, il inquiète tant son assurance semble artificielle. Les mots pour rassurer sont prononcés sur le ton professoral et directement inspirés du droit canon. Un exemple : selon Le Figaro, devant les banquiers et les assureurs dans le salon vert qui jouxte son bureau, le Président n’hésite pas à dramatiser : « Je ne suis pas un ignorant en matière de finances ! », martial et l’index dressé. Il parle beaucoup, avant d’écouter notamment Baudoin Prot, Frédéric Ouéda, Christian Noyer, Henri de Castries, et les autres invités.

D’un côté, le Premier ministre tonitrue que les banques françaises « ne sont pas à l’abri de difficultés » liées à la crise financière mondiale « équivalente à celle de 1929 ». De l’autre côté, le directeur général du Crédit agricole, Georges Pauget, et le président d’Axa, Henri de Castries, ont, à l’issue d’une rencontre avec Nicolas Sarkozy, répété leur confiance dans un système financier français « fiable » et « stable ». Le gouvernement a « toutes les raisons de penser que le système bancaire français est solide », s’est contenté de déclarer avec moult précautions la ministre de l’Économie, Christine Lagarde.

Qui des banquiers, du Premier ministre ou de la ministre détient la vérité ? Nicolas Véron, économiste au centre Bruegel de réflexion sur les politiques économiques en Europe, basé à Bruxelles, déclare, dans une entrevue au Point : « Il est possible que le pire soit à venir ». Son point de vue diffère quelque peu des caciques du gouvernement : « Une des caractéristiques du système financier français c’est qu’il y a peu de banques, petites et moyennes. […] Une faillite bancaire en France aurait des conséquences plus graves, précisément parce que toutes nos banques sont de grandes banques. Une des seules exceptions est Dexia, qui est une banque de taille moyenne dans le paysage européen. Le fait que les banques françaises risquent moins la faillite ne signifie par pour autant qu’elles souffrent moins que les autres ».

Après la nationalisation partielle de la banque belgo-néerlandaise Fortis, la France, la Belgique et le Luxembourg ont volé au secours de la banque franco-belge Dexia avec un ajout de capital de 6,4 milliards d’euros sous la forme essentiellement de fonds publics. Dexia est-elle la partie visible du réel état de situation des institutions financières françaises ? Le plan de sauvetage de la banque Dexia, pour éviter un « risque systémique », obligera les contribuables français à verser ces quelques milliards d’euros de leur poche. La Banque centrale européenne injectait mardi 30 milliards de dollars sur le circuit bancaire de la zone euro. « L’État empêchera une quelconque faillite », avait promis François Fillion. Début, milieu ou fin de crise franco-française ? Le ministre du Budget, Éric Woerth, invitait la population à « ne pas paniquer outre mesure ».

Un citoyen français, en réaction à la présente crise, écrivait ce commentaire sur le site de l’hebdomadaire Le Point: « Et pourquoi mettrais-je la main à mon porte-monnaie une fois de plus ? Je n’en ai rien à cirer des comportements des banquiers. Qu’ils jouent à qui perd paye. Je ne roule pas en Ferrari mais en Daxia moi. Je ne touche pas 15 mois et je n’ai pas d’indemnité d’habillement et de ravalement de façade. Assez, cela suffit, arrêtez de plumer les classes inférieures ». C’est l’argument précis qui a fait reculer les Républicains devant l’adoption au Congrès du plan de sauvetage Paulson.

Nicolas Sarkozy avait, la semaine dernière, proposé de réunir les dirigeants des pays du G8 et des principaux pays émergents pour « remettre à plat le système financier et monétaire mondial ». Comme l’indique Nicolas Véron, cité précédemment : « le plan Paulson utilise l’intervention financière de l’État pour remettre de l’argent dans le système et corriger les défaillances des marchés. Ce n’est pas possible en Europe puisque cela nécessite une capacité d’emprunt et une capacité fiscale qui n’existent pas au niveau européen ». Comment Nicolas Sarkozy peut-il convoquer le G8 et donner des leçons d’un nouveau moralisme du capitalisme lorsque l’endettement de la France a atteint les limites du supportable ? En 2012, les comptes publics seront encore dans le rouge, à hauteur de 0,5 % du PIB.

Laurent Wauquiez s’attend à ce que les chiffres du chômage restent « mauvais pour un an ». Il a raison. Pendant que l’Allemagne compte 40 000 chômeurs en moins, la France en compte 41 300 de plus, la plus forte hausse depuis plus de 15 ans. Les résultats de la Sécurité sociale et ceux de l’assurance-chômage n’échappent pas aux mauvaises nouvelles.

Le ton grave, Nicolas Sarkozy s’est livré, de Toulon, à un discours qui semble être tombé à plat. Il a évité d’aborder notamment avec franchise le pouvoir d’achat des Français. En quoi son discours a-t-il présenté une quelconque efficacité économique ? Du haut de son verbe, plus de nature philosophique qu’économique, Nicolas Sarkozy ne rassure plus. Est-il même en mesure de régler quoi que ce soit, et encore moins, comme il le souhaite, de « remettre à plat le système financier et monétaire mondial  ».

Pour François Fillion, la solution est et doit être radicale : « Pour affronter la crise, il n’y a que deux méthodes, il faut réguler et réformer ». Recourir à des mesures d’austérité, déclare le Premier ministre, reviendrait à étouffer l’économie. Y aurait-il contradiction en la demeure entre le Président et son Premier ministre ?

Entre ces décisions contradictoires, marquées du sceau du libéralisme et de l’interventionnisme, la France semble osciller entre incohérence politique et méconnaissances économiques. À Toulon, le président déclarait : « Si l’activité venait à reculer fortement et durablement, je n’hésiterais pas à prendre toutes les mesures nécessaires pour la soutenir ». L’autre son de cloche du Premier ministre : « La réforme, c’est la seule façon de tenir le choc, de trouver les marges de manœuvre, de relancer puissamment la France dès que la conjoncture redeviendra favorable ».

Où est le pilote ?

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3 responses

1 10 2008
Françoise

Pierre,
 
C’est tellement facile d’attribuer toutes les fautes aux autres, à la situation internationale… Et comme à l’accoutumée se seront toujours les mêmes qui en pâtiront.  

La politique de Mr Sarkozy, modelée sur celle des anglo-saxons, n’a pas mis la France en position de résister à la « tourmente ». Pour naviguer à vue, il faut de bons yeux. Pas de chance le pilote est myope…

Le pouvoir d’achat n’a cessé de baisser pendant que tout ne cesse d’augmenter, la sacro-saint croissance n’est pas au rendez-vous, le chômage augmente malgré la panacée des heures supplémentaires faciles, mais qu’importe on va continuer sur la lancée des réformes… Encore plus de privatisations, moins de fonctionnaires (surtout des enseignants ce qui n’est-ce pas est un « must » pour l’avenir) etc…

Les beaux discours n’y suffisent plus, plus personne ne peut y croire.

1 10 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Cela ne vous sera d’aucun secours mais il semblerait que le Canada pourrait élire un gouvernement conservateur de droite majoritaire. La seule consolation est l’état de ses finances qui sont bonnes en raison d’une politique d’austérité menée sous les gouvernements libéraux. Les surplus budgétaires sont particulièrement garnis. Mais il reste que je n’ai guère le goût de voir le Canada gouverner à droite pour les cinq prochaines années.

Je le pressentiment que, nonobstant le nombre d’années à venir, Nicolas Sarkozy va éprouver de plus en plus de difficultés à rétablir sa crédibilité. Il n’agit pas pour la rétablir. Toulon a laissé un goût amer aux Français.

Pierre R.

1 10 2008
Françoise

Pierre,
 
S’il en est au Canada comme aux USA, ou en France, ou ailleurs dans les pays dits « de l’Ouest », je me demande s’il y a encore une différence notable entre la droite et la gauche. Ici en France, en tous cas je n’en vois plus, ou si peu.

Les responsables et dirigeants politiques semblent vivre sur une autre planète que la nôtre, totalement déconnectés des difficultés auxquelles les citoyens dans leur grande majorité doivent faire face. Comment d’ailleurs pourraient-ils réellement s’en rendre compte — malgré les discours qui voudraient le faire croire — alors qu’ils n’ont que privilèges et mènent grand train de vie…
 

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