Nicolas Sarkozy ment-il ? 66% de la population le pense !

4 10 2008

En plus de ne plus avoir la confiance de sa population, le président de la France, Nicolas Sarkozy n’a plus de crédibilité. Dans une enquête OpinionWay pour LCI et Le Figaro, publiée vendredi 3 octobre, 66% des personnes interrogées croient que le président ment ou dissimule des informations au sujet de la crise financière actuelle. Une large majorité de Français, 75% à vrai dire, en vient à penser que la vérité n’est pas dite sur cette crise et ne croit plus le gouvernement capable de franchise (67%). Environ 59% des Français pensent que « la crise financière montre qu’il faut changer profondément le système capitaliste ». Sur les solutions, 46% des Français jugent que « ce n’est pas à l’État de se porter au secours d’une entreprise privée ».

Lorsque la population française est témoin de ce qui se passe aux États-Unis, elle ne peut faire autrement que d’émettre un profond scepticisme devant le comportement de ses dirigeants. De 700 milliards de dollars, le plan de sauvetage américain, connu sous le nom de plan Paulson, est passé à 850 milliards.

Pendant que le Congrès américain se querelle sur les milliards à débourser, la France se querelle sur des mots. Récession ou récession technique. Le mot est tabou. Le ministre du Budget, Eric Woerth, déclare : « Il y a eu deux trimestres qui sont en croissance négative, ça s’appelle une récession technique. Il y a eu une année 2008 qui est en croissance de 1%, alors certes, c’est pas beaucoup du tout, c’est même très très peu, mais ça reste de la croissance ». Le gouverneur de la Banque centrale européenne (BCE) hésite à son tour à recourir au vilain mot pour qualifier la situation économique actuelle de la France.

Jean-Claude Trichet se limite au commentaire suivant : « Les experts de la BCE nous disent que nous avons une croissance ralentie, je ne prononcerai pas d’autre mot que cela ; une croissance ralentie avec des risques importants que la croissance soit encore plus faible ».

L’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) vient de publier un rapport peu encourageant. Ces quelques lignes ne sont pas de nature à qualifier la situation de rassurante : « Les exportations pâtissent. L’investissement des ménages est déprimé. La consommation souffre de la baisse du pouvoir d’achat. L’investissement des entreprises devrait être freiné par la dégradation des débouchés. L’emploi devrait continuer à s’ajuster au fléchissement de l’activité ». Aux États-Unis, par exemple, c’est le National Board of Economic Research, un institut indépendant, qui détermine, a posteriori, si et dans quelle mesure l’économie a été en récession.

L’un des principaux critères retenus par les économistes pour déclarer une économie en récession est un PIB négatif pendant deux trimestres consécutifs. La France va en connaître trois consécutifs. Et les élus se querellent sur les mots. Pire. Un fonctionnaire de l’Élysée, qui s’arroge des responsabilités supérieures aux ministres du Budget et de l’Économie, Henri Guaino, vient de rappeler les troupes à l’ordre en déclarant que les critères de Maastricht « ne sont pas la priorité des priorités ». Quoique pour la ministre de l’Économie : « La récession ? Ce n’est pas ça qui est le plus important », a-t-elle déclaré. Triste à voir. Le gouvernement qui rechigne, la croissance qui cale, les ministres se contredisent. Résultat ? 75% de la population en vient à penser que la vérité n’est pas dite sur cette crise.

Le conseiller du président vient de ravaler au rang de faire-valoir l’ensemble de la députation de l’Assemblée nationale française : « ce n’est pas le temps du débat (au Parlement) » sur « chaque décision prise » pour lutter contre la déroute financière. Il appartient, selon Henri Guaino, au « pouvoir exécutif (…) de prendre ses responsabilités ». Déclaration qui faisait suite à l’aide financière apportée par l’État à la banque franco-belge Dexia et qui a été suivie d’une onde de choc au sein de la députation française.

Selon la logique suivie par Guaino : « si demain on veut en France qu’il y ait un fond (de la même nature que le plan de sauvetage Paulson de 700 milliards de dollars, aux États-Unis), il faudra passer par le Parlement ». Pas de discussion pour une aide à hauteur de 3 milliards versée à une banque franco-belge mais débat parlementaire pour un plan de sauvetage de l’ordre de 700 milliards.

La cacophonie franco-française est largement appuyée par la cacophonie européenne. Une Tour de Babel. La France voulait, semble-t-il, profiter de ce mini-sommet européen pour proposer la création d’un fonds européen de sauvetage d’un montant de 300 milliards d’euros afin de soutenir les banques en difficultés. Cette hypothèse, non-fondée selon l’Élysée, a tout de même provoqué l’ire de la chancelière allemande Angela Merckel qui a opposé, appuyée en cela par la Banque centrale européenne, une fin de non-recevoir. Angela Merkel a déclaré qu’elle ne pouvait pas « accorder de chèques en blanc aux banques ». La santé financière allemande est saine et nulle question de céder à un quelconque pilotage commun de l’économie qui ressemblerait de trop près à un gouvernement économique européen, rejeté en 1992.

Christine Lagarde avait pourtant évoqué l’idée au quotidien économique allemand, Handelsblatt : « Avons-nous besoin d’un fonds européen de sauvetage ? Ce n’est naturellement qu’une idée. Nous devons en discuter. Ou bien nous prenons de l’argent de l’Union européenne, ou bien les États membres le financent sur leur propre budget. Ce fonds pourrait agir sous deux formes, soit en participant directement au capital d’une banque, soit en finançant une structure de sauvetage ». Berlin réplique : « Il serait plus indiqué, pour chaque cas individuel, de décider en fonction de chaque intérêt national ».

Il faudra voir maintenant sur quoi les chefs d’État et de gouvernement des quatre membres européens du G8 (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie), ainsi que les présidents de la Commission européenne, José Manuel Barroso, de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, et de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, vont discuter au cours du week-end. Jean-Claude Trichet est clair à ce sujet : « un plan similaire à celui décidé par le gouvernement américain ne correspond pas à la structure politique de l’Europe ». D’autant que l’Irlande vient de lancer un pavé dans la mare européenne : le gouvernement entend fournir une garantie illimitée sur les dépôts des épargnants dans six banques irlandaises. Vives contrariétés en Europe, notamment auprès de Gordon Brown.

Comment Nicolas Sarkozy parviendra-t-il, au sein de cette Tour de Babel, à « refonder » le capitalisme financier au niveau mondial ? « La France veut être proactive (…) Elle veut prendre des initiatives, quitte à ce qu’elles ne soient pas toutes suivies d’effet, plutôt que d’être accusée d’immobilisme », explique Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d’État aux Affaires européennes. Hans-Gert Pöttering, président du parlement européen, souligne que le mini-sommet ne pouvait que « faire des propositions » aux 27, quatre pays ne pouvant « décider pour l’ensemble de l’Union européenne ». Si le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, se montre disposé à assouplir les règles de concurrence pour permettre le sauvetage des banques par les États, il se refuse à prendre des libertés avec les règles budgétaires de Maastricht.

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6 responses

4 10 2008
Dominique Hasselmann

Cacophonie :

– même le « conseiller spécial » Guaino se fait rembarrer par Nicolas Sarkozy (le monde à l’envers) pour ses déclarations un peu « légères » sur Maastricht et le Parlement ;

– on annonce un plan d’aide de… 300 milliards d’euros, que le gouvernement lui-même dément peu après, devant le hourvari que cela provoque au niveau européen ;

– on prend des mesures (22 milliards d’euros pour les PME) démagogiques (paquet fiscal = 15 milliards d’euros), on calfate des trous dans la cale dunavire, au hasard des lobbies qui se manifestent le plus vite ;

– il ne s’agit ni plus ni moins (discours de Toulon, morceau d’anthologie !) que de « refonder le capitalisme » : les Key(ne)s du problème sont faciles à trouver.

Nicolas Sarkozy nous étonnera toujours. Formidable Frégoli !

4 10 2008
Françoise

Pierre,

Pour ma part je remarque que lorsqu’il y a « croissance », les fruits de celle-ci ne profitent qu’à quelques uns, toujours les mêmes. Quand il y a récession, les « pépins amers » sont pour la grande majorité des citoyens.

Cacophonies et beaux discours… C’est comme toujours, ça « meuble » le vide sidéral de la non-politique.

4 10 2008
Pierre Chantelois

Dominique

Il y a, force est d’en convenir, une grave incohérence au sein du gouvernement. Les messages sont contradictoires et le hiatus entre la présidence et le gouvernement aggrave certainement l’état de la situation. Et la population est en droit de s’attendre à la vérité et à des décisions éclairées et non improvisées. En 40 ans d’observation et d’analyse politique, jamais je n’ai vu une telle dégringolade en si peu de temps.

Françoise

Je m’inquiète franchement. Nicolas Sarkozy semble bien préoccupé par les grands ensembles mais très peu par le détail. Les anglophones ont l’habitude de dire que le diable se cache dans le détail. Vouloir refonder le système monétaire international et installer au sein du capitalisme une nouvelle moralité, alors que le navire est troué de toutes parts dans son propre pays, m’apparaît téméraire dans les circonstances.

Pierre R.

4 10 2008
Françoise

Pierre,

Quand on gouverne « pour la galerie » et pour son propre profit, il arrive un moment où ça ne peut plus aller, surtout si l’environnement international est catastrophique, et qu’on a fait tout ce qu’il fallait auparavant pour fragiliser la situation du pays. La politique au jour le jour, entre deux voyages et deux discours, ça ne tient pas la route.

Quant à « moraliser le capitalisme »… Le capitalisme n’est ni moral ni amoral, il est, et on sait ce qu’il est : faire le maximum de profit avec le minimum de pertes. Ce n’est pas là une entreprise philanthropique. Je ne pense pas que Mr Sarkozy, à lui seul et par la magie de son verbe, y changera quoique ce soit…

4 10 2008
Pierre Chantelois

Françoise

Dans la vie, le hasard fait que nous rencontrons des personnes qui ont accompli beaucoup avec peu. Ces gens sont admirables. Nous rencontrons également des gens qui ne réalisent pas qu’elles accomplissent peu avec beaucoup de moyens. Ces personnes sont ignorantes des choses simples tant elles se croient nanties de grandes missions. C’est ainsi que je vois Nicolas Sarkozy. La population française va se montrer, je le crains, de plus en plus impitoyable à l’égard de son président. Parcourir le monde est bien. Vouloir changer le monde est téméraire.

Pierre R.

4 10 2008
Gilles

Je pense qu’on ne peut pas appliquer les catégories vérité et mensonge dans le gouvernement de l’État ; ce sont des concepts philosophiques absolus alors que le politique est l’art du possible, et le possible se modifie sans cesse — plus lentement dans le passé, du moins nous le croyons, mais très rapidement à notre époque. Au-delà de la personne des dirigeants, ils doivent composer avec tant de groupes de pression, tant d’opinions exprimées dans l’instant, tant de réactions et tant de points de vue (ce qui n’était pas le cas des anciens rois) que la vérité ne peut plus exister, chacun ayant la sienne.
 
Les États-Unis ont un avantage sur l’Europe de ce point de vue ; les Américains se rallient plus volontiers derrière une vérité, quitte à en changer périodiquement. D’où leur puissance considérable et leur influence incontournable dans les affaires du monde.
 
(Petit hors-sujet mais pas tant que ça. On réprouve volontiers le projet du président Bush pour « sauver Wall Street » mais j’y ai lu deux choses intéressantes : abolition des banques de courtage ou transformation de celles qui restent en banques commerciales ainsi que la limitation du salaire des PDG, et les 700 milliards ne sont pas un don aux banques, mais bien un prêt remboursable ; si une banque ne peut rembourser dans un temps défini, l’État la saisira et la revendra à son profit. Il y a aussi des aides prévues pour les citoyens. Ainsi, la vérité varie selon les sources qui rapportent le contenu du projet.)
 

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