Canada cherche nouveau leader pour Parti libéral. Prière d’envoyer votre c.v.

17 10 2008

Le chef du Parti libéral du Canada est certainement un homme meurtri. Celui qui déclarait fièrement, il y a quelque temps : « On m’a toujours sous-estimé, et c’est ma force. Jusqu’ici, cela m’a bien réussi », réfléchit, privilégiant d’être « incommunicado ». Fils d’intellectuel, intellectuel lui-même, il n’est pas sans ignorer ce que signifie une cuisante défaite. Peu d’amis viennent entourer un perdant. L’humanité a horreur du vide. Perdre signifie ni plus ni moins être en situation de faiblesse. Loin des champions. Loin de cette race d’humains qui élèvent le triomphe en crédo et la performance en vertu cardinale.

Après douze années en politique, l’intellectuel, titulaire d’un doctorat en sociologie de l’Institut d’études politiques de Paris, s’est réfugié, au soir de son humiliante défaite, dans le silence. Il réfléchit. Il panse peut-être ses plaies. L’intellectuel a oublié qu’en politique, les idées sont souvent devancées par l’obligation de concilier, de négocier, de s’adapter, de louvoyer, d’écouter, d’observer, d’innover sans heurter. Rien de tout cela chez Stéphane Dion. Des proches le disaient têtu. Entêté jusqu’à paraître illogique, lui, l’intellectuel qui ne peut qu’échauder des théories sans que, quelque part, des résultats paraissent. La recherche fondamentale est nécessaire. Mais elle doit déboucher sur un pragmatisme.

Stéphane Dion ne peut ignorer qu’il vient d’enregistrer le score le moins enviable qu’on puisse souhaiter : son parti enregistre une baisse historique, passant de 95 à 76 sièges, à la Chambre des Communes d’Ottawa. Pire. L’obstination de Stéphane Dion à prôner une taxe sur les gaz à effets de serre peut avoir des conséquences négatives pour un certain temps, au Canada, en matière de réforme environnementale.

Où est le prochain leader ?

Où est le prochain leader ?

Le grand parti national que se prétendait être, au XXIème siècle, le Parti libéral du Canada n’est plus que l’ombre de lui-même. Affaibli, cautérisé par les scandales, notamment celui sur les commandites, le grand parti de Pierre-Elliot Trudeau s’effondre. Son chef également. Seuls 26,2 pour cent des électeurs lui ont accordé leur voix, soit moins que les 28 pour cent comptés par John Turner, en 1984, l’une des pires défaites des libéraux.

Justin Trudeau, le fils de l’emblématique premier ministre des années 70-80, est parvenu à gagner, de haute lutte, la circonscription de Papineau à Montréal, sur une sortante du Bloc Québécois.

À 53 ans, Stéphane Dion, le vent dans les voiles, s’est lancé dans sa première campagne électorale, avec un seul thème pour reconquérir le pouvoir que son parti avait conservé pendant la plus grande partie du 20e siècle : une taxe sur les gaz à effets de serre, dite également « taxe sur le carbone ». Stéphane Dion n’a pas su dégager une image de leader. Son physique, le ton de sa voix, le style, le verbe ampoulé, rien, absolument rien ne le rendait charismatique aux yeux de la population canadienne et québécoise. Ses détracteurs ont souvent critiqué son rendement en tant que chef de l’opposition le décrivant comme terne, faible et inefficace. D’aucuns soulignent un sérieux handicap : l’homme, au verbe peu populaire et légèrement enflé, en français, éprouve autant de difficultés en anglais, langue d’usage de plus de 75 pour cent de la population canadienne.

Stéphane Dion a enseigné l’administration publique et les sciences politiques à l’Université de Montréal de 1984 à 1996. Il a été professeur invité à la Brookings Institution de Washington et au Centre canadien de gestion, ainsi qu’au Laboratoire d’économie politique de Paris. Fédéraliste pur et dur, auteur de « Le Pari de la franchise », recueil de ses écrits et discours sur l’unité canadienne, le père de la « loi sur la clarté », qui impose des conditions à la reconnaissance par Ottawa de l’éventuelle proclamation d’indépendance d’une province, était peu porté au dialogue et à la conciliation. Le professeur l’emportait souvent sur le politicien.

Le professeur n’est pas parvenu à toucher l’électeur, pas même ces phrases en forme de slogans : « Je me battrai pour mon pays. J’aime le Canada », ou son nouveau virage appelé le « Tournant vert ». Autant également sonnait creux son engagement : « Nous voulons convaincre les Québécois comme l’ensemble des Canadiens que nous pouvons non seulement stopper Stephen Harper, mais qu’on peut le remplacer tous ensemble. Et pour ça, on doit unir nos forces ». Les forces revendiquées par Stéphane Dion ont paru dispersées, volatiles et insoumises.

Stéphane Dion s’est trop appuyé sur le deuxième grand fait d’arme de sa carrière politique : la conclusion d’une entente internationale visant à prolonger la mise en œuvre du Protocole de Kyoto au-delà de 2012. En tant que ministre de l’Environnement, Stéphane Dion avait présidé la conférence de l’Onu sur le changement climatique qui s’était tenue à Montréal en décembre 2005. Entente par ailleurs reniée par l’un des signataires, le Canada, sous le gouvernement minoritaire de Stephen Harper.

Il convient de rappeler qu’en 2005, également, le ministre fédéral de l’Environnement, Stéphane Dion, entretenait des relations particulièrement tendues avec le ministre québécois de l’environnement, Thomas Mulcair. Que reprochait-on à Stéphane Dion  ? De maintenir une ligne dure à l’égard du Québec qui ne pouvait compter que sur des engagements totalisant 20 millions $ de la part d’Ottawa. Le Québec se voyait dans la position de devoir payer pour aider les provinces qui ont par le passé fait le choix des énergies fortement rentables mais en même temps fortement polluantes.

Son premier grand fait d’arme est d’avoir élaboré les arguments du gouvernement fédéral contre une déclaration unilatérale d’indépendance qui aurait menacé les droits des Québécois et de l’ensemble des Canadiens. Ces arguments ont été validés par la Cour suprême du Canada et ont donné naissance à la loi sur la clarté, adoptée en 2000. La « loi sur la clarté » est encore omniprésente et attise toujours des rancunes tenaces chez plusieurs québécois nationalistes qui ne sont pas invariablement indépendantistes.

Un ancien premier ministre du Canada, John Turner, a invité Stéphane Dion à tirer une leçon de sa défaite : « être à l’écoute et apprendre ». L’entêtement qu’on prête au chef libéral est difficilement conciliable avec ce conseil précieux d’un ancien premier ministre. John Turner tire les conclusions qui s’imposent dans les circonstances : « une défaite est une leçon et l’avenir du Parti libéral est en jeu  ». Selon ce dernier, le Parti libéral a besoin d’une nouvelle génération, d’une nouvelle vision et d’un nouvel idéal.

Ce sera sans Stéphane Dion. Toutefois, s’il laisse son poste, cela ne veut pas dire qu’il abandonnera son siège de député. Pourtant, en 1995, le professeur Dion déclarait : « Si [Jean Chrétien] est venu me chercher, c’est qu’il estime que c’est évident que pour le problème auquel nous faisons face – l’amélioration et la consolidation d’une confédération dans son unité – il estime que j’ai des qualités. […] Je vais rendre mes qualités au service des citoyens et après, je reprendrai ma vraie vie qui est l’université ».

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5 responses

18 10 2008
Gilles

Michael Ignatieff serait très bien mais il ressemble beaucoup à Stéphane Dion : professeur et idéologue sans charisme. Denis Coderre serait très bien mais il ressemble beaucoup à Jean Chrétien : politicien et renard. Bob Rae serait très bien mais il n’est pas Libéral. Reste Justin Trudeau !
 

18 10 2008
Pierre Chantelois

Gilles

Que dire de Frank McKenna dont le nom revient fréquemment dans les officines d’Ottawa ? De tous les candidats, ce nom m’apparaît très intéressant.

Pierre R.

18 10 2008
Gilles

Le PLC n’a pas encore démissionné Stéphane Dion ; nous le saurons peut-être lundi à 14 heures. Je n’ai pas vu une seule fois le nom de Frank McKenna cité sur le Canadian Citizens Forum ni dans Your View sur le forum de la CBC, mais bien sûr les citoyens ne décident pas de ces choses. Je ne sais pas si le principe « d’alternance » entre chef anglophone et chef francophone s’applique au PLC, aussi. Je plaisante souvent à propos de Justin Trudeau, mais son nom revient souvent sur les forums citoyens (très grass root) que je cite comme premier ministre dans 8 ou 10 ans. Pourquoi ? Parce que les Canadians le croient capables de court-circuiter le Québec, comme le PLC l’a toujours fait — et rien de mieux qu’un Québécois pour accomplir ce but — et cela semble être chez eux une préoccupation fondamentale.
 

18 10 2008
Pierre Chantelois

Bonjour Gilles

McKenna circule sur certains fils de presse ou sur The Chronicle Herald comme candidat potentiel parmi tant d’autres. Même Justin y circule. Pour circuiter le Québec, il en sera capable, je n’en doute pas un instant.

Pierre R.

18 10 2008
clusiau

…….je reprendrai ma vraie vie qui est l’université….Dion

La vraie vie, c’est l’université de la vie. Dion doit maintenant le savoir !

Trudeau a été élu car « yé tell’ment bô ». Il sera là sûrement dans 10 ans ce profiteur comme les croyants les aiment.

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